VANNEAU
Le vanneau (1) parait avoir tiré son nom, dans notre langue et en latin moderne , du bruit que font ses ailes en volant, qui est assez semblable au brüit d’un van qu’on agite pour purger le blé. Son nom anglais Zapwing a le même . rapport au battement fréquent et bruyant de ses ailes. Les Grecs , outre les noms d'æx et d'æga, relatifs à son cri, lui avaient donné celui de paon sauvage (rad: es) , à cause de son aigretteet de ses jolies couleurs. Cependant cette aigrette du vanneau est bien différente de celle du paon ; elle ne consiste qu’en quelques longs brins effilés très déliés , et les couieurs de son corps, dont le dessous est blanc , n’offrent, sur un fond assez sombre, leurs reflets brillans et dorés qu’à l'œil qui les recherche de près. On a aussi donné au vanneau le nom de dixhuit, parce que ces deux syllabes, prononcées faiblement, expriment assez bien son cri , que, dans plusieurs langues, on a cherché à rendre également par des sons imitatifs. Il donne en partant un ou deux coups de voix, et se fait aussi entendre par reprises dans son vol, même durant la nuit. Il a les ailes très fortes , il s’en sert beaucoup, vole long-temps de suite et s'élève très haut. Posé à terre , il s'élance, bondit, et parcourt le terrain par petits vols coupés.
Cet oiseau est fort gai ; il est sans cesse en mouvement, folâtre, et se joue de mille façons eu l'air : il s’y tient par instans dans toutes les situations, même le ventre en haut ou sur le côté, et les ailes dirigées perpendiculairement, et aucun oiseau ne caracole et ne voltige plus lestement.
Les vanneaux arrivent dans nos prairies, en grandes troupes, au commencement de mars, ou même dès la fin de février, après le dernier dégel, et par le vent du sud. On les voit alors se jeter dans les blés verts et couvrir le matin les
(x) En latin moderne, capella, vanellus ; en italien, paonzello, pavonzino ; en allemand, #ywit, et vulgairement himmelgeisz (chèvre volante, chèvre du ciel); en anglais, lap-wing et bastard-
plower; en plusieurs de nos provinees, dix-huit, pivite, kivite,
prairies marécageuses pour y chercher les vers, qu'ils font sortir de terre par une singulière adresse. Le vanneau qui rencontre un de ces petits tas de terre en boulettes ou chapelets que le ver a rejetés en se vidant, le disperse d'abord légèrement, et, ayant mis le trou à découvert, il frappe la terre de son pied, et reste l'œil attentif et le corps immobile : cette légère commotion suffit pour faire sortir le ver, qui, dès qu’il se montre, est enlevé d’un coup de bec. Le soir venu, ces animaux ont un autre manège : ils courent dans l’herbe et sentent sous leurs pieds les vers qui sortent à la fraîcheur: ils en font ainsi une ample pàture , et vont ensuite se laver le bec et les ee dans les petites mares ou dans les ruisseaux.
Ces oiseaux se laissent difficilement approcher, et semblent distinguer de très loin le chasseur. En les joindre de plus près lorsqu'il fait un grand vent ; car alors ils ont peine à prendre leur essor. Quand ils sont attroupés et prêts à s'élever ensemble, tous agitent leurs ailes par un mouvement égal ; comme elles sont doublées de blanc et qu’ils sont fort près les uns des autres, le terrain couvert par leur multitude, et que l’on voyait noir, di blanc tout d’un coup.
La grande société que forment les vanneaux à leur arrivée tend à se rompre, dès que les premières chaleurs du printemps se font sentir, et deux à trois jours suffisent pour les séparer. Le signal est donné par des combats que les mâles se livrent entre eux; les femelles semblent fuir, et sortent les premières du milieu de la troupe, comme si ces querelles ne les intéressaient pas, mais en effet pour attirer après elles ces ‘combattans, et leur faire contracter une société plus intime et plus douce.
La ponte se fait en avril, elle est de trois ou quatre œufs oblongs d’un vert sombre, fort tachetés de noir. La femelle les dépose dans les marais, sur les petites buttes ou mottes de terre élevées au-dessus du niveau du terrain ; précaution qu'elle semble prendre pour les mettre à l'abri de la crue des eaux, mais qui néanmoins lui ôte le moyen de cacher son nid, ei le laisse entièrement à découvert. Pour en former l'emplacement, elle se contente de tondre, à fleur de terre, un petit rond dans l'herbe, qui bientôt se flétrit alentour par la chaleur de la couveuse. Si on trouve l'herbe fraîche, on juge que les œufs n’ont point encore été couvés. On dit ces œufs bons à manger, et dans plusieurs provinces on les ramasse à milliers pour les porter dans les marchés.
Le temps de l’incubation du vanneau, comme de la plupart des autres oiseaux, est de vingt jours. La femelle couve assidument : si quelque objet inquiétant la force à se lever de son nid, elle piette un certain espace en se traînant dans
l'herbe, et ne s’envole que lorsqu'elle se trouve assez éloignée de ses œufs pour que son départ n’en indique pas la place. Les vieilles femelles à qui on : a enlevé les œufs ne s’exposent plus à nicher à découvert dans les marais; elles se retirent dans les blés qui montent en tuyau et y font plus tranquillement une seconde ponte : les jeunes, moins expérimentées, s’exposent, après une première perte, à une seconde, et font quelquefois jusqu’à trois pontes successives dans les mêmes lieux; mais les dernières ne sont plus que de deux œufs ou même d’un seul.
Les petits vanneaux, deux ou trois jours après leur naissance, courent dans l'herbe et suivent leurs père et mère; ceux-ci, à force de sollicitude, trahissent souvent leur petite famille, et la décèlent en passant et repassant sur la tête du chasseur avec des cris inquiets, qui redoublent à mesure qu’on approche de l'endroit où les petits se sont tapis à terre au premier signe d'alarme.
Ces oiseaux passent pour inconstans, et en effet ils ne se tiennent guère plus de vingt-quatre heures dans le même canton; mais cette inconstance est fondée sur un besoin réel; un canton épuisé de vers en un jour, le lendemain la troupe est forcée de se transporter ailleurs. Au mois d'octobre, les vanneaux sont très gras; c'est le temps où ils trouvent la plus ample pâture, parce que, dans cette saison humide, les vers sortent de terre à milliers; mais les vents froids qui soufflent vers la fin de ce mois, en les faisant rentrer en terre, obligent les vanneaux à rentrer.
A la fin de l’hiver , ils paraissent à milliers dans nos provinces de Brie et de Champagne ; on en fait des chasses abondantes; il s’en prend des volées au filet à miroir. On le tend pour cela dans une prairie; on place entre les nappes quelques vanneaux empaillés, et un ou deux de ces oiseaux vivans pour servir d'appelans, ou bien l’oiseleur, caché dans sa loge, imite leur cri de réclame avec un appeau de fine écorce: à ce cri perfide , la troupe entière s’abat et donne dans les filets.
Le vanneau est un gibier assez estimé ; cependant ceux qui ont tiré la ligne délicate de l’abstinence pieuse l’ont , comme par faveur, admis parmi les mets de la mortification.
Il n’y a pas de différence de grandeur entre le mâle et la femelle; mais il y en à quelques-unes dans les couleurs du plumage. Ces différences reviennent, en général, à ce que les couleurs de la femelle sont plus faibles, et que les parties noires sont mélangées de gris ; sa huppe est aussi plus petite que celle du mâle , dont la tête paraît être un peu plus grosse et plus arrondie. La plume de ces oiseaux est épaisse, et son duvet bien fourni; ce duvet est noir, près du
corps ; le dessous et le bord des ailes, vers l'épaule, sont blancs, ainsi que le ventre, les deux plumes extérieures de la queue, et la première moitié des aulires ; il y à un point blanc de chaque côté du bec, et un trait de même couleur sur l’œil en façon de sourcil. Tout le reste du plumage est d’un fond noir mais enrichi de beaux reflets d’un luisant métallique , changeant en vert et en rouge doré, particulièrement sur la tête et les ailes. Le noir sur la gorge et le devant du cou est mêlé de blanc par taches : mais ce noir forme seul sur la poitrine un large plastron arrcadi; il est ainsi que le noir des pennes de l'aile lustré de vert bronzé. Les couvertures de la queue sont rousses, la huppe n’est point implantée sur le front, mais à l’occiput, ce qui lui donne plus de grâce ; elle est composée de cinq ou six brins délicats, effilés, d’un beau noir dont les deux supérieurs couvrent les autres, et sont beaucoup plus longs. La longueur totale de l'oiseau est de onze ou douze pouces, etsa grosseur approche de celle du pigeon commun.
On peut garder les vanneaux en domesticité; il faut les nourrir de cœur de bœuf dépecé en filets. Quelquefois on en met dans les jardins, où ils servent à détruire les insectes ; ils y restent volontiers, et ne cherchent point à s’en-
fuir.
HUITRIER.
L’huîtrier (1) est de la grandeur de la corneille. Son bec, long de quatre pouces, est rétréci et comme comprimé verticalement au-dessus des narines, et aplati par les côtés, en manière de coin, jusqu’au bout, dont la coupe carrée forme un tranchant; structure particulière qui rend ce bec tout-à-fait propre à
(1) Quelquefois Lécasse de mer; en anglais, sea-pie, oyster catcher; en Islande, tilldur (le mâle), tilldra (la femelle), ce qui indiquerait une différence extérieure entre le mâle et la femelle, dont les auteurs ne parlent pas; en latin de nomenclature, ostralega, et, par un nom formé du grec, mais
qui ne caractérise point en particulier cet oiseau, kæmatopus.
détacher, soulever , arracher du rocher et des sables les huîtres et les autres coquillages dont l’huîtrier se nourrit.
Il est du petit nombre des oiseaux qui n’ont que trois doigts.
Les oiseaux qui sont dispersés dans nos champs, ou retirés sous l’ombrage de nos forêts, habitent les lieux les plus rians et les retraites les plus paisibles de la nature : mais elle n’a pas fait à tous cette douce destinée ; elle en a confiné quelques-uns sur les rivages solitaires, sur la plage nue que les flots de la mer disputent à la terre, sur ces rochers contre lesquels ils viennent mugir et se briser, et sur les écueils isolés et battus de la vague bruyante.
Dans ces lieux déserts et formidables pour tous les autres êtres, quelques oiseaux, tels que l’huîtrier, savent trouver la subsistance et la sécurité. Celuiei vit de vers marins, d'huitres, de patelles et autres coquillages qu’il ramasse dans les sables du rivage. Il se tient constamment sur les bancs, les récifs découverts à basse mer, sur les grèves, où il suit le reflux, et ne se retire que sur les falaises, sans s'éloigner jamais des terres ou des rochers.
Cet oiseau ne se voit que rarement sur la plupart de nos côtes: cependant on le connaît en Saintonge et en Picardie; il pond même quelquefois sur les côtes de cette dernière province, où il arrive en troupes très considérables par les vents d’est et de nord-ouest. Ces oiseaux s’y reposent sur les sables du rivage, en attendant qu’un vent favorable leur permette de retourner à leur séjour ordinaire. On croit qu’ils viennent de la Grande-Bretagne, où ils sont en effet fort communs , particulièrement sur les côtes occidentales de cette île. Ils se sont aussi portés plus avant versle Nord; car on les trouve en Gothland, dans l’île d'Oeland, dans les îles du Danemark, et jusqu’en [Islande et en Norwège. On en a vu sur les côtes de la terre de Feu, sur celles du détroit de Magellan , et à la baie d’Usky, dans la Nouvelle-Zélande, etc. , etc. Ainsi l'espèce de l’huîtrier peuple tous les rivages de l’ancien continent, et l’on ne doit pas être étonné qu’il se retrouve dans le nouveau.
Des trois doigts de l’huîtrier , deux, l'extérieur et celui du milieu, sont unis jusqu’à la première articulation , par une membrane, et tous sont entourés d’un bord membraneux. Il a les paupières rouges comme le bec, et l'iris d’un jaune doré ; au-dessous de chaque œil est une petite tache blanche. La tête, le cou, les épaules sont noirs, ainsi que le manteau des ailes; mais ce noir est plus foncé dans le mâle que dans la femelle. Il y a un collier blanc sous la gorge. Tout le dessous du corps, depuis la poitrine, est blanc, ainsi quele bas du dos, et la moitié de la queue, dont la pointe est noire; une bande blanche, formée par les grandes couvertures , coupe dans le noir brun de l'aile. Les pieds, avec