‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 163 sur 171 · EIDER · texte numérisé non relu

EIDER

L’eider (1) est à-peu-près gros comme l'oie; il a le dos blanc etle ventre noir, ou d’un brun noirâtre : le haut de la tête, ainsi que les pennes de Ia queue et des ailes, sont de cette même couleur, à l'exception des plumes les plus voisines du corps, qui sont blanches. On voit, au bas de la nuque, une

(1) Par quelques-uns, oie à duvet, canard à duvet ; en allemand, eyder-ente, eyder-gans, eyder-

vogel ; en anglais cutbert.duck, edder-fowt,

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large plaque verdâtre, et le blanc de la poitrine est lavé d’une teinte briquetée ou vineuse. La femelle est moins grande que le mâle, et tout son plumage est uniformément teint de roussâtre et de noirâtre, sur un fond gris brun. Dans les deux sexes, on remarque des échancrures en petites plumes rases comme du velours, qui s'étendent du front sur les deux côtés du bec.

C'est cet oiseau qui donne ce duvet si doux, si chaud etsi léger, connu sous le nom d’eider-don; ou duvet d’eider, dont on a fait ensuite édre-don, ou par corruption aigle-don ; sur quoi l’on a faussement imaginé que c'était d’une espèce ‘aigle que se tirait cette plume délicate et précieuse.

Le duvet de l’eider est très estimé, et sur les lieux même, en Norwège et en Islande, il se vend très cher. Cette plume est si élastique et si légère, que deux ou trois livres, en la pressant et la réduisant en une pelote à tenir dans la main, vont se dilater jusqu’à remplir et renfler le couvre-pied d’un grand lit.

Le meilleur duvet, que l’on nomme duvet vif, est celui que l’eider s’arrache pour garnir son nid, et que l’on recueille dans ce nid même. Le duvet pris sur le corps mort est moins bon que celui qui se ramasse dans les nids : soit que, dans la saison de la nichée , ce duvet se trouve dans toute sa perfection, soit qu’en effet l'oiseau ne s’arrache que le duvet le plus fin et le plus délicat, qui est celui qui couvre l'estomac et le ventre.

Il faut avoir attention de ne le chercher et ramasser dans les nids qu'après quelques jours de temps sec et sans pluie.

Les œufs sont au nombre de cinq ou six, d’un vert foncé, et fort bons à manger. Lorsqu'on les ravit , la femelle se plume de nouveau pour garnir son nid et fait une seconde ponte, mais moins nombreuse que la première. Si l’on dépouille une seconde fois son nid, comme elle n’a plus de duvet à fournir , le mâle vient à son secours , et se déplume le ventre , c’est par cette raison que le duvet que l’on trouve dans ce troisième nid est plus blanc que celui qu’on recueille dans le premier. Mais, pour faire cette troisième récolte, on doit attendre que la mère eider ait fait éclore ses petits; car si on lui enlevait cette dernière ponte, qui n’est plus que de deux ou trois œufs , ou même d’un seul, elle quitterait pour jamais la place. Si on la laisse enfin élever sa famille, elle reviendra l’année suivante, en ramenant ses petits, qui formeront de nouveaux couples.

En Norwège et en Islande, c’est une propriété qui se garde soigneusement et se transmet par héritage , que celle d’un canton où les eiders viennent d’habitude faire leurs nids. Les [Islandais font tout ce qu’ils peuvent pour attirer les eiders chacun dans leur terrain ; et quand ils voient que ces oiseaux commen-

cent à s’habituer dans quelques-unes des petites îles où ils ont des troupeaux, ils font bientôt repasser troupeaux et chiens dans le continent, pour laisser le champ libre aux eiders, et les engager à s'y fixer.

Ces peuples ont même formé, à force de travail, plusieurs petites Îles, en coupant et séparant de la grande divers promontoires ou langues deterre avancées dans la mer. C’est dans ces retraites de solitude et de tranquillité que les eiders aiment à s'établir.

Tout ce qui se recueille du duvet est vendu annuellement aux marchands danois et hollandais, qui vont l'acheter à Drontheim et dans les autres ports de Norwège et d'Islande. Sous ce rude climat, le chasseur robuste, retiré sous une hutte , enveloppé de sa peau d'ours, dort d’un sommeil tranquille et profond , tandis que le mol édredon dont il n’a pas voulu pour lui, transporté chez nous sous des lambris dorés, appelle en vain le sommeil sur la tête toujours agitée de l’homme ambitieux.

On voit, dans le temps des nichées, des eiders mâles qui volent seuls, et n’ont point de compagnes ; ce sont ceux qui n’ont pas trouvé à s’apparier, le nombre des femelles étant dans cetté espèce plus petit que celui des mâles.

Au temps de la pariade, on entend continuellement le mâle crier ha ho, d'une voix rauque et comme gémissante ; la voix de la femelle est semblable à celle de la cane commune. Le premier soin de ces oiseaux est de chercher à placer leur nid à l'abri de quelques pierres ou de quelques buissons, et particulièrement des genévriers. Le mâle travaille avec la femelle, et celle-ci s’ar rache le duvet et l’entasse jusqu’à ce qu'il forme tout alentour un gros bourrelet renflé, qu'elle rabat sur ses œufs quand elle les quitte pour aller prendre sa nourriture. Le mâle ne l’aide point à couver, et fait seulement sentinelle aux environs pour avertir si quelque ennemi paraît. Les corbeaux cherchent les œufs ec tuent les petits : aussi la mère se hâte-t-elle de faire quitter lenid à ceux-ci peu d'heures après qu'ils sont éclos, les prenant sur son dos, et d’un vol doux, les transportant à la mer.

À ce moment le mâle la quitte, et ni les uns ni les autres ne reviennent plus à terre; mais plusieurs couvées se réunissent en mer, et forment des troupes de vingt ou trente petits avec leurs mères, qui les conduisent et s'occupent à battre l’eau pour faire remonter , avec la vase et le sable du fond , les insectes et menus coquillages dont se nourrissent les petits, trop faibles encore pour plonger. On trouve ces jeunes oiseaux en mer dans le mois de juillet et même dés le mois de juin, et les Groënlandais comptent leur temps d’été par l'âge des jeunes eiders.

L’eider plonge très profondément à la poursuite des poissons ; il se repaît aussi de moules et d’autres coquillages , et se montre très avide des boyaux de poisson que les pêcheurs jettent de leurs barques.

Les eiders voyagent, et non-seulement quittent un canton pour passer dans un autre, mais aussi s’avancent assez avant en mer pour que l'on ait pu croire qu'ils passaient du Groënland en Amérique. Il s’en trouve jusqu’au Spitzherg , car on reconnait leider dans le canard de montagne de Martens.

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