III. — GYMNASTIQUE ORTHOPÉDIQUE
Nous connaissons les principes généraux de la gymnastique suédoise. Nous allons voir maintenant son utilisation comme adjuvant dans le traitement post-opératoire de diverses affections orthopédiques :
1° La luxation congénitale;
2° Le pied bot ;
3° Le pied plat;
4° Le torticolis ;
5° La scoliose, pour, laquelle nous renvoyons plus loin à l’article de Nageotte-Wilboughewitch.
Gymnastique dans la luxation congénitale.
La kinésithérapie de la luxation congénitale n’est que la dernière phase de son traitement. Pour la comprendre, il est nécessaire de savoir en quoi consiste le traitement de cette maladie.
Traiter une luxation congénitale, c’est : l'^ Rétablir les segments déplacés dans leurs rapports normaux et fixer la tête dans le cotyle; 2° rétablir les fonctions physiologiques. Pour bien comprendre cette deuxième partie du traitement, il est indispensable de connaître en quoi consiste la première phase, sous peine de perdre ce que l’opérateur aura eu tant de peine à obtenir.
Les manœuvres que l’on doit accomplir pour réintégrer la tête du fémur dans le cotyle sont les mêmes que dans la luxation traumatique I ordinaire. Le premier temps du traitement, qui est absolument propre à la luxation congénitale, consiste à maintenir la tête dans sa cavité. Il y a en effet entre les conditions de maintien de la luxation traumatique et celles de la luxation congénitale une différence considérable.
Dans la luxation traumatique, la capsule s’est déchirée à sa partie postérieure^ mais il a fallu un choc important pour chasser la tête hors dé sa cavité ; une fois rentrée, elle ne demande qu’à y rester de
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nouveau, et il est possible de ramener le membre adns sa j)osition normale avant de l’immobiliser dans un plâtre jusqu’à la guérison de la plaie capsulaire.
Dans la luxation congénitale, il n’en est plus du tout de même, car on a perdu les l'acteurs de contention qui existent à l’état normal.
Quels sont donc ces facteurs?
Il y en a deux : l’adhérence de la tête au cotyle d’une part et la tension capsulaire d’autre part.
L’adhérence de la tête au cotyle est favorisée par la similitude exacte de leurs surfaces qui s’emboîtent et s’épousent entièrement.
Quanta la capsule, elle est, à l’état normal, tendue de toutes parts, elle forme un manchon serré autour des surfaces articulaires ne permettant aucun jeu entre elles.
Dans la luxation congénitale, il n’y a aucune adhérence des surfaces l’une à l’autre, ni fixation pai* la capsule. 11 ne peut être (juestion d’adliérence puisque les surfaces articulaires n’ont pas la même forme, elles ne se répondent pas. D’autre part, nous savons déjà que la capsule est allongée, étirée dans tous les sens, du fait même de' la luxation ; quand la tête vient d’être remise en place elle est trop lâche et se plisse en accordéon tout autour de l’articulation (fig. I;i4), on ne peut donc compter sur elle comme moyen de contention, il nous faut en chercher un autre.
L’expérience nous montre qu’il apparaît au moment de la réduction un autre facteur surajouté : la tension des muscles. Si à ce moment on abandonne le membre à lui-même, on voit en elfet le tenseur du fascia lata et les adducteurs se tendre comme une corde sous la peau, arcboutant le fémur contre l’os iliaque à la façon des cordages qui fixent le mât à la cale d’un vaisseau (fig. lo.jj.
Ce qui s’est passé, nous le concevons aisément: les muscles du côté luxé, les muscles internes surtout, étaient devenus trop courts.
La première phase du traitement comprend, ainsi que nous venons de le voir, la réduction et l’immobilisation du membre dans la posi-
Fig.lol. — Capsule coxo-fémorale plissée en accordéon.
lion de réduction c’est à-dire en abduction pendant deuxou troismois.
j Au bout de ce temps si nous essayons de ramener le membre dans sa position droite, nous voyons que cela n’est plus possible, et que d’autre part il n’est pas possible non plus de reproduire la luxation. Grâce à l’immobilisation il s’est fait une ankylosé fibreuse qui fixe le membre dans la position de réduction ; la tête a donc retrouvé un de ses modes de contention naturels; elle s’est refait sa capsule. Nous avons vu que
Fig. 155. — La tension des muscles maintient la réduction.
la capsule, trop lâche pour la hanche luxée, s’est plissée sur elle-même dès que la tête est rentrée dans sa cavité. Mais pendant les jours qui ont suivi l’opération, il s’est produit des phénomènes de coxyte inflammatoire dus aux violentes manœuvres que nous avons employées pour dilacérer la capsule.
Cette réaction, jointe à l’immobilisation, a déterminé la soudure des plis et la rétraction complète de la capsule autour des surfaces articulaires; et lorsque nous déplâtrons pour la première fois le membre, que nous immobilisons avec 90° d’abduction par exemple (fig. 157), nous nous trouvons en présence d’une véritable ankylosé fibreuse , en attitude vicieuse, qu’il
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nous faut maintenant tiaiter. Nous arrivons donc à la deuxième phase de notie traitement : la guérison de l’ankylose vicieuse.
J1 va nous falloir déployer une certaine foi-ce pour mobiliser cette ankylosé, mais il ne faut surtout pas oubliei- que nous avons affaire à un membre qui sort d’une immobilisation de plusieurs mois et qu’il est certaines notions relatives à l’immobilisation des membres que nous devons avoii- présentes à l’esprit.
Sachant cela, quels mouvements allons-nous faire subir au membre poui’ le ramener à la position droite?
temps.
Nous allons employer une méthode de redressement par étapes.
Nous commencerons par mobiliser doucement de façon à déchirer quelques libres de cette capsule trop rétrécie, puis nous amènerons le membre dans une position d’abduction moindre. Nous immobiliserons ainsi dans un nouvel appareil et au bout d’une dizaine de jours nous verrons que les fibres capsulaires mises en état de tension constante ont cédé peu à peu et qu’il nous est possible de revenir facilement à une abduction moindre. Ainsi de suite nous arriverons ]>ar une
série d’étapes successives (fig. 156) à diminuer progressivement l’abduction jusqu’à ce qu’elle ne soit plus que de 15“ (lig. 158).
Dans le premier temps, la capsule se trouve rétractée principalement à sa partie postérieure. Les manœuvres du second temps ont pour effet de ramener la jambe non seulement en abduction légère, mais encore en rotation interne. Dans cette dernière position, c’est la partie antérieure qui se trouve plissée sur elle-même et va se rétracter. L’enfant conservant cette deuxième position trois oii quatre mois, se trouvera à la tin du traitement avoir deux bandes d’arrêt, une en avant et l’autre en arrière, bandes d’arrêt qui fixent très solidement la tête dans le cotyle.
Durant les exercices de marche et de traitement fonctionnel, il faut s’astreindre à conserver cette position, et avoir présent à l’esprit, que la tête fémorale de la luxation congénitale est aplatie à sa partie postérieure, et glisserait sur le cotyle, si le membre perdait trop vite sa rotation interne.
Traitement fonctionnel. — Le dernier appareil étant enlevé, commence la troisième période : la période fonctionnelle du traitement. Elle consiste à récupérer progressivement les mouvements dont le sujet a perdu l’habitude, en se débarrassant de l’ankylose thérapeutique qui en somme a été jusqu’ici l’âme du traitement.
Cette période fonctionnelle est très importante ; si l’on omet de l’instituer, ou si on tarde trop à le faire, on crée pour le sujet des conditions extrêmement désagréables qui compromettent l’avenir de sa fonction, parfois d’une façon définitive. Toutefois pour les cas insuffisamment ou trop tardivement traités au point de vue fonctionnel, nous pouvons encore, dans certains cas, bénéticier de quelques chances de guérison, grâce à une intervention spéciale.
Nous étudierons donc successivement :
A. Les cas traités régulièrement, c’est-à-dire où le traitement fonctionnel est institué en temps voulu.
B. Les cas traités d’une façon incorrecte, c’est-à-dire ceux où, pour une raison quelconque, on a trop attendu pour instituer le traitement fonctionnel.
A. Cas traités régulièrement. — Ce sont ceux où le traitement fonctionnel est institué en temps voulu.
Ces cas comprennent deux catégories distinctes, suivant fâge du malade et la complaisance de sa capsule articulaire:
1° Sujets récupérant facilement l’amplitude de leurs mouvements.
2“ Sujets ne pouvant pas récupérer par eux-mêmes l’amplitude de leurs mouvements.
1° Sujets récupérant facilement Tamplitude de leurs mou-
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