CHAPITRE QUATRIÈME
C'est pourtant à la fin du xviii*' siècle, auquel notre orgueil donne le titre pompeux de siècle de la philosophie ; c'est une nation qui se croit, qui est, en effet, l'une des plus policées du monde connu ; c'est la France, enfin, qui fournit les scènes affligeantes de ces tableaux ridicules et cruels.... O peuples de la terre ! quel est, quel a toujours été votre sort! Ne vous lasserez-vous jamais de votre attitude humiliante ? Géderez-vous sans cesse, avec un respect délirant, ou à l'appât grossier que vous présentera le fourbe, ou au joug avilissant que vous offrira le despote ? Éternellement dupes ou des mots, ou des choses, toutes les lumières réunies des sciences et des arts ne pourront-elles enfin vous arracher de votre stupidité ?. . . . Non, tant que ces lumières, semblables à ces cristaux précieux, qui décorent les salons de nos vastes cités, n'auront pour objet que d'éclairer les loisirs des grands ; tant qu'elles seront exclusivement entre les mains de quelques adeptes, qui, parmi les castes qui nous oppriment, forment pour ainsi dire une autre caste qui nous attire, tant que leur foyer ne sera pas mieux disposé et de manière que leurs rayons bienfaisants puissent parvenir jusqu'à nous, et dissiper nos erreurs, ainsi que l'aurore dissipe les ombres de la nuit, n'en espérez rien, dirigez ailleurs vos reproches, et sachez pardonner à nos égarements. Ainsi, ce me semble, pourraient parler ces tristes victimes de l'ignorance et du fanatisme. Aussi, est-ce bien moins leurs forfaits que leurs malheurs que je me propose d'écrire.
A peine les deux commissaires dont j'ai fait mention eurent-ils abandonné les départements de la Vendée et des Deux-Sèvres, que les infatigables artisans de leur infortune, renouant leurs trames perfides, se hâtèrent de renverser les espérances de paix, dont on s'était un instant flatté.