GOËLAND À MANTEAU NOIR
Ce goëland (1) a deux pieds et quelquefois deux pieds et demi de longueur. Un grand manteau d'un noir ou noiràtre ardoisé lui couvre son large dos; tout le reste du plumage est blanc. Son bec, fort et robuste, long de trois pouces et demi, est jaunàtre , avec une tache rouge à l'angle saïllant de la mandibule inférieure ; la paupière est d’un jaune aurore, les pieds, avec leur membrane, sont d’une couleur de chair blanchôtre et comme farineuse.
Le cri du grand goëland, est un son enroué, qua, qua, qua, prononcé d’un ton rauque et répété fort vite : mais l'oiseau ne le fait pas entendre fréquemment.
Tous les goëlands sont voraces et criards, on peut dire que ce sont les vautours de la mer; ils la nettoient des cadavres de toutes espèces qui flottent à la surface, ou qui sont rejetés sur les rivages : aussi lâches que gourmands, ils n’attaquent que les animaux faibles, et ne s’acharnent que sur les corps morts. Leur port ignoble, leurs cris importuns, leur bec tranchant et crochu, présentent les images désagréables d'oiseaux sanguinaires et bassement cruels : aussi les voit-on se battre avec acharnement entre eux pour la curée; et même lorsqu'ils sont renfermés et que la captivité aigrit encore leur humeur féroce $ ils se blessent sans motif apparent , et le premier dont le sang coule devient la victime des autres. Cet excès de cruauté ne se manifeste guère que dans les grandes espèces ; mais toutes, grandes et petites, étant en liberté, s’épient, se guettent sans cesse pour se piller et se dérober réciproquement la nourriture ou la proie.
Tout convient à leur voracité : le poisson frais ou gâté; la chair sanglante,
(1) En latin, larus et gravia; sur nos côtes de la Méditerranée gabian, sur celles de l'Océan, mauve ; en allemand, mew, meuwe (miauleur, de meuwen, miauler); en groënlandais, apa, selon Eg -
vede ; zayiat dans Anderson,
récente ou corrompue ; les écailles, les os même, tout se digère ou se consume dans leur estomac : ils avalent l’amorce et l’hameçon; ils se précipitent avec tant de violence, qu'ils s’enferrent eux-mêmes sur une pointe que le pêcheur place sous le hareng qu’il leur offre en appät, il suffit d’une planche peinte de quelques figures de poissons, pour que ces oiseaux viennent s’y briser.
Les goëlands ont le bec tranchant, allongé, aplati par les côtés, avec la pointe renforcée et recourbée en croc, et un angle saillant à‘la mandibule inférieure. Les goëélands ont les trois doigts engagés par une palme pleine, et le doigt de derrière dégagé, mais très petit. Leur tête est grosse; ils la portent mal et presque entre les épaules, soit qu’ils marchent ou qu'ils soient en repos. Ils courent assez vite sur les rivages, et volent encore mieux au-dessus des flots ; leurs longues ailes qui, pliées, dépassent la queue, et la quantité de plumes dont leur corps est garni, les rendent très légers. Ils sont aussi fournis d’un duvet fort épais, qui est d’une couleur bleuàtre, surtout à l’estomac : ils naissent avec ce duvet; mais les autres plumes ne croissent que tard, et ils n’acquièrent complètement leurs couleurs, c’est-à-dire le beau blanc sur le corps, et le noir ou gris bleuâtre sur le manteau, qu'après avoir passé par plusieurs mues, et dans leur troisième année.
Les goëlands se tiennent en troupes sur les rivages de la mer; souvent on les voit couvrir de leur multitude les écueils et les falaises qu'ils font retentir de leurs cris importuns, et sur lesquels ils semblent fourmiller, les uns prenant leur vol, les autres s’abattant pour se reposer, et toujours en très grand nombre. En général, il n’est pas d'oiseau plus commun sur les côtes, et l’on en rencontre en mer jusqu’à cent lieues de distance. Les plus grandes espèces paraissent attachées aux côtes des mers du Nord. On raconte que les goëêlands des îles de Feroé sont si forts et si voraces, qu’ils mettent souvent en pièces des agneaux, dont ils emportent des lambeaux dans leurs nids.
Dans les mers glaciales, on les voit se réunir en grand nombre sur les cadavres des baleines ; ils se tiennent sur ces masses de corruption sans en craindre l'infection; ils y assouvissent à l’aise toute leur voracité, et en tirent en même temps la pâture de leurs petits. Ces oiseaux déposent par milliers leurs œufs et leurs nids jusque sur les terres glacées des deux zones polaires ; ils ne les quittent pas en hiver, et semblent être attachés au climat où ils se trouvent, et peu sensibles au changement de toute température.