‹ KinésithérapieChapitre 49 sur 198 · AUTRES LUXATIONS · texte numérisé non relu

AUTRES LUXATIONS

ainsi remeLtre sans inconvénient le bras dans la manche et vaquer à ses occupations, s’il le désire.

Cette écharpe doit avoir comme but :

1° De porter le bras en dedans et en avant pour que la tête humérale prenne contact avec la partie postérieure de la capsule, la déchirure étant antérieure ;

2“ De soutenir le coude surtout, afin que le trapèze ne se fatigue pas à porter le membre supérieur et ne se contracture pas.

Mobilisation immédiate. — II faut conseiller au blessé de remuer la main le plus possible, de faire les mouvements des doigts et du poignet. La main n’est donc pas prise dans l’appareil qui peut aussi permettre des mouvements de l’épaule (abduction, adduction, propulsion), mais très limités.

Les jours suivants, le blessé est soigné comme un simple entorsé, puisque la déchirure de la capsule est la seule lésion qui ne soit pas encore guérie. 11 y aura donc séance quotidienne, avec massage, mobilisation passive, puis active. Les exercices exécutés par le malade doivent rester limités ; car ses muscles encore maladroits pourraient, par une contracture soudaine, reproduire la luxation.

La guérison, comme nous le savons mieux aujourd’hui, n’est pas due à la cicatrisation absolue de la capsule qui se répare d’ailleurs mal, mais à la suppléance des muscles voisins qui font fonction de ligaments actifs ; bien rééduqué, l’appareil musculaire assure l’absence de récidive, conséquence forcée de traitements incomplets ; aussi pensons-nous que l’on peut diminuer la fréquence des récidives, en faisant suivre au luxé chronique un traitement de rééducation musculaire, qui consisterait à faire exécuter de la gymnastique suédoise aux muscles qui, devenus maladroits et insuffisants, permettent à la moindre inattention l’exode de la tète humérale.

Comme on peut le voir, la massothérapie est de bonne indication dans les luxations, et on comprend mal les chirurgiens qui ne l’emploient ni pour la réduction ni pour les soins consécutifs. Bien des malades sont massés après le dixième, le quinzième jour, ou même encore plus tard; le chirurgien désire alors réparer les faiblesses musculaires et raideurs articulaires inévitables; et les indications sont celles de toute ankylosé ou atrophie musculaire.

Autres luxations. — Les luxations des autres articulations sont d’importance secondaire, surtout à cause de leur moindre fréquence. Cependant, dans toutes les régions, nous pouvons aider la réduction par le massage et l’obtenir même sans aucune douleur pendant que nous exerçons nos pressions.

Au coude, par exemple, où la réduction est relativement facile,

DAGRON

MASSAGE ET MOBILISATION

il suffît de mettre en résolution les muscles du bras, biceps et triceps, pour que la trochlée pénètre dans Tolécrâne du cubitus ; mais il faut bien s’assurer que la réduction est complète. Au genou, la rotule se déplace quelquefois seule , un massage du triceps crural suffit pour permettre la réduction de cette luxation; la déchirure de l’aileron blessé demande dans la suite des soins prolongés, car il se répare mal.

Les déboîtements du genou, du poignet, de la tibio-tarsienne, etc., doivent être facilement réductibles après résolution musculaire. Ce sont là des affections rares, qui n’ont pas encore été soumises à la massothérapie immédiate, mais ce n’est pas irrationnel de conseiller la méthode mobilisatrice.

Au pouce, la phalange luxée sur le dos du métacarpien a donné à Farabeuf l’occasion de proposer une réduction brillante par la pince qu’il inventa pour la circonstance. Ce brillant anatomiste pensait que les sésamoïdes étaient tout ; il faisait erreur. Les muscles seuls sont tout et lorsque la résolution est obtenue, par le massage, comme par le choroforme, la phalange n’est plus gênée par ces petits os et reprend sa place avec une grande facilité. Nous avons eu l’occasion de le voir, après avoir massé un court adducteur du pouce chez un semblable luxé, la phalange put facilement et comme d’ellemême reprendre sa position normale.

Luxations congénitales. — Quoique le traumatisme ne soit pas la cause deslésions de l’articulation coxo-fémorale connues sous le nom de luxation congénitale, nous pensons qu’il convient de donner en cette place avis sur les exercices qui peuvent améliorer les jeunes filles atteintes de cet arrêt dans le développement régulier delà hanche. Nous avonsdéjà parlé de la rééducation de la marche : c’est surtout en insistant avec quelque sévérité sur l'exécution d’exercices fré([uents et aussi réguliers que possible. Mieux vaut en faire peu, mais lesbien faire, car la jeune fille doit réagir contre des habitudes de marche défectueuse, quasi-grotesque.

Deux cas peuvent se présenter : en j)remier lieu, l’opération est décidée et la néo-articulation réclamera une éducation nouvelle; des massages et des mouvements passifs et actifs précéderont l’intervention, afin de préparer la musculature, qui sera encore exercée après l’opération, sans même attendre la guérison complète de la plaie; enfin l’éducation de la marche réclame des soins tout spéciaux, avec appareils orthopédi([ues adjuvants dans l’intervalle des séances, car muscles et'jointure mettent quelque temps pour gagner toutes qualités nécessaires au dur travail qui les attendent.

Dans le second cas, l’opération est refusée et le chirurgien ne peut

RÉSECTIONS

compter que sur les moyens kinésithérapiques pour améliorer la malade. Les lésions sont uni ou bilatérales : le traitement est le même. Soumise aux exercices d’assouplissement et de marche décomposée, après chaque massage des régions lessières, la jeune fille cherche à éviter le déhanchement en régularisant chaque pas qui est fait en cadence, en s’appuyant des bras sur un meuble solide, un dossier de siège par exemple, placé devant une glace pour que les pas soient rectifiés, si les épaules s’écartent trop de l’axe du corps. Ce dossier de siège est remplacé par des cannes hautes, lorsque la cadence et la régularité des pas ont suffisamment progressé; puis une canne, l’autre ensuite sont retirées, et peu à peu la démarche améliorée ne réclame plus de tuteurs.

Le déhanchement ne disparaît jamais complètement : il y a toujours amélioration, quand la jeune fille s’observe avec sévérité; d’ailleurs la réussite ne dépend que de sa patience et de sa persévérance ; le manque de courage réduira les progrès et même les annihilera, si les efforts ont trop vite lassé la jeune infirme.

Résections.

La chirurgie de nos pères obtenait de tristes résultats dans les interventions osseuses ; aussi chaque page de leur médecine opératoire du système osseux parle-Lelle de séquestres, de fistules, etc. De semblables complications supposaient de longues suppurations, et par suite des raideurs, des ankylosés, qui rendaient ces opérations à la fois graves et souvent inutiles ; seule, l’urgence devait forcer la main de l’opérateur. De nos jours, fostéotomie, l’arthrotomie sont des opérations courantes. Les résections articulaires cependant sont encore trop souvent des opérations fort peu satisfaisantes. Certes, quand on voit l’antisepsie donner des résultats aussi parfaits que ceux que Championnière a obtenus dans ses résections du genou, on est en droit d’attendre beaucoup de toute résection. L’arthrectomie achevée est en effet parachevée avec toute satisfaction; si l’opération elle-même est parfaite, ses suites devraient être régulières, la cicatrice rapidement fermée : c’est exact ; or la fonction de la néo-articulation est le plus souvent déplorable, quand elle ne nécessite pas famputation.

Tout d’abord, spécifions bien que la résection du genou est de tout autre ordre et réussit, parce que, précisément, ce n’est pas à vrai dire une résection, mais une suture fémoro-tibiale, aussi peut-on voir d’anciens tuberculeux du genou marcher avec une solide tige osseuse, qui ne s’articule qu’à la hanche et au pied.

DAGRON. — MASSAGE ET MOBILISATION

r>ien (linÏTCiUs sont les l•('‘Sl]ltats des aiiires résections, qui ainhilionnenl la ci'éation d'une nouvelle jointure !

Avant l’application de la méthode inol)ilisatrice, toute opération articulaire qui n’était pas préparée du côté de l’appai'eil musculaire avait un insuccès certain; les l’ésections de l’épaule et du coude, les plus fréquentes, ne donnaient que des résultats déplorables; les fonctions des jointures étaient insuffisantes par ankylosés ou par excès de laxité.

On n’avait pas songé à préparer l’appareil musculaire, à mobiliser sitôt après l’opération et sans excès les nouvelles surfaces articulaires, comme nous l’indiquons.

Avant l’opération, pendant plusieurs semaines, si la cause de la résection le permet, le massage, les exercices entretiennent et même régénèrent les futurs moteursdela néo-jointure. Aumomentdel’opération, le chirurgien prend davantage souci de veiller à la disposition anatomique et physiologique des fragments osseux : bien des résections ont été trop parcimonieuses. Sitôt après l’opération, le membre est placé dans le pansement pour que de légers mouvements soientimprimés à cette articulation nouvelle, malgré laprésence de l’ouate et des bandes ; surtout on n’attendra pas longtemps, chaque jour en effet, dès le lendemain de l’opération, on fait exécuter les mouvements les plus fréquents, les plus caractéristiques de la jointure.

On doit éviter de mouvoir la néo-articulation suivant des axes anormaux. Ainsi le coude ne faitque flexion et extension ; tout mouvement de latéralité doit être proscrit et surtout au début, car ce sont ces premières mobilisations qui donneront aux surfaces aidiculaires leurs dispositions primordiales, et par suite leurs caractères anatomiques et ydiysiologiques (énarthrose, trochlée, condyle, etc.) ; ce n’est pas l’articulation ([ui fait le mouvement, mais le mouvement qui crée l’articulation.

C’est pour ne pas avoir observé ce précepte physiologique que la plupart des résections articulaires ont donné naissance à des jointures de deux catégories : celles qui étaient mobilisées trop facilement et avec excès devenaient des arthrodies à surfaces de glissement très étendues, articulant des segments de membi'e doués de mobilité exagérée, et celles qu’on mobilisait peu ou point devenaient désarticulations par emboîtements réciproques, des condyliennes très seiTées, au besoin de véiâtables sutures; le résultat correspondait à une ankylosé plus ou moins complète ; et le malade était encore heuieux, si le meml)re n’était ])as immobilisé dans une position qui rendait la marche pénible, ou la préhension quasi-impossible.

Page 1