HIRONDELLE DE FENÊTRE
Ce n'est pas sans raison que les anciens donnaient à cette hirondelle le nom de sauvage. Nous avons vu que l’hirondelle de cheminée, lorsqu'elle trouve les cheminées fermées, niche sous les avant-toits des maisons, plutôt que de s’éloigner de l’homme; l’espèce à croupion blanc, qui abonde dans les environs des villes, et qui y trouve fenêtres, portes, entablemens, en un mot toutes les aisances pour y placer son nid, ne l’y place cependant jamais; elle aime mieux l'aller attacher tout au haut des rocs escarpés. Elle s'approche de l’homme, lorsqu'elle ne trouve point ailleurs ses convenances ; mais elle préfère, pour l'emplacement de son manoir, une avance de rocher à la saillie d’une corniche, une caverne à un péristyle, en un mot, la solitude aux lieux habités.
Un de ces nids, que j'ai observé dans le mois de septembre, et qui avait été . détaché d’une fenêtre, était composé de terre à l'extérieur ; il était fortifié dans le milieu de son épaisseur par des brins de paille, et dans la couche la plus intérieure par une grande quantité de plumes. La poussière qui garnissait le fond du nid fourmillait de petits vers très grêles.
Les mêmes nids servent plusieurs années de suite, et probablement aux mêmes couples : ce qui doit s’entendre seulement des nids que les hirondelles attachent à nos fenêtres ; car on assure que ceux qu’elles appliquent contre les rochers, ne servent jamais qu'une seule saison, et qu’elles en font chaque année un nouveau. Quelquefois il ne leur faut que cinq ou six jours pour le construire ; d’autres fois elles ne peuventen venir à bout qu’en di ou douze jours. Elles portent le mortier avec leur petit bec et leurs petites pattes; elles le gàchent et le posent avec le bec seul. Souvent on voit un assez grand nombre de
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ces oiseaux qui travaillent au même nid, car ils se plaisent à s’entr’aider les uus les autres. On en à vu pourtant qui travaillaient à détruire le nid avec encore plus d’ardeur que les autres n’en mettaient à le construire. Quoi qu’il en soit, ces hirondelles arrivent plus tôt ou plus tard, suivant le degré de latitude. Souvent elles sont surprises par les derniers froids, et, comme je l'ai déjà dit, on en a vu voltiger au travers d’une neige fort épaisse. Les premiers jours de leur arrivée, elles se tiennent sur les eaux et dans les endroits marécageux. Je ne les ai guère vues revenir aux nids qui sont à mes fenêtres aÿant le 15 avril; quelquefois elles n’y ont paru que dans les premiers jours de mai.
Elles établissent leur nid à toute exposition, mais par préférence aux fenétres qui regardent la campagne, surtout lorsqu'il y a dans cetie campagne des rivières, des ruisseaux ou des étangs : elles le construisent parfois dans les maisons ; mais cela est rare et même fort difficile à obtenir. Leurs petits sont souvent éclos dès le 15 juin.
Je fis un jour détacher du haut d’une autre fenêtre un nid contenant quatre petits nouvellement éelos , et je le laïssai sur la tablette de la même fenêtre ; les père et mère , qui passaient et rapassaient sans cesse, voltigeant autour de
Fendroit d’où l’on avait Ôôté le nid, et qui nécessairement le voyaient el entendaïent le cri d'appel de leurs petits, ne parurent point non plus s’en occuper, tandis qu’une femelle moineau , dans le même lieu et les mêmes circonstances, ne cessa d'apporter la becquée aux siens pendant auinze jours.
Il semble que l'attachement de ces hirondelles pour leurs petits dépende du
. local; cependant elles continuent de leur donner la nourriture encore longtemps après qu'ils ont commencé à voler, et même elles la leur portent au milieu des airs. Le fond de cette nourriture consiste en insectes ailés qu'elles attrapent au vol , et cette manière de les attraper leur est tellement propre, que , lorsqu’elles en voient un posé sur une muraille , elles lui donnent un coup d’aile en passant pour le déterminer à voler, et pouvoir ensuite le prendre plus à leur aise.
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