Juillet
facilitaient la plus exacte surveillance ; là, des troupes cantonnées dans les campagnes, ou bien de fortes garnisons dans les places, en imposaient aux plus audacieux ; ailleurs, les mœurs des habitants, adoucies par l'influence de l'esprit de commerce, répugnaient à tout ce qui aurait pu tarir le fruit de leur industrie. C'est donc en vain que ces prêtres auraient tenté de les armer de torches et de poignards ; aussi, distillant un poison plus subtil, ils s'attachèrent à représenter au peuple la Liberté comme un fantôme eff*rayant, et, flattant l'égoïsme, alarmant l'avarice, ils attaquèrent l'esprit public et parvinrent à le détruire.
A mesure pourtant que l'intérêt, l'esprit de vengeance, le chimérique espoir du retour de l'ancien ordre de choses, les exhortations, les menaces des anciens prélats, et quelquefois le scrupule, firent déserter les paroisses aux prêtres dont il vient d'être parlé, on se hâta de les remplacer ; mais les circonstances ne permirent pas alors d'apporter grande sévérité dans l'examen des concurrents et on dut prendre presque indistinctement tous ceux qui voulurent bien se présenter. Le patriotisme, sur lequel il était si facile de se méprendre, et auquel on attacha souvent des idées si bizarres, tenait lieu aux nouveaux venus de toutes les vertus, et ils croyaient en donner une preuve suffisante, en prêtant le serment auquel leurs prédécesseurs venaient de se refuser. On vit donc s'emparer des presbytères abandonnés, ou des moines qu'un dépit, l'irréflexion de la jeunesse et souvent la contrainte plutôt qu'une pieuse vocation, avaient jetés dans les monastères et qui, se consumant depuis longtemps en regrets, passèrent tout à coup de cette gêne violente à la licence la plus effrénée, ou bien de ces ecclésiastiques qui, n'ayant pas su sauver assez les apparences d'une conduite trop
déréglée, s'étaient vus jusque-là écartés des emplois de rÉglise, et végétaient dans une crapuleuse indigence, ou bien enfin de ces misérables aventuriers qui, pour se soustraire au mépris de leurs compatriotes, passèrent de l'étranger dans les départements frontières, où ils étalèrent des principes d'autant plus outrés, qu'ils n'étaient chez eux que l'effet d'une spéculation mercenaire. L'amour de la patrie ne put les diriger et souvent même ils n'étaient que les malheureux instruments de nos ennemis.
De tels hommes étaient bien peu propres à remplir leurs fonctions avec cet esprit de paix et de conciliation, qu'il eût été si nécessaire d'apporter dans les communes, pour calmer les ferments déjà sur le point d'éclater. Gomment auraient-ils pu gagner la confiance de leurs paroissiens, eux qui avaient si peu de droits à leur estime ? Aussi ne s'en mirent-ils point en peine, et, livrés à tous les genres de dérèglements, ils offrirent tous les jours de nouvelles scènes de scandale. Mais ce qui acheva de les discréditer est l'empressement que mirent plusieurs d'entre eux à renoncer au célibat que le vulgaire regardait encore comme un point fondamental de la Religion. Une loi ne suffisait point pour le faire revenir de cette erreur, et, à défaut d'instruction, il eût fallu au moins que des hommes ayant des droits à la considération publique cherchassent par gradation à le familiariser avec ces nouveautés, en y mettant d'ailleurs autant de bienséance que de circonspection. Le contraire arriva ; à peine ces prêtres furent-ils installés dans leurs cures que, sans aucune pudeur, ils s'unirent à des femmes perdues et souvent produisirent des enfants que précédemment ils avaient obtenus d'un commerce clandestin.
L'aristocratie, toujours active et vigilante, ne manquait pas de recueillir soigneusement tous ces faits et, les exa-
gérant par mille circonstances, elle les opposait adroitement à la conduite des insermentés, dont l'aflectation à la piété et à l'austérité la plus exemplaire était actuellement d'autant plus grande, qu'ils sentaient que leur existence dépendait entièrement désormais, et du respect et de la vénération qu'ils savaient inspirer à la multitude, toujours aveugle, toujours facile à tromper sur les moindres apparences.
Enfin, lorsque la plupart de ces nouveaux curés, autant par leurs turpitudes que par l'instigation de leurs antagonistes, parvinrent à s'attirer la haine des communes, au point de ne pouvoir paraître en public sans être conspués, ils cherchèrent et trouvèrent un appui dans les sociétés populaires, où, s'emparantdes tribunes, ils n'eurent pas de peine à faire passer leurs débordements pour autant de prouesses civiques.... « Sûreté! Vengeance aux prêtres constitutionnels ! » s'écria-t-on alors ; et les autorités constituées, toujours influencées par ces sociétés, se hâtèrent de mettre sous l'égide de la force armée ces nouveaux fonctionnaires ecclésiastiques. Dans tout le royaume , la garde nationale fut presque exclusivement employée à la défense des presbytères. Mais ces soldats de la Liberté, destinés à être les soutiens impassibles de la Loi qui protège, éprouvant eux-mêmes le ressentiment de divers outrages reçus de l'aristocratie, devinrent facilement des instruments de vengeance. De là ces persécutions partielles et arbitraires, dont les prêtres insermentés ne furent pas les seules victimes, et qui ofFrirent si souvent des scènes à la fois sanglantes et ridicules ; mais la persécution, dans cette circonstance, eut le résultat qu'elle obtint dans tous les temps. Les persécutés devinrent plus chers à la multitude. Ce n'est désormais que sous un travestissement qu'ils osent s'offrir aux regards des fidèles ; leur vie
4o KLÉBER EN VENDÉE.
est menacée dans les temples, où la loi leur permet d'officier, et ils se voient contraints, pour exercer le culte, de chercher, dans les villes, les réduits les plus obscurs, dans les campagnes, les forêts et les solitudes. Ce n'est qu'à l'oreille que l'on s'indique ces lieux de rassemblements, et cet air de mystère et les dangers que l'on semble encourir, en échauffant l'imagination, accroissent, avec le nombre et la ferveur de leurs prosélytes, et leur influence et leur audace.
Dans le Midi, plusieurs d'entre eux osèrent déjà s'ériger en thaumaturges, mais le fanatisme protestant, contre-balançant dans ces provinces celui des catholiques, leurs jongleries ne purent prendre de consistance. Ils furent plus heureux dans les départements de l'Ouest, où rien ne s'opposant à leurs ténébreuses menées, les prodiges les plus grossiers étaient toujours ceux qui obtinrent le plus de faveur et s'accréditèrent davantage.
Tout ce qu'on lit de ridicule, de dégoûtant et d'absurde, dans les anciennes légendes et martyrologes, fut alors reproduit sur la scène. Ici, au milieu de la nuit, une voix lugubre et menaçante s'est fait entendre; là, un buisson ardent fixe les regards de la crédulité et indique le lieu où doivent s'assembler les fidèles ; ailleurs, par un prestige plus grossier encore, l'image d'un saint, d'une Vierge, trouvée dans le creux d'un arbre, pleure, se désole du malheur des temps; et, la renommée s'emparant des nouvelles, les charge de mille circonstances et remplit bientôt le pays d'une sainte terreur. La foule abusée accourt et, parce qu'elle croit tout, elle s'imagine tout apercevoir. Des processions nocturnes couvrent les chemins ; on s'enflamme, on s'exalte les uns les autres; la haine se change en fureur, la superstition en fanatisme !
Cependant les autorités constituées qui, alors encore,
étaient composées d'hommes aimant sincèrement leur patrie, s'alarment avec raison de cette effervescence et, connaissant l'empire que peut exercer l'entliousiasme d'un seul sur une multitude grossière et ignorante, sachant qu'il suffit d'une centaine d'énergumènes fanatisés autour d'un imposteur, pour rendre facile la séduction d'un peuple entier, elles font agir la force armée, qui, parfois, joignant l'attroupement, le dissipe ; mais le sang coule, la rage est à son comble et le germe de la guerre civile se développe.
Telle était, sous le rapport religieux, la situation de la France, telles étaient les dispositions des esprits, l'année subséquente, à l'époque de la loi concernant la Constitution Civile du clergé, qui elle-même ne servit que de prétexte aux castes privilégiées, pour tirer vengeance des décrets rendus dans la nuit du 4 août.... Et ce choc de deux partis, au fond si méprisables et pourtant si dangereux, et leurs succès alternatifs, suivant qu'ils étaient favorisés des lieux et des circonstances, et cette multitude de factions auxiliaires, tantôt leur servant d'appui, tantôt s'en appuyant elles-mêmes, et ces agitateurs, partout apostés pour observer et augmenter les mécontents, et cette marche coïncidente de l'aristocratie et de la démagogie, chaque fois qu'il s'agissait d'arriver au trouble et à un résultat désorganisateur, et la conduite ridiculement tortueuse et maladroitement perfide de la Cour, et mille autres circonstances encore, présageaient à ce vaste empire l'avenir le plus funeste, le plus cruel; c'était un volcan qui grondait souterrainement dans toute son étendue. Les départements du Nord, ceux de l'Est, n'en ressentirent que des secousses ; le Midi fut témoin de quelques éruptions, mais c'est dans les départements de l'Ouest qu'en était le foyer principal. C'est là que son explosion dut vomir, avec le
feu et la flamme, un torrent de calamités; c'est dans ces départements que je vais actuellement me circonscrire.
Les premiers mouvements insurrectionnels, les premiers attroupements armés, se manifestèrent dans celui du Morbihan. On trouve dans ce pays la même stupidité dans les habitants des campagnes, le même genre de vie, le même système d'agriculture que dans le Poitou. Les prêtres y étaient aussi fanatiques, les gentilshommes aussi pleins d'orgueil, aussi jaloux de leur domination et conséquemment de leurs prérogatives. Une protestation contre la Constitution Civile du clergé, que l'on dit avoir été rédigée par un nommé Monnier, officier municipal de Vannes, circula alors, et les commissaires chargés de la promulguer n'oublièrent rien pour exaspérer les esprits au dernier degré. L'ancien évêque, M. Amelot S qui d'abord s'était soumis à la loi avec quelques-uns de ses vicaires, gagné, effrayé par les insinuations de l'évêque de Nantes et les menaces de quelques autres prélats siégeant à l'Assemblée nationale, eut la faiblesse de signifier sa rétractation, et cette démarche devint le premier signal de la révolte.
Le 7 février 1791, les habitants d'un grand nombre de communes se réunirent au Bondon ^, situé à un quart de lieue de Vannes, armés de fusils de chasse, de faux et de fourches ; mais, soit qu'il ne se trouvât point à leur tête un homme assez audacieux pour faire tenter de suite un
I. Sébastien-Michel Amelot de Chaillou, né à Angers le 5 septembre l'j^i, sacré évêque de Vannes le 25 avril 1775. Ayant refusé de prêter le serment, il fut appelé à la barre de l'Assemblée constituante, qui le consigna dans son logement. Après la session, il se réfugia en Suisse, puis à Londres. Il refusa de se soumettre au Concordat et de signer la démission réclamée par le Pape de tous les évêques de France. Il démissionna seulement en i8i5. Mort à Paris le 2 avril 1829.
a. Le Bondon, village, commune de Vannes.
coup de main, soit qu'ils espérassent obtenir par la négociation l'objet de leur demande, ils se contentèrent, ce jour-là, d'envoyer à la Municipalité et au Département quelques députations tumultueuses, qui se retirèrent après avoir laissé sur les bureaux leurs pétitions, ajoutant que si Tonne se hâtait d'y faire droit, ils sauraient y contraindre par la force.
Les autorités constituées se mirent aussitôt en mesure de repousser l'agression dont elles étaient menacées, et firent venir à cet effet plusieurs détachements de troupes et quelques pièces de canon de la ville de Lorient. Bien leur en prit, car les révoltés tinrent parole et, le i3 du même mois, ils se mirent en route en plus grand nombre encore, sous prétexte de venir venger la Religion outragée et secourir leur évêque qu'ils prétendaient être en danger. On délibéra à Vannes sur le parti à prendre et il fut unanimement résolu de les prévenir. Beysser ^ alors major des
I. Jean-Michel Beysser, né à Ribeauvillers, en Alsace, dragon au régiment de Lorraine, i'69-i;;78, chirurgien-major et capitaine au 2^ régiment suisse de Neufchâtel, à TIsle-de-France, 1781-1^88. Rentré en France, il crée, à Lorient, un escadron de dragons nationaux avec lequel, en ijgi, il éloigne de Vannes les insurgés bretons; chevalier de Saint-Louis en 1792; adjudant général à l'armée des Côtes, chef de brigade du 2r régiment de chasseurs à cheval, il dirige la résistance des Républicains contre les Chouans, entre Rennes, Nantes et les Sables-d'Olonne, depuis le mois de mars 1793. Il se signale au Port-Saint-Père, à Machecoul, à Noirmoutier. Les circonstances lui donnent le commandement de la défense de Nantes contre les Vendéens, 29 juin 1793. Sa liaison avec le député Coustard et les Girondins fait qu'il est entraîné dans la ruine de ses amis et destitué comme coupable de révolte et de haute trahison. Ayant exprimé ses « regrets » à la barre de la Convention, il est renvoyé à Nantes comme général de brigade. Commandant des troupes qui couvraient cette ville du côté de la Vendée, sur la rive gauche de la Loire, il livra une quantité de combats à Charette et à ses lieutenants (juillet-août 1793). Dénoncé par Carrier pour n'avoir pas voulu découvrir les députés fédéralistes, ses anciens amis, cachés en Bretagne. Il semble qu'il ait été mortifié de la place prise par les généraux et l'armée de Mayence. En tout cas, il ne soutint pas Kléber, comme il en avait l'ordre, et laissa les Vendéens battre celui-ci à Torfou. Lui-même, le 21 septembre, il est battu à Montaigu et passe un
dragons nationaux de Lorient, s'élance à la tête de ce corps sur cet attroupement fanatique; il est suivi, soutenu de quelques autres détachements, on se joint dans les environs du Bondon et tout cède aux défenseurs de la Liberté. Un grand nombre de ces misérables sont amenés à Vannes et jetés dans les prisons.
S'il fut douloureux d'avoir versé, dans cette journée, le sang français, au moins en tira-ton cet avantage, que les paysans effrayés ne troublèrent plus la tranquillité générale de ce département; tous les efforts de l'aristocratie n'y obtinrent plus dans la suite que des attentats particuliers exercés çà et là sur des prêtres assermentés. Pendant que ceci se passait dans le Morbihan, il ne s'exerçait encore dans le Poitou que des assassinats, et les séides qui furent armés pour les commettre avaient ordre de choisir leurs victimes préférablement parmi les fonctionnaires publics, que l'on croyait être le plus attachés au nouvel ordre de choses. On voulut ainsi, par gradation, habituer au meurtre et au sang ces malheureux habitants et les mettre insensiblement dans l'alternative de l'échafaud ou de la guerre.
Quoique les nobles ne parussent pas encore d'une manière évidente à la tête de toutes ces menées, ils n'y furent pas moins identifiés. Le plus entreprenant d'entre eux était alors un nommé La Rouerie S gentilhomme
instant pour mort. Accusé de trahison par le comité révolutionnaire de Nantes, il fut traduit au tribunal révolutionnaire de Paris, fut condamné à mort et exécuté le i3 avril 1794, en même temps que Gobel, Arthur Dillon, Chaumette, la veuve d'Hébert et Lucile Desmoulins.
I. Armand-Charles Tuffin, marquis de La Rouerie, né à Fougères, le i3 avril i^Si, sous-lieutenant aux gardes-françaises à dix-iiuit ans. Après une existence accidentée, il s'en alla servir en Amérique; dès 1777, rentré en France avec le titre de brigadier des armées des États-Unis; enfermé à la Bastille pour sa participation à l'agitation de la Bretagne qui revendiquait ses libertés; remis en liberté, il fut mêlé aux discussions qui se pro-
breton. Son audace égalait son activité, et, comme il avait fait la guerre en Amérique avec distinction, on était porté à lui croire de grands talents militaires. G "est lui qui conçut le projet de lier aux troubles du Midi la guerre intestine qui se préparait dans le Poitou, mais la mort le surprit dans ce dessein, et on a assuré que le plan de cette conspiration, rédigé de sa main, a été trouvé depuis dans le jardin du château qu'il occupait i.
La Rouerie, ajoute-t-on, vit avec un extrême déplaisir ces insurrections partielles ; il eût voulu qu'on pût les contenir jusqu'à ce que, tout étant préparé sur les différents points qui devaient servir de foyer à une insurrection générale, il en résultât un ensemble qui assurât un succès décisif. Mais les passions, une fois mises en mouvement, cessent de se régler sur les mesures froidement calculées par la polititique et, devançant sans cesse les bornes que l'on voudrait leur prescrire, elles entraînent presque toujours loin de son but celui qui prétendait la diriger.
Cependant, ainsi que je l'ai dit plus haut, les autorités constituées des départements dont il s'agit, étant encore dans ce temps composées d'hommes fermement attachés au bien de la chose publique, elles Scî coalisèrent à leur tour et résolurent de faire tous leurs efforts pour arrêter ces troubles, en saisissant les instigateurs qui avaient su
duisirent à propos des élections des députés aux États Généraux. Organisateur de V Association bretonne, dont il fut l'âme jusqu'à sa mort. Trahi et berné par son ami le médecin Latouche-Cheftel, traqué de toutes parts. Mort de fatig-ue et de chagrin en apprenant la mort de Louis XVI, le 3o janvier ijQ'i, au château de la Guyomarais, près Lamballe.
I. La Touche-Cheftel, à la nouvelle de la mort de La Rouerie, persuada à des Isles, trésorier de l'Association bretonne, de retirer du château de la Guyomarais les papiers du mort et de les enterrer dans un carré du jardin de son château de la Fosse-Hingant, près de Cancale. Le tout fut enfoui avec le trésor de la conspiration, l'argent et les objets précieux de la famille des Isles, sous les yeux de Cheftel qui, le 3 mars 1798, les fit déterrer par les autorités compétentes. (Cf. Arch. Nat., W., 274» pièce 86.)
les fomenter. Grand nombre de personnes furent incarcérées, et déjà les tribunaux allaient informer, lorsque la Cour et beaucoup de membres du Corps constituant, redoutant les lumières qui devaient jaillir de l'instruction de cette procédure, surprirent un décret portant amnistie générale sur le passé. Les chefs de factions furent donc relâchés, mais ne se corrigèrent point; seulement cet événement leur apprit qu'avant d'aller plus loin, il était indispensablement nécessaire de porter aux fonctions publiques, dans les élections suivantes, des gens qui fussent entièrement à leur dévotion. C'est à quoi l'on s'appliqua, et les prêtres furent encore chargés, dans cette circonstance, de diriger les opinions. A peine les mécontents étaient-ils un peu rassurés sur ce point, que de nouveaux troubles éclatèrent; mais ce fut, cette fois, dans les départements de la Vendée et des Deux-Sèvres qu'ils prirent le caractère le plus alarmant i. Alors, l'Assemblée nationale, se reprochant son indulgence et voulant enfin connaître dans les plus grands détails, et les causes perfides de ces mouvements continuels et les remèdes que l'on pourrait y apporter, invita le Roi, par un décret rendu le i6 juillet 1791, à nommer deux commissaires pour se transporter dans ces départements et rendre compte de tout ce qu'ils y auraient découvert ; ces commissaires furent MM. Gallois 2 et Gensonné 3.
1. 14 septembre 1791 (Cf. Procès-verbal de l'Assemblée nationale, 14 septembre 1791, n» 766, p. 23).
2. Jean-Antoine Gauvin-Gallois, né à Aix-en-Provence, le 17 janvier i;;6i. Élève et ami de Cabanis ; partisan du coup d'État de brumaire, il fut nommé membre du Tribunat le 4 nivôse an VIII, préfet du Doubs le I" ventôse an VIII, membre de la Légion d'honneur le 25 prairial an XII. Adhéra à la déchéance de l'Empereur le 9 avril 1814 et se retira dès lors de la politique. Il était membre associé de l'Institut depuis le 5 ventôse an IV. Mort à Paris le 6 juillet 1828.
3. Armand Gensonné, né à Bordeaux, le 10 août lySS. Avocat à Bordeaux. Membre du tribunal de Cassation dès la création de ce corps, en 1791. Dé-
Le rapport qu'ils adressèrent, le 9 octobre suivant, à l'Assemblée législative, qui venait de succéder à la Constituante, est tellement intéressant, et par les détails qu'il contient, et par son empreinte de véracité, que j'ai cru devoir lui consacrer en entier le chapitre suivant, il viendra à l'appui de plusieurs faitsque j'ai avancés précédemment, et donnera plus de développement à l'ensemble de mes idées.