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néral , toutes ses plumes sont singulièrement douces et soyeuses au toucher, et il sait, en relevant celles de sa tête, se faire une huppe qu’il rabaisse à son gré. Il est d’un quart moins gros que la pie; il a la queue plus courte et les ailes plus longues à proportion , et , malgré cela, il ne vole guère mieux qu'elle.
Le mâle se distingue de la femelle par la grosseur de la tête et par la vivacité des couleurs ; les vieux diffèrent aussi des jeunes par le plumage.
Les geais sont fort pétulans de leur nature ; ils ont les sensations vives, les mouvemens brusques , et dans leurs fréquens accès de colère , ils s’'emportent et oublient le soin de leur propre conservation, au point de se prendre quelquefois la tête entre deux branches, et ils meurent ainsi suspendus en l'air : leur agitation perpétuelle prend encore un nouveau degré de violence lorsqu’ils se sentent gênés, et c’est pour cela qu'ils deviennent tout-à-fait méconpaissables en cage, car ils ne peuvent y conserver la beauté de leurs plumes, qui sont bientôt cassées, usées, déchirées, flétries par un frottement continuel.
Leur cri ordinaire est très désagréable , et ils le font entendre souvent ; ils ont aussi de la disposition à contrefaire celui de plusieurs oiseaux qui ne chantent pas mieux, tels que la crécerelle, le chat-huant , etc. S'ils aperçoivent dans le bois un renard , ou quelque autre animal de rapine , ils jettent un cri très perçant, comme pour s'appeler les uns les autres, et on les voit en peu de temps rassemblés en force , et se croyant en état d'imposer par le nombre, ou du moins par le bruit.
Cet instinct qu'ont les geais de se rappeler, de se réunir à la voix de l’un d’eux , et leur violente antipathie contre la chouette, offrent plus d’un moyen pour les attirer dans les pièges, et il ne se passe guère de pipée sans qu’on en prenne plusieurs; car , étant plus pétulans que la pie, il s’en faut bien qu’ils soïent aussi défians et aussi rusés. Ils n’ont pas non plus le cri naturel si varié ; quoiqu'’ils paraissent n'avoir pas moins de flexibilité dans le gosier, ni moins de dispositions à imiter tousles sons , tous les bruits, tous les cris d'animaux qu’ils entendent habituellement, et même la parole humaine. Ils ont comme la pie et toute la famille des choucas, des corneilles et des corbeaux , l'habitude d’enfouir leurs provisions superflues , et celle de dérober tout ce qu’ils peuvent emporter: mais ils ne se souviennent pas toujours de l'endroit où ils ont enterré leur trésor ; ou bien, selon l'instinct commun à tous les avares, ils sentent plus la crainte de le diminuer que le desir d’en faire usage, en sorte qu’au printemps suivant, les glands et les noisettes qu’ils avaient cachés et peut-être oubliés, venant à germer en terre et à pousser des feuilles au dehors, décèlent ces amas inutiles, et les indiquent, quoiqu'un peu tard, à qui en saura mieux jouir:
Les geais nichent daus les bois, et loin des lieux habités, préférant les chênes les plus toufflus, et ceux dont le tronc est entouré de lierre ; mais ils ne construisent pas leurs nids avec autant de précaution que la pie. On m'en a apporté plusieurs dans le mois de mai ; ce sont des demi-sphères creuses formées de petites racines entrelacées, ouvertes par dessus , sans matelas au dedans , sans défense au dehors : j’y ai toujours trouvé quatre ou cinq œufs ; d’autres disent y en avoir trouvé cinq ou six. Ces œufs sont un peu moins gros que ceux de pigeon , d’un gris plus ou moins verdâtre , avec de petites taches faiblement marquées.
Les petits subissent leur première mue dès le mois de juillet ; ils suivent leurs père et mère jusqu’au printemps de l’année suivante, temps où ils les quittent pour se réunir deux à deux et former de nouvelles familles : c’est alors que la plaque bleue des ailes qui s'était marquée de très bonne heure paraît dans toute sa beauté.
Dans l’état de domesticité , auquel ils se façonnent aisément , ils s’accoutument à toutes sortes de nourritures , et vivent ainsi huit à dix ans ; dans l’état de sauvage, ils se nourrissent non-seulement de glands et de noisettes , mais de châtaignes ,- de pois, de fèves, de sorbes, de groseilles, de cérises, de framboises, etc. Ils dévorent aussi les petits des autres oiseaux, quand ils peuvent les surprendre dans le nid en l’absence des vieux , et quelquefois les vieux , lorsqu'ils les trouvent pris au lacet. Dans cette circonstance, ils vont , suivant leur coutume , avec si peu de précaution , qu'ils se prennent quelquefois eux-mêmes, et dédommagent ainsi l’oiseleur du tort qu'ils ont fait à sa chasse; leur chair, quoique peu délicate, est mangeable, surtout si on la fait bouillir d’abord, et ensuite rôtir : on ditque de cette manière elle approche de celle de l’oie rôtie.
La pie (1) a tant de ressemblance à l'extérieur avec la corneille, que Linné les a réunies toutes deux dans le même genre, et que, suivant Belon, pour faire une corneille d’une pie , il ne faut que raccourcir la queue à celle-ci et faire disparaître le blanc de son plumage. En effet, la pie à le bec, les pieds, les yeux et la forme totale des corneilles et des choucas; elle a encore avec eux beaucoup d’autres rapports plus intimes dans l'instinct, les mœurs et les habitudes naturelles ; elle est omnivore comme eux, vivans de toutes sortes de fruits, allant sur les charognes, faisant sa proie des œufs et des petits des oiseaux faibles, quelquefois même des père et mère, soit qu’elle les trouve en-. gagés dans les pièges , soit qu’elle les attaque à force ouverte : on en à vu une se jeter sur un merle pour le dévorer ; une autre enlever une écrevisse, qui la prévint en l’étranglant avec ses pinces , elc.
On a tiré parti de son appétit pour la chair vivante, en la dressant à la chasse comme on y dresse les corbeaux. Elle passe ordinairement la belle saison occupée de la ponte et de sessuites. L'hiver elle vole par troupes, et s’approche d'autant plus des lieux habités, qu’elle y trouve plus de ressources pour vivre. Elle s'accoutume aisément à la vue de l’homme, elle devient bientôt familière dans la maison et finit par se rendre la maîtresse. J'en ai connu une qui passait les jours et les nuits au milieu d'une troupe de chats.
Elle jase à-peu-près comme la corneille, et apprend aussi à contrefaire la voix des autres animaux et la parole de l’homme. On en a cité une qui imitait parfaitement les cris du veau, du chevreau , de la brebis, et même le flageolet du berger; une autre qui répétait en entier une fanfare de trompettes. M. Willughby en a vu plusieurs qui prononçaient des phrases entières.
(1) En latin, pica; cissa, avis pluvia selon quelques-uns; en italien, gazza , ragazza, aregazza, gazzuola , gazzara, pica, putta; en espagnol, pega , picala, pigazza ; en allemand , aelster, atzel, aegerst, agelaster, algaster, agerluster (quasi agrilustra); en anglais, pye, piot, mag-pye, pianct.
Margot est le nom qu'on acoutume de lui donner, parce que c’est celui qu’elle prononce le plus volontiers ou le plus facilement ; Pline assure que cet oiseau se plaît beaucoup à ce genre d'imitation , qu'il s'attache à bien articuler les mots qu'il a appris, qu'il cherche long-temps ceux qui lui ont échappé, qu'il fait éclater sa joie lorsqu'il les à retrouvés, et qu'il se laisse quelquefois mourir de dépit lorsque sa recherche est vaine , ou que sa langue se refuse à la prononciation de quelque mot nouveau.
La pie a le plus souvent la langue noire comme le corbeau ; elle monte sur le dos des cochons et des brebis , comme font les choucas, et court après la vermine de ces animaux, avec cette différence que le cochon reçoit ce service avec complaisance, au lieu que Ia brebis, sans douteplus sensible, paraît le redouter. La pie happe aussi fort adroitement les mouches et autres insectes ailés qui volent à sa portée.
On prend cet oiseau dans les mêmes pièges et de la même manière que la corneille , et l'on à reconnu en elle les plus mauvaises habitudes, celles de voler et de faire des provisions, habitudes presque toujours inséparables dans les différentes espèces d'animaux. On croit aussi qu’elle annonce la pluie lorsqu'elle’ jase plus qu’à l'ordinaire.
Elle est beaucoup plus petite que le choucas, et ne pèse que huit à neuf onces. Elle a les ailes plus courtes et la queue plus longue à proportion ; par conséquent son vol-est beaucoup moins élevé et moins soutenu : aussi n’entreprend-elle’pas de grands voyages ; elle ne fait guère que voltiger d'arbre en arbre, ou de clocher en clocher. Lorsqu'elle est posée à terre, elle est touiours en action, et fait autant de sauts que de pas: elle a aussi dans la queue un mouvement brusque et presque continuel , comme la lavandière.
En général , elle montre plus d'inquiétude et d'activité que les corneilles , plus de malice et de penchant à une sorte de moquerie. Elle met aussi plus de combinaisons et plus d’art dans la construction de son nid , comme si elle savait que plusieurs oiseaux de rapine sont fort avides de ses œufs et de ses petits, et que quelques-uns d’entre eux sont avec elle dans le cas de la représaille. Elle multiplie les précautions en raison de sa tendresse et des dangers de ce qu’elle aime: elle place son nid au haut des plus grands arbres, ou du moins sur de hauts buissons, et n'oublie rien pour le rendre solide et sûr; aidée de son mâle, elle le fortifie extérieurement avec des büchettes flexibles et du mortier de terre gâchée, et elle le recouvre en entier d’une enveloppe
claire voie, d’une espèce d’abatis de petites branches épineuses et bien entre- 4
lacées ; elle n’y laisse d'ouverture que dans le côté le mieux défendu, le moins
accessible, et seulement ce qu'il en faut pour qu'elle puisse entrer el sortir.
Sa prévoyance industrieuse ne se borne pas à la sûreté, elle s'étend encore à la commodité, car elle garnit le fond du nid d’une espèce de matelas orbiculaire, pour que ses petits soient plus mollement et plus chaudement ; et quoique ce matelas, qui est le nid véritable, n’ait environ que six pouces de diamètre , la masse entière , en y compreuant les ouvrages extérieurs et l’enveloppe épineuse , a au moins deux pieds en tout sens.
Tant de précautions ne suffisent point encore à sa tendresse, ou, si l’on veut, à sa défiance, elle à continuellement l’œil au guet sur ce qui se passe au dehors. Voit-elle approcher une corneille , elle vole aussitôt à sa rencontre, la harcelle et la poursuit sans relâche et avec de grands cris, jusqu'à ce qu'elle soit venue à bout de l’écarter. Si c’est un ennemi plus respectable, un faucon , un aigle, la crainte ne la retient point, et elle ose encore l’attaquer avec une témérité qui n’est pas toujours heureuse : cependant il faut avouer que sa conduite est quelquefois plus réfléchie , s’il est vrai comme on le dit, que lorsqu'elle a vu un homme observer trop curieusement son nid, elle transporte ses œufs ailleurs, soit entre ses doigts , soit d’une autre manière encore plus incroyable.
Elle pond sept ou huit œufs à chaque couvée , et ne fait qu’une seule couvée par an, à moins qu'on ne détruise ou qu'on ne dérange son nid, auquel cas elle en entreprend tout de suite un autre, et le couple y travaille avec tant d’ardeur, qu'il est achevé en moins d’un jour; après quoi elle fait une seconde ponte de quatre ou cinq œufs ; et si elle est encore troublée, elle fera un troisième nid semblable aux deux premiers, et une troisième ponte, mais toujours moins abondantes. Ses œufs sont plus petits et d’une couleur moins foncée que ceux du corbeau, avec des taches brunes semées sur un fond vert-bleu , et plus fréquentes vers le gros bout. Jean Liébault est le seul qui dise que le mâle et la femelle couvent alternativement.
Les piais, ou les petits de la pie, sont aveugles et à peine ébauchés en naissant , ce n’est qu'avec le temps et par degrés que le développement s’achève et que leur forme se décide : la mère non-seulement les élève avec sollicitude , mais leur Continue ses soins long-temps après qu'ils sont élevés. Leur chair est un manger médiocre; cependant on y à généralement moins de répugnance que pour celle des petits corneillons. |
Parmi les corbeaux , les corneilles et les choucas, on trouve des individus ‘qui sont variés de noir et de blanc comme la pie: cependant on ne peut nier que,
dans l'espèce du corbeau, de la corneille et du choucas proprement dit, le
noir ne soit la couleur ordinaire, comme le noir et le blanc est celle des pies , et que si l'on a vu des pies blanches , ainsi que des corbeaux et des choucas blancs, il ne soit très rare de rencontrer des pies entièrement noires. Au reste, il ne faut pas croire que le noir et le blanc, qui sont les couleurs principales -de la pie , excluent tout mélange d’autres couleurs ; en y regardant de près et à certains jours , on y aperçoit des nuances de vert, de pourpre, de violet, et l'on est surpris de voir un si beau plumage à un oiseau si peu renommé à cet égard. Le mâle se distingue de la femelle par des reflets bleus, plus marqués sur la partie supérieure du corps, et non par la noirceur de Ia langue , comme quelques-uns l'ont dit.
La pie est sujette à la mue , comme les autres oiseaux ; mais on a remarqué que ses plumes ne tombaient que successivement et peu-à-peu , excepté celles de la tête qui tombent toutes à-la-fois, en sorte que chaque année elle paraît chauve au temps de la mue. Les jeunes n'acquièrent leur longue queue que la seconde année, el sans doute ne deviennent adultes qu’à cette même époque.
Tout ce que je sais de positif sur la durée de la vie de cet oiseau , c’est que le docteur Derham en à nourri un qui a vécu plus de vingt ans, mais qui à cet âge était Lout-à- fait aveugle de vieillesse.
La pie est très commune en France, en Angleterre , en Allsmagnel en Suède, et dans toute l'Europe, excepté en Laponie et dans les pays de montagnes , où elle est rare : d’où l'on peut conclure qu’elle craint le grand froid. J'ajoute à son histoire une description abrégée , qui portera sur les seuls ob- : jets que la figure ne peut exprimer aux yeux , ou qu'elle n’exprime pas assez distinctement. ,
Elle à vingt pennes à chaque aile: dont la première est fort courte, et les quatrième et cinquième sont les plusslongues ; douze pennes inégales à la queue , et diminuant toujours de longueur , plus elles s'éloignent des deux du
milieu, qui sont les plus longues de toutes; les narines rondes, la paupière interne des yeux marquée d’une tache jaune , la fente du palais hérissée de poils sur ses bords, la langue noirâtre et fourchue.
J'ai dit qu'il y avait des pies blanches , comme il y a des corbeaux blanes ; el quoique la principale cause de ce changement de plumage soit l'influence des climats septentrionaux , cependant il faut avouer qu’on en trouve quelquefois dans les climats tempérés, témoin celle qui fut prise il y a quelques années en Sologne : et qui était toute blanche, à l’exception d’une seule plume noire qu’elle avait au milieu des ailes ; soit qu’elle eût passé des pays du Nord en France après avoir subi l'influence du climat, soit qu'étant née en France , cette alté-
ration de couleur eût été produite par quelque cause particulière. [l faut dire la même chose des pies blanches que l’on voit quelquefois en ftalie.
La pie du Sénégal est un peu moins grosse que la nôtre, et cependant elle a presque autant d'envergure, parce que ses ailes sont plus longues à proportion, sa queue est au contraire plus courte, du reste conformée de même. Le bec, les pieds et les ongles sont noirs, comme dans la pie ordinaire : mais le plumage est très différent ; il n’y entre pas un seul atome de blanc , et toutes les couleurs en sont obscures. La tête, le cou , le dos et la poitrine sont noirs avec des reflets violets ; les pennes de la queue et les grandes pennes des ailes sont brunes : tout le reste est noirâtre plus ou moins foncé.
La pie de la Jamaïque ne pèse que six onces, et elle est d'environ un tiersplus petite que la pie commune, dont elle a le bec , les pieds et la queue.
Le plumage du mâle est noir, avec des reflets pourpres; celui de la femelle est brun, plus foncé sur le dos et sur toute la partie supérieure du corps, moins foncé sous le ventre.
Ces oiseaux font leur nid sur les branches des arbres. On en trouve dans tous : les districts de cette île, mais plus abondamment dans les lieux les plus éloignés du bruit; c’est de là qu'après avoir fait leur ponte et donné naissance à une génération nouvelle pendant l'été, ils se répandent l'automne dans les habitations, et arrivent en si grand nombre, que l'air en est quelquefois obscurei. Ils volent ainsi en troupes l’espace de plusieurs milles ; et partout où ils se posent, ils font un dommage considérable aux cultivateurs. Leur ressource pendant l'hiver est de venir en foule aux portes des granges. Tout cela donne lieu de croire qu'ils sont frugivores ; cependant on remarque qu'ils ont l’odeur forte, que leur chair est noire et grossière, et qu’on en mange fort rarement.
Il suit de ce que je viens de dire, que cet oiseau diffère de notre pie non-seulement par la façon de senourrir , par sa taille et par son plumage , mais en ce qu'il a le vol plus soutenu , et par conséquent l'aile plus forte; qu’il va par troupes plus nombreuses ; que sa chair est encore moins bonne à manger; enfin que dans cette espèce la différence du sexe en entraîne une plus grande dans les couleurs.