‹ Kiev, la mère des villes russes. Vingt-quartre gravures hors texteChapitre 3 sur 12 · MOSÉE IMPÉRIAL HISTORIQUE, A MOSCOU · texte numérisé non relu

MOSÉE IMPÉRIAL HISTORIQUE, A MOSCOU

Tableau de Sèmiradzky

victimes. Le vin cl les boissons capiteuses répandus se mêlent au sang des animaux déjà immolés. Aux derniers feux du soleil couchant vont succéder ceux du bûcher qui consumera, avec le cadavre du chef, cet entassement fantastique do tout ce qui l’entoure.

Les idoles grimaçantes ont été apportées pour figurer à cette féerie macabre. Les guerriers font retentir les airs en frappant leurs boucliers, pour couvrir d’un son semblable à celui du tonnerre les plaintes des victimes humaines qu’on va immoler.

Funérailles solennelles et terribles, qui se terminent par un incendie des êtres et des choses, par un amoncellement de cendres, et dont il ne reste, pour en perpétuer le souvenir, qu’un tertre funéraire qui rompt la monotonie de la steppe.

A. K. Tolstoï a chanté ces monticules dans un poème dont je vous traduis un passage :

Et voilà que les années sont passées. Les siècles s’écoulèrent ensuite. Aux peuples succédèrent les peuple-, et la surface de la terre a changé. Mais le kourgane où le conquérant puissant est enseveli élève encore sa haute cime, il n'a pas été mis au niveau de la terre, et, comme jadis, il se dresse fièrement.

Comme vestiges de la Kiev païenne, il ne subsiste que des données semi-historiques, semi-légendaires, des chants héroïques remplis de poésie et de couleur locale, et des débris archéologiques sortis des tombeaux.

Une bonne fortune a fait tomber entre nos mains le mobilier funéraire d’une sépulture trouvée à Kiev même, où se trouvaient réunis les représentants des trois grands facteurs qui ont concouru à la formation de la Russie. L’élément slave était représenté par un collier et des boucles d’oreilles; l’élément byzantin par

fieux monnaies frappées au commencement du x° siècle; l’élément varègue par deux libidos en forme de carapace de tortue, comme celles qui caractérisent, dans les pays Scandinaves, l’époque des Vikings. Tous ces intéressants objets nous ont été gracieusement offerts par celui qui les avait trouvés, lorsqu'il sut que nous étions Français.

Mais j’ai hâte d’arriver aux temps chrétiens. Le baptême d’Olga, veuve d Igor, demeura presque inaperçu. Lotte princesse fut, selon les paroles de l’annaliste Nestor,» le précurseur du Christianisme en Itussie, » comme l’aurore est le précurseur du soleil, comme » l’auhe est le précurseur de l’aurore ».

Wladimir et l’introduction du Christianisme.

L’œuvre d’Olga fut poursuivie par son petit-fils, Wladimir, qui devint le Clovis des Russes. Ce Barbare, tout d’abord cruel et adonné aux plus violentes passions, avait l'aine troublée d’aspirations religieuses.

Dans Wladimir, il y a deux personnages qui se confondent souvent : un légendaire, et l’autre historique. L’un est le beau Soleil, et l’autre Wladimir le bapliscur. L’un est le héros du cycle Kiévien, l’autre l’apôtre de la religion chrétienne dans la Russie.

Kiev ne conserve plus aucun édifice de l'époque de saint Wladimir, mais le souvenir de cette grande figure historique se retrouve partout. Sa mémoire est célébrée par les paysans qui psalmodient les bylines dans les isbas. Son culte a été consacré par l’orthodoxie, qui vénère Wladimir connue un des saints les plus populaires. Dans les villages, on entend chanter la bravoure de ce héros dans des épopées semi-légendaires, semihéroïques; dans les églises dorées, on se rend, soit pour vénérer ses reliques, soit pour prier devant ses images aux sons des chœurs liturgiques, au milieu de nuages d’encens. La ch;\sse de saint Wladimir repose dans l’église de la Dîme, Desset inaï a ; une église moderne, qui n’est pas encore consacrée, perpétuera la mémoire du premier prince chrétien, aussi vénérée aujourd’hui qu’elle l’était hier et qu’elle le sera demain. Enfin, sur

le point le plus pittoresque de Kiev, au lieu dit la Dégringolade du Diable , en face de la vallée du Dniépre, se dresse, majestueuse, la statue de ce prince, de cet apôtre, de ce saint, sur la colline d’où il a fait précipiter les idoles païennes dans les eaux du fleuve.

La conversion de Wladimir est intéressante à étudier. 11 lit une sorte d’enquête sur les diverses religions. Le moine Nestor nous raconte en détail toutes les démarches qui précédèrent et préparèrent ce grand événement.

Le fier Wladimir n’entendait pas mendier le baptême chez les Grecs, il voulut le conquérir les armes à la main. Il descendit en Tauride et s’empara de Chersonèse, la dernière ville qui, dans cette région, fût restée soumise aux Grecs. Puis il envoya déclarer aux empereurs de Byzance, Basile et Constantin, qu’il voulait épouser leur sœur Anne. Les Césars grecs, qui se trouvaient aux prises avec des révoltes intérieures, consentirent, à condition que le Barbare se ferait baptiser.

Al ors, Wladimir eut les yeux malades, et, privé de la vue, il était accablé d’une grande inquiétude et ne savait que faire. La princesse envoya lui dire : « Si tu veux guérir de ce mal, fais-toi baptiser le plus tôt possible ; sinon tu ne guériras point. » Il obtempéra à ce désir, et dés que l’évêque de Chcrsonèse imposa les mains sur le nouveau converti, celui-ci vit aussitôt la lumière, et loua Dieu en disant : « C’est maintenant seulement que je connais le vrai Dieu ! »

C’est donc dans sa conquête que le prince de Kiev reçut le baptême et célébra son mariage avec l’héritière des empereurs de Home.

Après plusieurs séjours sur les rives du Dniépre, j’ai voulu voir celte localité pleine de souvenirs, et je me

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