‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 80 sur 171 · MAGNIFIQUE DE LA NOUVELLE-GUINÉE · texte numérisé non relu

MAGNIFIQUE DE LA NOUVELLE-GUINÉE

OU

MANUCODE À BOUQUETS.

Les deux bouquets se trouvent derrière le cou et à sa naissance. Le premier est composé de plusieurs plumes étroites, de couleur jaunâtre, marquées près de la pointe d'une petite tache noire, et qui, au lieu d’être couchées comme à l'ordinaire, se relèvent sur leur base, les plus proches de la tête jusqu’à l'angle droit , et les suivantes de moins en moins.

Au-dessous de ce premier bouquet, on en voit un second plus considérable , mais moins relevé et plus incliné en arrière. Îl est formé de longues barbes détachées qui naissent de tuyaux fort courts, et dont quinze ou vingt se réunissent ensemble , pour former des espèces de plumes couleur de paille. Ces plumes semblent avoir été coupées carrément par le bout , et font des angles plus ou moins aigus avec le plan des épaules.

Ce second bouquet est accompagné, de droite et de gauche ; de plumes ordinaires, variées de brun et d’orangé, et il est terminé en arrière , je veux dire du côté du dos, par une tache d’un brun rougeûtre et luisant , de forme triangulaire, dont la pointe ou le sommet est tourné vers la queue , et dont les plumes sont décomposées comme celles du second bouquet.

Un autre trait caractéristique de cet oiseau, ce sont les deux filets de la queue : ils sont longs d'environ un pied , larges d’une ligne, d’un bleu changeant en vert éclatant, et prennent naissance au-dessus du croupion. Dans tout cela ils ressemblent fort aux filets de l’espèce précédente ; mais ils en différent par leur forme, car ils se terminent en pointe, et n’ont de barbes que sur la partie moyenne du côté intérieur seulement.

Le milieu du cou et de la poitrine est marqué depuis la gorge par une rangée

de plumes très courtes, présentant une suite de petites lignes transversales qui sont alternativement d’un beau vert clair changeant en bleu, et d’un vert canard foncé. |

Le brun est la couleur dominante du bas-ventre , des reins et de la queue : le jaune roussâtre est celle des pennes des ailes et de leurs couvertures ; mais les pennes ont de plus une tache brune à leur extrémité.

Au reste, ce manucode est un peu plus gros que celui dont nous venons de

parler à l’article précédent; il a le bec de même, et les plumes du front s’étendent sur les narines, qu’elles recouvrent en partie ; ce qui est une exception au caractère établi pour ces sortes d'oiseaux ; mais les naturalistes sont accoutumés à voir la nature toujours libre dans sa marche, toujours variée dans ses procédés , échapper à leurs entraves et se jouer de leurs lois. Les plumes de la tête sont courtes, droites, serrées et fort douces au toucher; c’est une espèce de velours de couleur changeante, comme dans presque tous les oiseaux de paradis, et le fond de cette couleur est un mordoré brun ; la gorge est aussi revêtue de plumes veloutées ; mais celles-ci sont noires, avec des reflets verts dorés. |

SIFILET

OU

MANUCODE À SIX FILETS.

Si l'on-prend les filets pour le caractère spécifique des manucodes, celui-ci est le manucode par excellence ; car au lieu de deux filets il en a six, et de ces six il n’en sort pas un seul du dos, mais tous prennent naissance de la tête, trois de chaque côté ; ils sont longs d’un demi-pied , et se dirigeñt en arrière; ils n’ont de barbes qu’à leur extrémité , sur une étendue d’environ six ligues ; ces barbes sont noires et assez longues.

Indépendamment de ces filets , cet oiseau a encore d’autres attributs qui, comme nous l'avons dit, semblent propres aux oiseaux de paradis : le luxe des plumes et la richesse des couleurs.

Le luxe des plumes consiste en une sorte de huppe composée de plumes raides et étroites , et dans la longueur des plumes du ventre et du bas-ventre, lesquelles ont jusqu’à quatre pouces et plus.

A l'égard du plumage , les couleurs les plus éclatantes brillent sur son cou; par derrière, le vert doré et le violet bronzé; par devant, l’or de la topaze avec des reflets qui se jouent dans toutes les nuances du vert; et ces couleurs tirent un nouvel éclat de leur opposition avec les teintes rembrunies des parties voisines ; car la tête est d’un noir changeant en violet foncé, et tout le reste du corps est d’un brun presque noirâtre , avec des reflets du même violet foncé.

Le bec de cet oiseau est le même à-peu-près que celui des oiseaux de paradis ; la seule différence , c’est que son arête supérieure est anguleuse et tranchante, au lieu qu’elle est arrondie dans la plupart des autres espèces.

L’individu qui a servi de sujet à cette description est enfilé, dans toute sa longueur, d’une baguette qui sort par le bec , et le dépasse de deux ou trois pouces. C’est de cette manière très simple, et en retranchant les plumes de mauvais effet, que les Indiens savent se faire sur-le-champ une aigrette ou une espèce de panache tout-à-fait agréable, avec le premier petit oiseau à beau plumage qu’ils trouvent sous la main ; mais aussi c’est une manière sûre de déformer ces oiseaux et de les rendre méconnaissables. Cette habitude a pu être la cause de beaucoup d'erreurs , et l’on a pu dire sans être taxé de trop de crédulité, que cet oiseau joignait à la singularité d’être né sans pieds, la singularité bien plus grande d’être né sans ailes.

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