CB
Le castagneux (1) est un grèbe beaucoup moins grand que tous les autres : on peut même ajouter, qu'à l'exception du petit pétrel , c’est le plus petit de tous les oiseaux navigateurs : il ressemble aussi au pétrel par le duvet dont il est couvert au lieu de plumes. Du reste il a le bec, les pieds et tout le corps entièrement conformés comme les grèbes. Il porte à-peu-près les mêmes cou-
(1) En latin, colymbus ; en anglais, dobchick-diver, arsfoot-diver, greet loon-diver; en allemand,
deucchel ; à Venise, fisanelle,
leurs , mais comme il a du brun châtain ou couleur de marron sur le dos, on Jui a donné le nom de castagneux. Dans quelques individus , le devant du corps est gris, et non pas d’un blanc lustré ; d’autres sont plus noirâtres que bruns sur le dos. Le castagneux n’a pas plus que le grèbe la faculté de se tenir et de marchersur la terre; ses jambes traînantes et jetées en arrière ne peuvents’'y soutenir ; et ne lui servent qu’à nager. Il a peine à prendre son vol; mais, une fois élevé, il ne laisse pas d’aller loin. On le voit sur les rivières tout l'hiver , temps auquel il est fort gras ; mais, quoiqu’on l'ait nommé grèbe de rivière, on en voit aussi sur la mer, où il mange des chevrettes, des éperlans, des petites écrevisses et du menu poisson ; les deux; jambes sont attachées à l'arrière du corps par une membrane qui déborde quand les jambes s'étendent ; et qui est attachée fort près de l'articulation du tarse.
Par sa conformation, le castagneux ne peut être qu'un habitant des eaux : ses jambes, placées tout-à-fait en arrière, et presque enfoncées dans le ventre, ne laissent paraître que des pieds en forme de rames, dont la position et le mouvement naturel sont de se jeter en dehors et ne peuvent soutenir à terre le corps de l'oiseau que quand il se tient droit à plomb. Dans cette position, on conçoit que le battement des ailes, au lieu de l’élever en l'air, le renverse en avant, les jambes ne pouvant seconder l'impulsion que le corps reçoit des ailes : ce n’est que par un grand effort qu’il prend son vol à terre ; et comme s’il sentait combien il y est étranger, on a remarqué qu’il cherche à léviter, et il nage toujours contre le vent. Lorsque par malheur la vague le porte sur le rivage, il y reste en se débattant, et faisant des pieds et des ailes des efforts presque toujours inutiles pour s'élever dans l'air ou retourner à l'eau. On le prend souvent à la main, malgré les violens coups de bec dont il se défend. Son agilité dans l’eau est aussi grande que son impuissance sur terre; il nage, il plonge, fend l'onde, et court à sa surface en effleurant les vagues avec une surprenante rapidité; on prétend même que ces mouvemens ne sont jamais plus vifs, plus prompts et plus rapides que lorsqu'il est sous l’eau ; il y poursuit les poissons jusqu'à une très grande profondeur.
Les castagneux fréquentent également la mer et les eaux douces. Il y en a plusieurs espèces sur nos mers de Bretagne, de Picardie et dans la Manche. Cet oiseau est plus gros que la foulque ; sa longueur du bec au croupion, est d’un pied cinq pouces, et du bec aux ongles, d’un pied neuf à dix pouces. Il a tout le dessus du corps d’un brun foncé, mais lustré, et tout le devant d’un très beau blanc argenté. Comme tous les autres grèbes, il a la tête petite, le bec droit et pointu. Les ailes sont courtes et peu proportionnées à la grosseur du corps.
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