‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 50 sur 171 · CHOUETTE OÙ GRANDE CHEVÈCHE · texte numérisé non relu

CHOUETTE OÙ GRANDE CHEVÈCHE

BJ)

Cetie espèce, qui est la chouette (1) proprement dite, et qu'on peut appeler la chouette des rochers ou la grande chevêéche, est assez commune : mais elle n’approche pas aussi souvent de nos habitations que l’Effraie ; elle se tient plus volontiers dans les carrières , dans les rochers, dans les bâtimens ruinés et éloignés des lieux habités , il semble qu’elle préfère les pays de montagnes, et qu’elle cherche les précipices escarpés et les endroits solitaires ; cependant on ne la trouve pas dans les bois, et elle ne se loge pas dans les arbres creux.

On la distinguera aisément du chat-huant par la couleur des yeux, quisont d’un très beau jaune, au lieu que ceux duchat-huant sont d’une couleur bleuâtre; on la distinguera plus difficilement del’Effraie, parce que toutes deux ont l'iris des yeux jaune, environné de même d’un grand cercle de petites plumes blanches: que toutes deux ont du jaune sous le ventre, et qu’elles sont à-peu-près de la même grandeur : mais la chouette des rochers est , en général, plus brune, marquée de taches plus grandes et longues comme de petites flammes ; au lieu que les taches de l'Effraie , lorsqu'elle en a, ne sont, pour ainsi dire, que des points ou des gouttes; et c’est par celte raison qu’on a appelé l’effraie noc£ua guttata , et la chouette desrochers dont il est ici question , noctua flammeata. Elle a aussi les pieds bien plus garnis de plumes , et le bec tout brun, tandis que celui de l’Effraie est blanchâtre, et n'a de brun qu’à son extrémité. Au reste, la femelle, dans cette espèce, a les couleurs plus claires et les taches plus petites que le mâle, comme nous l'avons aussi remarqué sur la femelle du chathuant. Les laboureurs font grand cas de cet oiseau, en ce qu’il détruit quantité de mulots: et que dans le mois d’avril on l’entend crier jour et nuit gout, mais d’un ton assez doux, et que , quand il doit pleuvoir , il change de cri, et

(1) En laün, cicuma ; en allemand, stein-hutz, ou stein-eule ; en anglais, great brown owl. Noc-

ua quam saxatilem Helyetii cognominant.

semble dire goyon; qu'il ne fait pas de nid, ne pond que trois œufs tout blancs, parfaitement rond, et gros comme ceux d’un pigeon ramier.

La chouette loge dans des arbres creux, et Olina se trompe quand il avance qu’elle couve les deux derniers mois de l'hiver : cependant ce dernier fait n’est pas éloigné du vrai; non-seulement celte chouette, mais même toutes les autres , pondent au commencement de mars , el couvent par conséquent dans ce même temps; et à l'égard de la demeure habituelle de la chouette ou grande chevêche, dont il est ici question, nous avons observé qu’elle ne la prend pas dans des arbres creux , comme l’assure M. Salerne, mais dans des trous de rochers et dans les carrières, habitude qui lui est commune avec la petite chevêche. Elle est aussi considérablement plus petite que la hulotte, et même plus petite que le chat-huant, n'ayant guère que onze pouces de longueur depuis le bout du bec jusqu'aux ongles. |

Il parait que cette grande chevêche, qui est assez commune en Europe, surtout dans les pays de montagnes, se retrouve en Amérique dans celles du Chili, et que l'espèce indiquée par fe P. Feuillée , sous le nom de chevèche-lapin, et à laquelle il a donné ce surnom de lapin, parce qu’il l’a trouvée dans un trou fait dans la terre , n’est qu’une variété de notre chouette des rochers d’'Europe; car elle est de Ja même grandeur , et n’en diffère que par la distribution des couleurs. Si cet oiseau creusait lui-même son trou, comme le P. Feuillée paraît le croire, ce serait une raison pour le juger d’une autre espèce que toutes nos autres chouettes; mais il ne s’ensuit pas, de ce qu'il a trouvé cet oiseau au fond d’un terrier , que ce soit l’oiseau qui l'ait creusé. Ce qu’on en peut seulement induire, c’est qu'il est du même naturel que nos chevêches d'Europe qui préfèrent constamment les trous , soit dans les pierres , soit dans les terres , à ceux qu’elles pourraient trouver dans les arbres creux.

Pour présenter en raccourci, et d’une manière plus facile à saisir, les caractères qui distinguent les einq espèces de chouettes, nous dirons:

1° Que la hulotte est la plus grande et la plus grosse; qu’elle a les yeux noirs, le plumage noirâtre , et le bec d’un blanc jaunâtre ; qu'on peut la nommer /a grosse choucfte noire aux yeux noirs.

2° Que le chat-huant est moins grand etbeaucoup moins gros que la hulotte ; qu'il à les yeux bleuûtres, le plumage roux mêlé de gris-de-fer , le bec d'un blanc verdàtre , et qu’on peut l'appeler la chouette rousse et gris-de-fer aux yeux bleus.

3° Que l’Effraie est à-peu-près de la même grandeur que le chat-huant ; qu'elle ales yeux jaunes, le plumage d'un jaune blanchâtre, varié de taches

bien distinctes , et le bec blanc, avec le bout du crochet brun, et qu'on peut l'appeler la chouette blanche ou jaune aux yeux oranges.

Le Que la grande chevêche ou chouette des rochers n’est pas si grande que le chat-huant ni l’effraie , quoiqu'elle soit à-peu-près aussi grosse ; qu’elle a le plumage brun, les yeux d’un beau jaune et le bec brun; et qu’on peut l’appeler la chouette brune aux yeux jaunes et au bee brun.

5° Que la petite chouette ou chevêche est beaucoup plus petite qu'aucune des autres ; qu’elle a le plumage brun, régulièrement taché de blanc, les yeux d’un jaune pâle, et le bec brun à la base et jaune vers le bout, et qu’on peut l’appeler la petite chouette brune aux yeux jaunâtres, au bec brun et orangé: Ces caractères se trouveront vrais en général, les femelles et les mâles de toutes les espèces se ressemblant assez par les couleurs, pour que les différences ne soient pas fort sensibles : cependant il y a ici, comme dans toute la nature, des variétés assez considérables, surtout dans les couleurs.

Page 1