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marches, elle vint se réfugier entre lçs genoux du roi.
Un enfant, un peu plus âgé qu'elle, la poursuivait; s'arrêta, assez décontenancé, au sommet de l'escalier.
— Le méchant! il m'a battue! criait la petite Néfrou-Ra, dont les beaux yeux roulaient des larmes.
Le jeune garçon, regardant la royale assistance d'un air intrépide, dit :
— Elle m'a cassé mon crocodile de bois.
— D'où vient cet enfant? s'écria le roi, comment le laisse-t-on approcher de mes filles?
La princesse Méri-Atonou, qui était couchée auprès de la reine, se souleva vivement.
— Père, dit-elle, c'est mon fils.
— Ton fils! J'ignorais qu'une royale
princesse de ma maison eût un fils avant d'être mariée ; le savais-tu, Néfrou?
— Je le savais, répondit la reine en souriant.
— Eh bien, fais-moi connaître ton fils, dit le roi, qui d'abord courroucé, riait maintenant.
La nourrice royale Tiaï, avait rejoint la petite Néfrou-Ra, qui ne pleurait plus, et elle remmena.
— Père, dit Méri-Atonou, voici plusieurs années qu'il est mon fils, mais Ta iMajesté était préoccupée de si graves choses, que je n'ai pas trouvé le moment de te parler de lui. Il est beau, n'est-ce pas? Mais combien violent et indomptable ! Il me semble être, en face de lui, comme une gazelle qui aurait allaité un lion.
— D'où te vienl-il?
— Un soir, avec mes filles, je marchais sous les palmiers, le long du fleuve. J'entendis des cris plaintifs et étouffés, que je pris pour ceux d'une bête blessée. Mais voici : dans le fouillis des roseaux et des lotus, un coffre en papyrus tressé, enduit de poix et de bitume, s'était arrêté; et Ton devinait, dedans, un être qui se débattait, frappait des poings, agitait ses pieds, criant de toute sa voix et hâtant par ses mouvements de détresse l'engloutissement du fragile bateau... N'est-ce pas, père, comme cela ressemble à une des légendes des anciens dieux? celle où le corps d'Osiris, enfermé dans un coffre, est poussé par les flots aux pieds d'Isis ! . . . Une de mes suivantes dut entrer dans l'eau jusqu'aux cuisses pour atteindre le coffre, et on me l'apporta. Celui qu'il enfermait était bien
vivant. C'était un bel enfant de quelques mois, que je reçus comme un don d'Atonôu.
Je l'appelai : Nohemtou-Em-Mou, puisque je l'avais . sauvé de l'abîme des eaux.
- C'est ainsi qu'il fut mon fils.
La Royale Mère, tout attendrie, s'écria :
— Quels sont donc les malheureux, aséez indignes, pour abandonner ainsi leur enfant?
— Il est né d'une de ces tribus étrangères qui nous servent et travaillent pour nous, dit Méri-Atonou ; peut-être sa mère est-elle morte , ou trop pauvre pour l'élever.
— Comme il écoute et de quels yeux il nous regarde! dit la reine. On dirait des yeux d'épervier.
— Les prédictions lui annoncent une vie très longue, et une gloire sans fin.
— Comment élèves-tu ce fils? demanda le roi qui, d'un regard profond, étudiait l'enfant.
— Interroge-le, père, dit MériAtonou en relevant fièrement la tête.
Le Pharaou attira tout près de lui le fils adoptif de sa Royale Fille.
— Qui est Dieu? lui demanda-t il.
Sans hésiter, l'enfant répondit :
— Adonou.
— Pourquoi prononce-t-il ainsi?
Méri-Atonou expliqua :
— Il a tant sangloté dans sa cr.èche humide qu'il lui est resté un défaut de parole.
— Que sais-tu d'Atonou? reprit le roi.
— C'est l'Éternel, le Dieu vivant, le Dieu unique ; par sa parole il a créé le ciel, il a créé la terre et tout ce qui est à sa
surface, les hommes, les animaux et les plantes.
Sous quelle forme l'adore-t-on?. ..
— Sous la forme d'un disque flamboyant, dardant vers la terre ses rayoi\s.
— Et les autres Dieux?...
— 11 n'y a pas d'autfe Dieu qu'Adonou, le vrai Dieu.
L'ejifant avait répondu, cette fois, avec une énergie singulière, presque avec colère. Khou-n-Atonou eut comme un frisson de joie.- Il posa sa main droite sur la tête, du jeune étranger, et d'une voix grave, voilée d'émotion, il lui dit :
— toi, fils de ma fille! entré comme par miracle dans ma maison, sois l'esprit par lequel ma volonté se projettera vers l'avenir. On m'a prédit que je n'aurai pas d'héritier mâle, et l'âme des femmes est
changeante, soumise aux désirs de l'époux.
Nul ne gardera ma pensée si, après ma mort, ceux, qui grondent sourdement maintenant, éclatent contre moi en hurlements de haine. Ils relèveront les images de bois et de pierres, ameuteront le peuple, voileront le vrai Dieu, et voudront effacer mon nom de la mémoire des hommes. toi, que ma fille a sauvé de l'engloutissement , s'il est vrai que tu doives vivre de longs jours, en tous lieux, en tous temps, à travers la détresse ou le triomphe, souviens-toi du Dieu unique, souviens-toi d'Atonou, l'Éternel!
Le Pharaon avait ordonné :
« Que la prêtresse, venue cTApilou pour me détourner de mon Dieu, assiste à la cérémonie célébrée en l'honneur d'Atonou, dans le Grand Temple de la ville. »
Et l'intendant de la Grande Maison, Apiï ?
ancien prêtre d'Amon, qui connaissait Menko-Pira et l'avait dénoncée au roi, vint vers elle pour lui porter Tordre.
Et de la demeure somptueuse qu'on lui avait donnée, bien pourvue de toutes les bonnes choses, dans l'enceinte des palais, la prêtresse se mit en route, montée sut"
un char léger, en bois de sycomore plaqué d'argent et orné de peintures. Apiï luimême servit de cocher. '
il fit sortir le char de l'enceinte royale par la graude porte réservée aux princes.
Elle était flanquée de deux sphinx en marche, qui avaient des ailes, et en avant de la porte, à l'extérieur, huit mâts, d'une prodigieuse, hauteur, laissaient pendre et flotter huit banderoles.
C'était l'aube, et toute la population de Kout-Atonou se dirigeait vers le Grand Temple, pour saluer le soleil levant. Le char conduit par Apiï, suivait l'Avenue Royale, qui longeait le fleuve ; et sur l'eau les barques étaient si nombreuses qu'elles la cachaient presque entièrement. Celles qui remontaient le courant déployaient des voiles carrées, celles qui le descendaient
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étaient conduites à la rame, et les matelots rythmaient leurs mouvements par le chant bien connu :
« En paix! En paix! auprès d'Osiris ! »
Mais brusquement ils se reprenaient et disaient :.
« Auprès d'Atonou!... »
On était au troisième mois de la saison dçs semailles, au mois de Phamenoth. La terre verdoyait, pleine d'ex;pansion et de.
force. Sur l'autre rive, on apercevait des champs, où le blé, déjà, était haut.
L'Avenue Royale s'épanouissait en une vaste place, au centre de laquelle apparaissait le Grand Temple d'Atonou, qui ne ressemblait pas aux autres temples.
Il n'y avait ni enceinte, ni cour, ni avenue de sphinx; l'édifice, qui ne contenait qu'une salle, se montrait tout entier
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