GRANDE HIRONDELLE DE MER
(el. 33.)
Le nom de Pierre-Garin (1) a été donné à une petite famille d'oiseaux pécheurs, qui ressemblent à nos hirondelles par leurs longues ailes et leur queue fourchue, et qui, par leur vol constant à la surface des eaux, représentent assez bien sur la plaine liquide, les allures des hirondelles de terre dans nos campagnes et autour de nos habitations. Ces rapports de forme et d’habitudes naturelles leur ont fait donner, avec quelque fondement, le nom d’hirondelles, malgré les différences essentielles de la forme du bec et de la conformation des pieds, qui, dans les hirondelles de mer, sont garnis de petites membranes retirées entre les doigts, etne leur servent pas pour nager. Ils font usage de leurs ailes larges et échancrées pour planer, cingler, plonger dans l’air, en élevant, rabaissant, coupant, croisant leurs vols de mille et mille manières, suivant que le caprice, la gaîté ou l'aspect de la proie fugitive dirigent leurs mouvemens : ils ne la saisissent qu’au vol, ou en se posant un instant sur l’eau sans la poursuivre à la nage; car ils n'aiment point à nager, quoique leurs pieds à demi membraneux puissent leur donner cette facilité.
Ils résident ordinairement sur les rivages de la mer, et fréquentent aussi les lacs et les grandes rivières. Ces hirondelles de mer jettent en volant de grands cris aigus et perçans, comme les martinets, surtout lorsque par un temps calme elles s'élèvent en l'air à une grande hauteur, ou quand elles s’attroupent en été pour faire de grandes courses. Elles arrivent par troupes sur nos côtes de l'O-
(x) En anglais, see-swallow ; en allemand, see-schwalbe ; en suédois et dans d’autres langues du Nord, taern, lerns, stirn, d'où Turner a dérivé le nom de sterra, adopté par les nomenclateurs pour distinguer ce geure d'oiseaux, Sur nos côtes de l'Océan, les hirondelles de mer s'appellent
goélettes ;
céan au commencement de mai; la plupart y demeurent, et n’en quittent pas les bords ; d’autres voyagent plus loin, et vont chercher les lacs, les grands étangs, en suivant les rivières ; partout elles vivent de petite pêche, et même quelquesunes gobent en l’air les insectes volans.
Le bruit des armes à feu ne les effraie pas : ce signal de danger, loin de les écarter, semble les attirer ; car à l'instant où le chasseur en abat une dans la troupe, les autres se précipitent en foule à l’entour de leur compagne blessée, et tombent avec elle jusqu’à fleur d’eau.
Au reste, les pieds de l’'hirondelle de mer ne diffèrent de ceux de l’hirondelle de terre qu’en ce qu’ils sont à demi palmés; car ils sont de même très courts, très petits et presque inutiles pour la marche. Les ongles pointus qui arment les doigts ne paraissent pas plus nécessaires à l’hirondelle de mer qu’à celle de terre, puisque toutes deux saisissent également leur proie avec le bec: celui des hirondelles de mer est droit , effilé en pointe, lisse sans dentelures, et aplati par les côtés. Les ailes sont si longues, que l'oiseau en repos paraît en être embarrassé, et que dans l’air il semble être tout aile.
Les pierre-garins sont des oiseaux aussi vifs que légers, des pêcheurs hardis et adroits ; ils se précipitent dans la mer sur le poisson qu’ils guettent, et, après avoir plongé , serelèvent et souvent remontent en un instant à la même hauteur où ils étaient en l'air. Ils digèrent le poisson presque aussi promptement qu’ils le prennent; car il se fond en peu de temps dans leur estomac: la partie qui touche le fond du sac se dissout la première, et l’on a observé ce même effet dans les hérons et dans les mouettes ; mais la force digestive est si grande, dans ces hirondelles de mer, qu’elles peuvent aisément prendre un second repas une heure ou deux après le premier. Celles que l’on prend et qu’on nourrit quelquefois dans les jardins ne refusent pas de manger de la chair, mais il ne paraît pas qu'elles y touchent dans l’état de liberté.
Chaque femelle dépose dans un petit creux, sur le sable nu, deux ou trois œufs fort gros, eu égard à sa taille ; le canton de sable qu’elles choisissent pour cela est toujours à l'abri du vent du nord, et au-dessous de quelques petites dunes. Si l’on approche de leurs nichées, les pères et mères se précipitent du haut de l'air sur les assaillans, et poussent de grands cris redoublés d'inquiétude et de colère.