‹ Kléber en VendéeChapitre 50 sur 170 · I. Cf. Procès-verbaux de l'Assemblée nationale, 8 août · texte numérisé non relu

I. Cf. Procès-verbaux de l'Assemblée nationale, 8 août

Deux administrateurs du Directoire furent, par le même arrêté, nommés commissaires pour nous faire part de tout ce qui s'était passé, se transporter à Ghatillon et y prendre, de concert avec nous, toutes les mesures que nous croirions nécessaires,

Arrivés à Ghatillon, nous fîmes rassembler les cinquantesix municipalités dont ce district est composé ; elles furent successivement appelées dans la salle du Directoire. Nous consultâmes chacune d'elles sur l'état de sa paroisse. Toutes ces municipalités énonçaient le même vœu ; celles dont les curés avaient été remplacés nous demandaient le retour de ces prêtres ; celles dont les curés non assermentés étaient encore en fonctions nous demandaient de les conserver. Il est encore un autre point sur lequel tous ces habitants des campagnes se réunissaient, c'est la liberté des opinions religieuses qu'on leur avait, disaient-ils, accordée, dont ils désiraient jouir. Le même jour et les jours suivants, les campagnes voisines nous envoyèrent de nombreuses députations de leurs habitants pour nous réitérer la même prière. Nous ne sollicitons d'autres grâces, nous disaient-ils unanimement, que d'avoir des prêtres en qui nous ayons confiance. Plusieurs d'entre eux attachaient même un si grand prix à cette faveur, qu'ils nous assuraient qu'ils paieraient volontiers, pour l'obtenir, le double de leurs impositions.

La très grande majorité des fonctionnaires publics ecclésiastiques de ce district n'a pas prêté serment, et tandis que leurs églises suffisent à peine à l'affluence des citoyens, les églises des prêtres assermentés sont presque désertes. A cet égard, l'état de ce district nous a paru le même que celui du département de la Vendée. Là, comme ailleurs, nous avons trouvé la dénomination de patriote et d'aristocrate, complètement établie parmi le peuple

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et dans le même sens, et peut être d'une manière plus générale. La disposition des esprits en faveur des prêtres non assermentés nous a paru plus prononcée que dans le département de la Vendée. L'attachement qu'on a pour eux, la coniîaiice qu'on leur a vouée, ont tous les caractères du sentiment le plus vif et le plus profond. Dans quelques-unes de ces paroisses, des prêtres assermentés ou des citoyens attachés à ces prêtres avaient été exposés à des menaces ou à des insultes, et quoique là, comme ailleurs, ces violences nous aient quelquefois paru exagérées, nous nous sommes assurés, et le simple exposé de la disposition des esprits suffît pour s'en convaincre, que la plupart des plaintes étaient fondées sur des faits bien constants.

En môme temps que nous recommandions aux juges et aux administrateurs la plus grande vigilance sur cet objet, nous ne négligions rien de ce qui pouvait inspirer au peuple des idées et des sentiments plus conformes au respect de la loi et aux droits de la liberté individuelle.

Nous devons vous dire, Messieurs, que ces mêmes hommes qu'on nous avait peints comme des furieux, sourds à toute espèce de raison, nous ont quittés l'âme remplie de paix et de bonheur, lorsque nous leur avons fait entendre qu'il était dans les principes de la Constitution nouvelle de respecter la liberté de conscience. Ils étaient pénétrés de repentir et d'affliction pour les fautes que quelques-uns d'entre eux avaient pu commettre. Ils nous ont promis avec attendrissement de suivre les conseils que nous leur donnions, de vivre en paix, malgré la diiïerence des opinions religieuses, et de respecter le fonctionnaire public établi par la Loi. On les entendait, en s'en allant, se féliciter de nous avoir vus, se répéter les uns aux autres tout ce que nous leur avions dit et se fortifier

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mutuellement dans leurs résolutions de paix et de bonne intelligence. Le jour même, on vint nous annoncer que plusieurs de ces habitants des campagnes, de retour chez eux, avaient affiché des placards par lesquels ils déclaraient que chacun d'eux s'engageait à dénoncer et à faire arrêter la première personne qui nuirait à une autre, et surtout au prêtre assermenté.

Nous devons vous faire remarquer que dans ce même district, troublé depuis longtemps par la diflerence des opinions religieuses, les impositions arriérées de 1789 et 1790, montant à plus de sept cent mille francs, ont été presque entièrement payées ; nous en avons acquis la preuve au Directoire du district.

Après avoir observé avec soin l'état des esprits et la situation des choses, nous pensâmes que l'arrêté du Directoire ne devait pas être mis à exécution et les commissaires du Département, ainsi que les administrateurs du Directoire de Ghatillon, furent du même avis.

Mettant à l'écart tous les motifs de détermination que nous pouvions tirer des choses et des personnes, nous avions examiné si la mesure adoptée par le Directoire était d'abord juste de sa nature, ensuite si elle serait efficace dans l'exécution.

Nous crûmes que des prêtres, qui ont été remplacés, ne peuvent pas être considérés comme étant en état de révolte contre la loi parce qu'ils continuent à demeurer dans le lieu de leurs anciennes fonctions, surtout lorsque, parmi ces prêtres, il en est qui, de notoriété publique, se bornent à vivre en hommes charitables et paisibles, loin de toute dissension publique et privée. Nous crûmes que, aux yeux de la Loi, on ne peut être en état de révolte, qu'en s'y mettant soi-même, par des faits précis, certains et constatés ; nous crûmes enfin que les actes de provoca-

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tions contre les lois relatives au clergé et contre les lois du royaume devaient, ainsi que tous les autres délits, être punis par les formes légales.

Examinant ensuite l'efficacité de cette mesure, nous vîmes que, si les fidèles n'ont point de confiance dans les prêtres assermentés, ce n'est pas un moyen de leur en inspirer davantage que d'éloigner, de cette manière, les prêtres de leur choix. Nous vîmes que, dans des districts où la très grande majorité des prêtres non assermentés continue l'exercice de leurs fonctions, d'après la permission de la Loi, jusqu'à l'époque du remplacement, ce ne serait certainement pas, dans un tel système de répression, diminuer le mal que d'éloigner un si petit nombre d'individus, lorsqu'on est obligé d'en laisser dans les mêmes lieux un très grand nombre, dont les opinions sont les mêmes.

Voilà, Messieurs, quelques-unes des idées qui ont dirigé notre conduite dans cette circonstance, indépendamment de toutes les raisons de localités qui seules auraient pu nous obliger à suivre cette marche. Telle était en effet la disposition des esprits, que l'exécution de cet arrêté fût infailliblement devenue, dans ce lieu, le signal d'une guerre civile.

Le Directoire du département des Deux-Sèvres, instruit d'abord par ses commissaires, ensuite par nous, de tout ce que nous avions fait à cet égard, a bien voulu nous offrir l'expression de sa reconnaissance par un arrêté du 19 du mois dernier.

Nous ajouterons, quant à cette mesure d'éloignement des prêtres non assermentés, qui ont été remplacés, qu'elle nous a été constamment proposée par la presque unanimité des citoyens du département de la Vendée, qui sont attachés aux prêtres assermentés, citoyens qui

forment eux-mêmes, comme vous l'avez déjà vu, la plus petite partie des habitants. En vous transmettant ce vœu, nous ne faisons que nous acquitter d'un dépôt qui nous a été confié.

Nous ne vous laisserons pas ignorer non plus que quelques-uns des prêtres assermentés que nous avons vus ont été d'un avis contraire. L'un d'eux, M. Tallerye, curé de la Ghapelle-Saint-Laurent, district de Ghatillon, dans une lettre qu'il nous a adressée le 12 septembre, en nous indiquant les mêmes causes des troubles et en nous parlant des désagréments auxquels il est chaque jour exposé, nous observe que le seul moyen de remédier à tous ces maux est (ce sont ses expressions) de ménager V opinion du peuple, dont il faut guérir les préjugés açec le remède de la lenteur et de la prudence. Car, ajoute -t-il, il faut prévenir toute guerre à V occasion de la Religion dont les plaies saignent encore.... il est à craindre que les mesures rigoureuses, nécessaires dans les circonstances contre les perturbateurs du repos public, ne paraissent plutôt une persécution qu un châtiment infligé par la Loi. Quelle prudence ne faudra-t-il pas employer pour calmer ces esprits agités ! L'instruction seule détruit les erreurs et conduit à la vérité i.

I. Le texte imprimé du rapport de Gallois et Gensonné porte : « Quelle prudence ne faut-il pas employer? La douceur, l'instruction sont les armes de la vérité. » Ces deux phrases font partie de la citation empruntée à Tallerye. C'est la seule différence existant entre le rapport lui-même et le chapitre ci-dessus qui lui est entièrement emprunté, ainsi que je lai déjà dit.

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