‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 164 sur 171 · CANARD COMMUN · texte numérisé non relu

CANARD COMMUN

(PI, 36 el 30.)

Le bec du canard (1) comme celui du cygne et de toutes les espèces d’oies, est large , épais, dentelé par les bords, garni intérieurement d’une espèce de palais charnu , rempli d’une langue épaisse et terminé, à sa pointe, par un onglet corné , de substance plus dure que le reste du bec. Tous ces oiseaux ont la queue très courte, les jambes placées fort en arrière et presque engagées dans l'abdomen. De cette position des jambes résulte la difficulté de marcher et de garder l'équilibre sur terre, ce qui leur donne des mouvemens mal dirigés , une démarche chancelante, un air lourd qu’on prend pour de la stupidité , tandis qu’on reconnaît au contraire par la facilité de leurs mouvemens dans l’eau,

la force , la finesse et même la subtilité de leur instinct.

(x) La femelle , cane ; Îe petit, caneton et halbran ; par leslatins, anas ; en italien, axitra, anatre, anadra; en espagnol , anade; en allemand , ent,endt, et autrefois, ant, ant-vogel; le mâle, racha, actscha , par rapport à sa voix enrouée, et par composition etcorruption , extrack , entrich; la fe— melle , erdre ; en Flamand , aente , aende ; en hollandais , le mâle, woordt ou waerdt; la femelle, eendt; en anglais, duck wild-duck(le sauvage), tame-duck (le privé ).

En Normandie , suivant M. Salerne . le canard mâle s'appelle, malart, la cane bourre, et le petit bourret (ces noms appartiennent à la race domestique). Les Allemands les désignent sous les noms de haus-endte , zam-ente ; les Italiens sous ceux que nous avons déjà cités, et plus particulièrement de anitra domestica, Les dénominations suivantes désignent la race sauvage: en allemand , wildeendie, mertb-endte, gross-endte, hagrent ; sur le lac de Constance, lass-ent ; et sur le lac Majeur , spiegel.

ent ; en italien , aritra salyatica, cesone.

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L'homme a fait une double conquête , lorsqu'il s’est assujetti des animaux habitansà-la-fois et des airset de l'eau. Libres sur ces deux vastes élémens, également prompts à prendre les routes de l'atmosphère, à sillonner celles de la mer ou plonger sous les flots, les oiseaux d’eau semblaient devoir lui échapper à jamais, ne pouvoir contracter de société ni d'habitude avec nous, rester enfin éternellement éloignés de nos habitations, et même du séjour de la terre.

Ils n’y tiennent, en effet, que par le seul besoin d’y déposer leur progéniture ; mais c’est par ce besoin même, et par ce sentiment si cher à tout ce qui respire, que nous avons su les captiver sans contrainte , les approcher de nous, et, par l'affection à leur famille, les attacher à nos demeures.

Des œùfs enlevés sur les eaux, du milieu des roseaux et des jones, et donnés à couver àune mère étrangère qui les adoptait, ont d’abord produitdans nos basses-cours des individus sauvages, farouches fugitifs et sans cesseinquiets de trouver leur séjour de liberté ; mais ces mêmes oiseaux, etmieux encore leurs descendars , sont devenus insensiblement plus doux, plus traïtables, et ont produit sous nos yeux des races privées. L'éducation dela famille rend en effet l'affection des parens plus profonde, et lacommunique aux petits qui citoyens, par naissance , d’un séjour adopté par leurs parens, ne cherchent point à en changer ; n’ayant aucune idée d’un état différent ni d’un autre séjour, ils s’attachent au lieu où ils sont nés comme à leur patrie, et cette terre natale leur est chère à eux-mêmes qui l’habitent en esclaves.

L'espèce du canard est partagée en deux grandes tribus ou races distinctes, dont l’une; depuis long-tempsprivée , se propage dans nos basses-cours , en y formant une des plus nombreuses familles de nos volailles; et l’autre nous fuit constamment, se tient sur les eaux, ne fait, pour ainsi dire, que passer et repasser en hiver dans nos contrées ; et s’enfonce au printemps dans les régions du Nord, pour y nicher sur les terres les plus éloignées de l'empire de l’homme.

C’est vers le 15 octobre que paraissent en France les premiers canards : leurs bandes , d’abord petites et peu fréquentes, sont suivies, en novembre, par d’autres plus nombreuses. On reconnaît ces oiseaux dans leur vol élevé, aux lignes inclinées et aux triangles réguliers que leur troupe trace par sa disposition dans l'air.

On prend les canards sauvages au moyen d’hamecçons amorcés de mou de veau, et attachés à un cerceau flottant. Cette chasse est partout une des plus intéressantes de l'automne et du commencement de l'hiver.

De toutes nos provinces, la Picardie est celle où l'éducation des canards

domestiques est la mieux soignée, est où la chasse des canards sauvages est Ia plus fructueuse ; cette chasse s’y fait en grand et dans des anses ou petits golfes’disposés naturellement , ou coupés avec art le long de la rive des eaux et dans l'épaisseur des roseaux.

La pariade dure environ trois semaines. La femelle perce les touffes de joncs, s'y enfonce et les arrange en forme de nid ; quoique la cane sauvage place de préférence sa nichée près des eaux, on ne laisse pas d’en trouver dans les bruyères ou dans les champs, sur les tas de paille que le laboureur y élève en meules. On trouve ordinairement dans chaque nid dix, quinze et quelquefois dix-huit œufs. On a observé que la ponte des vieilles femelles est plus nombreuse et commence plus tôt que celle des jeunes.

Le mâle ne paraît pas remplacer la femelle dans le soin de la couvée; seulement il se tient à peu de distance : il l’accompagne lorsqu'elle va chercher sa nourriture , et la défend de la persécution des autres mâles. L’incubation dure trente jours. Tous les petits naissent dans la même journée, et dès le lendemain la mère descend du nid et les appelle à l’eau. Une fois sortis du nid, ils n'y rentrent plus. Le soir, la mère les rallie et les retire dans les roseaux, où elle les réchauffe sous ses ailes pendant la nuit: tout le jour ils guettent les moucherons et autres menus insectes qui font leur première nourriture ; on les voit plonger, nager et faire mille évolutions sur l'eau, avec autant de vitesse que de facilité.

Pour élever des canards , il faut les établir dans un lieu voisin des eaux, et où des rives spacieuses et libres en gazons et en grèves , leur offrent de quoi paitre, se reposer et s'ébattre ; lorsque le lieu ne fournit pas naturellement quelque courant ou nappe d’eau , il faut y creuser une marre, dans laquelle les canards puissent barboter , nager, se laver et se plonger, exercices absolument nécessaires à leur vigueur et même à leur santé.

Ilne faut pas que l’eau sur laquelle on établira les canards soit infectée de sangsues, elles font périr les jeunes en s’attachant à leurs pieds; et pour les détruire, on peuplera l'étang de tanches ou d’autres poissons qui en font leur pature.

Le temps de l'éclosion est de plus de quatre semaines ; ce temps est le même lorsque c’est une poule qui a couvé les œufs : la poule s'attache par ce soin et devient pour les petits canards une mère étrangère, mais qui n’en est pas moins tendre ; on le voit par sa sollicitude et ses alarmes, lorsque, conduits pour la première fois au bord de l’eau , ils sentent leur élément et s’y jettent poussés par l'impulsion de la nature, malgré les cris redoublés de leur

conductrice qui, du rivage, les rappelle en vain, en s’agitant et se tourmentant comme un mère désolée.

La première nourriture qu'on donne aux jeunes canards est la graine de millet ou de panis, et bientôt on peut leur jeter de l’orge : leur voracité naturelle se manifeste presque en naissant : jeunes ou adultes , ils ne sont jamais rassasiés : ils avalent tout ce qui se rencontre, comme tout ce qu'on leur présente; ils déchirent les herbes, ramassent les graines , ils gobent les insectes et pêchent les petits poissons , le corps plongé perpendiculairement et la queue seule hors de l’eau; ils se soutiennent dans celte attitude forcée pendant plus d’une demi-minute par un battement continuel des pieds.

Les petits canards acquièrent en six mois leur grandeur et toutes leurs cou leurs : ils ont la tête lustrée d’un vert d'émeraude, l'aile ornée d’un brillant miroir. Le demi-collier blanc au milieu du cou, le beau brun pourpré de la poitrine et les couleurs des autres parties du corps sont assortis, nuancés, el font en tout un beau plumage qui est assez connu.

Ces belles couleurs n’ont toute leur vivacité que dans les mâles de la race sauvage ; elles sont toujours plus ternes el moins distinctes dans les canards domestiques. |

En effet, comme tous les autres oiseaux privés, les canards ont subi les influences de la domesticité ; les couleurs du plumage se sont affaiblies, et quelquefois même entièrement effacées ou changées: on en voit de plus ou moins blancs , bruns, noirs ou mélangés ; d’autres ont pris des ornemens étrangers à l'espèce sauvage : telle est la race qui porte une huppe.

La chair du canard est, dit-on, pesante et échauffante; cependant on en fait grand usage, et l’on sait quela chair du canard sauvage est plus fine et de bien meilleur goût que celle du canard domestique. Les anciens le savaient comme nous, car l’on trouve dans Apicius jusqu’à quatre différentes manières de l’assaisonner.

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