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Le cormoran (1) est un assez grand oiseau à pieds palmés, aussi bon plongeur que nageur, et grand destructeur de poisson. Il est à-peu-près de la grandeur de l’oie, mais d’une taille moins fournie, plutôt mince qu'épaisse, et allongée par une grande queue plus étalée que ne l’est communément celle des oiseaux d’eau : cette queue est composée de quatorze plumes raides comme celles de la queue du pic; elles sont, ainsi que presque tout le plumage, d’un noir lustré de vert.
Le manteau est ondé de festons noirs sur un fond brun : mais ces nuances varient dans différens individus. Une peau également nue garnit le dessous du bec, qui est droit jusqu’à la pointe, où il se recourbe fortement en un croc très aigu.
Cet oiseau est du petit nombre de ceux qui ont les quatre doigts assujettis et liés ensemble par une membrane d’une seule pièce, et dont le pied, muni de cette large rame, semblerait indiquer qu'il est très grand nageur : cependant il reste moins dans l’eau que plusieurs autres oiseaux aquatiques dont la palme n’est ni aussi continue ni aussi élargie que la sienne; il prend fréquemment son essor et se perche sur les arbres,
Le cormoran a la tête sensiblementaplatie, comme presque tous les oiseaux plongeurs; les yeux sont placés très en avant et près des angles du bec, les pieds sont noirs , courts et très forts ; le tarse est fort large et aplati latéralement; l’ongle du milieu est intérieurement dentelé en forme de scie, comme celui du héron ; les bras des ailes sont assez longs , mais garnis de pennes courtes ; ce qui fait qu'il vole pesamment.
(x) En latin , corvus aquaticus; en italien, corvo marino ; en espagnol, cuervo calvo; en allemand, scarb, wasserrabe ; en anglais, cormorant ; dans quelques-unes de nos provinces de France,
crot- pescherot.
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Le cormoran est d’une telle adresse à pêcher, et d'une si grande voracité , que , quand il se jette sur un étang, il y fait lui seul plus de dégât qu’une troupe entière d’autres oiseaux pêcheurs. Heureusement il se tient presque toujours au bord de la mer, et il est rare de le trouver dans les contrées qui en sont éloignées. Comme il peut rester long-temps plongé, et qu'ilnage sous l’eau avec la rapidité d’un trait, sa proie ne lui échappe guère, et il revient presque toujours sur l’eau avec un poisson au travers de son bec.
Pour l’avaler, il fait un singulier manège; il jette en l’air son poisson, et il a l’adresse de le recevoir la tête la première , de manière que les nageoires se couchent au passage du gosier, tandis que la peau membraneuse qui garnit le dessous du bec, prête et s'étend autant qu'il est nécessaire, pour admettre et laisser passer le corps entier du poisson, qui souvent est fort gros en comparaison du cou de l'oiseau.
Dans quelques pays , comme à la Chine, et autrefois en Augleterre, on a su mettre à profit le talent du cormoran pour la pêche, et en faire, pour ainsi dire, un pêcheur domestique , en lui bouclant d’un anneau le bas du cou pour lempêcher d’avaler sa proie , et l’accoutumant à revenir à son maître en rapportant le poisson qu'il porte dans le bec.
On voit sur les rivières de la Chine des cormorans ainsi bouclés , perchés sur l'avant des bateaux , s’élancer et plonger au signal qu’on donne en frappant sur l’eau un coup de rame, et revenir bientôt en apportant leur proie qu'on leur Ôte du bec. Cet exercice se continue jusqu’à ce que le maître, content de la
pêche de son oiseau, lui délie le cou et lui permette d’aller pêcher pour son propre compte.