‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 152 sur 171 · OISEAU DU TROPIQUE · texte numérisé non relu

OISEAU DU TROPIQUE

La grosseur de l'oiseau du tropique (1) est à-peu-près celle d’un pigeon com-

(1) Paille-en-cul, fétu-en-cul, queue de flèche ; ea anglais, the tropic bird ; en hollandais, pilstaart ; en espagnol, rabo de junco ; en latin moderne, lepturus.

OISEAUX, FR Ve

+ pie

mun. Le beau blanc de son plumage suffirait pour le faire remarquer, mais son caractère le plus frappant est un double long brin qui ne paraît quecomme une paille implantée à sa queue ; ce qui lui a fait donner le nom de paille-en-queue. Ce double long brin est composé de deux filets , chacun formé d’une côte de plume presque nue et seulement garnie de petites barbes très courtes. Les habitans d'Otaïti et des autres îles voisines ramassent ces longues plumes dans leurs bois, et en forment des touffes et des panaches pour leurs guerriers ; les Caraïbes des îles de l'Amérique se passent ceslong brins dans la cloison du nez pour se rendre plus beaux ou plus terribles. |

Nous avons vu des oiseaux se porter du nord au midi, et parcourir d’un vol libre tous les climats de la terre. et des mers ; nous en verrons d’autres confinés aux régions polaires, comme les derniers enfans de la nature mourante, sous cette sphère de glace : celui-ci semble, au contraire , attaché au char dusoleil sous la zone brülante que bornent les tropiques. Volant sans cesse sous ce ciel enflammé , sans s’écarter des deux lignes extrêmes de la route du grand astre, il annonce aux navigateurs leur prochain passage sous ces lignes célestes : aussi sous lui ont donné le nom d'oiseau dutropique , parce que son apparition indique l'entrée dela zone torride, soit qu'on arrive par le côté du nord ou par celui du sud, dans toutes les mers du monde, que cet oiseau fréquente également.

C'est:même aux îles les plus éloignées et jetées le plus avant dans l'Océan équinoxial des deux Indes, telles que l’Ascension, Sainte-Hélène, Rodrigue, les îles de France et de Bourbon, que ces oiseaux semblent s'arrêter de préférence. Quoique leur apparition soit regardée comme un signe de la proximité de quelque terre, il est certain qu'ils s’en éloignent quelquefois à des distances prodigieuses , et qu'ils se portent ordinairement au large à plusieurs centaines de lieues.

Indépendamment d'un vol puissant et très rapide, ces oiseaux ont , pour fournir ces longues traites , la faculté de se reposer sur l’eau. Ils ont beaucoup de rapports avec les hirondelles de mer , ils leur ressemblent par la longueur des ailes, qui se croisent sur la queue lorsqu'ils sont en repos; et encore par la forme du bec, qui néanmoins est plus fort, plus épais, et légèrement dentelé sur les bords.

On conçoit aisément qu’un oiseau d’un vol aussi haut, aussi libre, aussi vaste , ne puisse s’accommoder de la captivité ; d’ailleurs ses jambes courtes et placées en arrière le rendent peu agile à terre. On a vu quelquefois ces oiseaux, fatigués ou déroutés par les tempêtes , venir se poser sur le mât des vaisseaux, el se laisser prendre à la main.

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