INTRODUCTION. IX
à sa tête Jean Rossignol, l'un des vainqueurs de la Bastille, brave soldat, sans aucune connaissance militaire, tout au plus apte à conduire au feu son ancienne 35® légion de gendarmerie, quand il n'était pas complètement ivre. Santerre venait d'y arriver, avec quelques bataillons parisiens. Cette armée était d'ailleurs subdivisée en un nombre relativement considérable de troupes sans cohésion, réparties entre différents postes, destinés — en vain presque toujours — à enserrer les Rebelles au sud et au sud-ouest, et qui toutes, sauf la division du brave Boulard, opérant, à l'écart, du côté des Sables-d'Olonne, ne pouvaient guère compter jusque-là que des désastres : à Thouars, à Fontenay, à Luçon, à Doué, à Saumur même, où la déroute du 9 juin n'était pas encore oubliée. Rossignol était incapable et s'en rendait parfaitement compte. Il était, de plus, très fréquemment retenu dans son lit par une hernie de l'estomac, suite d'un coup de broche à rôtir, reçu dans une rixe, après boire, plusieurs années avant la Révolution, lorsqu'il tenait garnison dans l'un des ports de la côte bretonne K II était complètement dominé par la jactance outrecuidante de Ronsin et de Vincent.
Dès qu'il apparut que la garnison de Mayence serait employée contre les Vendéens, chacun, à Nantes, comme à Saumur, comprit facilement quel appoint elle apporterait à l'armée à qui elle serait adjointe. Ce n'est point ici le lieu de raconter les démarches faites, des deux côtés, pour obtenir cette adjonction, ni les discussions soulevées à ce sujet. L'honnête et inconsidéré Philippeaux, membre de la commission des représentants siégeant à Nantes, fut le porte-paroles de celle-ci. Choudieu, esprit net et froid, sachant dissimuler l'âpreté de ses convoitises et le bénéfice personnel qu'il avait à sauvegarder ses propres intérêts en Anjou, fut l'avocat de la commission qui siégeait à Saumur et dont il était la tête.
Je ne m'étendrai pas davantage, ici, sur les pourparlers et les discussions qui aboutirent à l'envoi des Mayençais à Nantes, ni sur l'opportunité qu'il pouvait y avoir à atta-
I. Cf. Rossignol, Vie véritable du citoyen Jean Rossignol^ p. 46, 47» 5i«