‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 150 sur 171 · PÉLICAN · texte numérisé non relu

PÉLICAN

Le pélican (1) égale ou même surpasse en grandeur le cygne, et ce serait le plus grand des oiseaux d’eau si l’albatrosse n’était pas plus épais, et si le flammant n'avait pas les jambes beaucoup plus hautes. Le pélican les a au contraire

(1) En latin, onocrotalus ; en ancien latin, truo; en espagnol, groto; en italien, agrotto ; à

très basses, tandis que ses ailes sont si largement étendues, que l’envergure en est de onze ou douze pieds. Il se soutient très aisément et très long-temps dans l'air ; il s’y balance avec légèreté, et ne change de place que pour tomber à plomb sur sa proie, la violence du choc et la grande étendue des ailes qui frappent et couvrent la surface de l’eau la font bouillonner, tournoyer, et étourdissent en même temps le poisson, qui dès-lors ne peut fuir.

C’est de cette manière que les pélicans pêchent lorsqu'ils sont seuls : mais en troupes ils savent varier leurs manœuvres et agir de concert; on les voit se disposer en ligne et nager de compagnie en formant un grand cercle qu'ils resserrent peu-à-peu pour y renfermer le poisson et se partager la capture à leur aise.

Ces oiseaux prennent, pour pêcher, les heures du matin et du soir, où le poisson est le plus en mouvement, et choisissent les lieux où il est le plus abondant; c’est un spectacle de les voir raser l’eau, s'élever de quelques piques audessus, et tomber le cou raide et leur sac à demi plein, puis se relevant avec effort retomber de nouveau, et continuer ce manège jusqu'à ce que cette large besace soit entièrement remplie; il vont alors manger et digérer à l’aise sur quelque pointe de rocher, où ils restent en repos et comme assoupis jusqu’au soir.

Cet oiseau doit être un excellent nageur : il est parfaitement palmipède , ayant les quatre doigts réunis par une seule pièce de membrane. Il paraît aussi que c'est avec l’âge qu'il prend cette belle teinte de couleur rose tendre et comme transparente , qui semble donner à son plumage le lustre d'un vernis.

La tête est aplatie par les côtés; les yeux sont petits et placés dans deux larges joues nues. Les couleurs du bec sont du jaune ou du rouge pâle sur un fond gris : Ce bec est aplaii en dessus comme une large lame relevée d’une arête sur sa longueur, et se terminant par une pointe en croc; le dedans de cette lame présente cinq nervures saillantes ; la mandibule inférieure ne consiste qu’en deux branches flexibles qui se prêtent à l'extension de la poche membraneuse qui leur est attachée, et qui pend au-dessous comme un sac en forme de nasse. Cette poche peut contenir plus de vingt pintes de liquide ; elle est si large et si longue, qu’on y peut placer le pied ou y faire entrer le bras jusqu’au coude. Ellis dit avoir vu un homme y cacher sa tête; ce qui ne

Rome, truo; et vers Sienne et Mantoue, agrotti; en anglais, pelecane; en allemand, meergans ,

schneegans ; et en Autriche , ohnvogel.

nous fera pourtant pas croire ce que dit Sanctius, qu'un de ces oiseaux laissa tomber du haut des airs un enfant nègre qu’il avait emporté dans son sac.

Ce gros oiseau paraît susceptible de quelque éducation et même d’une certaine gaîté, malgré sa pesanteur; il n’a rien de farouche , et s’habitue volontiers avec l’homme.

Il paraît qu'it serait possible de tirer parti de l'instinct du pélican , qui n’avale pas sa proie d’abord , mais l’accumule en provision, et qu’on pourrait en faire, comme du Cormoran, un pêcheur domestique, et l’on assure que les Chinois y ont réussi. Labat raconte aussi que des sauvages avaient dressé un pélican qu'ils envoyaient le matin après l'avoir rougi de rocou , et qui le soir revenait au carbet, le sac plein de poissons , qu'ils lui faisaient dégorger.

Le nid du pélican se trouve communément au bord des eaux; il le pose à plate terre.

Cet oiseau, aussi vorace que grand déprédateur, engloutit dans une seule pêche autant de poisson qu’il en faudrait pour le repas de six hommes. Il avale aisément un poisson de sept ou huit livres.

Le pélican mange de côté, et quand on lui jette un morceau, il le happe. Cette poche où il emmagasine toutes ses captures est composée de deux peaux : l'interne est continue à la membrane de l’œsophage; l’extérieure n’est qu’un prolongement de la peau du cou; les rides qui la plissent servent à retirer le sac, lorsque étant vide il devient flasque. On se sert de ces poches de pélican comme de vessies pour enfermer le tabac à fumer : aussi les appelle-t-on, dans nos îles, blagues ou hlades, du mot anglais h/adder, qui signifie vessie. Quelques marins s’en font des bonnets.

Il semble que la nature ait pourvu, par une attention singulière, à ce que le pélican ne füt point suffoqué quand, pour engloutir sa proie, il ouvre à l’eau sa poche tout entière ; la trachée-artère, quittant alors les vertèbres du cou, se jette en devant, et s’attachant sous cette poche, y cause un gonflement très sensible : en même temps deux muscles en sphincter resserrent l’œsophage de manière à fermer toute entrée à l’eau. Au fond de cette même poche est cachée une langue si courte. qu’on a cru que l'oiseau n’en avait point. Les narines sont aussi presque invisibles et placées à la racine du bec.

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