‹ KinésithérapieChapitre 156 sur 198 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

En étudiant la médication liypotensive (1) Hucliard énumérait l'écemment la série des agents hygiéniques, physiques et médicamenteux propres à combattre l’hypertension.

Dans cet arsenal, une })lace importante était réservée au massage abdominal. Déjà dans ma thèse de doctorat, en 1804, j’avais fait remar- (jiier que le massage abdominal intluence heureusement la circulation chez les dyspeptiques cai“dia(|ues et soulage le myocarde altéré qui, avec moins d’etforts, fait plus de besogne.

D’après les observations de Komano, un léger massage du ventre produit une vaso-constriction des capillaires des doigts, tandis qu’un énergique massage abdominal a pour elfet une dilatation des vaisseaux.

Stapfer admet l’existence d’un létlexe dynamogénique à point de départ abdominal et aboutissant au cœur.

« Lorsqu’on masse les viscèi'es d’un animal par frictions circulaires, dit Stapfer, brèves, légères, entrecoupées de pauses, on excite le cœur et les vaisseaux ; on constate la contraction de tout l’appareil circulatoire pendant le massage, la dilatation pendant les pauses, avec accélération du courant sanguin.

Lorsqu’à ce massage léger on substitue un massage continu, fort, on détermine la parésie et par consé(}uent la vaso-dilatation des vaisseaux mésentéricjues. Le cœur se contracte avec une énergie d’abord réelle, puis apparente. A une cai*dio-consti’iction, ou même à une cardio-tétanisation, succède une cardio-rétraction permanente. Les vaisseaux de la périphérie en font autant. La cardio-rétraction est proportionnée au degré de paralysie de la circulation abdominale. Dès qu’elle se manifeste, la pression décroît. »

Stapfer distingue donc : 1° une action directe sur le cœur, qu’il appelle action dynamogénique, avec augmentation de la pression ; 2° une action secondairè à l’abaissement de la pression artérielle par paralysie des vaisseaux mésentériques.

Sans rechercher si ces actions sur le C(Rur sont directes ou indirectes, disons que le massage abdominal met en jeu un mécanisme nerveux préétabli dans l'organisme, et gui aboutit à une régularisation des fonctions circulatoires.

(1) Académie de médecine, 30 juin 1903.

C'est ainsi que certaines manœuvres douces et profondes : pressions, pétrissage, malaxations, vibrations, etc., agissent d’une façon sédative en abaissant la pression, et en soulageant le cœur.

D’autres manœuvres excitantes, telles que les hachures, agissent d’une façon inverse, en élevant la pression et en augmentant le travail du cœmr. Et cependant chez certains hypotendus, la pression seule de la main à plat sur le ventre augmente déjà la tension vasculaire

ÜV

F. CAUTRU. — KINÉSITHÉRAPIE ABDOMINALE.

et fait roffice de régulateur de la circulation (le port de la sangle abdominale agit peut-être dans le môme sens).

Le massage abdominal, régulateur de la circulation généi’ale, constitue doncune arme puissante qu'il faut manier scientiliquement, et dont tous les bonselfets ne peuvent être obtenus que par un médecin sachant observer de près l’évolution des symptômes qu’il combat, et la guider dans un sens favorable. C’est ainsi (pie l’on en

Fig. 290. — Même maliide, iiiôme jour.

IViicé 1. Avant le massage. — Tr. 2. .\i)rès massage (le îy minutes. — 'l'r. :i. Après massage (le 1(1 minutes.

obtiendra les meilleius résultats tant dans les cardiopathies artérielles (pie dans les cardiopathies valvulaires.

\'oici, d’ailleurs, ([uel([ues tracés sjdiygmograjiluques (Ijqui montreront mieu.v (pie tout ce (jue je |)Ourrais dire, l’action rapide et importante du massage abdominal sur le système vasculaii-e. On verra surtout (pi'il n’est pas néc(;ssaire défaire des massages longs et foi‘tsi)our obtenir des effets apprécialiles, et (ju’on pourrait nuire au malade eu ue dosant jias cet agent théi’apeutique avec autant de soin qu’un médicament ti'ès actif.

On i»eut juger, d’après ces tracés, de l’action du massage abdominal sur l’appareil vaso-moteur, action plus ou moins accentuée, mais toujoui s l apidernent manifeste, ce qui permet de le considérer, grâce à la gymnastique vasculaire qu’il produit, comme un des meilleurs remèdes préventif s de Vartério sclérose.

Üans un travail antérieur j’ai montré les heureux effets du massage abdominal dans Vangine de poitrine, .le me [lerrnets d’en rappeler quelques cas ici :

(1) Ces tracés ont été pris clans le service du Üf Huchard, à l’hôpital Necker, avec l’aide de M. Üaviau, externe du service.

M. de X..., soixante ans, depuis Fâge de quinze -ans, a abusé du tabac. Très bien portant jusqu’en septembre 1895, il ressentit à cette époque les premières crises de son mal; en octobre, il consulta

le D'‘ Huchard dont le traitement amena rapidement une diminution dans la fréquence et l’intensité des crises. Comme celles-ci ne disparaissaient pas tout à fait, qu’elles se produisaient encore, à la suite d’une marche, par exemple, et laissaient après elles une gêne pré-

F. CAUTRU. — KINÉSITHÉRAPIE ABDOMINALE.

cordiale constante, augmentée par le moindre effort, le D‘ Huchard m’adressa le malade, en juillet 1898, avec le diagnostic d angine de poitrine tabagique chez iiii arlérioscléreu.x.

La pression aidériellé était de 23 au spliygmomanomèti e de Potain,' le pouls battait 104. Je commençai une série de massages abdomi-; naux et j’obtins les modifications suivantes (jui se produisirent parallèlement à. une amélioration notable de la santé du malade : .

5 juillet 1898.

1er massage.

Pouls

après

Pression

Pouls

Pression

Pouls

Pression

Se —

2Qe —

Pliysiolliérapic. III. 29

F. CAUTIiU. — KINÉSITHÉRAPIE ABDOMINALE.

Le malade nous quitta alors très amélioré. Depuis le li’oisième massage, il ii'a pas eu <le vraie crise et la gêne précordiale a presque complètement disparu.

Le 12 mars 1898, le D'' Huchard me confie un tabagique coronarien âgé de soixante ans qui, selon sa propre expression, se sent « toujours sur le point d’avoir une crise », crise (|ui éclate au moindre effort et le plus souvent après les repas. Le malade, fils d’arthritique, est un type de congestif à pléthore abdominale. Fumant depuis l’âge de

quinze ans presque sans discontinuer, il avait eu à cinquante-huit ans sa première crise d’angine de poitrine.

Lorsque je vis le malade, sa pression artérielle était de 30. Son pouls battait 96. Après le premier massage, ces chiffres tombèrent à 28 et 86. Une amélioration rapide se produisit pendant le traitement. Le 21 mars, l’oppression avait disparu, la marche devenait facile. Le 30 mars, le malade peut faire plusieurs kilomètres à pied sans la moindre difficulté; la pression est tombée à 24 et le pouls à 80. Le 11 avril, la pression est à 21, et le 28 avril, dernier massage de la première série, la pression est tombée à 19 1/2.

Deux mois plus tard, je revois le malade qui n’a pas eu une seule crise depuis, mais la pression étant remontée à 24, je lui fais dix massages qui la font tomber à 20, et améliorent encore le malade.

En juin 1899, Je D"” fluchard le revoit et déclare que son état est absolument normal.

Je vais résumer rapidement deux observations publiées dans la thèse démon collègue et ami Piatot, le traitement dea maladies du cœur par les agents physiques, observations recueillies dans le service du Huchard à l’époque où je faisais mes recherches sur l’action diurétique du massage adominal.

Entré à rbôpital Necker, salle Chauffard, le 5 avril 1898, un des malades, âgé de soixante ans, raconte qu’il a été toute sa vie un grand fumeur et un gros mangeur de viande.

Depuis un an, il a de fréquentes crises d’angor des plus caractéristiques qui se répètent au moindre effort.

Devant l’échec complet du régime lacté et de la trinitrine, on soumet le malade au massage abominai. Les crises diminuent d’abord, puis disparaissent ; les urines augmentent en même temps que la capacité respiratoire. La tension artérielle se rapproche de la normale.

Voici d’ailleurs les chiffres, assez éloquents par eux-mêmes :

14 avril. — Avant le premier massage :

Pression artérielle 23

Pouls 63

Capacité respiratoire 2.600

Urine des 24 heures. 1 litre.

15 av7'il. — Après massage d’une demi-heure :

Pression artérielle '21

Pouls 60

Capacité respiratoire 2.800

Urine. 3 litres.

F. CAUTRU.

18 avril. — Avant le massage :

l'ression artérielle 23

Pouls Oi

Ca[)acit(' respiratoire 2.400

Urine 2''S500

19 avril. — Après le massage :

Pression artérielle 21

Pouls 00

Capaciti* respii-atoire 2.800

Urine 3 litres.

21 avril. — Avant le massage :

Pression artéi-ielle 18

Pouls . . 04

Capacité resj)iratoire 2.000

Urine 2 litres.

22 avril. — Api'ès le massage :

Pression artérielh* 10

Pouls 00

Capacité lespiratoire 2.700

Uiine 3 litres.

Avant.

Après.

Pi-ession artérielle

Pouls

Capacité reS[)iratoire

"il.

Avant.

.\près.

Pression artérielle

la

Pouls

Capacité respiratoire

27 avril. — Le malade quitte l’hôpital sur sa demande, n’ayant pas eu d’accès depuis le début du massage et se sentant très amélioré.

L’observation suivante démontre que l’on peut avec Succès i*égulariser la pression sanguine et les battements cardiaques en joignant au massage les ditrérenles pratiques de la gymnastique suédoise passive.

Le malade semble d’après les chiffres de sa pression artéiôelle être en hypotension, mais peut-être (jue chez lui cette hypotension n’est que relative puisqu’il ne se trouve vraiment bien (jue lorscpie sa pression artérielle, de 10, est tombée à 1.0, puis à 13 1/2.

11 s’agit d’un homme âgé de cimfuante ans, chauffeur, entré à Necker le 21 juin 1897 pour une dyspnée d’(drort et des douleurs pi écordiales

s'irradiant dans le bras gauche. Ancien syphilitique, colonial, il a toujours fait abus du tabac et de l’alcool. Depuis quatorze mois environ, il est sujet à des crises d’angine de poitrine.

Après l’avoir examiné, le D'' Huchard porte le diagnostic suivant : Aortite chronique avec ectasie et insuffisance aortique et accès d’angine coronarienne ; râles sous- crépitants aux deux bases, foie douloureux à la pression. Après quelques semaines de repos, le malade sort de l’hôpital, y rentre le 4 janvier 1898. Même état que ci-dessus, foie douloureux et crises très fréquentes d’angine.

Krikortz, élève du service, soumet le malade au traitement suivant : Pétrissage de fabdomen, des membres et des parties superficielles du tronc, associé à des mouvements passifs des quatre membres et au tapotement du thorax et du dos.

Les deux premiers massages sont suivis d’une assez forte dyspnée et d'une sensation de barre épigastrique extrêmement doulou-

reuse.

8 décembre. — Massage

et gymnastique :

Avant.

Après.

Pression artérielle.

Pouls

10 décembre. — Le creux

: épigastrique est moins sensible :

Avant.

Après .

Pression artérielle.

Pouls.

11 décembre.

Avant.

Après.

Pression artérielle

Pouls

En dehors du massage

général et local, on pratique

un très lé:

tapotage avec vibrations

de la région précordiale. Cette région

devenue moins sensible à la pression et la dyspnée diminue.

12 décembre.

Avant.

Après.

Pression artérielle ,

Pouls

16 décembre. — Le malade peut, sans dyspnée et sans crises, monter et descendre le deuxième étage de l’hôpital pour se rendre au jardin.

Avant. Après.

Pression artérielle 1.^ 13 1/2

Pouls 64 64

11 quitte l’hôpital n'ayant pas eu une seule vraie crise d’angor

F. CAUTRU. — KINÉSITHÉRAPIE ABDOMINALE.

depuis le début du massage ; la barre épigastrique a pi-esque disparu.

Ces différentes ol)servations m’ont paru intéressantes à rappeler, car elles prouvent que le traitement de l’angine de poitrine par les agents physiques et en ])ai‘ticulier par le massage abdominal constitue un moyen de traitement (pie l'on aurait tort de négliger, d’autant plus que dirigé comme il doit l’èti’e, il n’offre aucun danger. On aura seulement soin d’être jirudent, en ce (jui concerne les mouvements de gymnastique suédoise, chez les artériosc.léreu.x avancés et surtout (luand il y a sclérose veineuse. On s’en tiendra alors au massage abdominal seul.

Son action diurétiipie est la conséipience de son action sur la pression sanguine. En la régularisant en effet, if amène la décongestion veineuse de tous les organes du ventre et par conséquent du rein dans lecpiel la circulation sera plus facile et mécaniquement augmentée; il détermine en outre une excitation des centres nerveux intra-abdominaux et par conséquent du [ilexus rénal, d’où phénomènes de dilatation et de constriction des vaisseaux du rein capables de faciliter la filtration de l’urine ; enfin il se j)roduit encoi’e un réflexe cutané local lorsqu’on fait un ma.ssage e.xcilant au niveau de la région rénale et un réflexe central par le massage e.xcilant de la peau de l’abdomen, réflexe qui amène au niveau du i-ein des phénomènes de vaso-constriction et de vaso-dilatation aboutissant à la diurèse, phénomènes analogues à ceux que ju'oduit l’action du froid, par exem[)le, sur la surface cutanée.

Le massage abdominal semble donc agir sur la diurèse par le niême mécanisme que la digitale, [)uisque l’augmentation des urines coïncide, par l’em[)loi de ces deux moyens, avec la vaso-dilatation et la diminution de la tension artérielle, succédant promptement à un état de vaso-consti iction et d'hypertension artérielle.

La réaction vaso-dilatatrice obtenue pai* le massage de l’abdomen comporte en réalité deux éléments:

1" Une vaso-dilatation périphérique, vrai phénomène de balancement entre la circulation viscérale et la circulation périphérique ;

2" Une vaso-dilatation viscérale, locale, intéressant les viscères abdominaux et les reins qui sont du domaine des nerfs si)lanchniques, et s’accompagnant d'une augmentation de la diurèse.

Dans les cardiopathies valvulaires, même lorsqu’il y a hypotension, hyposystolie, le massage bien conduit donne d’excellents l’ésultats. 11 augmente l’activité du myocai de en le soulageant dans son travail, régularise la pression, fait dis])araître les œdèmes par son action diurétique et éloigne l’asystolie mena(;anfe en maintenant l'écart

MASSAGE PRÉCORDIAL.

entre la pression artérielle et la pression artério-capillaîre, surtout quand on le combine avec le massage de la région précordiale, comme nous allons le voir.

Je voudrais, en effet, dire quelques mots du massage de la région précordiale qui devient dans certaines cardiopathies un utile adjudant du massage abdominal.

Massage précordial.

Manuel opératoire. — Au point de vue du manuel opératoire, disons que, comme pour le massage du ventre, il y a deux sortes de manipulations bien distinctes, excitantes ou calmantes, selon l’effet local et général que l’on veut obtenir. Le médecin placé à droite du malade, dont la poitrine est découverte, fait des hachures sur la région précordiale (fig. 298) s’il veut obtenir un relèvement de la pression cardio-artérielle ou, au contraire, des vibrations douces, les mains à plat sur la région s’il veut obtenir un effet sédatif (abaissement de la pression, diminution des pulsations, etc. (fig. 299).

Lorsque la région précordiale est douloureuse (névralgies intercostales), ce qui est très fréquent, il est bon de faire précéder le massage de frictions de toute la région, analogues à celles que j’ai décrites en parlant du massage calmant de l’abdomen (fig. 300) et de malaxations du tissu cellulaire sous-cutané qui se font avec l’extrémité les pulpes des trois ou quatre derniers doigts de la main droite appuyés et ne faisant qu’un avec elle, sur la peau de la région et lui imprimant des mouvements circulaires sur les plans profonds. Les pulpes des doigts masseurs se déplacent sur toute la région précordiale, amenant une sorte de révulsion superficielle avec sédation profonde.

Dans un travail antérieur (1) j’ai démontré l’action puissante de ce massage précordial sur la pression artérielle, sur le pouls, sur la matité ep^rdiaque. Je vais reprendre ici et mettre au point certains passages de ce travail fait à Necker dans le service du D*” liuchard.

Mode d’action. — Action sur la pression sanguine. — Disons • de suite que le massage du cœur est un régulateur de la pression sanguine ; il l’élève lorsqu’elle est trop basse et maintient l’écart nécessaire entre la pression artérielle et la pression artério-capillaire; il l’abaisse lorsqu’elle est trop élevée. Ce résultat, rapidement obtenu en cinq à dix minutes, se maintient d’abord quelques heures,

(1) Cautku, Contribution ;i l’étude du « Massage précordial » dans les affections du cœur..

t*'' Congrès international de Physiothérapie, Liège, 1903.

Fig. i’99. — Viljialiüiis sur lu rcgiun j)irt(jicliulc

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