FRACTURES DE JAMBE
musculaires emprisonnés dans les fragments par exemple. Les tentatives de marche sont reportées à une dizaine de jours, la douleur disparaît par le repos: sinon une intervention chiruigicale serait nécessaire, et le traitement cinésique serait repris presque immédiatement après. La radioscopie est d’un utile secours pour vérifier la bonne coaptation des fragments.
Dans la variété de la fracture en V ou fracture spiroïde, les fragments, difficilement réduits, présentent des pointes osseuses correspondant au bord antérieur du tibia et par conséquent souscutanées. 11 est nécessaire de veiller chaque jour à ces saillies osseuses, afin qu’elles disparaissent par la réduction, sinon celle-ci serait faite sous le cbloi'oforme et le membre placé dans un appareil plâtré pour quelques jours. En dépit de ces précautions, ces inconvénients peuvent se produire plus tard, par suite du travail périostique, et, quand le blessé se lève, on constate que la crête tibiale présente une saillie effilée, qui menace la peau : en ce cas la résection de cette exostose dangereuse s’impose.
Nous donnons ces détails, parce qu’ils sont souvent mis sur le compte de la massothérapie, ou présentés comme des contreindications de ce traitement ; ces observations sont d’autant moins exactes que ces saillies osseuses sont généralement reconnues à la sortie des appareils. Une fracture observée quotidiennement ne saurait donner de telles surprises, et si le trait de fracture nécessite des précautions de réduction, il y a déjà longtemps que le kinésithérapeute a donné l’éveil.
11 est encore une remarque que nous devons ajouter : la réduction se fait souvent après le premier massage, mais elle peut épi'ouver quelque difficulté, malgré la sédation musculaire. 11 vaut mieux ne pas insister, et attendre le lendemain, en plaçant toutefois le membre de façon que tout concoure spontanément à la réduction, si les muscles se calment encore davantage, et on trouvera, dans les jours qui suivent, des fragments facilement et régulièrement coaptés. C’est souvent la patience qui a fait défaut, quoique nous reconnaissions que certaines fractures doivent être réduites sous le chloroforme.
Suivant le siège de la fracture, la réduction lente et pour ainsidire spontanée est aidée différemment : ainsi à la région moyenne on emploie la traction du membre, pour lutter contre le chevauchement; si la fracture est sus-malléolaire, pour lutter contre l’effet du tendon d’Achille attirant le pied en arrière avec le fragment inférieur, on place le membre dans la gouttière, de façon que le talon porte seul. La résolution s’opérant peu à peu, le fragment supérieur suit les lois
— MASSAGE ET MOHILISAITON.
(le la pesanteur el gaj;ne comme le laloii le l'oml de la j,o)uüi('Te : la (raclioii aide ce résullal.
Nous doiinous ces dc'dails, car la massollud'apie u’est, pas exclusivement une S(*rie de manœuvres, mais un ensemble de soins (|ui concourent à la S(3dalion «^fouMale el à la mobilisalion pos'^ible sans doub'ur.
Autres fractures.
Nous pouvons maintimanl donner rapidenumt les caractèiTS jn incil)aux du traitement de chafiue tVaclure : les unes demandenl l’assislaiice de l’immobilisai ion, d’au! res la re];)ousseut de façon absolue, mais toutes gagnent à être massé(>s le j)lus \i(e possible. C’est la fonction (jui est le but. Au membre supérieur, c'est la piébension avec ses variétés nombreuses; au imnubi’e inféiieui', c’est la station, la marche, qui nous guident et si la civilisation a donné à la main des attiibutions multiples, qui lui |)ei metlent d’agir avec une habileté toute spéciale sous la direction de rintellig(Mice, la marche n’en demeui'e pas moins une fonction doublement importante })oui* la vie de relation et pour la santé générale.
Marche et préhension ont donc pour noti*e méthode théi‘apeuti(iu(‘ un intérêt variable ; mais nous devons être aussi méticuleux, aussi sévères pour l’une que ])Our l'autre, et si on accuse la kinésithérapie de procédé de luxe et d’exception, démontrons (jue les bons l'ésultals de nos traitements sont aussi bi*illants en qualité (ju’en (piantité, ([ue seule sa statisti([ue est luxueuse et vraiment exceptionnelle.
Fractures du fémur.
Le fémur se brise à sa diaphyse et à ses deux extrémités, formant ainsi des variétés de fracture bien ditférentes de symptc'unes et cependant leur traitement a beaucoiq) de pointscommuns. C’est (jue depuis longtemps déjà on a constaté que la ti action lente et continue donne pour la coaptation i-éguliêre des deux fragments les meilleurs résultats, à quelque hauteur de l'os que soit placé le trait de fracture.
Lesnombi’eux appareils à traction avaient tous ([uelqueinsuftisancc ; llennequin, (pii a recherché avec soin et minutie tous les perfectionnements, a confectionné un appai’eil qui remjilit les conditions nécessaires à la résolution du problème de la traction lente, continue, progressive, à direction jirécise, à (•ontre-extension suftisante, sans gêne pour le malade. Pour nous, il possède les meilleures qualités, car il ne s’oppose pas à la mobilité des articulations voisines et permet d’agir sur la région de la plaie osseuse; enfin la traction continue
fractures du fémur.
f|ui clierclie à vaincre le muscle, sans valoir le massage, qui réussit plus vite aie convaincre, maintient la réduction des fiagments.
Nous n’avons pas à donner toutes les variétés de fractures observées au corps du fémur, au col, aux trochanters, aux condyles. Les symptômes divers commandent notre intervention, A la hanche, le massage ne saurait avoir d’effet sur la capsule, sur le col, sur le petit trochanter, seulle grand trochanter est accessible, mais comme on n’y trouve que des déformations dues à des enfoncements des cellules du tissu spongieux, la douleur est atténuée, la mobilité anormale manque, d’où le peu d’utilité des manœuvres de massage au lieu même de la fracture. 11 n’y a guère qu’aux fractures de l’extrémité inférieure ou du tiers inférieur de la diaphyse que la main prend contact de la surface osseuse et agit sur la plaie de l’os, d’abord pour l’anesthésier et plus tard pour aiderla vitalité du périoste voisin.
En ce cas la gouttière de l’appareil Hennequin est ouverte après avoir desserré les sangles; le fémur, le triceps sont massés sans déplacer l’appareil et la main vérifie la bonne situation des fragments. Cette manœuvre n’est pratiquée que tous les deux ou trois jours, suivant l’àge du blessé, le traumatisme, etc. Plus tardon peut retirer la gouttière pendant la séance. Après le massage, l’appareil est refermé et le sens de la traction régularisé, s’il est nécessaire ; car des excès de rotation interne ou externe sont parfois le résultat de défaut d’attention, lorsque, par exemple, on n’apasassez surveillé la position de la hanche et reconnu si la bonne position apparente du pied et de la rotule n’était pas due à un mouvement de rotation de la hanche qui corrigeait un défaut de coaptation des fragments. Quand le malade se lève et pose le pied à terre, on s'aperçoit alors trop tard de cette irrégularité, qui va condamner le convalescent à une rééducation doublement pénible et qui ne donne que des résultats incomplets, sans parler de l’incorrection plastique.
11 est préférable de laisser les poids pendant le massage : la traction ne gène pas les pressions et comme on obtient la résolution musculaire, la tension des corps charnus est à son maximum ; la réduction n’en est que meilleure et l’absence de toute défense musculaire fait disparaître ce qui reste de sensibilité.
Mais quand on fait la mobilisation, mieux vaut replacer les poids de l’appareil, pour que les réductions se maintiennent. On commence par les orteils et le pied qui sont mobilisés chaque jour très rapidement, puis le cou-de-pied et enfin le genou, en maintenant la gouttière contre le lit sur lequel elle repose ; l’échancrure du matelas permet ces derniers mouvements.
La hanche est mobilisée à son tour; flexion et extension s’exécutent Physiothérapie. III. 9
DAGRON. — MASSAGE ET MOBILISATION
d’ailleurs de l'aroii conliniie, (|uaiid le l)lessé s'assied, se remonte dans son lit, et c'est une des (]ualités de ra[>pareil de permettre ces mouvements : les rotations et l’abduction sont surveillées avec une très grande attenlion, et mieux vaut se contentei* des inclinaisons du blessé à gauche et adroite, des mouvement«; de torsion du bassin, etc., plutôt (|ue de (léj)lacer quotidiennement les Cragments dan«; rappai‘(‘il. D’ailleurs les mouvementsdu genou sutlisenl à donnei- à labancbe um* sui te de mobilisation d'entretien, pourijue la raideurnes’installe pas.
Les fractures condyliennes s’accompagnent souvent de troubles arliculaii'es, d’iiémartbroses : c’est celte dernièi'e complication (|ui dicte la conduite au début. Dès (|ue l’arthrotoinie est faite, on songe à la mobilisation.
La consolidation d’un fémur demande environ huit semaines. Au bout de ce temps, chez l’adulte, le cal osseux est le plus souvent solide ; chez les malades âgés, la prudence demande de prendre quel(|ues précautions; au lieu de commencer de suite la rééducation de la marche, mieux vaut laisser le blessé au lit sans appareil, le faii*e transporler sur des fauteuils, le faire asseoir, et même, comme le conseille Cham- })ionnière, ne pas attendre si longtemps pour commencer les essais de station assise.
Les fracturés du fémur mettent ([uelque lem[)S avant d'oser se conlier à l’osconsolidé : et il esl assezcurieux de remar(|uer ([uece sont surtout ceux qui n’ont pas à vrai dire de solution dii continuité du fémur, c’est-à-dire les trocbantériens, qui redoutent de se tenir sur le fémur fracluré. 11 faut employer avec eux toutes sortes d’arlilices pour qu’ils se décident à ne plus employer (iuel([ue soulien, canne, meuble, bias d’un aide. Si on ne les surveille pas, ils ne marchent que sur la [lointe du pied, ils inclinent leur bassin, pour raccourcii' leur membre, et vont jusqu’à se ci'éer des scolioses. Beaucoup de discipline dans la rééducation es' nécessaii’e pour eniayer ces complications.
Dès ([ue le malade a |Ui se tenir debout, on dispose sa journée de façon que, d’heure en heure, il s’exerce jiendant quebiues minutes, s’asseye un instant pour éduiiuer sa circulation veineuse, et demeui'e dans le déculiitus le reste du lemjis. (les exercices d'assouplissement (‘onsistenten llexions simultanées desdeux membres eten marquagede [>as à la chaise. Peu à peu, cba(|uejoiu’ on augmente la diii’ée des exercices et la station assise. S’il est nécessaire, on oblige le blessé à ne se servir ([ne de peu d’assistance poui* se conlier à son fémur brisé. Bien des convalescents, rééduqués à marcher de façon très régulière, ne jieuvent abandonnei* leur canne. Cette crainte est d’abord liée aux phénomènes psychiques (ju’occasionne toul