PINSON
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Cet oiseau à beaucoup de force dans le bec ; il sait très bien s’en servir pour se faire craindre des autres petits oiseaux, comme aussi pour pincer jusqu'au sang les personnes qui le tiennent et qui veulent le prendre ; et c’est pour cela que , suivant plusieurs auteurs, il a reçu le nom de pénson (1): mais comme l'habitude de pincer n’est rien moins que propre à cette espèce, que même elle lui est commune, non-seulement avec beaucoup d’autres espèces d'oiseaux, mais avec beaucoup d'animaux de classes toutes différentes, quadrupèdes, millepèdes , bipèdes, etc., je trouve mieux fondée l’opinion de M. Frisch, qui tire ce mot pinson de pineto, latinisé du mot allemand pinck, qui semble avoir été formé d’après le cri de l'oiseau.
Les pinsons ne s’en vont pas tous en automne , il y en a toujours un assez bon nombre qui restent l'hiver avec nous, je dis avec nous, car la plupart s’'approchent en effet des lieux habités, et viennent jusque dans nos bassescours , où ils trouvent une subsistance plus facile.
Ce sont de petits parasites qui nous recherchent pour vivre à nos dépens, et qui ne nous dédommagent par rien d’agréable : jamais on ne les entend chanter dans cette saison, à moins qu’il n’y ait de beaux jours; mais ce ne sont que des momens , et des momens fortrares : le reste du temps , ils se cachent dans des haies fourrées, sur des chênes qui n’ont pas encore perdu leurs feuilles, sur des arbres toujours verts , quelquefois même dans des trous de rocher, où ils meurent lorsque la saison est trop rude. Ceux qui passent en d’autres climats se réunissent assez souvent en troupes innombrables ; M. Frisch croit que c’est dans les climats septentrionaux, et il se fonde:
1° Sur ce qu’à leur retour ils ramènent avec eux des pinsons blancs qui ne se trouvent guère que dans ces climats ;
(x) Pinson commun, frirgilla, etc. Pinçard, pinchard, pinchon, glaumet, huit, pichot, guignot , riche-prieur.
90 Sur ce qu'ils ne ramènent point de petits, comme ils feraient s'ils eussent passé le temps de leur absence dans un pays chaud où ils eussent pu nicher, et où ils n'auraient pas manqué de le faire ; tous ceux qui reviennent, mâles et . femelles, sont adultes ;
3° Sur ce qu'ils ne craignent point le froid, mais seulement la neige, qui en couvrant nos campagnes les prive d'une partie de leur subsistance.
Il faut donc, pour concilier tout cela, qu’il y ait un pays au nord où la neige ne couvre point la terre. Or, on prétend que les déserts de la Tartarie sont ce pays: il y tombe certainement de la neige ; mais les vents l’'emportent, dit-on, à mesure qu'elle tombe, et laissent de grands espaces découverts.
Une singularité très remarquable dans la migration des pinsons, c’est ce que dit Gesner de ceux de la Suisse, et M. Linnæus de ceux de la Suède, que ce sont les femelles qui voyagent, et que les mâles restent l'hiver dans le pays; mais ces habiles naturalistes n’auraient-ils pas été trompés par ceux qui nous ont attesté ce fait, et ceux-ci par quelque altération périodique dans le plumage des femelles, occasionée par le froid ou par quelque autre cause ? Le changement de couleur me paraît plus dans l’ordre de la nature, plus conforme à l’analogie, que cette séparation à jour nommé des mâles et des femelles, et que la fantaisie de celles-ci de voyager seules et de quitter leur pays natal , où elles pourraient trouver à vivre tout aussi bien que leurs mâles.
Au reste, onsent bien que l’ordre de ces migrations doit varier dans les différens climats. Aldrovande assure que les pinsons font rarement leur ponte aux environs de Bologne, et qu'ils s’en vont presque tous surla fin de l'hiver, pour revenir l'automne suivant. Je vois au contraire par le témoignage de Willughby, qu'ils passent toute l’année en Angleterre, et qu’il est peu d'oiseaux que l'on y voie aussi fréquemment.
Ils sont généralement répandus dans toute l’Europe, depuis la mer Baltique et la Suède , où ils sont fort communs et où ils nichent, jusqu’au détroit de Gibraltar, et même jusque sur les côtes d'Afrique.
Le pinson est un oiseau très vif ; on le voit toujours en mouvement, et cela, joint à la gaîté de son chant , a donné lieu sans doute à la façon de parler proverbiale, gai comme pinson. Il commence à chanter de fort bonne heure au printemps, et plusieurs jours avant le rossignol ; il finit vers le solstice d'été. Son chant a paru assez intéressant pour qu'on l'analysât ; on y à distingué un prélude, un roulement , une finale : on a donné des noms particuliers à chaque reprise , on les a presque notées ; et les plus grands connaisseurs de ces
petites choses s'accordent à dire que la dernière reprise est la plus agréable.
Quelques personnes trouvent son ramage trop fort, trop mordant; mais il n’est trop fort que parce que nos organes sont trop faibles, ou plutôt parce que nous l’entendons de trop près et dans des appartemens trop résonnans , où le son directest exagéré , gâté par les sons réfléchis: la nature a fait les pinsons pour être les chantres des bois ; allons donc dans les bois pour juger leur chant, el surtout pour en jouir.
Si l’on met un jeune pinson , pris au nid, sous la leçon d’unserin,, d’un rossignol , etc., il se rendra propre le chant de ses maîtres ; on en a vu plus d’un exemple ; mais On n'a point vu d'oiseaux de cette espèce qui eussent appris à siffler des airs de notre musique ; ils ne savent pas s'éloigner de la nature jusqu’à ce point. |
Les pinsons, outre leur ramage ordinaire, ont encore un certain frémissement d'amour qu’ils font entendre au printemps, et de plus un autre cri peu agréable , qui , dit-on , annonce la pluie. On a aussi remarqué que ces oiseaux ne chantaient jamais mieux ni plus long-temps que lorsque, par quelque accident, ils avaient perdu la vue (1); et cette remarque n’a pas été plus tôt faite , que l’art de les rendre aveugle a été inventé ; ce sont de petits esclaves à qui nous crevons les yeux, pour qu'ils puissent mieux servir à nos plaisirs. Mais je me trompe, on ne leur crève point les yeux; on réunit seulement la paupière inférieure à la supérieure par une espèce de cicatrice artificielle, en touchant légèrement, et à plusieurs reprises, les bords de ces deux paupiéres, avec un fil de métal rougi au feu, et prenant garde de blesser le globe de l'œil. è
Il faut les préparer à cette singulière opération, d’abord en les accoutumant à la cage pendant douze ou quinze jours, et ensuite en les tenant enfermés nuit et jour, avec leur cage, dans un coffre, afin de les accoutumer à prendre leur nourriture dans l'obscurité (2). Ces pinsons aveugles sont des chanteurs infatigables ; et l'on s’en sert par préférence, comme d’appeaux ou d’appelans, pour attirer dans les pièges les pinsous sauvages : on prend ceux-ciaux gluaux, et avec différéntes sortes de filets, entre autres celui d’alouette; mais il faut que les mailles soient plus petites, et proportionnées à la grosseur de l'oiseau.
(x) Ils sont sujets à cet accident, surtout lorsqu'on les tient entre deux fenêtres, à Pexposition du midi,
(2) Gesner prétend qu’en tenant des pinsons ainsi enfermés pendant tout l'été, et ne les tirant de prison qu'au commencement de l’automne, ils chantent pendant cette dernière saison; ce qu'ils n’eussent point fait sans cela : l'obscurité les rendait muets, le retour de la lumière est le printemps
pour eux,
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Le temps de cette chasse est celui où les pinsons volent en troupes nombreuses; soit en automne à leur départ , soit au printemps à leur retour: il faut, autant qu’on le peut, choisir un temps calme, parce qu'alors ils volent plus bas, et qu’ils entendent mieux l’appeau. Ils ne se façonnent point aisément à la captivité ; les premiers jours ils ne mangent point ou presque point, ils frappent continuellement de leur bec les bâtons de la cage, et fort souvent ils se laissent mourir.
Ces oiseaux font un nid bien rond et solidement tissu : il semble qu'ils n’aient pas moins d'adresse que de force dans le bec. Ils posent ce nid sur les arbres ou les arbustes les plus touffus, ils le font quelquefois jusque dans nos jardins, sur les arbres fruitiers; mais ils le cachent avec tant de soin, que souvent on à de la peine à l’apercevoir, quoiqu’on en soit fort près ; ils le construisent de mousse blanche, et de petites racines en dehors ; de laine de crins , de fils d’araignée et de plumes en dedans.
La femelle pond cinq ou six œufs gris-rougeñtres, semés de taches noirâtres plus fréquentes au gros bout. Le mâle ne la quitte pas tandis qu’elle couve, surtout la nuit : il se tient toujours fort près du nid et le jour, s’il s'éloigne un peu, c’est pour aller à la provision. Il se pourrait que la jalousie fût pour quelque chose dans cette grande assiduité ; car ces oiseaux sont d'un naturel très jaloux : s’il se trouve deux mâles dans un même verger au printemps, ils se battent avec acharnement jusqu'à ce que le plus faible cède la place ou succombe.
Les pères et mères nourrissent leurs petits de chenilles et d'insectes ; ils en mangent eux-mêmes; mais ils vivent plus communément de petites graines, de celle d’épine blanche, de pavot, de bardane, de rosier, surtout de faîne, de navette et de chenevis ; ils se nourrissent aussi de blé et même d'avoine , dont ils savent fort bien casser les grains pour en tirer la substance farineuse. Quoiqu'ils soient d’un naturel un peu rétif , on vient à bout de les former au petit exercice de la galère, comme les chardonnerets : ils apprennent à se servir de leur bec et de leurs pieds pour faire monter le seau dont ils ont besoin,
Le pinson est plus souvent posé que perché : il ne marche point en sautillant; mais il coule légèrement sur la terre, et va sans cesse ramassant quelque chose. Son vol est inégal; mais lorsqu'on attaque son nid , il plane au-dessus en criant.
Le pinson est un peu plus petit que notre moineau ; ilest trop connu pour le décrire en détail; on sait qu'il a les côtés de la tête , le devant du cou, la poitrine et les flancs d’une belle couleur vineuse ; le dessus de la tête et du
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corps marron, le dos olivâtre, et une tache blanche sur l'aile. La femelle a le bec plus effilé, et les couleurs moins vives; mais, soit dans la femelle, soit dans le mâle, le plumage est fort sujet à varier. J’ai vu une femelle vivante , prise sur ses œufs le 7 mai, qui avait le dessus de la tête et du dos d’un brun olivâtre, une espèce de collier gris quienvironnait le cou par-derrière , le ventre et les couvertures inférieures de la queue blancs, etc. Parmi les mâles, il y en a qui ont le dessus de la tête et du cou d’un brun cendré , et d’autres d’un brun marron ; quelques-uns ont les pennes de la queue les plus voisines des deux intermédiaires, bordées deblanc, et d’autres les ont entièrement noires.
Un jeune pinson pris sous la mère , dont les pennes de la queue étaient déjà longues de six lignes, avait le dessous du corps comme la mère, le dessus d'un brun cendré, le dos olivâtre; ses ailes avaient déjà les deux raies blanches : mais les bords du bec supérieur n'étaient point encore échancrés près de la pointe , comme ils le sont dans les mâles adultes; ce qui me ferait croire que cette échancrure , qui se trouve dans beaucoup d’espèces, ne dépend pas immédiatement de la première organisation, mais que c’est un effet secondaire et mécanique, produit par la pression continuelle de l'extrémité du bec inférieur, qui est un peu plus court contre les bords du bec supérieur.
Tous les pinsons ont la queue fourchue , et composée de douze pennes; le fond de leurs plumes est cendré obscur, et leur chair n’est pas bonne à manger : la durée de leur vie est de sept ou huit ans.
La longueur totale du pinson est de six pouces un tiers; son bec a six lignes ; le vol, près de dix pouces; la queue, deux pouces deux tiers; elle dépasse les ailes d'environ seize lignes.