LUXATIONS DE L’ÉPAULE
Pratiquée avec douceur et après quelques manœuvres musculaires préparantes, cette méthode est quelquefois bien supportée par les blessés, surtout quand ils la comparent à la traction forcée, maladroite parfois et douloureuse qu’on avait essayée antérieurement ; mais certains opérateurs qui trouvent à la rotation externe de la résistance, forcent le sous-scapulaire à céder par la violence; le malade ressent une vive douleur à l’omoplate; c’est le muscle rotateur qui cède, mais en se déchirant. Le résultat ultérieur est déplorable; les malades ont de la myosite consécutive, et ils perdent quelques mouvements d’une épaule qui demeure généralement très douloureuse, en dépit de soins secondaires, insuffisants à réparer tout ce mal.
Réduction sans douleur par le massage. — Puisque le chloroforme donne de bons résultats, si quelque méthode présente les mêmes effets, sans avoir les inconvénients du sommeil anesthésique, elle doit être de bonne indication.
Or le massage met le système musculaire en résolution complète, et fait céder les contractures : d’abord on l’employa pour aider la réduction par les procédés de traction ou autres; il fut bientôt reconnu que pendant le massage des muscles périarticulaires, la réduction s’opérait spontanément, comme cela arrive d’aitleuis pendant la chloroformisation : il n’est pas nécessaire de diriger ces extrémités osseuses pour qu’elles reprennent leurs rapports normaux : dès que les muscles entrent en résolution, la réduction se fait d’elle-même.
lœs premières observations de réduction par le massage datent de 1894; je pratiquai cette méthode pour la première fois dans le service de Championnière à l’hôpital Beaujon devant les élèves; depuis j’eus l’occasion de réduire ainsi à peu près toutes les luxations de l’épaule que je rencontrai. De nombreuses observations m’ont montré que peu à peu le massage était employé pour réduire sans douleur les luxations, et surtout celles de l’épaule.
Technique de la réduction de la luxation de Tépaule. — C’est en effet à l’épaule que nous allons faire la description de la technique massothérapique des luxations : la scapulo-humérale est la jointure qui se luxe le plus souvent; c’est là que se trouve l’appareil musculaire le plus important pour maintenir la luxation. C’est à l’épaule que les résultats sont aussi les meilleurs. Au coude, au poignet, et partout ailleurs, il reste parfois des raideurs, et même de l’ankylose, en dépit du meilleur traitement mobilisateur.
Le massage doit être pratiqué le plus tôt possible après le traumatisme. La position à donner au blessé a une importance capitale ;
DAGRON. — MASSAGE ET MOBILISATION
il doit être assis sur une chaise dont le dossier est en rapport avec le côté sain, pour que la main puisse passer facilement en avant et en ari‘ièi*e sans dérang-er] le ]>atient qui, une fois appuyé de son épaule saine sur le > dossier de la chaise, doit évilei* de remuer, sans raideur toutefois. Le hras, (jui ne peut tomber librement le long du corps à cause de l’abduction anormale, est porté légèrement en avant pour que la main repose avec confiance sur la cuisse du blessé.
Des deux mains on exerce d'abord sur toute l’épaule, le dos et le thorax des pressions très légères, qui étalent la poudre de talc et accoutument les téguments à ce contact; éviter surtout d’avoir les mains froides. Le massage s’adresse en premier aux muscles qui sont le plus contracturés ; ce sont généralement le deltoïde et les sus-et sous-épineux ; dans un cas, il me suffit de faire quelques pressions sur ces deux derniers muscles pour que le sous-scapulaire cédât et que la tète humérale rentrât dans la glène.
Mais ce n’est habituellement qu’après plusieurs minutes de massage très léger de tous les muscles de l’épaule, deltoïde, sus-et sousépineux, biceps et triceps, grand pectoral, grand dorsal, trapèze, etc., que l’on peut tenter de faire un mouvement. Ce n’est pas nécessairement de la rotation externe ou de l’adduction : il semble au contraire que les muscles qui les commandent se tiennent en garde contre la moindre tentative ; aussi devons-nous tenter d’amener très doucement le bras en avant : le blessé ressent alors un ressaut qui est rarement douloureux ; parfois il n'a aucune sensation au moment de la réduction qui s’opère pendant le massage; ce sont alors nos doigts qui perçoivent la rentrée de la tète humérale, ou notre main qui reconnaît la dis})arition des divers symptômes de la luxation (méplat, écartement du coude, impotence, etc.).
Si la réduction tarde et que les légers mouvements imprimés au bras sont insuffisants pour qu’elle s’opère spontanément et sans douleur, il est de bonne pratique de prier un aide d’appuyer sur la tôle humérale à travers téguments et couche musculaire antérieure au moyen de ses deux mains placées l’une sur l’autre : cette pression lente et progressive permet à l’extrémité supérieure de l’humérus de regagner sa place normale, dès que les fibres charnues ont repris leur tonus habituel.
Traitement après la réduction. — Écharpe simple. — Aussitôt après, quelques mouvements de propulsion, de rétropulsion, d’abduction et d’adduction, de rotation et de circumduction très limités permettent de s’assurer que la réduction est complète, et on applique un appareil, la simple écharpe, fixée au vêtement ; le blessé peut