CIGOGNE
(Pl)
La cigogne (1) moins grande que la grue, l’est plus que le héron : sa longueur,
(x) En latin, ciconia; en allemand et en anglais, stork ; en italien, cigogna, zigogna, et le petit,
cicognino ; en espagnol, ciguenna ; en vieux français, cigongne ou cigoigne.
à 7 2 z AE 74 SN) HD F LES AIRES ENTRE ; “cd
re ru lt
Dan
(| Eee AA t 4 Y'DR DC M ufr rteul te *, { Î | "0 à
de la pointe du bec à l'extrémité de la queue, est de trois pieds et demi, et jusqu’à celle des ongles, de quatre pieds; le bec, de la pointe aux angles, a près de sept pouces; le pied en a huit; la partie nue des jambes cinq, et l’envergure de ses ailes est de plus de six pieds. Le corps est d’un blanc éclatant, et les ailes sont noires, caractère dontles Grecs ont formé son nom ; les pieds et le bec sont rouges, son long cou est arqué. Les plumes du bas du cou sont blanches, un peu longues et pendantes. Le tour des yeux est nu et couvert d’une peau ridée d’un noir rougetre ; les pieds sont revêtus d'écailles d'autant plus larges qu’elles sont placées plus haut; il y a des rudimens de membranes entre le grand doigt et le doigt intérieur, jusqu’à la première articulation, et qui, s'étendant plus avant sur le doigt extérieur, semblent former la nuance par laquelle la nature passe des oiseaux à pieds divisés, aux oiseaux à pieds réunis et palmés;les ongles sont mousses, larges, plats, et assez approchans de la forme des ongles de l’homme.
La cigogne a le vol puissant et soutenu, comme tous les oiseaux qui ont des ailes très amples et la queue courte : elle porte en volant la tête en avant, et les * pattes étendues en arrière comme pour lui servir de gouvernail; elle s’élève fort haut, et fait de très longs voyages , même dans les saisons orageuses. On voit les cigognes arriver en Allemagne vers le 8 ou le 10 de mai; elles devancent ce temps dans nos provinces. Gesner dit qu’elles précèdent les hirondelles et qu’elles viennent en Suisse dans le mois d'avril, et quelquefois plus tôt ; elles arrivent en Alsace au mois de mars, etmême dès la fin de février. Leur retour est partout d’un agréable augure, et leur apparition annonce le ‘printemps.
Les cigognes reviennent constamment aux mêmes lieux; et, si leur nid est détruit, elles le reconstruisent de nouveau avec des brins de bois et d'herbes de marais, qu’elles entassent en grande quantité : c’est ordinairement sur les comblesélevés, sur les créneaux des tours, et quelquefois sur de grands arbres, au bord des eaux ou à la pointe d’un rocher escarpé, qu’elles le posent. En France, du temps de Belon, on plaçait des roues au haut des toits pour engager ces oiseaux à y faire leur nid; cet usage subsiste encore en Allemagne et en Alsace.
Dans l'attitude du repos, la cigogne se tient sur un pied, le cou replié, la tête en arrière et couchée sur l'épaule; les grenouilles, les lézards, les couleuvres et les petits poissons, sont la proie qu’elle va cherchant dans les marais, ou sur les bords des eaux, ou dans les vallées humides.
Elle marche, comme la grue, en jetant le pied en avant par grands pas me-
surés. Quelquefois, elle fait claqueter son bec d’un bruit sec et réitéré, que les anciens avaient rendu par des mots imitatifs, erepitat, glotterat, et que Pétrone exprime fort bien en l'appelant un bruit de crotales : elle renverse alors la tête, de manière que la mandibule inférieure se trouve en haut, et que le bee est couché presque parallèlement sur le dos. C’est dans cette situation que les deux mandibules battent vivement l’une contre l’autre; mais, à mesure qu’elle redresse le cou, le claquement se ralentit, et finit lorsqu'il a repris sa position naturelle. Ce bruit est le seul que la cigogne fasse entendre.
La cigogne ne pond pas au-delà de quatre œufs, et souvent pas plus de deux, d’un blanc sale et jaunâtre, un peu moins gros, mais plus allongés que ceux de Voie; le mâle les couve dans le temps que la femelle va chercher sa pâture. Les œufs éclosent au bout d’un mois; le père et la mère redoublent alors d’activité pour porter la nourriture à leurs petits, qui la reçoivent en se dressant et rendant une espèce de sifflement. Le père et la mère ne s’éloignent jamais du nid tous deux ensemble; et tandis que l’un est à la chasse, on voit l’autre se tenir aux environs, debout sur une jambe, et l’œil toujours à ses petits. Dans le premier âge, ils sont couverts d’un duvet brun; comme ils n’ont pas encore assez de force pour se soutenir sur leurs jambes minces et grêles, ils se traînent dans le nid sur leurs genoux. Lorsque leurs ailes commencent à croître, ils s’exercent à voleter au-dessus du nid; mais il arrive souvent que, dans cet exercice, quelques-uns tombent et ne peuvent plus se relever. Lorsqu'ils commencent à se hasarder dans les airs, la mère les conduit et les exerce par de petits vols circulaires autour du nid où elle Les ramène; enfin les jeunes cigognes déjà fortes prennent leur essor avec les plus âgées, dans les derniers jours d'août, saison de leur départ.
Lorsque les cigognes sont assemblées pour le départ, on les entend claqueter fréquemment, et il se fait alors un grand mouvement dans la troupe; toutes semblent se chercher, se reconnaître etse donner l'avis du départ général dont le signal, dans nos contrées, est le vent du nord. Elles s'élèvent toutes ensemble, et dans quelques instans se perdent au haut des airs, Ce départ est d'autant plus dificile à observer, qu'il se fait en silence, et souvent dans la nuit. On prétend avoir remarqué que, dans leur passage, avant de tenter le trajet de la Méditerranée, les cigognes s’abattent en grand nombre aux environs d’Aix en Provence.
La cigogne est d’un naturel assez doux; elle n’est ni défiante ni sauvage; elle peut se priver aisément, et s’'accoutumer à rester dans nos jardins qu’elle purge d'insectes et de reptiles. [1 semble qu'elle ait l'idée de la propreté. Elle a pres-
que toujours l’air triste et la contenance morne : cependant elle ne laisse pas de se livrer à une certaine gaîté, quand elle y est excitée par l'exemple; car elle se prête au badinage des enfans, en sautant et jouant avec eux. En domesticité, elle vit long-temps et supporte la rigueur de nos hivers.
L'on attribue à cet oiseau des vertus morales dont l’image est toujours respectable : la tempérance, la piété filiale et paternelle. [] est vrai que la cigogne nourrit très long-temps ses petits et ne les quitte pas qu’elle ne leur voie assez de force pour se défendre et se pourvoir d'eux-mêmes. Quand ils commencent à voleter hors du nid et à s’essayer dans les airs, elle les porte sur ses ailes; elle les défend dans les dangers, et on l’a vue, ne pouvant les sauver, préférer périr avec eux plutôt que de les abandonner. On l’a de même vue donner des marques d’attachement et de reconnaissance pour les lieux et pour les hôtes qui l'ont reçue : on l’a entendue claqueter en passant devant les portes, comme pour avertir de son retour, et faire en partant un semblable signe d'adieu. Mais ces qualités morales ne sont rien, en comparaison des tendres soins que donnent ces oiseaux à leurs parens trop faibles ou trop vieux. On a souvent vu des cigognes jeunes et vigoureuses apporter de la nourriture à d’autres, qui, se tenant sur le bord du nid, paraissaient languissantes et affaiblies, soit par quelque accident passager, soit que réellement la cigogne, comme l'ont dit les anciens, ait le touchant instinct de soulager la vieillesse, et que la nature, en plaçant ces pieux sentimens jusque dans les cœurs bruts, ait voulu nous en donner l'exemple. La loi de nourrir ses parens, lex ciconia, fut faite en leur honneur, et nommée de leur nom chez les Romains.
Elien assure que les qualités morales de la cigogne étaient la première cause du respect et du culte des Égyptiens pour elle; et c’est peut-être un reste de celte ancienne opinion qui fait aujourd’hui le préjugé du peuple, qui est persuadé qu’elle apporte le bonheur à la maison où elle vient s'établir.
Chez les anciens c'était un crime de donner la mort à la cigogne. En Thessalie, il y eut peine de mort pour le meurtre d’un de ces oiseaux, tant ils étaient précieux à ce pays qu'ils purgeaient des serpens. Dans le Levant, on conserve encore une partie de ce respect pour la cigogne. On ne la mangeait pas chez les Romains : un homme qui, par un luxe bizarre, s’en fit servir une, en fut puni par les railleries du peuple. Du reste, la chair n’en est pas assez bonne pour être recherchée; et cet oiseau, né notre ami et presque notre domestique, n’est pas fait pour être notre victime.
Il y a deux espèces de cigognes, et elles ne diffèrent que par la couleur; il semble, en effet, que, sous la même forme et d’après le même dessin, la nature
ait produit deux fois le même oiseau, l’un blanc et l’autre noir. Cette différence pourrait être comptée pour rien, s’il n’y avait pas entre ces deux mêmes oiseaux différence d’instinct et diversité de mœurs. La cigogne noire cherche les lieux déserts, se perche dans les bois, fréquente les marécages écartés et niche dans l'épaisseur des forêts. La cigogue blanche choisit, au contraire, nos habitations pour domicile; elle s'établit sur les tours, sur les cheminées et les combles des édifices : amie de l’homme, elle en partage le séjour et même le domaine; elle pêche dans nos rivières, chasse dans nos jardins ; se place au milieu des villes sans s’effrayer de leur tumulte ; et partout hôte respecté et bien venu, elle paie par des services le tribut qu’elle doit à la société ; plus civilisée , elle est aussi plus féconde, plus nombreuse et plus généralement répandue que la cigogne noire, qui paraît confinée dans certains pays, et toujours dans les lieux solitaires.
TOUYOU.
Le touyou est l’autruche de l'Amérique méridionale; il est appelé aussi autruche d'Occident, autruche de Magellan et de la Guiane.D'autres sauvages lui ont donné d’autres noms : yardu, yandu, andu et nanduguacu, au Brésil ; sallian, dans l’île de Maragnan ; suri, au Chili, etc. Voilà bien des noms pour un oiseau si nouvellement connu; nous adoptons volontiers celui de fouyou, qui vraisemblablement à quelque rapport à la voix ou au cri de l’oiseau, et nous le préférons aux dénominations scientifiques, qui trop souvent ne sont propres qu'à donner de fausses idées. |
Le touyou, sans être tout-à-fait aussi gros que l’autruche, est le plus gros oiseau du Nouveau-Monde : les vieux ont jusqu’à six pieds de haut; et Wafer, qui à mesuré la cuisse d’un des plus grands, l’a trouvée presque égale à celle d’un homme. Il a le cou long, la tête petite et le bec aplati de l’autruche ; mais, pour tout le reste, il a plus de rapport avec le casoar.
Son corps est de forme ovoïde, et paraît presque entièrement rond, lorsqu'il