‹ KinésithérapieChapitre 117 sur 198 · RAIDEUR JUVÉNILE · texte numérisé non relu

RAIDEUR JUVÉNILE

faudrait en faire tous les jours, quand ce ne serait qu’un quart d’heure. Remarquons encore que la gymnastique, telle qu’elle est faite dans les établissements scolaires, procède plus ou moins de l’ancienne gymnastique militaire et ne répond pas au but ; il faudrait y introduire les exercices qui sont nécessaires aux cyphotiques et aux scoliotiques et qui ne font que du bien aux sujets encore droits.

Raideur juvénile. — Lorsqu’on fait faire des exercices aux enfants, il est nécessaire de savoir que tous ne jouissent pas d’une égale amplitude dans leurs mouvements ; il faut connaître d’une part le développement des mouvements chez un sujet tout à fait normal, il faut savoir d’autre part ce qu’on peut exiger de chaque sujet donné et au delà de quelle limite sa conformation individuelle ne lui permet pas d’aller.

J’ai décrit sous le nom de raideur juvénile un état qui n’avait pas été remarqué jusqu’alors (1); il est fréquent pourtant, surtout dans la classe aisée de la société, dans les familles sédentaires depuis plusieurs générations. Au point de vue de la dégénérescence des races, l’étude de cette raideur serait curieuse. Au point de vue spécial des déviations, il est important de dépister et de combattre la raideur juvénile, car elle entrave le développement thoracique et par là elle provoque et aggrave la cyphose, ce qui rend le traitement orthopédique pénible et moins efficace.

L’étude des figures 202 à 211 permet de comparer l’étendue des mouvements des sujets normaux à ceux des sujets raides. A l’état normal (fig. 202), les bras s’élèvent dans le plan du corps jusqu’au contact de la tête, c’est-à-dire jusqu’à la verticale, et même un peu au delà ; de même le bras verticalement élevé peut dépasser le plan du corps en arrière. Quand, au contraire, un sujet raide (fig. 203) essaie d’exécuter le même mouvement, il lève les bras tendus jusqu’à l’horizontale et de là il leur fait suivre une direction oblique en haut et en avant pendant que la tête s’incline pour amener les oreilles au-devant des bras, qui sans cela ne sauraient les atteindre ; en même temps le tronc se renverse en arrière, de sorte que, si les bras finissent par se dresser presque verticalement, ce n’est qu’aux dépens de la chute du tronc en arrière ; l’angle formé par le bras et le tronc, au lieu d’être de 180°, atteint à grand’peine 120° à 135°; le fait devient plus frappant lorsqu’on immobilise l’enfant contre un poteau à l’aide d’une ceinture de façon à mettre hors de jeu la mobilité de la colonne vertébrale ; dans le décubitus dorsal (fig. 204), quand l’enfant essaie de conduire les bras tendus vers la tête, il ne peut leslais-

Itevue de Médecine, niai 1903.

M. NAGEOTTE.

kinésithérapie vertébrale.

seraii contact du sol comme cela est normal ; ari’ivés à la lianleui’ des épaules, les hras se délaclient du sol, si bien qu'ils atteignent la tète au-devant des oieilles et que les mains se trouvent souvent à 25 centimètres du sol. Si l’on vient à api)uyer sin* les bras pour les appli(juer contre le sol, le sujet se cambre exactement comme un co.\algi(pie dont on voudrail élendre la cuisse.

Les membres inférieurs sont tout aussi atteints. Dans le décubitus dorsal, le membie inférieur tendu (lig. 205) arrive à former avec, le sol un angle d(* 30" à 45", au li(m di; 90", mais il suflit d(‘. plier le g(‘nou (lig. 200) pour <|ue la tb'xion di‘. la cuisse sur le bassin atteigne les 90" et les déj)ass(*; b‘S articulations ne sont donc. [>as en cause dans la limitation d(*s mou\ements.

Les sujets raides sont cyphoticpu's ; (piand ils essaient de redresser la tèt(‘, on voit les muscles st(‘rno-masloïdi(‘ns se lendr(* comme, des cordt'S (d ratfilud(‘ m* |>eut être maintiMuie ; de mèm(‘. [xuir le reste, du dos: le sujet atlcont d(î iaid(*ur n’a j)as la cyphose; [>ar alï’aissement d(‘s (‘niants faibb'S, ni la voussun* rigieb; des vi(‘ux ; on arrive, (]uoi(]ue à grand’|teine, à U‘ redr(*ss(‘r (‘ii b* lixant contre; un jeoteau, mais aussitôt re*làcbé il se* re'jdie; brusepie'inent avec un mouvement de ressort tout particeilie*r ; le dos i-ond est tonjours très accentué, le; moignon de l’épaule e‘st porté (‘ii a\ant, débordant la [eoitrine et inqeossible à re'porler e‘u arrière. Un enfant ainsi fait ne peut pas s’asseoir les jambes tendu(*s, il tombe en arrière; à plus forte raison ne; peut-il pas se pencher en avant (fig. 207, 208 et 209). Il n’arrive à s’asseoir d’aplomb, e|u’en croisant les jambes à la manière des tailleurs, (iouclié à plat ventre (fig. 210 e‘l 211 ;, il ne ]H;uf e[ue difficilement joindre les bras étendus, le dos déborde; et re'sle cypboliepie, tandis e|u’à l’état noiinal les bias masepient le dos. Le maxillaire inféiieur reste

Fig. 202. — Fille de quatorze ans, souplesse normale ; les bras sur le prolongement du tronc, tète droite.

Fig. 203. — Gar(;on de (juatorze ans, raideur; élévation maxinia des bras, à 13.o® avec le tronc .

Fig. 204. — Dans le décubitus les bras du sujet raide sont éloignés du sol et la région lombaire cambrée ]>ar l'e.vtension des bras. Les bras du sujet soui)le (pointillé) sont au contact du sol.

Fig. 203. — Le membre inférieur du sujet raide à 4o‘> avec le sol au maximum de flexion de la cuisse ; le membre du sujet souple à 90“.

l’ig. 20(j. — Le genou étant fléchi, la cuisse arrive à 90“ chez le sujet raide, au contact des parties molles chez le sujet souple.

Fig. 207. — Sujet raide assis, dans la meilleure attitude possible ; le bassin forme avec la cuisse un angle ouvert, le tronc tombe en arrière.

F’ig. 208. — Sujet souple assis verticalement, les membres inférieurs étendus.

Fig. 209. — Dans l’effort de flexion, la position du bassin n’a j)as changé chez le sujet raide, le dos seul s’est arrondi. Le sujet souple (pointillé) amène le bassin à angle aigu sur les cuisses.

Fig. 210. — Sujet raide dans le décubitus ventral, le dos déborde les éj)aules, le maxillaire est presque vertical.

Fig. 211. — Sujet souple, les bras dépassent le dos, lemaxillaire inférieur horizontal.

Fi?. 211.

M. NAGEOTTE. — KINÉSITHÉRAPIE VERTÉBRALE.

vertical, leteim ]>ar les sterno-masloïdiens, tandis que chez le sujet souple, lalt'de se l edresse elle maxillaire devient horizontal sansetFort.

En étudiant cette limitation des mouvements, j’ai ])u me convaincre facilement (pie les surfaces articulaires u’y étaient jiour i*ien, et (]U('la raideur juvénile était diu' à un état anormal des muscles, trop courts par rap|)ort aux leviers ossinix ; raccroissement des os se fait riiez ces sujets, au moment des jionssées de Cl■oissance, trop rapideimmt pour (pie 1('S mus(*les |>uiss(Mit les suiviH*.

L(‘s mom emenls de la ca^(‘ tlioraci(|ue sont limités tout comme h*s autres clu'z un C(‘rtain nomhri* d’enfants raid(*s ; l’excursion costale (‘sl si failih*, (pie l’amplilnde r(*spiraloire (*st réduite au minimum. On de\im‘ tout(‘s h‘S consé(|U('nc('s possililes de cet état d’insuftisanc(‘ r(*spiratoire ; aussi h‘s (Mifants de cette dernière caté^oih' sont-ils souv('nl lenis, faillies, tant au |)oint de vue ]ihysi(|ue (prinl(dl(‘clu(d, et ils se trouvent (mtermés dans un cerch' vicieux dont ils ne jK'iivenl sortir sans aide ; l’insuftisance des momements, l’état d’as]diyxi(‘ clironiipie (d acc(‘ptée r(d('ntissent forcénnmt sur la circulation id par là sur toute la \i(“ or‘;ani(pi(‘ (d sur la nutrition dn système nerveux; à son tour \v marnais état jj;énéral, la toiqieur inlelle(dnelle renileni l(‘S (mfanls piMi moliiU's, par(‘sseux et favorisent l'a^yiravation de la raiihmr.

Cet étal (‘st accessilid' au trail(‘in(*nl mé(*ani(pie, aux (‘xendces actifs et passifs, au massage, mais l’amélioration est toujours lente et (l(Mnande uiu' grande persévérance ; la raideur diminue aussi spontanément loi’S(pje la Cl•oissance se l•alenlil et s’arrête ; il senihle (]ue, une fois les levi(‘rs osseux an-étés dans leur allongement, les muscles continuenl à se dévelojqier, si hien(|ue les dilférents orgaïu'S de l’ap[)areil locomoteur tiniss(;nl [lar s’harmoniser à nouveau. C'est ramplilude resjiiratoire (|ui est le plus difticile à développer chez les sujets atteints de raideur juvénile et il est dangei-eux de i-esler dans l’expeclalive jus(pi’à ce (pie la croissance soit terminée, car les poumons ne regagneraient jias le tenais perdu.

Développement de la eajçe thoracique. — Le dévelo[)pement de la cage thoraci(|ue est au premier plan dans le traitement jiréventif des déviations, surtout de la cyphose; il joue aussi un i*(jle des plus importants dans le traitement curatif des déviations déjà constituées. Dans la cyphose, le dos s’enroule en quelque sorte autour de la ])oitrine, les épaules la déliordent, et la surplombent, si bien (|ue les C(Mes en avant sont resserrées, immobilisées partiellement, leur expansion se trouvant limitée. Inversement, lorsijue, pour (juehpK; cause que ce soit, ramplilude resjiiratoire se i*estreint dans un thorax bien conformé, on le voit très rajiidement s’alfaisser, se

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