‹ Kléber en VendéeChapitre 47 sur 170 · i3 avril · texte numérisé non relu

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choses, est regardé comme un triomphe par ces classes de la société, qui avaient en tous temps fondé leur puissance sur les préjugés, les erreurs et la crédulité ; elles se mettent en devoir de le soutenir et on voit alors, dans toute la France, un spectacle bien singulier. Les gens du bel air, de l'un et l'autre sexe, qui, un instant auparavant, auraient rougi si on avait pu leur supposer la moindre faiblesse religieuse, qui avaient fait ouvertement profession d'athéisme, qui depuis leur adolescence n'avaient plus approché d'aucune église, nobles, gens de robe, financiers, tout ce qui avait tenu à l'ancien régime par quelque emploi, couraient, se pressaient à présent, pour entendre la sainte messe du prêtre non assermenté; et le bourgeois, servile imitateur des grands, et l'artisan, et le paysan, l'un par crainte, l'autre par scrupule, suivirent bientôt cet exemple. A la ville, à la campagne, là manie se propage, et le christianisme, dans ses plus beaux jours, ne vit point de fidèles priant, ou en apparence ou de bonne foi, avec plus de ferveur et de componction ^.

I. « Les évêques et les révolutionnaires s'ag-itèrent et intriguèrent, les uns pour faire prêter le serment, les autres pour empêcher qu'on ne le prêtât... Les évêques se rapprochèrent de leurs curés ; les dévots et les dévotes se mirent en mouvement. Toutes les conversations ne roulèrent plus que sur le serment du clergé. On eût dit que le destin de la France et le sort de tous les Français dépendaient de sa prestation ou de sa nonprestation. Les hommes les plus libres dans leurs opinions religieuses, les femmes les plus décriées par leurs mœurs, devinrent tout à coup de sévères théologiens, d'ardents missionnaires de la pureté et de l'intégrité de la foi romaine. » (Marquis de Ferrières, Mémoires, édition Berville et Barrière, II, p. 199, 200.)

« Je sais qu'à l'époque où la coalition des évêques trouva des soutiens dans la Vendée, il s'opéra une révolution soudaine dans les mœurs d'une grande partie de la noblesse ; on flatta, on plaignit les paysans ; on leur donna l'exemple de la piété; on ne vit plus que des saints dans le pays, et, je l'avouerai, de tous les miracles que j'ai vus dans ces malheureuses contrées, la conversion subite de tant de gens qui, naguère, me semblaient ou indifférents ou mécréants, qui prétendaient que la Religion n'était faite que pour le peuple, en faveur de la domination ; cette conversion,

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Ainsi donc, les temples des prêtres constitutionnels demeurèrent déserts, et souvent on s'abstint d'y officier faute d'assistants. On voulut alors remédier au scandale de cet abandon; pour cela, les autorités constituées de quelques commmunes ou départements se rendirent avec assiduité aux offices des conformistes et elles engagèrent les partisans les plus zélés de la Révolution, et surtout la garde nationale, d'en faire autant. On alla même jusqu'à stipendier des auditeurs ; mais ces moyens ne produisirent d'autre effet que de faire donner les dénominations d'églises patriotes à celles desservies par les curés assermentés et d'églises aristocrates à celles occupées par les prêtres réfractaires. Bientôt les mots et les choses s( confondent, suivant l'usage, et la bannière de l'église que' l'on fréquente désigne désormais le parti politique auquel on s'est rangé. L'homme qui, dans son cœur, était vérita-

dis-je, a été pour moi le phénomène le plus étonnant. Les nobles, à l'aide des prêtres, auraient pu inspirer beaucoup de confiance aux habitants des campagnes qui, naturellement bons et simples lorsqu'il ne s'agissait pas de leur intérêt particulier, oubliaient iacilement, au nom de Dieu, le mal qu'on leur avait fait... Déjà il existait dans le Poitou une coalition dans laquelle presque tous les gentilshommes du pays étaient entrés. La fuite du roi et son arrestation déconcertèrent les projets qu'on avait formés. Il s'établissait des intelligences entre le clergé et la noblesse, il se faisait des réunions secrètes, on agitait des questions d'Etat qui devaient se décider par une force que l'on a depuis appelée le doigt de Dieu; mais la manie de l'émigration, ou plutôt des ordres supérieurs, ainsi que nous l'apprend M. le marquis d'Ecquevilly (Histoire des campagnes de l'armée de Condé, I, p. 21 et s.), vinrent rompre les conférences. » (Savary, Guerres des Vendéens et des Chouans contre La République française...., par un officier supérieur des armées de la République habitant dans la Vendée avant les troubles. I, p. 34 à 36.)

Le marquis de Ferrières ne semble pas, ici, faire preuve de sa perspicacité ordinaire en ce qui concerne les effets de la Constitution Civile du clergé. Car, au moins en ce qui concerne la Vendée, il est désormais établi que c'est bien cette question religieuse dont l'importance est niée par Ferrières, qui fut la cause véritable de la guerre civile. Savary a oublié que l'Association poitevine n'existait plus depuis longtemps, lorsqu'éclata le soulèvement de mars 1793.

blement patriote et qui, abstraction faite des principes qu'il pouvait peut-être ne point connaître, avait les plus fortes raisons pour l'être, cet homme se hâte de renoncer à son opinion, parce que, dans sa simplicité, il pense que son salut lui prescrit de suivre le prêtre qui, jusqu'ici, avait mérité sa confiance : c'est la brebis accoutumée à la voix de son ancien berger.... Un autre est aperçu dans le bercail.... N'en doutons pas, c'est le pasteur infidèle.... Fuyons !.... et le loup revêtu de la toison entraîne le troupeau timide et docile, et le conduit à sa fin.

Ce qui semble prouver évidemment que c'est le changement des hommes, et non celui des choses, qui alarmait le peuple dans cette circonstance, c'est que partout où les anciens curés ont pris la résolution unanime de prêter le serment et de demeurer paisiblement dans leurs cures, il ne s'est pas même élevé le plus léger nuage, quelles qu'aient été d'ailleurs la grossièreté et Tignorance des habitants. Je dirai donc ici, en passant, que, si la France désolée n'a pas bu jusqu'à la lie le calice amer de ses calamités, elle le doit en grande partie à la soumission prompte des prêtres et curés de divers départements.

Je citerai même à cet égard, avec intérêt, le diocèse de Viviers, aujourd'hui département de l'Ardèche. Là l'évêque 1 déclara, le premier, qu'avant tout il était citoyen, et par l'influence de ses vertus, plus que par ses discours, son clergé s'empressa de l'imiter. Cependant ce pays agreste présentait autant de ressources que la Vendée et les Deux-Sèvres pour y établir le foyer d'une rébellion.

I. Charles de la Font de Savine, né à Embrun, le 17 février 1742, sacré évêque de Viviers le 26 juillet 1778, il abjura son titre le i" décembre 1793. Il revendiqua, en 1797, ses droits épiscopaux, mais il commit de telles excentricités qu'on dut l'enfermer pendant quelque temps à Gharenton. Il mourut à Embrun en 1814. On lui a reproché d'avoir autorisé le divorce, le mariage des prêtres, etc.

C'est un système de montagnes et de rochers élevés dont les sommets, disposés en terrasses, enveloppés de maçonneries sèches, forment autant de citadelles. Ce sont des gorges étroites et tortueuses, des chemins difficiles ; ce sont des habitants robustes, infatigables et susceptibles du plus grand enthousiasme. Quel point d'appui, d'ailleurs, que cet encaissement profond du Rhône, à l'est; Lyon en combustion, au nord ^ ; la Vendée, au couchant ; au sud, le camp de Jalès 2, enfin Marseille et Toulon fourmillant de traîtres et de malveillants! Si on peut ajouter à cela que les plus grands efi*orts ont été faits pour lier les troubles des départements de l'Ouest à ceux excités dans le Midi, et que rien n'a été négligé pour suborner les prêtres montagnards, on comprendra, du moins, que la plus austère philosophie ne saurait s'empêcher d'applaudir à leur conduite et de leur décerner la palme que méritera toujours l'homme qui, en servant son pays, épargnera l'efi'asion du sang humain. Cependant, observera-t-on, plusieurs départements ont été exempts des fureurs du fanatisme, qui désolèrent les provinces de l'Ouest, quoique d'ailleurs les anciens évêqueset curés, se refusant au serment, aient généralement abandonné leurs fonctions dans leurs diocèses ou dans leurs paroisses. Ces évêques, ces curés, étaient-ils donc, dans ces départements, animés d'un autre esprit ? Non, sans doute ; partout leurs perfides efforts furent les mêmes, et si, partout, ils n'en obtinrent pas les mêmes succès, il faut en chercher les causes dans la nature des localités qui servirent] de théâtre à leurs sourdes menées.

Ici, un pays ouvert et de nombreuses communications!

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