Le Ministre de la guerre au général EN CHEF Rossignol
Paris, 2j7 germinal an II (16 avril 1794).
J'ai reçu, citoyen, les lettres des 5 et 16 de ce mois, sur tes dispositions relatives à Fexécution de l'arrêté du Comité de Salut public du i^"" germinal, et pour savoir ses intentions sur la suspension ou la cessation des préparatifs de l'expédition ^. J'ai mis tes lettres sous ses yeux et
1. Copie certifiée conforme par Rossignol, général en chef de l'armée des côtes de Brest.
2. L'expédition non eôectuée contre les Iles anglaises, dont il a déjà été parlé.
53a KLÉBER EN VENDÉE.
j'ai provoqué sa décision, que sans doute il t'a fait passer actuellement.
Dans la répartition des troupes, j'ai vu que tu faisais partir deux mille cinq cents hommes, sous le commandement de Kléber, pour Vitré et Fougères, avec ordre de s'occuper à terminer la malheureuse guerre des Chouans, en désarmant absolument toutes les communes qui sont le théâtre de cet horrible brigandage, J'avais lieu de croire que ces mesures vigoureuses auraient un prompt succès. La diligence de Rennes a été attaquée le i8, les voyageurs massacrés. Les Brigands se multiplient, dit-on, et la pousse des feuilles et des grains va masquer leurs repaires.
Tu ne m'as rendu aucun compte des opérations de Kléber. Qu'a-t-il fait? Où en est-il? Que reste-t-il à faire? ïu pourrais, au besoin, y envoyer momentanément Delaborde avec quelques renforts. Quand on met de l'ensemble et de la fermeté dans les mesures, il l'aut bien que tout cède et que tous les ennemis disparaissent devant les Républicains.
Le Morbihan doit d'être tranquille au moyen de ce qu'on s'y est pris à temps. Ta surveillance doit s'étendre à tout. Fais de fréquents mouvements occupant les troupes ; qu elles s'instruisent, se disciplinent et se forment, surtout les officiers.
Au moment de fermer ma lettre, je reçois la tienne du 24 ^'
I. Dans cette lettre, Rossignol écrit : « Je pars pour attaquer les Brigands de la Mayenne et anéantir la Chouannerie. J'ai pris à cet égard toutes les dispositions nécessaires. Ma santé est rétablie encore une fois et je vais en faire bon usage contre les ennemis de nos lois républicaines. » — En marge, le ministre de la Guerre, Bouchotte, a écrit de sa main : « Les nouvelles arrivées au Comité sont que les Chouans sont très nombreux » (Guerre, Arch. Hist., à sa date).
Je te félicite du parti que tu prends de marcher sur les Chouans. Tu as raison, il faut en finir et purger une bonne fois le sol de la liberté de nos féroces ennemis.
(Guerre, Arch. Hist., V, i5 ^)