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LES LOIS DE LA MÉCANOIVIORPHOSE

PAR

Paul CARNOT

► Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, Médecin des hôpitaux.

La Kinésithérapie est la Thérapeutique du Mouvement. Elle a pour but de provoquer, par des procédés mécaniques, actifs ou passifs, le fonctionnement des diverses parties du corps et dérive de ce principe général que le développement et la réparation d’un organe sont inüuencés par son fonctionnement même.

11 semble, en effet, y avoir, chez les Êtres vivants, des relations mutuelles entre la structure et les fonctions d’un organe. Si le jeu des machines inanimées dépend de leur conformation, mais ne la modifie guère, il en est tout autrement pour les machines vivantes. C’est même une de leurs caractéristiques ies plus frappantes que, leurs organes se modifiant et se rénovant sans cesse, leur structure est constamment modelée par les actions physiques qui s’exercent sur elles ; or, les plus continues et les plus efficaces sont, précisément, les actions mécaniques qui dérivent de leur fonctionnement même. Aussi peut-on dire, à juste titre, que, si la structure d’un organe vivant détermine sa fonction, la fonction modifie, à son tour, cette structure, et répéter avec Jules Guérin, l’aphorisme célèbre : « C’est la Fonction qui fait l’Organe. »

Faire fonctionner un organe malade, c’est donc aider à sa reconstitution. Faire de la Kinésithérapie, c’est appliquer à la Thérapeutique les lois générales de l’Évolution, relatives aux adaptations fonctionnelles et à l’automorphose des divers organes. C’est utiliser les données précises de la Bio-Mécanique.

Aussi, nous paraît-il utile, au début de ce livre, d’indiquer les bases scientifiques de la Kinésithérapie. Trop souvent encore, en effet, le Massage, la Mobilisation, la Gymnastique, etc., sont considérés comme des pratiques empiriques, que l’on rejette avec dédain ou que l’on abandonne à un personnel secondaire. Ces méthodes sont, cependant, scientifiques par leurs principes et par

les détails de leurs ap]dicatious ; elle^ touchent, par leur esprit général, aux plus hauts problèmes de la Biologie.

Toute une science nouvelle, appelée tour à tour Mécanique du développement (W. Boux), Bio-Mécii nique {\yesDe\a.^e), Mécanomorphose, s’édifie, actuellement, qui démontre, par des observations et des faits expérimentaux, le rôle des actions mécaniques et des excitants fonctionnels sur le développement et la réparation des organes. Ce sont ses lois que nous al Ions résuniei-, parce qu’ellespeuvent servir de charte scientifique à la Kinésithérapie.

Lois générales de la mécanomorphose.

La doctrine évolutionniste des adaptations fonctionnelles a été formulée, avec une grande netteté, par le génie de Lamark.

L’action des influences extérieures, pidncipalement mécaniques, sur la structure des êtres vivants, l’adaptation des organes à leurs fonctions sont, avec la transmission héréditaire des caractères ainsi acquis, à la hase même du Transformisme.

Ces actions sont aussi à la hase de la Mécanomorphose et, par là même, à la hase de la Kinésithérapie.

Une preuve des plus péremptoires, démontrant l'adaptation d’un organe à sa fonction, est foui nie par le fait capital qu’un organe qui cesse de fonctionner s’atrophie, et que, par contre, un organe qui hyperfonctionne s’hypertrophie.

C’est ainsi qu’un membre, condamné pendant longtemps à Timmobilité dans un appareil plâtré, tend à s’atrophier, tandis qu'un membre entraîné à fonctionner par une série de manœuvres, actives ou passives, s’hypertrophie. Les muscles du moignon d’un manchot deviennent grêles et flasques, tandis que le biceps d’un forgeron double ses dimensions.

De même, l’estomac d’un inanitié s’atrophie; ses parois s’amincissent, ses glandes et ses muscles entrent en régression. Au contraire, l'estomac du gros mangeur épaissit ses tuniques, renforce ses muscles, allonge ses glandes.

De même, le cumr d’un hypotendu, d’un tuberculeux par exemple, obligé à un faible travail, devient petit et prend l’aspect typique en <( gland de chêne ». Au contraire, le cœur d’un hypertendu, d’un bi‘ighti(|ue notamment, obligé de lutter contre l’obstacle périphérique, hypertrophie son ventricule gauche et devient le « gros cœuir de Traube. »

On pourrait citer indéfiniment des exemples cliniques propres à montrer quelles adaptations de sti ucture peuvent résulter de simples modifications fonctionnelles.

MÊCANOMORPHOSE OSSEUSE.

Lorsque, la cause persistant pendant plusieurs générations, l’hérédité fixe définitivement les caractères acquis, les modifications anatomiques ainsi produites deviennent permanentes et aboutissent à la constitution d’espèces nouvelles. Aussi les principaux faits relatifs aux adaptations fonctionnelles ont-ils été relatés par Lamark, Darwin et les partisans du Transformisme.

C’est ainsi que l’atrophie de certains organes inutiles aboutit à leur disparition ethnique. Les yeux de certains animaux, vivant, depuis de nombreuses générations, dans l’obscurité des cavernes, se sont atrophiés et ont disparu par absence de fonctionnement : une espèce nouvelle s’est ainsi constituée. De même, l’œil pinéal n’est plus, chez les Mammifères, que le vestige, à peine reconnaissable, d’une fonction depuis longtemps disparue.

Inversement, telle adaptation à une fonction utile s’est définitivement fixée sous forme de caractère ethnique. Telle race de montagnards est devenue courte, trapue, apte aux ascensions pénibles ; telle autre race sédentaire a courbé ses membres et a développé son cerveau. Les pattes des chevaux de course anglais se sont allongées et affinées : celles des percherons de trait se sont épaissies et fortifiées. Les muscles de la nuque sont devenus puissants chez les races de bœufs habitués au joug; les mamelles des races laitières se sont développées.

Ainsi se sont créées des races nouvelles, chez lesquelles les caractères anatomiques acquis sont, de toute évidence, le résultat d’une adaptation fonctionnelle.

Si Ton peut discuter la généralité de ce processus évolutif et contester qu’il explique à lui seul, par sélection et par hérédité, l’origine même des espèces, il est hors de doute que la structure d’un organe est modelée par son fonctionnement même, et que l’hérédité peut, en fixant les caractères ainsi acquis, en faire des modifications ethniques définitives.

11 est, maintenant, nécessaire de serrer le problème d’un peu plus près et d’entrer dans quelques détails touchant la Mécanomorphose des différents appareils.

Les recherches les plus précises et les plus directement applicables à la Kinésithérapie ayant porté sur le système locomoteur, c’est par elles que nous commencerons.

Mécanomorphose osseuse. — Le développement morphologique des os s’explique, en grande partie, par les pressions qu'ils supportent et par les forces de traction qu’exercent, sur eux, les muscles et les tendons.

Lagr ando malléal)ililé du systèmeosseux est, en etFet, lemarquable. « L’os, dit Mai ey, est comme une cire molle qui cède à toutes les forces extérieures, et l’on peut dire du squelette que sa forme est celle que lui permettent d’avoir les paidies molles dont il est environné.»

A la naissance, le scjuelette du fœtus présente bien une forme g^énérale, préadaptée |iar hérédité aux fonctions motrices qu’il aura plus tard. Mais cette forme n’est encoi'e qu’éliauchée : les os sont lisses et unis. Ce n’est que plus tard, sous l’influence de mouvements et, [)ar conséquent, d’actions mécaniques, principalement de pressions <l’appui et de tractions musculaires, qu’apparaissent les saillies et les creux qui les caractéiisent. Les anciens anatomistes, (’ruveilhier notamment, avaient déjà remarqué le rapport qui existe entre l’importance des excavations ou des crêtes osseuses d’une part, et la puissance du muscle qui s’y insèie d’autre part.

L’architecture intérieure de l’os, la forme et la direction des travées osseuses obéissent, de même, à des lois mécaniques rigoureuses. Depuis longtemps, Rodet, Meyer, Woltf, etc., avaient montré la disposition régulière des travées osseuses dans la substance spongieuse de certains os, tels que le calcanéum, les épiphyses fémorale et humérale : cette disposition est commandée par les tractions et les pressions supportées par l’os et diidgées dans un certain sens.

La traction continue du muscle joue le rôle d'excitant vis-à-vis du périoste. Suivant le langage de W. Roux, elle constitue un stimulus mécanique. Elle ne se borne pas, d’ailleurs, à provoquer une néoformalion osseuse : elle en détermine aussi la direction.

C’est ce qui résulte notamment des recherches de W. Houx, de Tornier, de Hirsch, etc Par des mesures précises, on a montré que la surface d'un os, et, par conséquent, sa forme, sont les conséquences de sa texture, et ([ue celle-ci est déterminée parle travail mécani(|ue auquel il est soumis. Les trabécules osseuses s’ordonnent ainsi suivant les trajectoires de pression et de tension de la statique graphi([ue. Cette ordination des lignes de force est l’ordination même des travées osseuses : elle est aussi mathématiqueTuent tracée que celle d’un aie ou d’une ferme métalliiiues calculés ])Our entrer dans la slruclure d’un pont.

Si les pressions et les tractions mécaniques sont mod idées par un artifice expérimental, par une altération jialhologique, par une maimmvre thérajieuliiiue, la disposilion des travées osseuses et la morphologie concomitante de Los sont modifiées par là même ;

Eæ/)eri mentalement , si Ton fait agir, sur un os, une |)iession ou une traefion, même légère, on voit, pourvu qu’elle soit longtemps prolongée, se |)roduire les plus éf ranges déformations.

MÉCANOMORPHOSE OSSEUSE.

Fick (1), Gudden, Marey (2) surtout ont montré qu’en délniisant certains muscles ou certains nerfs, et, par là même, en modifiant les forces qui agissent sur l’os en voie de développement, on modifie la forme même de cet os.

Nous citerons, en particulier, une expérience curieuse d’Antliony (3). On sait que, chez les animaux carnassiers, obligés de mastiquer puissamment, le muscle crotaphyte (muscle temporal) prend un grand développement : aussi ses insertions osseuses s’accentuentelles et les crêtes osseuses de la calotte crânienne se dévelofqierontelles beaucoup; de plus, l’action mécanique de ce muscle puissant, s’exerçant sur la convexité du crâne, tend à l’aplatir et, par suite, à empêcher le développement de l’encéphale sous-jacent. Or, vient-on à sectionner l’un des muscles crotaphytes, on constate ultérieurement une disposition beaucoup moins accentuée des crêtes d’insertion osseuse et un développement plus considérable de la convexité du crâne qui ne se trouve plus bridée parle muscle. Peut-être, lorsque le Primate dont l’Homme est issu, a fait un moindre usage de ses mâchoires, ses muscles temporaux ont-ils diminué d’importance : la compression crânienne consécutive s’étant atténuée, le cerveau sousjacent a pu prendre le développement qu’on lui connaît.

Pathologiquement, nombreux sont les exemples de conformations osseuses modifiées par des actions extérieures. On sait que les anévrysmes de l’aorte, en contact avec le sternum ou la clavicule, déforment, puis perforent cette barrière osseuse, et que celle-ci résiste moins aux actions mécaniques ainsi transmises que la peau ou les parties dépressibles. De même, une artère se creuse un sillon dans un os ; les tendons s’y creusent des coulisses, etc.

Jules Guérin (4), Julius Woltf, et bien d’autres ont montré que les changements de forme et de structure consécutifs à une maladie osseuse sont dus, le plus souvent, non à la maladie elle-même, mais aux modifications motrices qu’elle occasionne. 11 suffit, en effet, de rendre aux membres malades leur fonctionnement normal pour voir les os reprendre leur forme et leur structure.

Un des exemples les plus typiques est l’incurvation des os que l’on observe dans le rachitisme, suivant le sens des tractions musculaires et des pressions provoquées par le poids du corps. En même temps, se produit un épaississement de l’os du côté concave, ainsi que l’a

(1) Fick, Ueber die Ursachen der Knochenfomien (Exper. Untersuch. — Gœltingen, 1857). d') Marey, La machine animale. Alcan, 1873.

(3) R. Anthony, Études de morphogénie expérimentale; ablation d'un crotaphyte chez le chien {Soc. Biologie, 1902).

(4) Jules Guérin, Essai de physiologie générale, 18G8.

montré Julius WoKf (1); la cavité médullaiiti devient plus petite, excentri([ue et se ra[)proclie du bord convexe. Enfin, les aréoles osseuses allongent leui-s colonnes dans le sens de la pression mécanique et fournissent ainsi le maximum de résistance. Pour Woltf, la pression sur les sui-faces articulaires pi'oduit mécanicjuement cette incurvation et ces changements de structure. Pour Félix llegnault (2), les changements de forme sont plutôt dus à l’action directe des muscles ; caria [iression sur un membre dont les muscles sont atrophiés incurve l'os sans ([ue sa foi*me et sa structure se modifient. Lorsque l’os s'incurve, les muscles étant sains, il en l'ésulte une élongation et un tiraillement de ces muscles : ceux-ci exercent une traction sur le bord concave de l’os, et cet excitant mécanique provoque une activité ostéogénique qui aboutit à la production d’un contrefoi't osseux.

On constate des faits de même ordre dans les fractures du fémur consolidées avec angle, dans l’ankylose en flexion du genou : dans ces différents cas, la consolidation s’accompagne d’un épaississement du coté fléchi, qui s’explique par les actions mécaniques, directes ou musculaires, supportées.

Comme le dit W. Houx, les trabécules osseux sont alors dirigés suivant les lignes du plus grand etfort, c’est-à-dire obliquement par rapport à l’axe de l’os, et, par conséquent, d’une manière qui ne s’est jamais rencontrée chez aucun ancêtre de l’individu. Donc, sans tendances héréditaires, les actions mécaniques exercées par l'os ont sufli pour déterminer l’orientation la plus avantageuse de ces petites lamelles.

Un bel exemple de modifications, pathologi(jues et expéidmentales à la fois, imprimées à l’os par des actions purement mécaniques, est relaté par Poirier (3). Dans un cas où la diaphyse tibiale avait été détruite par une ostéomyélite. Poirier remplaça l’os manquant par le péroné, en le faisant j)asser dans une encoche pratiquée à l’apophyse tibiale inférieure ; or cet os, appelé à supporter des efforts supérieui's à ceux qu’il subit d’ordinaire, augmenta de diamèti’e, par suite d’une excitation fonctionnelle d’ordre mécanique plus' active. Quinze mois après l’opération, le péroné, appelé à faire fonction de tibia et à supporter le poids du corps, était ti iplé de volume, ainsi que le montra la compai’aisou des deux radiograj)hies.

ThdrapciiH<iucmen( , on j)eut mettre en œuvi-e des processus du

(1) .lüuus WoLFF, Foniie et fonction : leur rapport réciproque dans l’organisme. Trad. Tavei-, 1901.

(2) Féu.v Régnault, La morpliogénic osseuse (/tVr. gp/i. des Sciences, lOOo).

(d) l’ouuEii, Remplacement d’une diaphyse tibiale détruite par ostéomyélite par la diaphyse |)éronière. 10® Congrès de chirurgie, 1896.

MÉCANOMORPHOSE ARTICULAIRE.

même ordre. Par des tractions, continues ou intermittentes, pratiquées sur un os, on peut en modiüer la forme, la longueur, la structure. Pareille méthode devrait être systématiquement essayée lorsqu’il s’agit d’allonger ou de redresser un membre incurvé : car une traction douce et prolongée exerce, sur le processus incessant de rénovation osseuse qui modèle l’os, une action autrement efficace qu’une traction brutale et passagère. De même, une pression douce et continue, exercée dans le sens du redressement, est la plus capable de lutter contre les forces musculaires ou de pesanteur qui ont déterminé la déformation initiale.

Le rétablissement des mouvements, et, par suite, des lignes de force normales, et des actions mécaniques qui s’exercent physiologiquement, doit être la base même des méthodes kinésithérapiques dirigées contre les déformations osseuses.

On doit, en définitive, se rappeler toujours, en Kinésithérapie osseuse, que la meilleure manière d’agir sur la forme et la structure de l’os est de provoquer des excitations mécaniques, correspondant aux fonctions physiologiques, et antagonistes des forces qui ont occasionné la déformation. On copie ainsi les processus de Mécanomorphose qui se produisent au cours du développement, et on peut s’opposer aux processus mécaniques de même ordre qui ont fait dévier, pathologiquement, le type normal.

Mécanomorpliose des articulations et des cartilages. —

De même que l’os, le cartilage et les cavités articulaires se forment et se modèlent sous l’influence d’actions mécaniques (1).

Il est facile, suivant Marey, de prévoir la forme des surfaces articulaires, d’après les mouvements auxquels elles sont soumises. Aux mouvements les plus étendus correspondent les surfaces dont la courbure comptera le plus grand nombre de degrés. Les mouvements bornés, au contraire, n’engendreront que des surfaces dont la courbure correspondra à un axe de quelques degrés seulement. Le rayon de courbure des surfaces articulaires sera donc très court, si les mouvements sont très étendus; il sera très long si les mouvements sont bornés.

Par exemple, l’articulation tibio-tarsienne a une courbure d’assez court rayon à cause de la mobilité grande du pied sur la jambe; au tarse, à mesure que diminue la mobilité des os, le rayon de courbure grandit; puis il diminue aux articulations phalangiennes, là où reparaît une grande mobilité.

il) Tornier (G.), Das Enstehen der Gelenkformen {Arch. fïir Entw. Mech., I, 1897).

12 P. CARiVOT. — BASES SCIENTIFIQUES DELA KINÉSITHÉRAPIE.

On [)OiHTa donc modeler nne arliculalion, suivant rétendiie donnée au mouvement par les manœuvres actives ou passives de tnobilisal ion.

D’aj)rès Tornier, l(‘s formes des arliculalions sont fonction de rada[)lation de l’animal aux conditions exlérieur(*s. Pelles sont les résultats d’inlluences mécani(|U(*s, (pii, jirodiiites par les nécessités de la vie, se Iransmettent à ra[)|)ai‘eil ai ticulaire jiar l’intermédiaire des muscles. Ces <( excilalions mécanifjues » s’exercent dii‘ectement sur l’a|)[)areil arliculaii'e, et on peut analyser matliémali(juement leur action suivant les parallélogrammes des forces ap[)liquées.

D’api’és W. Koux ( 1 ), ce sont le frottement et le mouvement de clivage dans un sens parallèle à la surface qui déterminent la formation du cartilage Les pressions, les ti-actions entretiennent ensuite le tissu cartilagineux une fois foi-mé.

Inversement, le cartilage se transforme, lorsipie l’intensité du mouvement de clivage diminue : là où i-ègne une [iression persistante, il se calcifie; dans les points soustraits, par la partie résistante, à la traction et à la pesée, la structure cartilagineuse disparaît.

Lorsqu’à la suite d’une fracture osseuse, il existe un frottement entre les deux moignons, il se produit du caidilage : il en est ainsi clie/: les animaux dont on n’a pas immobilisé les os fracturés, et parfois aussi chez l’homme (Volkmann, Kapsarnm). Dans un cas de myosite ossifiante relaté par Hathcke, il s’était tonné du cartilage, et non de l’os, parce que les conditions de frottement et de clivage nécessaires pour la |)roduction du tissu cartilagineux avaient été i-éalisées.

Ilüter a montré que, dans les luxations anciennes, les jiaidies enduites de cartilage perdent ce revêtement sur les points (|ui cessent de frotter. Le cartilage se développe, au conti*aire, là où une surface osseuse munie de son périoste est soumise à des frottements répétés, dans les pseudartbroses par ('xem|)h‘.

Thi‘rap('utiqiiemenf, on pcmt utiliser ces donnét'S lors(ju’il s’agit (h; s’o[)poser à l’ankylosi' ou de lutti'r contre certaines déformations articulaires, dans le rhumatisme chroniijuc', par exemjtle : ])oui'})rovo(|uer la production de cartilagiu les procédés de fl ottement et de clivage [louri-ont être utilisés.

Mécîiiioiiiorpliose <les iiiii$^c*los et des tendons. — ij’intluence des actions mécaniipies sur la forme et le développement des tendons et des muscles est prouvée par un grand nombre d’observations, de faits (‘xpérimentaux et de constatations pathologiques.

(1) \V. Koux, l'nlwickelungsiucdiniiik. ISOo.

MÉCxlNOMORPHOSE MUSCULO -TENDINEUSE.

Les faits d’observation abondent, qui montrent que la longueur, la force et la structure des muscles et des tendons sont déterminées par les actions mécaniques qu’ils subissent.

La formation d’un tendon est provoquée, ainsi que l ont montré W. Houx, Anthony, etc,, par la compression qui s’exerce sur cette partie. De plus, la longueur du tendon est en raison inverse du mouvement angulaire commandé par les muscles accouplés au tendon : le tendon comble la différence qu’il peut y avoir entre l’amplitude du mouvement et le raccourcissement des fibres musculaires contractées : de plus, le tendon se localise à l’extrémité du muscle la plus mobile et la plus étroite (1).

11 y a plus de deux cents ans, Borelli avait constaté que « la longueur d’un muscle est proportionnelle à l’étendue du mouvement qu'il a à accomplir, c’est-à-dire à l’étendue de son raccourcissement. Si les insertions sont plus éloignées que l’étendue du mouvement à produire, c’est le tendon qui s’allonge. »

J. Guérin a observé que le diaphragme d’un enfant, qui a une grande amplitude de mouvements, est, en grande partie, musculeux, tandis que, chez le vieillard, le centre aponévrotique, véritable tendon du diaphragme, s’étend aux dépens de la fibre contractile, en raison de la restriction des mouvements.

Il en est de même pour les muscles dj la jambe : chez le vieillard, le tendon semble envahir le muscle, de sorte que ce qui reste du mollet se trouve très haut placé et très réduit en longueur.

De même, les muscles des gouttières lombaires et dorsales sont, chez le vieillard à mouvements restreints, pauvres en fibres rouges et riches en tendons.

On constate, d’autre part, assez facilement que toutes les fibres musculaires d’un même muscle doivent avoir une égale longueur contractile, proportionnelle à la longueur du raccourcissement, à la mobilité de ses insertions. S’il en était autrement, en effet, seules les libres les plus longues supporteraient le travail de raccourcissement; les autres resteraient inactives, s’atrophieraient et disparaîtraient. De fait, des mesures précises ont montré que, si l’attache tendineuse d’un muscle plat se fait en bas suivant une ligne brisée, cette ligne brisée se retrouve à l’attache tendineuse supérieure, en reproduisant les mêmes sinuosités.

Pour les muscles à longue insertion, comme le couturier, la longueur des fibres est toujours proportionnelle à l’amplitude des

(1) Anthony, Un fadeur primordial de la localisation des tendons dans les muscles de mouvement angulaire {Soc. Biol., 1906).

niouvements de ses points d’inseidion, et réquilil)i-ation est laite par la longueur dillei-ente du tendon.

D’une laçoii générale, on peut dire, avec W. Hou.x, (lu’un muscle augmente de longueur lorsqu’augmente l'amplitude des mouvements commandés par lui, et qu’il augmente, au conti-aire, d’épaisseur lorsqu’augmente la résistance qu’il a à vaincre.

E.rpérimen tellement, on a étudié le nMe des actions mécaniques sur l'orientalion, le développement et la réparation des éléments tendineux et musculaires.

Comme pour la structure de l'os et la direction des trabécules osseux, on a montré que la structure et te sens des éléments tendineux sont déterminés par la direction des forces mécaniques qui agissent sur eux. Les expériences d’Oscar Levy, faites sous la direction de William Houx, sont, à cet égaial, très suggestives.

Chez un jeune lapin, O. Levy pratique la résection ])ure et simple du tendon d’Achille : au dixième jour, au milieu de la cicatrice, les cellules conjonctives sont fusiformes, orientées suivant l’axe du tendon, et ont commencé à produire quelques libres orientées de même et sensiblement parallèles. Si on a soin, par contre, d’énei vei* préalablement le muscle, atin d’empêcher, de sa part, des ti’actions sur la cicatrice, les cellules restent arrondies; la formation des fibres est retardée; puis elles se dirigent en tous sens, la cicatrice n’ayant aucune orientation particulière et ne présentant pas la structure typique du tendon. Enfin, si, dans un troisième genre d’expériences, on pratique des tiactions latérales permanentes, par l’intermédiaire d’un fil de soie perpendiculaire à l’axe, il se développe, au voisinage du fil tout au moins, et paidant de son insertion, un cordon de libres transversales perpendiculaires à l’axe du cordon.

Il semble en être de môme pour le développement et la répai’ationdes fibres musculaires, qui deviennent plus considérables lorsque le muscle reste actif que lorsqu’il est paralysé.

Suivant Foinitzki, dans les muscles énervés, la prolifération du tissu conjonctif est rapide et active, tandis que la régénéi ation musculaire y est lente et limitée. De plus, les cicatrices d’un muscle à mouvement rytbmi(jue et continu, comme le diaphragme, s’accompagnent de la production de nouvelles libres musculaii'es en nombre beaucoup plus considérable que celles d'un muscle à mouvements moins fréquents et dans un étatsurtout toniciue, comme le longdorsal.

D’après Fichera <1), les cicatrices du diajdii’agme, muscle à mouve-

(1) Fichkha, De la Mécnnonioi'phose en pathologie; l'influeiioe des facteurs fonctionnels sur le processus de réparation (Arc//, de méd. eœvérim juillet 1908).

MÉCANOMORPHOSE MUSCULO-TENDINEUSE .

la

ments incessants, et celles du long extenseur, à mouvements libres, sont beaucoup plus rapides que celles du long extenseur des doigis, à mouvements ralentis ou supprimés (par exemple, lorsque la cicatrisation a lieu après abolition de la fonction motrice par section du sciatique, immobilisation ou ténotomie).

L’énervation d’un muscle produit donc l’atrophie, par absence de fonctionnement, au même titre que l’immobilisation ou la ténotomie. Dans ces circonstances, la réparation est tout autre que pour un muscle ayant conservé son activité fonctionnelle.

Un autre fait expérimental voisin est relatif à l’adaptalion anatomique du muscle à sa fonction, et à la proportionnalité inverse qui en résulte entre la longueur du muscle et celle de son tendon suivant le travail de contraction à fournir, et par conséquent suivant l’amplitude d’un mouvement.

Marey a montré élégamment que l’on peut produire le raccourcissement de la partie charnue d’un gastrocnémien, chez le lapin, en diminuant de moitié, par résection, la longueur du calcanéum sur lequel il s’insère (et, par conséquent, la longueur du levier sur lequel il agit), donc en diminuant l’amplitude de son mouvement. .Joachimstal a vérifié le fait chez le chat.

Anthony a relaté un fait spontané analogue : un renard avait reçu un coup de feu qui avait brisé le calcanéum, laissant subsister, dans le tendon, le fragment osseux détaché, à la façon d’un os sésamoïde, et raccourcissant le bras de levier osseux sur lequel agit le muscle : or la portion charnue du muscle fut trouvée très raccourcie, du côté où l’amplitude de son mouvement avait été ainsi réduite, tandis que le tendon s’était allongé d’aulant.

Cliniquement, Marey dans le pied bot, W. Roux dans la cyphose, ont constaté des faits analogues.

La partie charnue des muscles diminue au profit du tendon, qui s’allonge à mesure que se restreint l’amplitude des mouvements. Les muscles inutiles s’atrophient et disparaissent.

Inversement, la restitution intégrale des mouvements articulaires aboutit à l’augmentation de longueur des bras de levier, à l’augmentation d’amplitude du raccourcissement musculaire, et, par là même, à l’allongement des fibres contractiles du muscle nécessaire pour produire ce degré de raccourcissement.

Thérapeutiquement, il est facile de se rendre compte de la nécessité qu’il y a à d’augmenter famplitude de certains mouvements articulaires pour augmenter l’importance du segment utile d’un muscle.

Les mouvements de gymnastique et de mobilisation ont, en particulier, pour but de produire cette amplitude des mouvements articu-

laires. Car la réduclion (run mouvement articulaire, par habitude ou par ankylosé, al)outit lapidement au raccourcissement de la portion charnue, contractile, du muscle corres})ondant et, par consé- (juent, à nue diminution de puissance musculaii'e. L’am})litude progi‘(‘ssive du mouvement aboutit, au contraire, à une augmentation de la |)ai‘tie utile du muscle et, par consécpient, de la force musculaire.

^^léeanomorpliose des organes circulatoires. — Nousserons hretf elati vemenl aux actions mécaniques (jui influent sur le déveloj)pement ou la réparation des organes circulatoires. Ces actions ont, en elfet, été peu étudiées jusqu’ici et n’ont, quanta pi'ésent, que des i-apports indirects avec la Kinésithérapie.

Ce])endant un certain nombre de faits prouvent que les excitants mécani(|ues interviennent puissamment, ici encore, pour diiâger la morphogenèse vasculaire.

Comme exemple d’actions mécaniques déterminant la forme ou la structure des oiganes circulatoires, nous citerons la dilférenciation des cellules endothéliales des vaisseaux. On sait (jue les cavités du cœur et des vaisseaux sanguins des \’eidél)rés sont tapissées par des cellules plates, de forme losangique, dont le grand axe est diiâgé suivant le cours même du sang. 0i“ ces deux caractères, l’aplat issement et la diicction axiale des cellules, sont d’origine purement mécani(jue et reconnaissent pour cause le frottement du courant sanguin agissant toujours dans le même sens. On a constaté, notamment, que le grand diamètre des cellules est d’autant plus long (jue le cours du sang est plus ra[)ide ; il est, notamment, plus long dans les artères (jue dans les veines et dans les capillaires. Si, d’autre paid, on examine les faces d'une valvule, la face valvulaire, balayée diicctement |)ar le courant sanguin, picsente des cellules allongées suivant la direction de ce courant, tandis ({ue, sur la face o[)posée des valvules, (jui n’est battue (pie par les icinous li(}uides irréguliers, le gi-and axe des losanges cellulaires est plut(M transversal.

On tiouve un aulie exemiile très typi(|ue de l’.action des facteurs mécani(iues sur h' dévelojiiiement des vaisseaux dans la constitution <le leurs enveloppes musculaires et élastiques. Ici, l’on relmuve les lois (jue nous avons précédemment étudiées j)our le développement des muscles et des tendons. En effet, le système musculaire des vaisseaux se dévelojijie en proportion des pressions mécani(jues (ju’il subit et, surtout, des contre-pressions (ju’il est obligé d’exercer.

MÉCANOMORPHOSE CIRCULATOIRE.

L’influence de la fonction sur la genèse des éléments qui en constituent les tuniques vasculaires ressort des recherches de Robin, W. Roux, Donnât, Gregory, d’Aquisto, etc.

Expérimentalement l’importance de la fonction sur la structure des vaisseaux est démontrée, d’une façon fort élégante, par les recherches récentes sur les transplantations vasculaires. Par exemple, des fragments de veine, transplantés entre deux moignons artériels, subissent de telles modifications dans la structure de leurs tuniques musculaires lisses et élastiques qu’ils prennent le même type de structure que les artères : c’est ce phénomène que Carrel et Guthrie, Stich, Watts appellent l’artérialisation des veines.

Au cours des réparations vasculaires, on peut constater facilement l’influence de la fonction sur la genèse des tuniques vasculaires.

C’est ainsi que, dans les cicatrices de parois d’artères occluses (Durante, Thoma, etc.), les fibres élastiques sont rares ou absentes. Elles apparaissent uniquement dans les vaisseaux d’un calibre plus grand, dans le tissu de substitution d’un thrombus, qui s’est ensuite canalisé, dans le thrombus pariétal, dans les plaies des artères, etc.

De même, Ficks a noté l’atrophie des fibres musculaires lisses dans les parois des vaisseaux liés ou thrombosés, leur formation rare ou nulle dans les plaies des vaisseaux oblitérés, et enfin l’abondante néoformation des fibres musculaires contractiles dans la réparation des plaies des artères à lumière perméable. Jassinowski, Bouglé, Tomaselli, etc., ont fait les mêmes constatations.

Cliniquement on constate l’hypertrophie de la tunique moyenne des vaisseaux à la suite d’un accroissement de la pression artérielle (Nothnagel, Ribbert), fait qui s’oppose à l’atrophie de la tunique relatée dans les cas de diminution de la pression ou d’oblitération par thrombose (Durante, Thoma, d’Anna).

De même, les fibres élastiques sont néoformées dans les tuniques internes épaissies, ainsi que l’ont montré Ziegler, Mayor et Quénu. La production de fibres élastiques et conjonctives serait, pour Josué, un véritable processus de défense.

A la suite de lésions des tuniques artérielles, Jores, Burci, Jacobsthal. Vitale ont noté l’apparition très rapide de fibres élastiques. La reconstitution de la trame élastique est, d’ailleurs, plus rapide dans les altérations des artères que dans celles des veines (Burci, Tadder). 11 y a, de même, une différence appréciable dans la richesse en fibres élastiques du thrombus pariétal et du thrombus oblitérant (Fischer).

De même que l’on note, du côté du système vasculaire, l’hypertrophie et l’hyperplasie du système moteur par le travail, son hypo- Physiothérapie. III. 2

tiophie et son aplasie par rinactivité, de même, du côté du cœur, ou a, bien souvent, attiré l’attention sur le fait que le cœur, obligé à un travail plus considérable, s’iiypertropliie et hyperplasie ses éléments moteurs. Qu’il s’agisse de rhypertro|)liie du ventricule gauche dans l’hypertension artérielle des brigliticiues, des aortiques, etc., ou de l’hyperti'ophie du ventricule droit dans la maladie bleue, c'est le stimulus mécani([ue ])i‘Ovoqué par l’hyperfonctionnement même qui aboutit à ce développement. On a discuté la question de savoir s’il s’agissait alors de néoformation de lil)res musculaires ou seulement d’hypertrophie des fibres musculaires anciennes (Del)ove, Letulle, R. Marie). Mais, dans l’un et l’autre cas, il s'agit d'une adaptation fonctionnelle en rapport avec les lois de Bio-Mécanique P r é cé de m m en t exp r i ni é e s .

Thérapeutiquement, il est facile de prévoir les applications kinésiques des données précédentes. En modifiant les fonctions circulatoires, on peut modifier la structure et la réparation des vaisseaux.

La Mobilisation et le Massage dans des cas de varices, de phlébite, pourront modifier la constitution des veines malades, développer leurs tuniques motrices, et, par conséquent, faciliter l’ascension ultérieure du sang.

De même, la Kinésithérapie abdominale, par les pressions locales exercées, agira sur la circulation profonde, modifiera la pléthore portale, provoquera des anastomoses vasculaires et le renforcement des tuniques musculo-éfastiques.

De même, enfin, la Cure de terrain, en substituant à l’immobilifé, le fonctionnement gradué des organes circulatoires, provoquera le développement de leur appareil cardio-moteur.

L’Hydrothérapie, en déterminant des réactions vaso-motrices intenses, aboutira à une série de contractions et de dilatations vasculaires qui constitueront, [)Our tout le système artério-veineux, une gymnasti(iue fonctionnelle, et agiront ainsi, secondairement, sur leur structure, sur leur élasticité et leur contractilité.

Mécîuioiîiorphose des organes respiratoires. — L'appareil respiratoire est, lui aussi, un organe de mouvement qui ne j)eut remplir son rôle que s'il conserve l’intégrité de sa moti'icité et de son élasticité. Comme les autres a])})areils moteurs, il est influencé par son fonctionnement même, et sa structure est modelée par les actions mécaniciues qu’il supporte.

La motricité des poumons dépend des musctes respiratoires, du diaphi’agme, des muscles élévateurs des côtes, etc. Elle dépend aussi

mécanomorphose respiratoire.

du riche système élastique des bronches, des alvéoles pulmonaires et des plèvres.

Or ces différents éléments subissent, comme nous l’avons vu. J’influence des actions mécaniques et se modifient, en plus ou en moins, suivant que le travail produit augmente ou diminue.

Nous avons déjà rappelé que le diaphragme, qui, chez l’enfant, a un jeu étendu et accéléré en raison de l’amplitude et de la fréquence des respirations nécessitées par une vie active, a des fibres musculaires longues; chez les vieillards, au contraire, son fonctionnement réduit aboutit à la diminution de longueur des fibres contractiles et à l’augmentation du centre tendineux.

Nous avons vu que, parallèlement, le diaphragme, muscle fonctionnant sans interruption, répare beaucoup plus vite ses éléments musculaires, après une plaie expérimentale, que ne le fait un muscle au repos.

11 en est de même pour les différents muscles respiratoires qui, comme les autres muscles, développentleur partie motrice et allongent leurs fibres musculaires, au prorata de l’étendue et de la fréquence de leurs mouvements. Aussi, des mouvements du diaphragme étendus, tels que ceux réalisés par une série d’inspirations profondes, augmentent-ils la partie charnue et contractile de ce muscle.

Du côté du système élastique, on observe les mêmes faits.

Expérimentalement, si l’on produit des plaies de la plèvre et du poumon, et que l’on suive la marche de la réparation, on constate, au début, des phénomènes régressifs du côté des fibres élastiques (lamination, renflement, dégénération granuleuse, fragmentation, disposition en anses ou en pelotes) ; puis, à partir du treizième jour, se manifeste une néoformation défibrés élastiques, minces, légèrement ondulées, éparses dans le tissu conjonctif de nouvelle production ou disposées autour des vaisseaux, au-dessous du revêtement pleural ; après trente jours ou plus, les fibres élastiques sont très abondantes, constituant de véritables lamelles.

De même, du côté des alvéoles pulmonaires, on aperçoit, dès le quinzième jour, des fibres fines, grêles et ondulées, non encore rompues, qui augmentent de nombre et s’orientent surtout en direction longitudinale, en suivant le grand axe de la cicatrice (Fichera). On constate, en même temps, des ébauches de nouvelles formations alvéolaires dont l’épithélium, d’abord cubique, s’aplatit ensuite.

Cliniquement les relations entre la texture et l’activité fonctionnelle du poumon sont évidentes dans un grand nombre de faits.

Dans le poumon du fœtus, il existe déjà quelques fibres élastiques : mais celles-ci se développent, d’une façon rapide et intense,

en épaisseur et en nombre, dès (jiie l’organe commence à respirer (Linser, I^enri, Teiiiïel, elc.i; ce [)hénomène est si net qu'on l'a proposé comme signe médico-légal de respiration accomj)lie.

De même, ré[)ithélium des cavités alvéolaires, subissant l’influence mécanique de la pression, s'ai)latit dès les j)remières i‘espirations.

Plus tard, lorsque les fonctions du poumon sont diminuées ou abolies, dans l’atélectasie, on constate l’atrophie ou la diminution des libres musculaires lisses et des libres élastiques. Par contre, lorsque le i)oumon exagère son fonctionnement (dans l’hypertrophie compensatrice consécutive à une lésion d’une partie du poumon), on constate un accroissement important des libres musculaires et élastiques (Rindlleisch) ; il en est de même, expérimentalement, à la suite d’un pneumothorax unilatéral (llellin et Tarantini). Schiirmann a constaté que, dans les adhérences de la pleurésie, les libres élastiques sont plus abondantes dans l’épaississement diaphragmatique que du coté de la paroi costale.

Thérapeutiquement, on peut prévoir, d’après les résultats précédents, combien le fonctionnement du poumon est important pour le développement meme et la réparation de l’organe.

Les fibres musculaires du diaphragme et des muscles respiratoires, les fibres lisses et élastiques de la plèvre, des alvéoles, des bronches et des poumons, se développeront en proportion du fonctionnement môme de l’organe ; les alvéoles se développeront aussi suivant les mêmes inüuences. On comprend donc tout l’intérêt de la Gymnastique respiratoire, puisque la puissance du système moteur pulmonaire en dépend

Ajoutons que la circulation pulmonaire est, en grande partie, régie par les alternatives de vide et de l’éplétion thoraciques provo([uées par la respiration; par là môme, l’anq)litude des mouvements respiratoires a une impoilance capitale quant à la circulation, et, ]>ar consé(iuent, quanta la nutrition et au trophisme, non seulement du poumon, mais aussi des autres tissus.

En cas de réparation pleui’o-pulmonaire, la Kinésithérapie aura, ici encore, une imj)oitance capitale, puisque, comme nous l’avons vu expérimentalemeni, la stiaiclure même des i>arties iéi)ai‘ées est tout autre, suivant (ju’elles sont laissées au l'epos ou qu'on les fait fonctionner d’une fa(;on pi'écoce.

11 en est tout particulièrenient ainsi pour l’organisation des enveloppes pleurales consécutive aux pleuiésies, pour la cicatrisation tibro-élasti(iue des lésions pulmonaires, pour la néoformation d’alvéoles en cas d’hyperli’0])hie comj)ensatrice, etc.

MÉCANOMORPHOSE DIGESTIVE

Mécanomorphose des organes digestifs. — On trouverait, pour les organes digestifs, dont l’élément moteur est, aussi, fort important, de nombreux faits montrant l’influence prépondérante du fonctionnement et des facteurs mécaniques sur le développement et la réparation de ces organes.

C’est ainsi que, pour V estomac, les fibres musculaires et élastiques se développent en proportion du fonctionnement de l’organe. Si l’estomac est mis au repos, grâce à un régime spécial ou grâce à l’inanition, il se produit rapidement une régression et une atrophie du système moteur.

L’estomac de l’inanitié devient rapidement un estomac dilaté, précisément par suite de l’atrophie des muscles et des fibres élastiques. Dans des expériences, déjà anciennes, Chossat a montré que les tuniques de l’estomac d’un pigeon soumis à l’inanition perdaient une grande partie de leur poids : cette diminution de poids porte, en grande partie, sur les éléments musculaires.

En Pathologie, on connaît les atrophies, parfois considérables, qui s’observent au niveau de l’estomac, chez certains inanitiés dont l’estomac ne fonctionne plus, dans les cas de cancer de l’œsophage par exemple. Les tuniques musculaires de l’estomac s’atrophient, et il est fréquent d’observer, consécutivement à ces atrophies, une dilatation de l’organe qui se laisse forcer par la simple distension alimentaire. Telle est, en partie, la genèse des dilatations gastriques, observées par Bouchard et Le Gendre, après l’inanition prolongée de la fièvre typhoïde.

Au contraire, l’estomac, soumis à un travail mécanique intensif, hypertrophie considérablement son système moteur : telles sont les tuniques de certains animaux obligés à un travail de broyage mécanique intense au niveau de l’estomac, celles du gésier des oiseaux par exemple.

Du côté de Vintestin, on observe des faits analogues. On sait que, suivant la nature mécanique des aliments, l’intestin s’allonge ou renforce ses tuniques.

La longueur de l’intestin varie beaucoup suivant fespèce animale. Lorsque l’alimentation est riche en résidus, en cellulose, par exemple chez les herbivores, l’intestin s’allonge, probablement sous l’influence de l’excitation mécanique ainsi produite. 11 en est de même chez les enfants mis à une nourriture grossière et riche en déchets.

Au contraire, chez les carnivores et chez les enfants nourris d’aliments faciles à absorber, la longueur du tube digestif se réduit rapidement.

On sait, de meme, (ju'aii-dessus d’une slricture, l’intestin renforce son système musculaire.

Poui* les éléments glandulaires, il en est exactement de même. Le développement anatomique des glandes est en proportion de leur fonctionnement.

Les glandes gastriques dégénèrent rapidement, ainsi que nous l’avons vu avec Lelièvi-e, lors(iue l’on soumet un animal à un jeûne prolongé. Au contraire, elles se développent lorsque le travail digestif est augmenté, chez les gros mangeurs notamment.

11 en est de même pour les diverses glandes digestives et pour le pancréas.

Thérapeutiquement., on peut agir sur ces appai'eils et développer leur structure, soit par des actions d’ordre mécanique telles (jue le massage, le massage vibratoire, l’électricité agissant comme agent de contraction, soit en excitant leurs fonctions par une gymnasti([ue alimentaire graduelle bien comprise.

Ici, comme pour les atrophies musculaires, c’est le rétablissement de la fonction qui commande le rétablissement de l’organe.

Si l’on maintient trop longtemps à l’inanition où à un régime trop restreint un tube digestif dilaté ou passagèrement impuissant, on pare aux accidents immédiats, et l’on ci-oit ainsi faire une thérapeutique utile. Mais, ce faisant, on accentue, davantage encore, l’atrophie et la faiblesse de l’organe : on est alors obligé, pendant des mois et des années, de maintenir le sujet dans des conditions de repos alimentaire, ({ui paraissent d’autant plus nécessaires que le sujet y est plus accoutumé et ({ue ses oi'ganes digestifs, moteurs ou sécrétoires, ont perdu l’habitude du travail.

Au contraire, si l’on soumet l’organe à une gymnasti(jue alimentaire graduelle qui l’entraîne progressivement à son rôle, tout en évitant, par des périodes de repos, la fatigue et le surmenage, on ])ermet, d’une façon plus i>récoce et plus durable, sa l•égénéI•ation anatomique, et, par là môme, son retour intégral à l’état j)hysiologique.

Qu’il s’agisse d’estomac, d’intestin, de pancréas, comme de muscles, un organe en hy[)ofonclionnement bénéficie ])lus souvent d’un entraînement graduel (pio d’un repos prolongé. Le r(q)os convient surtout aux organes endammés ou aux organes hyperexcités. En dehors de ces cas, la thérapeuli(|ue fonctionnelle est généralement sui)éi‘ieure à la théiapeutique d’immobilisation.

Les remarques ])récédentes pourraient s’ap[)liquei- aux autres aj)pai’eils.

La vessie hypertrophie ses fibres musculaires lorsqu’elle lutte contre un obstacle et subit, par là même, des pressions mécaniques.

Un rein s’hypertrophie après ablation de l’autre rein ou par la polyurie provoquée.

L’utérus développe ses fibres musculaires lorsque sa cavité contient un fœtus, un fibrome, ou tout autre corps capable d’agir mécaniquement à son intérieur.

Le système nerveux se développe et s'affine par son fonctionnement même. Les nerfs se régénèrent plus vite lorsque les membres auxquels ils sont destinés fonctionnent que lorsqu’ils sont au repos.

Pour tous les organes, le stimulus fonctionnel, produit par les contacts et pressions mécaniques, est un des plus puissants et aboutit à une adaptation morphologique correspondante.

Quel est le mécanisme intime par lequel des excitations fonctionnelles ou mécaniques agissent sur l’hyperplasie d’un tissu ou sur la prolifération d’une cellule ? Est-ce par une stimulation nerveuse ou trophique ? Est-ce par l’afflux sanguin ou lymphatique occasionné par le fonctionnement même de l’organe ? Est-ce par la production de substances excitantes voisines des hormones ou des cytopoiétines ? Il est vraisemblable qu’il s’agit là d’un phénomène complexe et que ces différentes actions additionnent leurs effets.

De nouvelles recherches sont, d’ailleurs, nécessaires pour expliquer le mécanisme même du phénomène : peut-être en tirera-t-on de nouvelles indications kinésithérapiques.

On voit donc que, quel que soit l’organe envisagé, il y a, entre son fonctionnement et sa structure, un double rapport de causalité. De là fintérêt primordial, en Thérapeutique, d’assurer, par une méthode ou par une autre, le fonctionnement d’un organe pour agir sur sa structure et sa forme, pour diriger son développement ou sa régénération.

La base même de la Thérapeutique réparatrice des tissus est donc de faire fonctionner ces tissus et d’utiliser, avec méthode, les divers (( excitants fonctionnels » que nous connaissons et qui sont, aussi par là même, des « excitants cytopoiétiques ».

Pour y parvenir, on peut utiliser des excitants d’ordre physique, chimique, physiologique, ou même microbien (1).

Grâce à fOpothérapie on peut provoquer un stimulus physiologique aboutissant à un hyperfonctionnement et à une proli-

(1) P. Carnot, Le Problème théi’apeu tique des régénérations d’organes {Presse médicale, janvier 1900). — Les régénérations d’organes, Actualités médicales, Paris, 1899. — Les cytopoiétines sanguines, hépatiques, rénales {Soc. Moi., 1906-1907).

fération analomiciue correspondante : tel est le rcMe des hormones en circulation dans le sang, ou accumulées dans certains organes; tel est, surtout, le rôle des substances cytopoiéticjues, qui existent dans les organes en régénération et dans le sérum au moment des prolileratioiis viscérales.

Grâce à la Phyto- ou à la Cliimiotliéiapie, on peut utiliser telle substance d’origine végétale ou syntliéticiue, dynamogénique ou excilanle : la digitale pour le cœur, l’alcool pour le cerveau, la caleine pour le muscle.

Grâce à la Physiothéi’apie enfin, on peut utiliser tel excitant physique, comme l’Électricité ou les diverses radiations.

Mais, de toutes ces sortes d’excitations, aucune n’est, à la fois, plus utile, plus simple à manier, moins susceptible de dépasser le but et de devenir nocive, plus proche des phénomènes physiologiques en un mot, que les excitations mécaniques, qui aboutissent, [d’abord à pi'Ovoquer le fonctionnement d’un muscle ou d’un organe, et, plus tard, à modifier sa structure même, par adaptation fonctionnelle.

Telle est surtout la portée des méthodes kinésithérapiques. On peut, par des mouvements directs, actifs ou passifs, provoquer la contraction d’organes moteurs, transmettre des pressions ou des tractions qui servent destimulus mécanique. On peut, indirectement, agir à distance par les modifications imprimées au système circulatoire, qui se transmettent, sous forme de variations dans l’afllux sanguin, jusqu’à l’organe à atteindre, exerçant à leur intérieur une modification mécanique utile.

Tels sont les stimuli provoqués par le Massage et la Mobilisation, par les mouvements de Gymnastique, parles mouvements passifs de Mécanothérapie ; tels sont aussi les stimuli musculaires ou vasomoteurs provoqués par l'Hydrothérapie, par l’Électricité, etc.

Par ces diverses méthodes, on intervient, en réalité, sur le fonctionnement même de l’organe : c’est en exaltant ce fonctionnement qu’on modifie progressivement saconformation anatomique.

Indications et contre-indications générales de la kinésithérapie.

Comme toute méthode thérapeutique, la kinésithérapie a ses indications et scs contre-indications.

Les Indicalions résultent des lois mêmes de la Mécanomorphose (jue nous venons de rappeler, relatives aux adaptations fonctionnelles et à la physiologie des mouvements.

La Kinésitliérapie peut donc être utilisée pour agir, d’une part sur le développement, et d’autre part surla réparation d’un organe.

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