CANARD HUPPÉ
Leriche plumage de ce beau canard paraît être une parure recherchée que sa coiffure élégante assortit et rend plus brillante ; une pièce d’un beau roux moucheté de petits pinceaux blancs couvre le bas du cou et la poitrine, l’aile est recouverte de plumes d’un brun qui se fond en noir, et celles des flancs, très finement licerées de petites lignes noirâtres, sur un fond gris, sont rubanées à la pointe de noir et de blanc.
Le dessous du corps du canard huppé est gris blanc de perle; un petit tour de cou blanc remonte en mentonnière sous le bec et jette une échancrure sous l'œil, le dessus de la tête est relevé d’une superbe aigrette de longues plumes blanches, vertes et violettes, pendantes en arrière comme une chevelure, le front et les joues brillent d’un lustre de bronze ; l'iris de l’œil est rouge ; le bec de même avec une tache noire au-dessus.
Ce beau canard est moins grand que le canard commun; et sa femelle est aussi simplement vêtue qu'il est pompeusement paré : elle est presque toute brune. Ces oiseaux aiment à se percher sur les plus hauts arbres ; d’où vient que plusieurs voyageurs les indiquent sous le nom de canards branchus.
CHIPEAU OÙ RIDENNE.
Le canard appelé chipeau (1) n’est pas si grand que notre canard sauvage. Îl
(x) S'appelle ridelle ou ridenne, en Picardie ; en anglais, gadival ou gray ; en allemand, schnarr
ou schnerr-endte ,schnatter-endte, et par quelques-uns einer,
a la tête finement mouchetee et comme piquetée de brun noir et de blanc, la teinte noirâtre dominant sur le haut de la tête et le dessus du cou ; la poitrine est richement festonnée ou écaillée , et le dos et les flancs sont tous vermiculés de ces deux couleurs; sous l’aile sont trois taches ou bandes, l’une blanche, l’autre noire, et la troisième d’un beau marron rougeâtre. La voix de ce canard ressemble fort à celle du canard sauvage; elle n’est ni plus rauque ni plus bruyante.
Le chipeau est aussi habile à plonger qu’à nager ; il évite le coup de fusil en s'enfonçant dans l’eau. Il paraît craintif et vole peu durant le jour; il se tient api dans les jones, et ne cherche sa nourriture que de grand matin ou lesoir, et même fort avant dans la nuit: on l'entend alors voler en compagnie des siffleurs ; et, comme eux, il se prend à l’appel des canards privés. Les canards chipeaux arrivent sur nos côtes de Picardie au mois de novembre, par les vents de nord-est; et lorsque ces vents se soutiennent pendant quelques jours , ils ne font que passer et ne séjournent pas. Dès la fin de février, aux premiers vents du sud, on les voit repasser retournant vers le nord.
Le mâle est toujours plus gros et plus beau que la femelle: il a, comme les canards millouins et siffleurs mâles , le dessous de la queue noir, et dans les femelles cette partie du plumage est toujours de couleur grise.
Le bec de cet oiseau est noir, ses pieds sont d’un jaune sale d'argile, avec les membranes noires. Le mâle à vingt pouces du bec à la queue, et dix-neuf pouces jusqu’au bout des ongles; son vol est de trente pouces.
MILLOUIN.
Le millouin (1) est ce canard que Belon désigne sous le nom de cane à tête rousse. [1 à la tête et une partie du cou d’un brun roux ou marron; cette cou-
(x) En Brie, moreion; en Bourgogne, rougeo ; en catalan bui-xot ; dans le Bolonais co/lo rosso, en allemand, rot-hals, rot-ent., mittel-ente , wilde-grawe endt, braun koepfichte endte; en anglais, pochard, red-leadead widgcon, common grey widgeon.
leur coupée en rond au bas du cou est suivie par du noir qui se coupe de même en rond sur la poitrine et le haut du dos: l'aile est d’un gris teint de noirûtre et sans miroir; le dos et les flancs sont joliment ouvragés d’un liseré très fin, qui court transversalement par petits zigzags noirs dans un fond gris de perle, la tête de la femelle n’est pas rousse comme celle du mâle, et n’a que quelques taches roussâtres.
Le millouin est de la grandeur du tadorne , mais sa taille est plus lourde; sa forme trop ronde lui donne un air pesant ; il marche avec peine et de mauvaise grace , et il est obligé de battre de temps en temps des ailes pour conserver l’é quilibre sur terre.
Son cri ressemble plus au sifflement grave d’un gros serpent qu’à la voix d’un oiseau; son bec large et creux est très propre à fouiller dans la vase , pour y trouver des vers et pour pêcher des petits poissons et des crustacés.
Ces oiseaux appartiennent au nord, ils mangent beaucoup et digèrent aussi promptement que le canard.
L'espèce du millouin est, après celle du canard sauvage, la plus nombreu:e. Il arrive en Brie, à la fin d'octobre, par troupes de vingt à quarante, il a le vol plus rapide que le canard, etle bruit que fait son aile est tout différent; la troupe forme en l’air un peloton serré, sans former des triangles comme les canards sauvages. À leur arrivée ils sont inquiets, ils s’abattent sur les grands étangs ; l'instant d’après ils en partent, en font plusieurs fois le tour au vol, se posent une seconde fois pour aussi peu de temps, disparaissent, reviennent une heure après, et ne se fixent pas davantage.
On ne les approche pas facilement sur les grands étangs.
TADORNE.
Le tadorne (1) est le seul palmipède auquel on puisse trouver avec le renard
un rapport singulier , qui est de se giter comme lui dans un terrier. C'est sans
(x) Enlatin, vulpanser et anas strepera ; en allemand, bergenten et fuchs-gans, noms qui répon-
doute pour cette habitude naturelle qu’on a désigné le tadorne par la dénomi - ‘nation de renard-ote; non-seulement cet oiseau gîte comme le renard, mais il niche et fait sa couvée dans des trous qu’il dispute et enlève ordinairement aux lapins.
Elien attribue au vulpanser l'instinct de venir, comme la perdrix, s'offrir sous les pas du chasseur pour sauver ses petits ; les Egyptiens, qui avaient mis cet oiseau au nombre des animaux sacrés, le figuraient dans les hiéroglyphes pour signifier la tendresse généreuse d’une mère.
Les dénominations données à cet oiseau dans les langues du nord, fuchegans ou plutôt fuchs-ente en allemand (canard-renard ) , en anglo-saxon bergander (canard montagnard), en anglais burrough-duck (canard-lapin ), n’altestent pas moins que son ancien nom l'habitude singulière de demeurer dans des terriers pendant tout le temps de la nichée. Il est un peu plus grand que le canard commun , et il a les jambes un peu plus hautes ; mais, du reste, sa figure, son port et sa conformation sont semblables, et il n’en diffère que par son bec, qui est plus relevé, et par les couleurs de son plumage, qui sont plus vives, plus belles, et qui, vues de loin , ont le plus grand éclat. La femelle est sensiblement plus petite que le mâle, auquel du reste elle ressemble même parles couleurs ; on remarque seulement que les reflets verdàtres de la tête et des ailes sont moins apparens que dans le mâle.
Le duvet de ces oiseaux est très fin et très doux: les pieds et leurs membranes sont de couleur de chair. Le bec est rouge, mais l’onglet de ce bec et les narines sont noirs.
Les tadornes que nous avons vus ne nous ont pas paru d’un naturel sauvage ; ils se laissaient prendre aisément et ne faisaient presque pas d'efforts pour s’échapper. Ils mangeaient du pain, du son, du blé, et même des feuilles de plantes et d’arbrisseaux. Leur cri ordinaire est assez semblable à celui du canard. Ils se baignent fort souvent, surtout dans les temps doux et à l’approche de la pluie ; ils nagent ense berçant sur l’eau; et lorsqu'ils abordent à terre, ils se dressent sur leurs pieds, battent des ailes etse secouent comme les canards , ils arrangent aussi très souvent leur plumage avec le bec.
Ainsi les tadornes , qui ressemblent beaucoup aux canards par la forme du corps, leur ressemblent aussi par les habitudes naturelles. Comme ils ne sont pas difficiles à priver, que leur beau plumage se remarque de loin et fait untrès
dent à celui de vu/panser; en anglais, schel-drake, burrough-duck, berg-ander; sur nos côtes de Pi-
cardie, Lerclan.
bel effet sur les pièces d'eau, il serait à desirer que l’on püt obtenir une race domestique de ces oiseaux; mais ce ne pourrait être que dans les terrains très voisins des eaux salées qu’on pourrait tenter leur multiplication en domesticité avec espérance de succès.