OIE
L'espèce de l’oie (1) est partagée en deux races ou grandes tribus; dont l’une depuis long-temps domestique, s’est affectionnée à nos demeures, et a été propagée, modifiée par nos soins; et l’autre, beaucoup plus nombreuse, nous a échappée, er est restée libre et sauvage. L’oie sauvage est maigre et de taille plus légère que l'oie domestique. L'oie sauvage à le dos d’un gris brunûtre, le ventre blanchâtre , et tout le corps nué d’un blanc roussâtre, dont le bout de chaque plume est frangé, Dans l'oie domestique, cette couleur roussâtre a varié; elle a pris des nuances de brun ou de blanc; elle a même disparu entièrement dans la race blanche. Quelques-unes ont acquis une huppe sur la tête. Dans les pays où l'on fait de grandes éducations d’oies, tout le soin qu'on leur donne pendant la belle saison consiste à les rappeler le soir à la (erme, et à leur offrir des réduits commodes et tranquilles pour faire leur ponte et leur nichée; ce qui suffit, avec l’asile et l'aliment qu’elles y trouvent en hiver, pour les affectionner à leur demeure et les empêcher de déserter ; le reste
(x) En ancien français , oué; le mâle, jars; etle petit, oison; en latin, anser ; en italren , oc, papara; en allemand, gans, ganser, ganserich, et le jeune, ganselin ; en espagnol, ganso , pato ; le mâle, ersar, ensarea où bivar, et le jeune, patico, hijo de pato ; en anglais, goose, geese.
Ces noms se rapportent à la race domestique de l’oie ; les phrases et les noms suivans apparlien-
nent à son espèce sauvage,
En allemand , wilde ganz, grawe ganz, schnee gansz; en espagnol, ansar bravo; en italien, oca salvatica ; en anglais , wild goose, greylagg ; en suédois, will goas ; en polonais, ger dzika; en groën-
landais, merlech; enhuron, ahonque; en mexicain, tlalacatl,
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du temps elles vont habiter les eaux, ou elles viennent s’abattre etse reposer sur les rivages , et dans cette vie si pareille à la liberté de la nature , elles en reprennent presque tous les avantages : force de constitution, épaisseur et netteté du plumage, vigueur et étendue de vol. La corpulence de l’oie, son port droit, sa démarche grave , son plumage net et lustré, son naturel, susceptible d’attachement et de reconnaissance, enfin sa vigilance tant célébrée, tout concourt à nous présenter cet oiseau comme l’un des plus intéressans et même des plus utiles. Indépendamment de la bonne qualité de sa chair et de sa graisse, dont aucun autre oiseau n’est plus abondamment pourvu, l’oie nous fournit cette plume délicate sur laquelle la molesse se plaît à reposer, et cette autre plume, instrument de nos pensées, et avec laquelle nous écrivons ici son éloge.
On peut nourrir l’oie à peu de frais, et l’élever sans beaucoup de soins: elle s’accommode à la vie commune des volailles, et souffre d’être renfermée avec elles dans la même basse-cour, quoique cette manière de vivre soit peu convenable à sa nature. Pour former de grands troupeaux d’oies, il faut, en effet, que leur habitation soit à portée des eaux et des rivages, environnés de grèves spacieuses et de gazons sur lesquels ces oiseaux puissent paitre el s’ébattre en liberté.
La domestieité de l’oie est moins ancienne et moins complète que celle de la poule. Cen’est communément qu’au mois de mars qu’elles commencent à pondre et toujours dans le même lieu. Si on enlève leurs œufs elles font une seconde, une troisième et même une quatrième ponte. Mais si l’on continue à enlever les œufs, l’oie s'efforce de continuer à pondre, et enfin elle s’épuise et périt ; car le produit de ses pontes, et surtout des premières, est nombreux: chacune est au moins de sept, communément de dix, douze ou quinze œufs.
Mais si la domesticité de l’oie est plus moderne que celle de la poule, elle paraît être plus ancienne que celle du canard , dont les traits originaires ont moins changé. L’oie domestique est beaucoup plus grosse que l'oie sauvage ; elle a les proportions du corps plus étendues et plus souples, les ailes moins fortes et moins raides : tout a changé de couleur dans son plumage; elle ne conserve rien ou presque rien de son état primitif : elle paraît même avoir oublié les douceurs de son ancienne liberté.
Il faut trente jours d’incubation , comme dans la plupart des grandes espèces d'oiseaux, pour faire éclore les œufs de l’oie. Pendant que l’oie couve, on lui donne du grain dans un vase et de l’eau dans un autre , à quelque distance de ses œufs, qu’elle ne quitte que pour aller prendre un peu de nourriture.
Les monstruosités sont plus communes dans l'espèce de l’oie que dans celles
des autres oiseaux domestiques. Aldrovande a fait graver deux de ces monstres : l’un a deux corps avec une seule tête; l’autre a deux têtes et quatre pieds avec un seul corps. Le foie de cet oiseau peut se grossir d’un embonpoint d’obstruction excessif; souvent une oie engraissée aura le foie plus gros que tous les autres viscères ensemble; et ces foies gras que nos gourmands recherchent, étaient aussi du goût des Apicius romains. Ils nourrissaient l’oie de figues, pour en rendre la chair plus exquise , et ils avaient déjà trouvé qu'elle s’engraissait beaucoup plus vite étant renfermée dans un lieu étroit et obscur ; mais il était réservé à notre gourmandise plus que barbare de clouer les pieds, et de crever ou coudre les yeux de ces malheureuses bêtes , en les gorgeant en même temps de boulettes et les empêchant de boire pour les étouffer dans leur graisse. Communément et plus humainement , on se contente de les enfermer pendant un mois, etil ne faut guère qu’un boisseau d'avoine pour engraisser une oïie au point de la rendre très bonne.
Le cri naturel de l’oie est une voix très bruyante; c’est un son de trompette ou de clairon, elangor. Elle a de plus d’autres accens brefs qu’elle répète souvent ; et lorsqu'on l'attaque elle rend un sifflement que l’on peut comparer à celui de la couleuvre. Les Latins ont cherché à exprimer ce son par des mots imitatifs, strepit, gracitat, stridet.
Soit crainte, soit vigilance, l’oie répète à tout moment ses grands cris d’avertissement ou dé réclame. Cette grande loquacité ou vocifération avait fait donner, chez les anciens , le nom d’oie aux indiscrets parleurs, aux méchans écrivains et aux bas délateurs ; comme sa démarche gauche et son allure de mauvaise grace nous font encore appliquer ce même nom aux gens sols et niais. Mais indépendamment des marques de sentiment, des signes d'intelligence, que nous lui reconnaissons, le courage avec lequel elle défend sa couvée et se défend elle-même contre l’oiseau de proie; et certains traits d’attachement, de reconnaissance même , très singuliers, que les anciens avaient recueillis, démontrent que ce mépris serait très mal fondé.