‹ Kléber en VendéeChapitre 109 sur 170 · Klkber a Ganglaux · texte numérisé non relu

Klkber a Ganglaux

Saint-Philbert, 11 septembre lygS.

Mon Général, Je suis parti hier de Port-Saint-Père à sept heures du matin, après avoir fait reconnaître, la veille, si le bac de Saint-Mars-de-Goutais avait été détruit ou non. Il ne le fut pas, quoique plus de trois mille Brigands y eussent passé dans leur fuite. Ge passage de la rivière m'a pris

plus de temps que je n'avais pensé, par rapport à quelques incidents survenus. Deux cents hommes, mon Général, auraient pu mettre le plus grand obstacle ; mais telle est l'espèce de nos ennemis, qu'ils ne songèrent ni à détruire le bac, ni à défendre le passage. Nous arrivâmes donc à une demi-lieue de Saint-Philbert sans coup férir ; et là, seulement, nos éclaireurs essuyèrent une fusillade d'abord assez vive, mais qui cessa dans un instant, nos tirailleurs courant sur leurs ennemis en les poursuivant assez loin dans les bois. Une trentaine furent tués.

Je n'ai logé dans le bourg que la troupe nécessaire pour couvrir mon quartier général ; le reste de l'armée a bivouaqué dans des lieux fermés par des fossés et naturellement retranchés, notre gauche appuyée contre le ravin de la rivière. Le pont est rompu ; nous n'en avons pas besoin : les habitants m'assurent que je trouverai un gué à une lieue d'ici.

J'ai laissé à Saint-Mars un ingénieur, des ouvriers et cent hommes pour les couvrir ; ils se sont occupés hier à construire un pont de fascines pour établir une communication plus aisée à Port-Saint-Père. Ces ouvriers me rejoindront aujourd'hui.

Le pays que nous avons traversé est extrêmement diflicultueux et coupé; mais devant Sainte-Lumine, est une plaine superbe, que nous avons trouvée couverte de bestiaux et de fourrages. Que les administrations auraient de reproches, si elles ne s'empressaient à recueillir toutes ces richesses !

Plusieurs personnes nous assurent ici que toutes les forces des Brigands s'assemblent à Légé ; on y croit déjà quarante mille hommes réunis, dont au moins douze mille bien armés. Si cela est, c'est là où il faudra vaincre ou mourir.

Je n'ai pas encore reçu de nouvelles du général Beysser ; je sais seulement qu'il ne doit avoir trouvé aucune résistance à Machecoul; et, sur la certitude que j'avais que ce poste avait été abandonné par l'ennemi à l'approche de l'armée, je n'ai fait aucun mouvement pour en soutenir l'attaque.

Avant de partir de Port-Saint-Père, j'ai recommandé au commandant du 109* régiment de perfectionner le pont, de se retrancher de son mieux et de prendre tous les moyens de sûreté, que son expérience lui suggérerait.

J'ai oublié, mon Général, de vous dire que nous avons trouvé une pièce de canon sous le pont et une batterie mouvante non encore achevée.

Le général de brigade, commandant Vaçant-garde de Varmée de Mqyence, Kléber.

P.'S. — Je suis, ainsi que mes frères d'armes, mon Général, on ne peut pas plus sensible à tout ce que vous avez dit de bien de nous dans le 5iz//e^m de l'armée. Nous tâcherons tous, et moi en particulier, de mériter de plus en plus votre confiance en servant bien notre patrie.

Vers les cinq heures du soir, le général Haxo, commandant le camp des Naudières, s'étant porté vers la rivière pour examiner la position, a trouvé un nombre assez considérable de Brigands; ils ont fait un feu très vif; deux compagnies de grenadiers, accourues sur-le-champ, ont fait taire cette mousqueterie. Les Brigands ont repassé la rivière dans la plus grande hâte. Le général Haxo a profité de cette épouvante pour se porter jusque sur la chaussée de Vertou ; il y a établi un poste nombreux ainsi que dans le village du Chesne, dont il s'est emparé. Ce général se loue fort des troupes de l'avant-garde de l'armée des

côtes de Brest, qu'il conduisait pour la première fois. Il s'applaudit d'avoir retrouvé en elles cette même intrépidité, qui lui est familière à la tête des troupes mayençaises.

(Journal des Débats, n° 366, p. 268-269.)

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