BERNACHE
La bernache (4) est de la famille de l’oie. Elle a la taille plus petite et plus légère, le cou plus grèle, le bec plus court et les jambes proportionnellement
(r) En anglais, bernacle, scoth-goose ; en allemand, baum-ganss. Quelquefois on a désigné la
plus hautes que l’oie ; mais elle en a la figure , le port et toutes les proportions de la forme. Son plumage est agréablement coupé par de grandes pièces de blanc et de noir ; elle a la face blanche+t deux petits traits noirs de l’œil aux narines ; un domino noir couvre le cou et vient tomber , en se coupant en rond, sur le haut du dos et de la poitrine ; tout le manteau est richementondé de gris et de noir, avec un frangé blanc; et tout le dessous du corps est d’un beau blanc moiré.
Parmi les fausses merveilles que l'ignorance a si long-temps mises à la place des faits simples et vraiment admirables de la nature, l’une des plus absurdes peut-être, et cependant des plus célébrées, est la prétendue production des bernaches et des macreuses dans certains coquillages appelés conques anatifères , sur certains arbres des côtes d’Ecosse et des Orcades, ou même dans les bois pourris des vieux navires.
Quelques auteurs ont écrit que les fruits dont la conformation offre d'avance des linéamens d’un volatile, tombés dans la mer, s’y convertissent en oiseaux. Munster, Saxon le grammairien et Scaliger l’assurent ; Fulgose dit même que les arbres qui portent ces fruits ressemblent à des saules, et qu’au bout de leurs branches se produisent de petites boules gonflées , offrant l'embryon d’un canard qui pend par le bec à la branche, et que lorsqu'il est mùr et formé, il tombe dans la mer et s'envole. Vincent de Beauvais aime mieux l’attacher au tronc et à l'écorce , dont il suce le suc , jusqu'à ce que, déjà grand et tout couvert de plumes, il s’en détache. ;
Leslæus , Majolus, Oderic, Torquemada , Chavasseur, l'évêque Olaüs et un Savant cardinal attestent tous cette étrange génération ; et c’est pour la rappeler que l’oiseau porte le nom d'anser arboreus, et l'une des îles Orcades, où ce prodige doit s’opérer, celui de ?omonta,
Pour Cambden, Boëtius et Turnèbe , c'est dans les vieux mâts et autres débris des navires tombés et pourris dans l’eau, qu'ils se forment d’abord comme de petits champignons ou de gros vers, qui, peu-à-peu se couvrant de duvet et de plumes , achèvent leur métamorphose en se changeant en oiseaux.
Enfin chez Cardan, Gyraldus et Mayer qui a écrit un traité exprès sur cet oiseau sans père ni mère, Ce ne sont ni des fruits ni des vers, mais des coquilles qui l’enfantent. Voilà sans doute bien des erreurs sur l’origine des bernaches : mais comme ces fables ont eu beaucoup de célébrité, j'ai cru devoir les rap-
bernache sous le nom de cravant. Barnacle est le nom écossais de l’anser leucopsis, où bernache pro—
prement dite. Xlake, en cette langue, signifie une oïe.
Cl Lie
porter , afin de montrer à quel point une erreur scientifique peut être contagieuse.
Plusieurs anciens naturalistes ont rejeté ces contes et reconnu que les prétendues conques anatifères ne contiennent qu'un animal à coquille d’une espèce particulière. La description que Wormius, Lobel et d’autres font des conques anatifères, et les figures qu’en donnent Aldrovande et Gesner, font très bien reconnaître les coquillages appelés pousse-pieds. Ces coquillages, par leur adhésion à une tige commune, auront pu offrir à des imaginations prévenues les traits d’embryons d'oiseaux attachés et pendans à des branches.
Ænéas Silvius raconte que se trouvant en Écosse, et demandant avec empressement d’être conduit aux lieux où se faisait la merveilleuse génération des bernaches , il lui fut répondu que ce n'était que plus loin, aux Hébrides ou aux Orcades , qu'il pourrait en être témoin : et il ajoute spirituellement qu'il vit bien que le miracle reculait à mesure qu’on cherchait à en approcher.
Comme les bernaches ne nichent que fort avant dans les terres du Nord, les Hollandais , dans une navigation au 80° degré, furentles premiers qui les trouvèrent. Ces oiseaux se rendent en Irlande , et particulièrement dans la baie de Loughfoyle, près de Londonderry. Il est rare qu’ils descendent jusqu’en France: néanmoins il en a été tué un en Bourgogne, où des vents orageux l’avaient jeté
au fort d’un rude hiver.