SIR ROGER CHEZ LUI
Je me sens d'autant plus à l'aise dans la famille de Sir Roger, qu'elle se compose de personnes graves et posées, car le chevalier étant le meilleur maître du monde, il change rarement de domestiques, et étant adoré de tous ceux qui l'entourent, ses serviteurs n'ont jamais envie ^ de le quitter ; c'est pourquoi ses domestiques sont tous d'un certain âge, ayant vieilli avec leur maître. On prendrait son valet (de chambre) pour son frère ; son sommelier a les cheveux gris, son palefrenier est un des hommes les plus graves que je connaisse,^ et son cocher a toute l'apparence d'un conseiller d'Etat. La bonté du maître se révèle même dans la personne du vieux chien de garde, et d'un cheval gris que l'on entretient à l'écurie avec beaucoup de soins et d'égards, par reconnaissance de ses services passés, bien qu'il soit hors d'état de travailler depuis plusieurs années.
Je ne pus voir sans beaucoup de plaisir la joie empreinte sur le(s) visage(s) de ces vénérables' domestiques, lors de l'arrivce de mon ami à son château. Certains d'entre eux ne purent '* retenir leurs larmes en revoyant leur vieux maître ; chacun s'empressait pour le servir, et paraissait désappointé s'jI n'y avait rien qu'il put faire. Cependant le vieux chevalier, d'un ton i)atcrnel où il y avait (juehiue chose de l'autorité du chef de famille, entremêlait à des questions sur ses affaires des interrogations bienveillantes ayant rapport à eux-mêmes.
' de vcllcités. * <|uc j'aie jamais vus (rencontrés).
* vieux. * ne pouvaient.