PLUVIER DORÉ
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Le pluvier doré (1) est de la grosseur d’une tourterelle, sa longueur est d'environ dix pouces. Il a tout le dessus du corps tacheté de traits de pinceau jaunes, entremêlés de gris blanc, sur un fond brun. Les mêmes couleurs , mais plus faibles, sont mélangées sur la gorge et la poitrine. Le ventre est blanc, le bec noir, court, arrondi et renflé vers le bout. Les pieds sont noirâtres , et le doigt extérieur est lié par une petite membrane, à celui du milieu. Les pieds n’ont que trois doigts , et il n’y a pas de vestige de doigt postérieur : ou de talon : ce caractère est distinctif de la famille des pluviers. Tous ont une partie de la jambe dénuée de plumes, le cou court, les yeux grands, la tête un peu grosse à proportion du corps.
Il y a peu de différence dans le plumage entre le mâle et la femelle de cette espèce ; néanmoins les variétés individuelles ou accidentelles sont très fréquentes , ils ont plus ou moins de jaune , et quelquefois si peu, qu’ils paraissent tout gris : quelques-uns portent des taches noires sur la poitrine, etc.
Ces oiseaux arrivent sur les côtes de Picardie à la fin de septembre ou au commencement d'octobre , tandis que dans nos autres provinces plus méridionales , ils ne passent qu’en novembre, et même plus tard. On les voit en été dans le nord de la Suède, en Dalécarlie et dans l’île d’Oeland, dans la Norwège, l'Islande et la Laponie. C'est par ces terres arctiques qu'ils paraissent avoir communiqué au Nouveau-Monde, où ils semblent s'être répandus plus loin que dans l’ancien ; car on trouve le pluvier doré à la Jamaïque , la Martinique , Saint-Domingue et Cayenne, à quelques légères différences près. Ces pluviers, dans les provinces méridionales du Nouveau-Monde, habitent les savanes , et viennent dans les pièces de canne à sucre où l’on a mis le feu, leurs
(x) En anglais, green plover ; en allemand, pulvier, pulrosz, see taube, greuner kiwit; en italien,
piviero.
troupes y sont nombreuses et se laissent difficilement approcher: elles y voyagent, et on ne les voit à Cayenne que dans le temps des pluies.
Les pluviers paraissent en troupes nombreuses dans nos provinces de France, pendant les pluies d'automne ; et c’est de leur arrivée dans la saison des pluies qu'on les a nommés pluviers. Ils fréquentent, comme les vanneäux, les fonds humides et les terres limoneuses, où ils cherchent des vers et des insectes. Ils vont à l’eau le matin, pour se laver le bec et les pieds, qu’ils se sont remplis de terre en la fouillant; et cette habitude leur est commune avec les bécasses, les vanneaux, les courlis et plusieurs autres oiseaux qui se nourrissent de vers. Ils frappent la terre avec leurs pieds pour les faire sortir, et ils les saisissent souvent même avant qu'ils soient hors de leur retraite.
Quoique les pluviers soient ordinairement fort gras, on leur trouve les intesuns si vides qu'on a imaginé qu'ils pouvaient vivre d’air. Ils paraissent capables de supporter un long jeûne. Schwenkfeld dit avoir gardé quatorze jours un de ces oiseaux, qui, pendant tout ce temps, n’avala que de l’eau et quelques grains de sable.
Rarement les pluviers se tiennent plus de vingt-quatre heures dans le même lieu. Comme ils sont en très grand nombre, ils ont bientôt épuisé la pâture vivante qu’ils venaient y chercher : dès-lors ils sont obligés de passer à un autre terrain, et les premières neiges les forcent de quitter nos contrées et de gagner les climats plus tempérés. Il en reste néanmoins en assez grande quantité dans quelques-unes de nos provinces maritimes, jusqu’au temps des fortes gelées ; ils repassent au printemps, et toujours attroupés.
On ne voit jamais un pluvier seul, dit Longolius, et, leurs plus petites bandes sont au moins de cinquante. Lorsqu'ils sont à terre, ils ne s’y tiennent pas en repos : sans cesse occupés à chercher leur nourriture, ils sont presque toujours en mouvement. Plusieurs font sentinelles pendant que le gros de la troupe se repait; et au moindre danger ils jettent un cri aigu qui est le signal de la fuite. En volant, ils suivent le vent, et l’ordre de leur marche est assez singulier : ils se rangent sur une ligne en largeur, et, volant ainsi de front, ils forment dans l'air des zones transversales fort étroites et d’une très grande longueur.
À terre, ces oiseaux courent beaucoup et très vite; ils demeurent attroupés tout le jour. Ils se dispersent le soir sur un certain espace, où chacun gîle à part: mais, dès le point du jour, le premier éveillé ou le plus soucieux, celui que les oiseleurs nomment l'appelant, jette le cri de réclame, huz, hieu, huit, et dans l'instant tous les autres se rassemblent à cet appel. C’est le mo-
7 LD, , 12 PLATE or veolfert-