‹ Keepsake d'histoire naturelleChapitre 9 sur 171 · NU · texte numérisé non relu

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Voici un exemple de prévision dont l’homme serait tenté de croire qu'il est seul capable: c’est la Fauvette des roseaux qui nous le fournit. Cet oiseau justifie le nom qu'il porte, car il naîtau milieu des roseaux , et ne s’en éloigne que lorsque des circonstances impérieuses l'y contraignent. Pour établir son nid, il choisit un espace entre des tiges qui croissent dans l’eau ; il attache à ces supports des liens qui lui serviront à suspendre l'habitation qu'il destine à sa progéniture. Ce nid, d’un tissu très serré, surtout vers le fond, prolongé dans le sens de sa hauteur, est à-peu-près à un pied au-dessus des eaux; mais les constructeurs ont prévu le cas où quelque débordement pourrait l’atteindre, etlesubmerger ; le nid deviendrait alors une petite barque solidement amarrée et que le courant ne pourrait entraîner. La Fauvette des roseaux est, on le voit,

une digne émule de la Mésange Remiz.

Le talent de bien construire un nid n’est pas réservé exclusivement aux oiseaux de la plus petite taille ; je pourrais citer ici la rondeur, le poli et la solidité du nid de la grive , l’adroite suspension de celui du loriot, mais l’espace me manque et je suis forcé de passer à la description du nid du Gros-bec du cap de Bonne-Espérance: ce que je vais en dire a été raconté par Vaillant dans l'Histoire de son voyage en Afrique.

Plusieurs centaines de cesoiseaux seréunissent pour construire, en commun, sur un arbre, une sorte de toiture tissue avec de grandes herbes, et tellement serrée, qu’elle est impénétrable à la pluie. Il paraît que la forme de cet abri dépend de la situation des branches qui le supportent. Lorsque ce travail est terminé, l’espace est distribué pour y placer des nids attachés à la surface inférieure du toit; et il faut qu’un instinct particulier dirige les constructeurs de ces nids, car ils sont tous de même grandeur, tous contigus l’un à l’autre.Ces habitations privées sont à une certaine distance du bord du toit, et chacune a son ouverture ; cependant, il arrive assez souvent qu'une même porte donne entrée dans trois nids : l’un au fond et les autres de chaque côté; quelquefois aussi deux voisins seulement ont établi entre eux cette sorte d'intimité. Ainsi, après avoir laissé entre le bord du toit et les nids, assez d'intervalle pour quela pluie ne puisse atteindre les minces parois des habitations privées , chaque oiseau se loge avec très peu de travail, car il profite des constructions mitoyennes.

Les nids, d'environ trois pouces de diamètre, sont faits avec des herbes plus fines que celles de la toiture, également bien serrées et garnies intérieurement de duvet. Lorsque la population augmente, les nouvelles habitations ne peuvent être placées que sur les anciennes, et dans ce cas, quelques-unes de ces cases

RÉUNIE, délaissées par leurs propriétaires ; sont converties en voie IE. que pour arriver aux nouvelles constructions.

Vaillant se fit apporter un de ées édifices tout entier, toit et chambres; il y compta trois cent vingt nids. Si un couple d'oiseaux occupait chacune de ces petites demeures, l'édifice entier aurait contenu six cent quarante habitans ; mais ce voyageur soupçonne que, dans ces Gros-becs, le nombre des mâlesest pluspetit que celui des femelles, circonstance qu'il a remarquée, dit-il, dans d’autres espèces de la même contrée ,.et surtout parmi les oiseaux qu’il à nommés Republicains , en raison de leur manière de vivre en sociétés nombreuses et permanenles ; 1 Gros-bécs, dont il s’agit, sont de ce nombre. IL serait intéressant -de suivre, durant tout le cours d’une année au moins, une population aussi nombreuse et aussi bien unie, dans les momens consacrés aux soins de la génération naissante ! Ilest probable que l'hôtel ou la caserne demeure déserte lorsque les petits prennent leur volée, jusqu’à ce que les femelles viennent y faire une nouvelle ponte. On ignore comment l'association s’est formée, comment elle se reforme après avoir été dissoute ou suspendue : on n’a pas vu les ouvriers à l’œuvre, et ce qu'il y a de pluscurieux et dedigne d'être observé, est précisément ce que nous ignorons.

‘Je terminerai par l'histoire d’un nid qui figure, avec une importance égale , dans les annales de la Gastronomie et dans celles de la Zoologie. Je veux parler des nids de Tonquin, objets d’un conimerce important dans les mers de la Chine et de l'Inde, et que les Hollandais considèrent comme l’un des meilleurs mets de leur cuisine. Ce comestible n’est autre chose que le nid d’une espèce de salangane , l'Hirundo esculenta. Ce nid, bâti dans la forme qu’ont à-peu-près les nids de toute cette famille, n’est pas composé, comme on l’a cru, d'œufs de pois- | sons ou d’autres substances animales, mais des branches d’un fucus, décolorées et agglutinées ensemble par cette hirondelle. M. Lamouroux, à qui furent montrés les brins d’un de ces nids, a eru les reconnaître pour un varec de la mer des Indes, le Fucus sacchariferus, qui contient une grande quantité de sucre.

C’est suriout dans les cavernes des côtes, dans les îles de l'Océan qu’on va chercher les nids de Tonquin. Pour atteindre à l’entrée d’une caverne battue par la mer, il faut descendre un rocher à pic, de plusieurs centaines de pieds de hauteur , rester suspendu sur l'abime, pendant plus d’une heure, sans autre soutien que les légères échelles de rotin ou de bambou qui, d’espace en espace, tapissent le rocher. Arrivé à l'entrée des grottes, on allume les flambeaux et l’on procède à la recherche des nids, placés le plus souvent dans des - fentes et des crevasses où il faut pénétrer avec précaution ; il y règne une nuit

OISEAUX. La

éternelle, et l’on n'entend d’autre bruit que le mugissement des vagues qui se précipitent avec fracas au fond de ces abîmes. I] faut avoir le pied bien sûr et la tête bien calme, pour escalader, sans tomber, ces roches humides et glissantes ; une hésitation, un faux pas seraient suivis d’une mort certaine. Les accidenssont loin d’être sans exemples : quelquefois, au milieu du silence qui préside à la cueillette, un cri se fait entendre, un flambeau disparaît, et le bruit effroyable d'une portion de roche détachée qui roule au fond du précipice, et dont l'écho semblable au grondement du tonnerre se prolonge dans toutes les parties de la caverne, annonce aux chasseurs consternés la perte d'un de leurs camarades. Les nids les plus estimés sont ceux qu’on recueille dans les cavernes les plus humides et que les oiseaux n’ont pas encore salis par la couvée. Ils sont plus blancs, plus nets et plus transparens que les autres.

La cueillette se fait deux fois par an et, si l’on a soin de ne pas dégrader les roches en prenant les nids, le nombre est à-peu-près égal à chaque fois. On a essayé de ne descendre dans les grottes qu'une fois chaque année, mais on ne trouvait pas, au bout de ce temps, une quantité de nids plus considérable que celle qu'on recueille à chaque vente semestrielle.

La seule préparation que reçoivent les nids de Tonquin avant d’être livrés aux Chinois, est la dessiccation : on a soin d'y procéder à l'abri des rayons du soleil qui en détérioreraient la couleur et la qualité; puis on les assortit en première, deuxième et troisième sortes, et on les emballe dans de petites boîtes en bois, de la contenance d’un demi-pécul ou de 30 kilogrammes environ. Les cavernes qui sont exploitées avec soin donnent environ 53 p. 100 des nids de première qualité, 35 de ceux de la seconde , et 11 de ceux de la troisième : ces derniers sont gâtés par les excrémens des petits. Croirait-on que cette denrée est achetée à raison de 150 francs et plus la livre de première qualité.

On peut se faire une idée, d'après ces prix, du rang des consommateurs. Une quantité considérable de ces nids est destinée aux tables de la cour. Les Chinois disent que rien n’est plus stomachique, plus stimulant, plus salutaire, que cette nourriture ; mais son seul mérite est certainement le prix auquel elle est vendue ; ce prix flatte la vanité des riches, qui en sont ainsi les seuls

consommateurs. La quantité annuelle de ces nids qu’on importe en Chine s'élève à deux cent quarante-deux mille livres environ :en estimant chaque livre à une moyenne de 50 fr., on trouve que, pour ce seul article, les Chinois paient aux îles de l’Archipel plus de 12 millions de francs. C’est un monopole impor tant pour les souverains des diverses îles où se trouvent les cavernes. Aussi la possession de ces lieux est-elle souvent la seule cause des guerres que se

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font ces petits peuples. On conçoit qu’une marchandise si précieuse excite la cupidité ; aussi les cavernes qui sont le moins difficile à aborder, ont-elles été souvent exposées aux déprédations des flibustiers et des autres pirates, qui non-seulement enlevaient les nids, mais dégradaient les roches, et diminuaient, par ces dévastations, la récolte des années suivantes. Dans les lieux où règnent l’ordre et la tranquillité, et où l'accès des cavernes est difficile, on n’a pas ces accidens à craindre, et le revenu est assez régulier. Telles sont les cavernes de Goenong-Goetoe à Java : elles donnent annuellement près de sept mille livres de nids, qui valent, au prix du marché de Batavia, cent trente-neuf mille dollars espagnols ou près de 700,000 fr. Les frais d'exploitation, de curage, d'emballage, ne s’élèvent pas à plus de 10 à 11 p. 100.

Rien n’est admirable comme la constance avec laquelle les oiseaux couvent leurs œufs. Quelquefois les deux parens se partagent ce soin; d’autres fois , le mâle se borne à pourvoir aux besoins de la femelle, pendant que celle-ci reste accroupie sur les œufs ; et, dans d’autres espèces encore, c’est la femelle qui s'occupe de l’incubation. En général, ce n’est qu’à regret que, poussée par la faim, la mère quitte ses œufs pendant quelques instans. Chez la plupart des oiseaux, la femelle prodigue les soins les plus tendres à ses petits, et long-temps après leur naissance. Elle les recouvre de ses ailes pour les garantir du froid , leur apporte une nourriture choisie, que souvent elle digère à moitié et dégorge ensuite dans leur gosier, pour la rendre mieux appropriée à leur estomac délicat. Elle guide leurs premiers pas, leur apprend à se servir de leurs ailes; et lorsqu'un danger les menace, elle déploie pour les sauver autant de courage que d’activité.

Sous ce rapport, les mœurs des oiseaux sont bien intéressantes à étudier ; mais ce ne n’est pas encore ce qu’elles offrent de plus remarquable. Le phéno mène le plus singulier de leur vie est, sans contredit, l'habitude qu'ont certaines espèces de faire, à des époques déterminées de l’année, de longs voyages, et de changer de climat suivant les saisons.

Quelques oiseaux voyageurs effectuent leurs émigrations isolément, ou seulement accompagnés de leurs femelles ; mais le plus grand nombre voyagent en commun. Pour ceux-ci, on admire l’instinct qui les porte à s'appeler, à se rassembler vers un point fixe, douze ou quinze jours avant celui du départ. Ce départ est ordinairement l'indice d’une variation météorologique ; car on remarque que jes oiseaux en ressentent les influences assez tôt pour que, d’après leur maintien ou leurs habitudes, l’on puisse pronostiquer des changemens de température, L'on peut juger de l’ordre qui doit être suivi dans toute la route

par celui que nous sommes à même d'observer chez quelques grandes espèces telles que oies. La conduite de la troupe est confiée à un chef placé en tête des deux files, plus ou moins écartées, qui se rencontrent Vers un point. Le chef est le sommet de cet angle mouvant; il ouvre la marche, porte les premiers

coups à la résistance de l'air, fraie le chemin , et toute la bande le suit en ob- |

servant l'ordre le plus parfait. Comme les efforts de ce chef sont très violens, et qu'il ne pourrait les supporter pendant tout le voyage, on le. voit, lorsqu'il est fatigué, céder le poste à son plus proche voisin, et prendre rang à l'extrémité de l’une ou l’autre des deux files. Les oiseleurs qui, dans certains cantons, comptent sur le passage des oiseaux comme sur le revenu d'une rente, calculent d'avance l’époque et les chances de ce passage. Munis de leurs filets et de tous les appareils de la chasse, ils partent pour les gorges et les vallées par où les bandes doivent passer, et ils y arrivent à point nommé, peu d’instans avant elles. Ces bandes sont quelquefois si nombreuses , et les individus qui les composent tellement serrés les uns contre les autres , que le jour en est quel quefois très sensiblement obscureci.

La route que tiennent les oiseaux dans ons migralions, et la nouvelle patrie qu’ils adoptent momentanément, sont presque toujours les mêmes chaque année. [l est cependant des oiseaux dont le voyage semble n'avoir aucun .but apparent, et auxquels tous les climats peuvent convenir ; ceux-là, doués d’ailes très longues, paraissent ne suivre aucune direction fixe ; ils ne s'arrêtent que pour prendre-un repos indispensable , et leurs apparitions sont constamment accidentelles; bien différens, sous ce rapport, d’un petit nombre d’espèces moins favorisées de la nature, qui sont privées des instrumens du vol, dont la démarche est lente et embarrassée et qui, condamnées à ne point quitter la roche qui les à vues naître, usent E- patience à attendre une pro que leur apporte le roulement des vagues.

Après que l’oiseau.a passé la saison de la ponte, il perd ordinairement ses plumes : ce phénomène s'appelle la mue. Elle est le plus souvent double dans les oiseaux de rivage et dans les oiseaux d’eau ou les palmipèdes ; aussi on doit toujours observer si l'oiseau est en plumage d'été ou en plumage d'hiver, quand on décrit une espèce qui appartient à l’un de ces ordres. L'oiseau perd aussi la voix éclatante et brillante qu’il avait prise avec sa puberté, qu'il sem ble perdre et renouveler chaque année.

Il y a plusieurs espèces qui changent de plumes dans le lieu même où elles ont élevé leurs petits; d’autres, au Contraire, cherchent un pays plus convenable où elles trouveront une température plus chaude et une nourriture plus abon-

Cat ont. dun. nié

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