Club de Vincent-la-Montagne
[4 nivôse an II (24 décembre 1793)].
Kléber et Marceau s'étaient rendus à Nantes dans la soirée du 24 décembre, c'est-à-dire le lendemain de l'affaire de Savenay. Les autorités réunies de la Ville de Nantes et 1 du Département de la Loire-Inférieure, accompagnées d'une foule immense et de la garde nationale, s'étaient portées sur la route de Vannes au-devant des vainqueurs,
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après avoir préparé, pour leur réception, des fêtes et des illuminations. Une séance solennelle du club Vincent-la- Montagne avait été disposée pour recevoir les généraux et les premiers officiers arrivés de Savenay. L'église Sainte-Croix fut désignée pour la réunion. Carrier et ses collègues, Turreau et Prieur, assistaient à la séance. Le fauteuil était occupé par Houdet, et celui-ci s'avançait pour donner à Marceau et à Kléber l'accolade fraternelle, en même temps qu'il leur offrit une couronne civique au nom de la ville de Nantes, quand Turreau, s'élançant à la tribune, s'éleva avec force contre les honneurs que l'on rendait ainsi aux généraux : « Eh ! quoi donc, s'écria-t-il, ce sont les soldats qui remportent la victoire, ce sont eux qui méritent des couronnes, eux qui ont à supporter tout le poids de la fatigue et des combats... Et ces autres honneurs que vous rendez me semblent puer à plein nez l'ancien régime et l'aristocratie. »
Un tonnerre d'applaudissements s'élève aussitôt et la voix du représentant ne peut plus se faire entendre. Mais Kléber s'avance et demande la parole. Un profond silence s'établit, et sa dignité calme et élevée impose aux familiers de Carrier, qui encombraient la salle, comme elle avait imposé sur le champ de bataille de Savenay aux grenadiers du commandant Verger, quand il leur dit d'écraser les Vendéens à coups de crosses.
« Je sais, dit-il avec force et en prenant tous les avantages de sa haute stature, que ce sont les soldats qui remportent les victoires ; mais il faut aussi qu'ils soient conduits par les généraux, qui sont les premiers soldats de l'armée, et qui sont chargés de maintenir l'ordre et la discipline, sans quoi il n'y a pas d armée. Je n'accepte cette couronne que pourToffrir à mes camarades et l'attacher à leur drapeau. »
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Le trépignement et les bravos qui suivirent ces belles et dignes paroles se prolongèrent longtemps et seraient difficiles à rendre. Kléber et Marceau sortirent de l'église Sainte-Croix, pressés par le peuple , avide de considérer les traits pleins d'avenir de ces deux jeunes gens.
(A. DucHATELLiER, Hist. de la Révolution en Bretagne, III, p. 334-336 ^.)