Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. Voir plus loin
2. La Logne, prend sa source dans le voisinage de la Boulogne, à quatre kilomètres au nord des Lues et à six kilomètres au sud de Rocheservière. Après un cours d'en^nron trente kilomètres, elle se jette dans la Boulogne, à trois kilomètres de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu.
3. Le Tenu prend sa source près de la lisière nord-ouest de la forêt de Touvois (Loire-Inférieure), à six kilomètres au nord-ouest de Légé. Il a un parcours de trente-quatre kilomètres. Les alluvions l'empêchent d'aller porter ses eaux jusqu'au lac de Grand-Lieu. Il déverse celles-ci dans l'Acheneau, un peu au-dessus de Port-Saint-Père.
4. La Marne, commune du canton de Machecoul, arrondissement de Nantes. A trente-cinq kilomètres sud-sud-ouest de cette ville et à six kilomètres est de Machecoul.
5. Saint-Même, commune du canton de Machecoul; à cinq kilomètres nord.
6. L'Acheneau, ou la Cheneau, sert de canal de communication entre le lac de Grand-Lieu et la Loire. Il sort du lac à la pointe nord-ouest, arrose Saint-Léger, Port-Saint-Père, et se perdait alors dans le bras gauche de la Loire à Buzay, à quatorze kilomètres en amont de Paimbœuf. Depuis la construction du canal maritime de la basse Loire, il débouche dans ce canal.
Niort, aujourd'hui le chef-lieu du département des Deux- Sèvres, il n'en est pas une dont la population excède six à sept mille âmes ; le plus grand nombre même est d'une moindre importance encore, et ne diftere des petits bourgs que par le nom. Elles sont toutes fermées de murailles flanquées de tours et pourvues d'un vieux château. Il en est peu qui n'aient compté dans leur sein plusieurs collégiales, abbayes ou autres maisons religieuses ; leurs habitants se livrent à quelque commerce de détail, fabriquent des bonnets et des bas de laine, ainsi que divers autres objets à l'usage des habitants de la campagne. Mais le produit de cette petite industrie ne suflisant pas pour subvenir à leurs besoins, ils s'adonnent en même temps aux travaux de la terre.
Niort peut avoir une population de seize à dix-sept mille âmes ; elle fait au dehors quelque commerce en chamoiserie et possède des manufactures d'étoff*es de laine et de coton. Fontenay et Melle ^ fabriquent des serges ; Gholet et Mortagne, des toiles. Le reste n'offre pas assez d'intérêt pour mériter une mention particulière.
Cependant, malgré le peu d'importance de ces villes, malgré le peu d'industrie que l'on y rencontre, le Poitou a ses richesses et, avant son embrasement, il était une des plus fertiles provinces de la France, c'est dire en même temps qu'il était une des plus peuplées. Le pays est couvert de bourgs, de villages, de hameaux, mais surtout de quantité d'habitations et de métairies isolées et éparses dans les champs. Tous les genres de denrées y abondent, parce que, indépendamment de la bonté de son sol, le peuple porte toute la masse de son industrie sur l'agriculture ; aussi le seul commerce qui s'y faisait avant la
I. Melle, chef-lieu d'arrondissement du département des Deux-Sèvres.
guerre et qui méritât véritablement ce nom, était celui des grains et des bestiaux ; il enrichissait les gens de la campagne sans contribuer à les civiliser.
Les habitants du Poitou sont généralement grands, robustes et ingambes. Il serait difficile de se représenter avec quelle adresse ils franchissent les fossés et les levées de terre qui entourent leurs champs ; ce qui arrêterait tout court la marche d'une armée est à peine pour eux un léger obstacle.
Ceux du Bocage et du Loroux sont encore d'intrépides chasseurs. Un pays aussi fourré devait abonder en gibier, et si les habitants n'avaient pas pris soin d'en détruire une partie, ils en eussent été fort incommodés ; ils commen çaient donc à être braconniers par nécessité et le devenaient bientôt par goût. Par ce métier, ils acquéraient non seulement infiniment d'adresse au maniement de l'arme à feu, mais encore une grande connaissance des localités, et cet esprit de ruse si essentiel à une guerre de défilés.
Le Poitou et la Bretagne sont enfin les provinces qui ont le plus conservé l'aspect de l'ancien régime féodal; c'est là que l'on trouve encore à chaque pas de ces châteaux bâtis dans les xii« et xiii^ siècles, flanqués de tours et entourés de fossés ; et ils n'y sont pas, comme partout ailleurs, livrés aux ravages du temps, ou éclipsés par des bâtiments modernes où tout est sacrifié au faste. Les seigneurs de ces provinces avaient su résister aux dangereux appâts que leur avait offerts un Richelieu, et préférer une vie tranquille et indépendante au brillant fracas de la cour. Leurs descendants conservèrent ce bon esprit et ne dédaignèrent pas, jusqu'à nos jours, d'habiter les demeures gothiques de leurs ancêtres. Ils provoquaient moins à l'admiration, mais ils étaient plus con-
sidérés ; ils jouissaient d'un crédit plus réel et avaient une influence plus immédiate sur leurs vassaux, que ces grands de la cour qui ne faisaient plus dans leurs terres que des apparitions, et qui n'y apparaissaient que pour étaler un luxe et une dissolution également scandaleux. Mais, avec ces donjons, ils héritèrent aussi de l'esprit de domination de leurs ancêtres, de leurs préjugés, de leur orgueil, et, livrés constamment à une vie simple et laborieuse, l'énergie de leurs âmes ne put s'affaiblir par la mollesse, ni leur fierté s'humilier par aucune espèce de corruption.
Mais n'anticipons pas sur les événements, et terminons cette esquisse géographique par la description de la ville de Poitiers. Le théâtre de la guerre ne s'étendit pas jusque-là, mais cette ville, ayant été la capitale du Poitou, je dois en faire mention. Le simple exposé de sa topographie et de sa situation politique avant la Révolution fera reconnaître qu'elle ne pouvait être pour la province ni le foyer de la civilisation, ni celui des lumières. Cette description offrira, en quelque sorte, le tableau résumé de tout le pays et me conduira naturellement aux conclusions que je veux en tirer.
Poitiers est situé sur une hauteur au confluent des rivières le Glain et la Boivre ; le territoire qui l'environne est excellent. A voir du dehors la vaste enceinte de cette ville, à voir ses nombreux clochers s'élever dans les airs, on la croirait riche et d'une population d'au moins trois cent mille âmes. On est bientôt détrompé. Ses rues sont malpropres, étroites, mal bâties, et, hors les églises et quelques antiquités en ruines, on n'y remarque aucun édifice; fréquemment on rencontre des lacunes immenses en terres labourables, ou cultivées en jardins. La plupart des artisans sont gantiers, peigniers ou coutelliers. Avant
la guerre, on y fabriquait des bonnets de laine pour les colonies de IWmérique ; c'est le seul commerce un peu considérable qui s'y faisait. Quant à sa population, elle n'excède pas trente mille âmes ; elle était pourtant le siège d'un gouverneur particulier, d'un lieutenant de roi, évêché, présidial, maréchaussée, bailliage et élection ; elle avait une intendance, une juridiction consulaire, une maîtrise particulière des eaux et forêts, une généralité, un bureau de finances, un hôtel des monnaies et une université. On y comptait vingt-deux paroisses, cinq collégiales, quatre abbayes, deux séminaires, neuf couvents d'hommes, douze de filles et trois hôpitaux. Ce simple exposé suffit pour faire connaître que cette capitale était presque encore de nos jours ce qu'elle a dû être dans ces siècles barbares où, le commerce étant entièrement inconnu, on ne rencontrait dans les villes que des nobles, des prêtres et des esclaves ; qu'elle ne pouvait être conséquemment ni le foyer des lumières, ni celui de la civilisation, pour la province.
Dans les contrées où le commerce, les sciences et les arts avaient fait naître une classe d'hommes qui, par leurs richesses et leurs lumières, contre-balançaient l'autorité des grands et réprimaient parfois leur insolence, le peuple trouvait entre lui et ses oppresseurs un point de rapprochement qui, en élevant son âme et en développant son esprit, lui faisait acquérir insensiblement une sorte de philosophie pratique, suffisante pour le tenir en garde contre une imposture trop grossière, mais cette classe intermédiaire n'existant pas dans le Poitou, ou n'y ayant pas du moins assez de consistance, la stupidité, l'ignorance de ses habitants devaient être au comble et leur crédulité, leur superstition, en raison de leur ignorance. L'artisan, au fond de son atelier, se renfermait dans le cercle étroit
d'une industrie grossière et bornée. Le laboureur, plus isolé encore, ne portait jamais ses regards au delà de son champ, ni ses espérances au delà de la récolte prochaine.