POULE ET
Le coq (1) est un oiseau pesant, dont la démarche est grave et lente, dont les ailes sont fort courtes et qui ne vole que rarement. Il chante indifféremment la nuit et le jour , et son chant est fort différent de celui de sa femelle. [1 y a quelquefois des femelles qui ont le cri du coq, c'est-à-dire, qui font le même effort du gosier avec un moindre effet; mais leur voix n’est pas si forte, et leur cri n’est pas si bien articulé. Le coq gratte la terre pour chercher sa nourriture; il avale autant de petits cailloux que de grains, et n’en digère que mieux : il boit en prenant de l’eau dans son bec, et levant la tête à chaque fois pour l'avaler. Il dort le plus souvent un pied en l’air, et en cachant sa tête sous l'aile du même côté. Le front du coq est orné d’une crête rouge et charnue, et le dessous du bec d’une double membrane de même couleur et de même nature. Les narines sont placées de part et d’autre du bec supérieur, et les oreilles de chaque côté de la tête, avec une peau blanche au-dessous de chaque oreille ; les pieds ont ordinairement quatre doigts, toujours trois en avant et l’autre en arrière. Les plumes sortent deux à deux de chaque tuyau ; caractère assez singulier, qui n’a été saisi que par très peu de naturalistes. La queue est à-peuprès droite : et néanmoins capable de s’incliner du côté du cou et du côté opposé ; cette queue, dans les races des gallinacés qui en ont une, est composée de quatorze grandes plumes, qui se partagent en deux plans égaux : ce qui distingue le mâle, c'est que les deux plumes du milieu de la queue sont beaucoup plus longues que les autres, et se recourbent en arc ; que les plumes du cou et du croupion sont longues et étroites, et que les pieds sont armés d’épe-
rons. Il est vrai qu’il se trouve aussi des poules qui ont des éperons; mais cela est rare.
(1) En vieux français, gal, gog; en latin, gallus; en espagnol et en italien, ga/lo; en savoyard,
coq, gau, geau; en allemand, Lahn; en anglais, coch.
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- Un bon coq est celui qui à du feu dans les yeux , de la fierté dans la démarche, de la libéralité dans ses mouvemens, et toutes les proportions qui annoncent la force. La
Les poules doivent être assorties au coq , si l’on veut une race pure; mais si l’on cherche à varier et même à perfectionner l'espèce, il faut croiser les races. Dans tous les cas, on doit choisir celles qui ont l'œil éveillé, la crête flottante et rouge, et qui n'ont point d’éperons : les proportions. de leur corps sont en général plus légères que celles du mâle; cependant elles ont Les plumes plus larges et les jambes plus basses. Les bonnes fermières donnent la préférence aux poules noires, comme étant plus fécondes que les blanches, et pouvant échapper plus facilement à la vue perçante de l'oiseau de proie qui plane sur les basses-cours. |
Le coq a beaucoup de soin et même d'inquiétude et de souci pour ses poules : il ne les perd pas de vue; il les conduit, les défend, les menace, va chercher celles qui s’écartent, les ramène, et ne se livre au plaisir de manger que lorsqu'il les voit toutes manger autour de lui. A juger par les différentes inflexions de sa voix et par les différentes expressions de sa mine , on ne peut guère douter qu'il ne leur parle différens langages. Quand il les perd, il donne des signes de regrets. Quoique jaloux, il n’en maltraïte aucune ; et sa passion ne l’irrite que contre ses concurrens : s'il se présente un autre Coq, sans lui donner le temps de rien entreprendre, ii accourt l’æil en feu, les plumes hérissées, se jette sur son rival, et lui livre un combat opiniâtre, jusqu'à ce que l’un ou l’autre succombe.
Ce qui paraît prouver que la jalousie du coq est une passion réfléchie , quoiqu’elle ne porte pas contre l’objet de ses amours, c'est que plusieurs coqs dans une basse-cour ne cessent de se battre, au lieu qu’ils ne battent jamais les chapons.
Les hommes, qui tirent parti de tout pour leur amusement, ont voulu mettre en œuvre cette antipathie invincible que la nature à établie entre un coq et un coq ; ils ont cultivé cette haine innée avec tant d'art, que les combats de deux oiseaux de basse-cour sont devenus des spectacles pour la curiosité des peuples. On a vu, on voit encore tous les jours, dans plus d’une contrée , des hommes de tous états accourir en foule à ces grotesques tournois, se diviser en deux partis, chacun de ces partis s’'échauffer pour son combattant, joindre la fureur des gageures à l'intérêt du spectacle, et le dernier coup de bec de l'oiseau vainqueur renverser la fortune de plusieurs familles, C'était autrefois la folie des Rhodiens, des Tangriens, de ceux de Pergame ; c'est aujourd'hui celle des
Chinois, des habitans des Philippines, de Java , de l’isthme de l'Amérique, des Anglais et de quelques autres nations des deux continens.
Les poules n’ont pas besoin du coq pour produire des œufs; il en naît sans cesse de la grappe commune de l'ovaire ; ils y grossissent, acquièrent leur maturité, se détachent de leur calice et de leur pédicule, parcourent l’oviducte dans toute sa longueur, s’assimilent la Iymphe dont la cavité de ce conduit est remplie, en composent leur blanc, leurs membranes, leurs coquilles, et restent dans ce viscère jusqu’à ce que ses fibres entrent en contraction, et les poussent au dehors.
Le poids moyen d’un œuf de poule ordinaire est d'environ une once six gros. Si on ouvre un de ses œufs avec précaution, on trouvera d’abord sous la coque une membrane commune qui en tapisse toute la cavité; ensuite le blanc externe , qui a la forme de cette cavité; puis le blanc interne, qui est plus arrondi que le précédent ; et enfin au centre de ce blanc le jaune, qui est sphérique ces différentes parties sont contenues chacune dans sa membrane propre. La petite vésicule lenticulaire, appelée ezcatrieule, se trouve à-peu-près sur l'équateur du jaune , et fixée solidement à sa surface.
Il n’est pas rare de trouver deux jaunes dans une seule coque; cela arrive lorsque deux œufs également mürs se détachent en même temps de l'ovaire, et parcourent ensemble l’oviducte, et, formant leur blanc sans se séparer, se trouvent réunis sous la même enveloppe. Qu'un œuf détaché depuis quelque temps de l'ovaire se trouve arrêté dans son accroissement, et que formé autant qu'il peut l'être, il se rencontre dans la sphère d'activité d’un autre œuf qui aura toute sa force, celui-ci l’entraînera avec lui, et ce sera un œuf dans un œuf.
On comprendra de même comment on y trouve quelquefois une épingle ou tout autre corps étranger qui aura pu pénétrer jusque dans l’ociducte.
Les poules pondent indifféremment pendant toute l’année , excepté pendant la mue qui dure ordinairement six semaines ou deux mois, sur la fin de l’automne et au commencement de l'hiver. La fécondité ordinaire des poules consise à pondre presque tous les jours. Il y a telle manière de nourrir les poules communes, qui leur donne une fécondité extraordinaire; la chaleur y contribue beaucoup. On peut faire pondre les poules en hiver, en les tenant dans une écurie où il y a toujours du fumier chaud sur lequel elles puissent séjourner.
Dès qu’un œuf est pondu, il commence à transpirer , et perd chaque jour quelques grains de son poids par l’'évaporation à mesure que cette évaporation
se fait, ou il s’épaissit, se durcit et dessèche, ou il contracte un mauvais goût, et se gâte enfin totalement, au point de ne pouvoir plus rien produire. Pour lui conserver long-temps toutes ses qualités, il faut mettre obstacle à certe transpiration par une couche de matière grasse , dont on enduit exactement sa coque peu de moment après qu’il a été pondu : avec cette seule précaution on gardera pendant plusieurs mois et même pendant des années des œufs bons à manger , susceptibles d’incubation, et qui auront toutes les propriétés des œufs frais. Les habitans du Tonquin les conservent dans une espèce de pâte faite avec de la cendre tamisée et de la saumure ; d’autres Indiens dans l'huile.
Une poule qui vient de pondre éprouve une sorte de transport que partagent les autres poules qui n’en sont que témoins, et qu’elles expriment toutes par des cris de joie répétés. Lorsque la poule aura pondu vingt-cinq ou trente œufs; elle se mettra tout de bon à les couver ; si on les lui Ôte à mesure , elle pondra peut-être deux ou trois fois davantage , mais enfin il viendra un moment où, par la force de l'instinct, elle demandera à couver et exprimera ce desir par un gloussement particulier, et par des mouvemens et des attitudes ; si elle n'a pas ses propres œufs, elle couvera ceux d’une autre poule, et, à défaut de ceux-là, ceux d’une femelle d’une autre espèce, et même des œufs de pierre ou de craie.
Si ses recherches sont heureuses , et qu'elle trouve des œufs vrais ou feints dans un lieu retiré et convenable, elle se pose aussitôt dessus , les environne de ses ailes , les échauffe de sa chaleur , les remue doucement les uns après les autres , comme pour en jouir plus en détail, et leur communiquer à tous un égal degré de chaleur; elle se livre tellement à cette occupation, qu’elie oublie de boire et de manger : on dirait qu'elle comprend toute l'importance de la fonction qu’elle exerce ; aucun soin n’est omis , aucune précaution n’est oubliée pour achever l'existence de ces petits êtres commencés, et pour écarter les dangers qui les environnent. Ce qu’il y a de plus digne de remarque, c’est que la situation d’une couveuse, quelque insipide qu'elle nous paraisse, est peutêtre moins une situation d’ennui qu’un état de jouissance continuelle , d'autant plus délicieuse qu’elle est plus recueillie : tant la nature semble avoir mis d’attraits à tout ce qui a rapport à la multiplication des êtres.
L'effet de l’incubation se borne »au développement de l'embryon du poulet, qui existe tout formé dans la cicatricule de l'œuf fécondé.
L'industrie humaine n’a pas trouvé qu’il füt au-dessous d'elle d’imiter les procédés de l’incubation. D'abord de simples villageois d'Egypte , et ensuite des physiciens de nos jours , sont venus à bout de faire éclore des œufs aussi bien
que la meilleure couveuse, et d’en faire éclore un très grand nombre à-la-fois ; tout le secret consiste à tenir ces œufs dans une température qui réponde à-peuprès au degré de chaleur de la poule , et à les garantir de toute humidité et .de toute exhalaison nuisible. En remplissant ces deux conditions essentielles, et en y joignant l'attention de retourner souvent les œufs , et de faire circuler dans le four ou l’étuve les corbeilles qui les contiendront, en sorte que nonseulement chaque œuf, mais chaque partie du même œuf participe à-peuprès également à la chaleur requise, on réussira toujours à faire éclore des milliers de poulets.
On juge bien que cette mère qui a montré tant d’ardeur pour couver, qui à couvé avec Lant d’assiduité, qui à soigné avec tant d'intérêt des embryons qui n’existaient point encore pour elle, ne se refroidisse pas lorsque ses poussins sont éclos : son attachement, fortifié par la vue de ces petits êtres qui lui doivent la naissance, s'accroît encore tous les jours par les nouveaux soins qu’exige leur faiblesse; sans cesse occupée d'eux, elle ne cherche de la nourriture que pour eux; si elle n’en trouve point, elle gratte la terre avec ses ongles pour lui arracher les alimens qu’elle recèle dans son sein, et elle s’en prive en leur faveur : elle les rappelle lorsqu'ils s'égarent, les met sous ses ailes à l'abri des intempéries , et les couve une seconde fois.
Elle se livre à ces tendres soins avec tant d'ardeur et de souci, que sa constitution en est sensiblement altérée, et qu'il est facile de la distinguer de toute autre poule, soit à ses plumes hérissées et à ses ailes traînantes , soit au son enroué de sa voix et à ses différentes inflexions qui sont toutes expressives et ont une forte empreinte de sollicitude et d'affection maternelle.
Mais si elle s’oublie elle-même pour conserver ses petits, elle s'expose à tout pour les. défendre : paraît-il un épervier dans l'air, cette mère si faible, si timide, et qui, en toute autre circonstance, chercherait son salut dans la fuite, devient intrépide par tendresse ; elle s’élance au devant de la serre redoutable, et, par ses cris redoublés, ses battemens d'ailes et son audace, elle impose souvent à l'oiseau carnassier. Ce qui ne fait pas autant d'honneur à son instinct, c’est que si par hasard on lui a donné à couver des œufs de cane ou de tout autre oiseau de rivière, son affection n’est pas moindre pour ces étrangers qu'elle le serait pour ses propres poussins : elle ne voit pas qu’elle n’est que leur nourrice, et lursqu'ils vont, guidés par la nature, s’ébattre ou se plonger dans la rivière voisine, c’est un spectacle singulier de voir la surprise, les inquiétudes , les transes de cette pauvre nourrice, qui se croit encore mère, et qui , pressée du desir de les suivre au milieu des eaux, mais retenue par une