MOBILISATION ACTIVE. RÉÉDUCATION MUSCULAIRE
la nutrition musculaire, et les corps charnus sont prêts à mobiliser eux-mêmes les articulations intéressées.
Le médecin qui connaît l’état des muscles qu’il soigne sait la dose de travail qu’ils peuvent fournir : là est en effet le danger, car un corps charnu ne doit pas être surmené. Il dégénère aussi vite par surmenage que par immobilisation. Mal dirigé, le muscle devient maladroit; puis il se fatigue, et lorsqu’il est forcé (claquage), l’atrophie 1 attend.
Or un muscle bien portant est déjà difficile à éduquer, la rééducation d’un corps charnu déjà atteint devient fort délicate. 11 faut, pour ce motif, surveiller l’effet de chaque exercice, se méfier du malade qui exagère son travail, comme du paresseux ou du pusillanime qui ne s’exerce pas suffisamment ; il n y a qu un critérium, l’hypertrophie progressive du muscle reconnue par la palpation, la mensuration, la résistance à l’opposition, au besoin la réaction aux courants continus.
Technique générale. — Chaque muscle, puis chaque groupe musculaire, de même fonction, puis de même innervation, est exercé, d’abord sans, puis avec résistance au mouvement. Chaque muscle est sollicité à se contracter à tous les moments de sa fonction : ainsi le biceps est exercé en flexion forcée, en demi-flexion, au début de la flexion, puis on lui fait exécuter des mouvements très étendus, on lui commande des arrêts brusques. Ces diverses manœuvres ont pour but d’entraîner la fibre charnue à 1 obéissance immédiate et adroite des centres.
On' ne saurait demander au malade de faire de l’abduction, de la rotation, etc. Ce sont pour le malade des termes barbares, incompréhensibles. Pratiquement, le mouvement à faire est donné en exemple et répété de suite. A cette occasion, on doit enseigner au patient que peu de mouvements sont nécessaires, mais à condition qu’ils soient très bien faits : cette qualité à obtenir rentre dans la rééducation, car le mouvement bien fait ne lasse pas. 11 est un exercice fatigant pour les malades qui ne sont pas précis dans son exécution, c’est la flexion simultanée des deux membres inférieurs. A la troisième flexion du genou, ceux qui oublient de bien réunir pieds et genoux, et de lever les talons, ressentent déjà des douleurs dans le triceps sural.
Pour ce motif, il est nécessaire de faire exécuter devant soi quelques-uns des mouvements que le malade répète chez lui. L’emploi des poids, mines, haltères, appareils à ressorts est inutile et même nuisible, car le malade y trouve une occasion de gagner des records et surmène ses muscles.
Technique particulière delà luoJbiiisaÉion. — Nous allons passer
DAGRON. — MASSAGE ET MOBILISATION
rapidemont en revue, qmds sont les mouviMuents à donner aux diverses arliculalions ouplidùt régions articulaires (parfois complexes comme au poignet) et (juels muscles sont à édiKiuer pour ces divers mouvements.
MEM niŒ S UPÉHIEUn.
Doigts et main.
Les phalanges s’articulent par de petites troclilées, donc extension et llexion ; l’extension inet le doigt dans la rectitude, les flexions ne dépassent ]>as l’angle di oit. 11 n’y a pas de mouvements de latéralité. Au pouce les deux phalanges ont une tiochlée identiijue.
Les métacarpo-phalangiennes, condylarthi-oses, sont douées de flexion et d’extension. La llexion gagne l'angle di'oit, et fait saillir forhunentla tête du métacarpien; l’extension dépasse l'horizontalité, sui'tout chez les personnes adroites de leui-s mains (artistes, virtuoses, etc,.). Les doigts se meuvent latéralement sur le métacariiien surtout dans l’extension : les articulations intermétacarpiennes, douées de glissement, facilitent ces mouvements de latéralité (adduction et abduction des doigts).
La métacarpo-phalangienne du |)ouce est très mobile. Asa llexion, à son extension se joignent de l’adduction et de l’abduction, et même certaine rotation qui parfait l’opposition. C’est au iCneau de la trapézo-métacarpienne, aidée de la scapho-ti a])ézienne, (jue se tiouve l’ap[)areil le plus mobile du pouce. La flexion y est relativement moins étendue, mais l’abduction et l’adduction jointes à un mouvement de circumduction, qui place l’éminence thénar au milieu delà région palmaire, concourent à former un mouvement bien particulier à l’homme, l’opposition du pouce aux autres doigts : la pulpe du l)ouce se met en contact avec celle de l’index, du médius, de l’annulaire et môme du petit doigt et la main peut ainsi saisir des objets de façon pi-écise et solide.
La main considérée comme [)lan, augmentée de la surface des doigts réunis, se tléchit en masse au niveau des aidiculations métacarpo-phalangiennes et tous les doigts tléchissant de même, la main peut saisir des objets assez volumineux et consolider sa |)i ise par le |)assage du pouce en dehors de l’objet saisi (en brac(‘let) (lig. 4).
Les tlécbisseurs superficiels et profonds des doigts, celui du pouce et du petit doigt sont les vrais muscles de la préhension, plus puissants (]ue ceux de l’extension : aussi les corps charnus sont d’importance et multiples. L’extension remet la main et les doigts en position normale ])our la prochaine prise ; la civilisation a rendu les muscles
Fiof. 18 à 21. — Mobilisation de la main et des doigts.
Pig is. Extension de tous les doigts : action commune avec les interosseux dorsaux qui
sont écarteurs. . .
pj(r, 19. Flexion de la phalangino-phalangettienne de l'index (cette manœuvre ne se tau
que passivement, si les autres articulations du doigt sont étendues).
Pio-. 20. Flexion des deux articulations digitales (se fait activeiiient par 1 entrée en jeu
des extenseurs et des interosseux). , ■ r
Pig, 21. Flexion des jointures des doigts et des métacarpo-phalangiennes (main termee).
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extenseurs plus importants en leur donnant des rôles divers dans des usages si)éciaux (écriture, dessin, instruments de musique, etc.); aussi sont-ils fré(iuemment surmenés. Aux extenseurs se joignent les intei-osseux doi'saux ou écarteurs et auxllécliisseurs les palmaires ou rapproclieui-s(tig. 18).
J^es mouvements des doigts pi-ésentent toutes les combinaisons possibles d’extension et de flexion (tig. 19 à 29). Les exei'cices s’adressent à un doigt ou à toute la main. Les mouvements de latéralité (les doigts se font par paii’e : les deux doigts sont écartés et ramenés l’un au-devant de l’autre.
L’opposition est la plus surveillée : pouce à chaque doigt, àchaque
Fig. 22 et 23. — Mobilisation de la main et des doigts.
Fig. 22. — Extension de la main et du doigt, sauf flexion de la phalango-plialanginienne (éducation des interosseux).
Fig. 23. — Extension du doigt. Flexion de la métacarpo-phalangienne et du poignet.
])lialange, à tous les doigts réunis. La préliension est exercée en force, adresse, rapidité, etc. : on doitbabituei’ lesdoigts à presser avec force (apj)uyer sur un ressort, faire couper la viande avec le couteau (le table, etc.). Ibtur entrainer la musculature interosseuse, on peut faire pincer latéralement des objets entre cbaque doigt, ou simplement faii'e i‘épéter fré(iuemment le mouvement qui consiste à se croiser les doigts dans l’union des mains.
Fig. 24 à 27. — Mobilisation de la main et des doigts.
Fig. 24. — Extension du doigt et de la main. Flexion du poignet.
Fig. 25. — E.xtension du doigt, de la main et du poignet.
Fig. 26. — Alterner flexion et extension (phalangino-phalangettienne fléchie, phalangephalanginienne étendue, métacarpo-phalangienne fléchie, poignet étendu).
Fig. 27. — Flexion du doigt, de la main et du poignet, sauf extension des deux dernière.s phalanges (mouvement volontaire).
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Poignet.
Le carpe et ses Imit os ne sont doués que de mouvements de glissement tiès limités : seule la radio-carpienne doit être considérée, tout en reconnaissant que le cai‘i)e peut donner plus d’étendue à certains mouvements limités du poignet.
Le poignet, articulation condylienne, est doué de mouvements très étendus qui ajoutent à la souplesse de la main. L’extension dépasse l’horizontalité de 90° comme la tlexion (tig. 28). L'abduction est moins étendue que l’addudion à cause de l’apophyse slyloïde du radius qui descend plus bas que celle du cubitus ;fig. 30 et 31). Un mouvement de cii’cumduclion très irrégulier réunit donc les quatre positions.
Les üécbisseurs des doigts, le grand et le petit palmaire assurent la tlexion ; l’extenseur commun, les extenseurs propres, les radiaux externes sont les muscles moteurs de l’extension. Les cubitaux et les radiaux sont les abducteurs et les adducteurs : tous ces muscles concourent à opérer la circumduction.
Avant de mobiliser passivement la radio-carpienne, on peut faire glisser les unes sur les autres les surfaces articulaires des os du carpe et même recbercber ([uelques mouvements dans l'interligne, intercarpien, entre les deux rangées : le résultat est à peine sensible, mais il augmente encore l’action radio-car[)ienne. De même sont répétés les mouvements des doigts et de la main pour additionnel* Faction des fléchisseurs et extenseurs. La main malade est alors prise par celle du massein*, ([ui tixe ravant-hras d’autre part, et dans la supination sont exécutées i)rogi*essivement des manœuvres de flexion et d’extension, puis d’adduction et d’abduction, enlin de circumduction. Les mêmes mouvements sont répétés en pronation et enfin, en jiassant de la pronation à la supination, on exerce tous les mouvements du poignet.
Ces mouvements sont de suite répétés par le malade, d’abord doucement, puis vivement en les (*ombinant avec ceux de la main et des doigts, sans résistance, ])uis avec résistance.
Coude.
La (rocblée buméro-cubilale, aidée de l’buméro-i*adiale forme une sorte de bit rocblée, charnière à direction générale oblique; Fépitroclilée, l’oléci'àne et l’épicondyle sont siu* une même ligne droite, l’éjiitroclflée étant inférieui*e. Les mouvements sont donc exclusivement la flexion et l’extension, celle-ci plaçant les deux
Fig. 28 à 31. — Mouvements du poignet.
Fig. 28. — Flexion du poignet. En général, ce mouvement se fait avec flexion d’autres articulations de la main et le plus souvent avec toutes ces articulations dans l’acte de préhension. Maximum 90®.
Fig. 29. — Extension du poignet. Atteint son maximum (80®) lorsqu’il y a flexion de plusieurs phalanges des doigts ou de la main.
Fig. 30. — Abduction. Très limitée par l’apophyse stylo’ide de l’extrémité radiale (correspondant à la malléole externe).
Fig. 31. — Adduction. Angle obtus, mais beaucoup plus aigu qu’en abduction ; l’apophyse stylo’ide du cubitus ne gène pas ce mouvement. Les deux lignes de ces deux figures représentent les axes de l’avant-bras et de la main dans les deux mouvements de latéralité : dans l’abduction, la ligne est presque droite; dans l’adduction, l’angle est presque droit.
Fig. 30.
Fig. 31.
Fig. 28.
Fig. 29.
DAGRON. — MASSAGE ET MOBILISATION
segments de membre apiimximalivemeni en ligne droite. C’est le sqiieletle (bec de roléci’âne) ()ui arrêle l’extension, car les masses musculaires antéi’ieures limitent la flexion, avant que le bec coronoïdien ne soit j)énétré dans la fossette correspondante de rtiumérus.
Les ligaments latéi aux em|)èclient la moindre latéi‘alité; suivant que nous sommes en flexion ou en extension, ce sont les faisceaux antérieurs, moyens ou postérieurs qui résistent contre toute tendance à l’adduction et à rabduction.
Le biceps
et le brachial antérieur sont les muscles de flexion,
mais ils sont aidés par le long supinateur. Le triceps et l’anconé sont les extenseurs.
Les radio-cubitales supérieures et inférieures sontdes troclioïdes :
en haut le radius pivote, en bas le cubitus tourne dans la facette radiale correspondante. De la sorte les deux os sont parallèles (su[)inatioii) ou se croisent (pronation) ; le radius, i)our exécuter ce mouvement, a toui né d’un demicercle eu haut et le cubitus se trouve ainsi en bas en dehors de l’extrémité inférieure du radius :
la face dorsale de la main devient
gauche
Le l)i-as droit est en flexion ; le en extension. Cette dernière position place l'avant-braS en dehors; la main s’écarte du corps. L’angle à sinus externe ainsi forme est très obtus. Dans la flexion, en revanche la main se dirige vers la face. Cette irrégularité est due A la direction oblique de l'articulation humérocubitale, qui descend j)lus bas en dedans.
antérieure. Des ligaments modèrent cette action : les muscles court supinateur d’un côté, d’aulre part les rond et carré jironateurs en sont les moleurs.
Les dispositions de la charnière huméro-cubitale emjtèchenl l’axe de l’avant-bras de se continuer avec celui du bras, d’où abduction en extension, et au contraire adduction en flexion; la main vient se placer dans le voisinage de la face. Cetle particularité est utile à connaître, surtout lorsqu’on mobilise un coude réséipié : il est important alors de ne donner que les mouvements vraiment jihysiologiipies, ceux (jui seront idiles, pi‘ati(iuement (main à la face) et ceux (]ui auront une musculature vraiment rationnelle (fig. 32).
La mobilisation passive n’exerce pas seulemenl la flexion et l’extension, maisla pronation et la supination, etcombine lesmouvements pour (pi’il y ait en même temps proiiation et flexion, puis