FRACTURES DE L’HUMÉRUS
I Fracture des tubérosités. — Elles sont de deux sortes : les unes [sont des enfoncements directs et nous pouvons les assimiler à de [véritables contusions osseuses, sans autres accidents qu'une faiblesse [musculaire, deltoïdienne surtout, pendant quelques jours; les auties [fixent notre attention plus longtemps : ce sont des arrachements, qui intéressent suivant l’âge, la résistance fibro-musculaire, etc., soit l’os lui-même, soit le tendon qui s’y insère, soit le corps charnu correspondant. Ces fractures ont été longtemps méconnues : c’étaient, d’après l’hypothèse des anciens auteurs, des contusions de l’épaule avec des complications plus ou moins vagues, névrite ou névralgie [du circonflexe, synovite périarticulaire, etc.
Ce sont des fractures dues à la contraction maladroite et violente des muscles de l’épaule et surtout de ceux qui participent à la rotation externe. Ceux-ci sont en effet trochitériens : ce sont le sus-épineux, le sous épineux et le petit rond. La fracture de la petite tubérosité, ou, pour mieux dire, l’arrachement du trochin par le sous-scapulaire est plus rare. Comme je l’ai indiqué dans mon livre Le Massayc des membres (1), avec figures à l’appui, ces fractures sont mieux connues depuis que la radiographie a montré que dans certaines contusions de l’épaule, traumas sans déformation, il y avait des arrachements apophysaires. L’atrophie musculaire consécutive à ces soi-disant contusions s’explique mieux. On comprend alors que, dans certaines contusions de l’épaule où s’observait de l’atrophie musculaire des rotateurs, il y avait non plus arrachement des apophyses, mais rupture de cbacun des tendonsetmêmedes corps charnus, suivant que le traumatisme avait déchiré muscles et tendons plus ou moins près de l’os.
En résumé, il s’agit de désinsertion musculaire avec ou sans arrachement d’une partie du trochiter. Le massage, en amenant la résolution musculaire, rapproche le jdus possible l’extrémité déchirée ou désinsérée de la tubérosité et permet une réparation rapide, avec la certitude de la régénération musculaire. Mais si la lésion a été méconnue, si la dégénérescence a été la conséquence de la contracture et de l’inaction pendant plusieurs semaines, la massothérapie arrivera trop tard pour guérir le mal; elle ne pourra plus que discerner dans les muscles de l’épaule des adjuvants ou des suppléants aux rotateurs externes et les éduquer à leur nouvelle fonction.
Donc dans les premiers jours qui suivent le traumatisme, mettre en résolution les muscles sus et sous-épineux et petit rond, mobiliser pa.ssivement, et placer le bras en rotation externe forcée, pour que les
(1) Da^roii, Le massage des membres. Paris, Steinheil, 1905,
DAGRON. — MASSAGE ET MOBILISATION
extrémités tendineuses ou osseuses désinsérées se mettent en rapport avec le trochiter; au dixième jour, commencer la mobilisation active et les exercices de rotation : tel est le résumé de la technique.
Dans les cas de traumatisme ancien, on masse avec des pressions plus accentuées les fosses sus et sous-épineuses, comme tous les muscles de l’épaule, et on commence de suite la gymnastique de tous les mouvements de l’épaule, afin de trouver assistance et suppléance musculaire pour la rotation externe.
Fractures du col chirurgical et fractures du corps de l’Iiumérus. — Nous avons réuni ces deux variétés de fractures, parce que les symptômes et les indications du traitement ont beaucoup d’analogie.
I^a fi*acture du col chirurgical est une fracture du corps de riiumérus intradeltoïdienne ou sous-trochantérienne ; les fractures du corps de l’humérus sont sous-deltoïdienne ou plus rarement dans le tiers inférieur sous le muscle brachial antérieur. Dans cette (ternièi-e variété, il y a peu de déplacement, à cause de la présence des libres charnues qui s’insèrent sur l’os à ce niveau.
La variété sous-deltoïdienne présente le plus de déplacement, parce que l’humérus est peu protégé par les muscles en cette région moyenne et que l’action du deltoïde d’un côté, et celle du brachial antérieur de l’autre peuvent influencer à loisir les deux fragments. Le plus souvent il y a abduction du fragment supéi’ieur et propulsion du fragment inférieur.
Tous les symptômes des fractures des diaphyses, mobilité anormale, déformation, crépitation, impotence, douleurs, etc., se retrouvent dans ces fi-actures, qu’il est cependant utile de radiographier malgré la facilité du diagnostic, pour aider à la bonne coaptation des fragments.
Les ecchymoses qui apparaissent dès le second jour le long du bras, qui suivent le bord interne et descendent en arrièi-e, au coude plus tard, voire même au poignet et à la main, sont utiles pour diagnostiquer la fracture du col chirurgical d’une luxation, ou d’une fracture du col anatomique; mais, après massage, la crépitation et la mobilité anormale sont si facilement et nettement perçues dans la région deltoïdienne que le diagnostic s’impose sansqu’il soit nécessaire d’interroger la progression des hématomes sous-cutanés.
Au temps où on ne massait pas ces fractures, de nombreux appareils tentaient de coapter les fragments et de maintenir la réduction ; tous étaient défectueux, immobilisant le coude et l’éj)aule sans immobiliser les fragments ; le voisinage des insertions du grand pectoral, du grand dorsal et de tous les muscles inspirateurs sans cesse en mou-