PINSON D’ARDENNE
(PIE Te)
La femelle n’a point la tache orangé de la base de l'aile , ni la belle couleur jaune de ses couvertures inférieures ; sa gorge est d’un roux plus clair, et elle a quelque chose de cendré sur le sommet de la tête et derrière le cou.
La longueur totale du pinson d’Ardenne est de six pouces un quart; son bec a six lignes et demie ; le vol, près de dix pouces; la queue, deux pouces un tiers; elle dépasse les ailes d’environ quinze lignes.
Leur plumage est sujet à varier dans les différens individus ; quelques mâles ont la gorge noire, et d’autres ont la tête absolument blanche, et les couleurs plus faibles. Les jeunes mâles , lorsqu'ils arrivent, ne sont pas si noirs et n’ont pas les couvertures inférieures des ailes d’un jaune si vif que lorsqu'ils s’en retournent. Îl peut se faire que l'âge plus avancé amène encore d’autres différences dans les deux sexes, et de là toutes celles que l’on remarque dans les descriptions.
Les pinsons d'Ardenne ne nichent point dans nos pays ; ils y passent, d’une année à une autre, en très grandes troupes. Le temps de leur passage est l’automne et l'hiver : souvent ils s’en retournent au bout de huit ou dix jours ; quelquefois ils restent jusqu’au printemps. Pendant leur séjour, ils vont avec les pinsons ordinaires, et se retirent, comme eux, dans les feuillages. Il en parut des volées très nombreuses en Bourgogne, dans l'hiver de 1774, et des volées encore plus nombreuses dans le pays de Wurtemberg, sur la fin de décembre 1775; ceux-ci allaient se gîter tous les soirs dans un vallon sur les bords du Khin , et , dès l’aube du jour, ils prenaient leur vol. La même chose avait été observée dans les années 1735 et 1757. On ne vit peut-être jamais un aussi grand nombre de ces oiseaux en Lorraine que dans l'hiver de 1765: chaque nuit on en tuait plus de six cents douzaines , dit M. Louinger, dans des forêts de sapins qui sont à quatre ou cinq lieues de Saarbourg. On ne pre-
nait pas la peine de les tirer , on les assommait à coups de gaule et quoique
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ce massacre eût duré tout l'hiver, on ne s’apercevait presque pas à la fin que la troupe eùt été entamée. M. Willughby nous apprend qu’on en voit beaucoup aux environs de Venise, sans doute au temps du passage; mais nulle partilsne reviennent aussi régulièrement que dans les forêts de Weissembourg, où abonde le hêtre, et par conséquent la faîne , dont ils sont très friands. Ils en mangent le jour et la nuit: ils vivent aussi de toutes sortes de petites graines.
Ces oiseaux restent dans leur pays natal tant qu’ils y trouvent la nourriture qui leur convient, et que c’est la disette quiles oblige à voyager ; du moins il est certain que l'abondance des graines qu’ils aiment de préférence ne suffit pas toujours pour les attirer dans un pays , même dans un pays qu'ils connaissent; car, en 1774, quoiqu'il y eût abondance de faîne en Lorraine , ces pinsons n’y parurent pas, et prirent une autre route : l’année suivante, au contraire, on en vit quelques troupes , quoique la faîne eût manqué. Lorsqu'ils arrivent chez nous , ils ne sont point du tout sauvages, et se laissent approcher de fort près. Ils volent serrés, se posent et partent de même ; cela est au point que l’on en peut tuer douze ou quinze d’un seul coup de fusil.
En pâturant dans un champ, ils font à-peu-près la même manœuvre que les pigeons ; de temps en temps on en voit quelques-uns se porter en avant, lesquels sont bientôt suivis de toute la bande.
Ce sont, comme l’on voit, des oiseaux connus et répandus dans toutes les parties de l'Europe , du moins par leurs voyages, mais ils ne se bornent point à l'Europe: M. Edwards en a vu qui venaient de la baie de Hudson, sous le nom d'oiseaux de neige; et les gens qui fréquentent cette contrée lui ont assuré qu'ils étaient les premiers à y reparaître chaque année au retour du printemps, avant même que les neiges fussent fondues.
La chair des pinsons d’Ardenne , quoiqu’un peu amère, est fort bonne à manger, et certainement meilleure que celle du pinson ordinaire. Leur plumage est aussi plus varié , plus agréable , plus velouté ; mais il s’en faut beaucoup qu'ils chantent aussi bien : on a comparé leur voix à celle de la chouette et à celle du chat. Ils ont deux cris : l’un est une espèce de piaulement; l’autre, qu’ils font entendre étant posés à terre, approche de celui du traquet, maisil n’est ni aussi fort ni aussi prononcé. Quoique nés avec si peu de talens naturels , ces oiseaux sont néanmoins susceptibles de talens acquis: lorsqu'on les tient à portée d’un autre oiseau dont le ramage est plus agréable, le leur -s’adoucit, se perfectionne, et devient semblable à celui qu’ils ont entendu.
Un chasseur m'a assuré que ces oiseaux nichaient dans le Luxembourg ; qu’ils posaient leurs nids sur les sapins les plus branchus, assez haut; qu'ils
commençaient à y travailler sur la fin d'avril ; qu'ils y employaient la longue
mousse des sapins au dehors, du crin , de la laine et des plumes au dedans ; |
que la femelle pondait quatre ou cinq œufs jaunâtres et tachetés, et que les petits commençaient à voltiger de branche en branche dès la fin de mai.
Le pinson d’Ardenne est un oiseau courageux, qui se défend avec son bec jusqu’au dernier soupir. Tous conviennent qu'il est d’un naturel plus doux que notre pinson ordinaire, et qu'il donne plus facilement dans les pièges. On en tue beaucoup à certaines chasses que l’on pratique dans le pays de Weissembourg; et qui méritent d’être connues. On se rassemble pour cela dans la petite ville de Bergzabern et, le jour étant pris, on envoie, la veille, des observateurs à la découverte, pour remarquer les arbres sur lesquels ils ont coutume de se poser le soir; c’est communément sur les petits picéas et sur d’autres arbres toujours verts qu’on les, trouve réunis. Ces observateurs, de retour, servent de guides à la troupe. Elle part le soir avec des flambeaux et des sarbacanes ; les flambeaux servent à éblouir les oiseaux et à éclairer les chasseurs; les sarbacanes servent à ceux-ci pour tuer les pinsons avec de petites boules de terre sèche. On les tire de très près, afin de ne les point manquer; car s’il y en avait un seul qui ne füt que blessé, ses cris donneraient infailliblement l'alarme aux autres, et bientôt ils s’envoleraient tous à-la-fois.
La nourriture principale des pinsons d’Ardenne que l’on veut avoir en cage, se compose de panis, de chenevis, de faîne, etc. Olina dit qu'ils vivent quatre ou cinq ans.