‹ Kléber en VendéeChapitre 52 sur 170 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

I. — Raisons qui ont déterminé le général Kléber à tenir un journal de ses campagnes. — Un mot du siège de Mayence. Epoque à laquelle ce journal a été commencé.

Les rapports boursouflés et dégoûtants de mensonges que je voyais faire sans cesse des différentes actions de guerre, tant de notre part que de celle de l'ennemi, m'ont déterminé à tenir des journaux exacts de tous les faits dont je serais témoin, de tous les événements auxquels j'aurais pris quelque part, depuis qu'élevé au grade de général, j'étais destiné à jouer un rôle dans la lutte sanglante de la Liberté et du Despotisme.

Mayence était le premier début de ma carrière militaire. Au nombre des assiégés, je commandais, en qualité d'adjudant général, les camps et forts extérieurs de cette place. J'y vécus pendant quatre mois sous une voûte de feu ; je conduisais ou assistais à toutes les sorties ; je résis-

tais à toutes les attaques. D'Oyré ^ et Dubayet ^ ont tenu des journaux de ce siège mémorable ; ils les publieront un jour. Au sortir de cette forteresse, rendue aux ennemis par une capitulation honorable, après quatre mois de blocus et trente-deux jours de tranchée ouverte, je fus arrêté à Saarlibre, avec Aubert-Dubayet, mon ami. C'en était fait de nous, si le sort des représentants du peuple, Reubell ^

1. D'Oyré, né à Sedan, le ^"^ mai 1^34, élève de l'école du génie de Mézières en i;36, colonel le 8 février i"92, maréchal de camp provisoire le 9 octobre 1792, titulaire le 6 décembre 1792, retraité le 3i mars 1796. Il commandait en chef à Mayence pendant tout le siège et dirigea jusqu'au bout la défense.

2. Jean-Baptiste-Annibal Aubert du Bayet, né à la Louisiane, le 29 août 1759, engagé très jeune dans le régiment de Bourbonnais, sous-lieutenant en 1780, prit part à la guerre de l'Indépendance américaine. Rentré en France, il embrasse les idées de 1789 et crée, à Grenoble, la première société populaire ayant existé en France. Député de l'Isère à l'Assembl. c législative de 1791, il parla contre les émigrés. Le 17 avril 1792, il conseille l'alliance avec l'Angleterre et la Suisse contre l'Autriche. Il présida l'Assemblée pendant le mois de juillet 1792. Après le 10 août, il vota systématiquement contre la minorité de l'Assemblée. A la fin de la législature, il reprit du service. Il commandait à Worms, comme chef de brigade, quand il reçut l'ordre de se rendre à Mayence. Général de brigade le a avril 1793. En annonçant à d'Oyré qu'il lui envoyait Dubayet, Gustine ajoutait : « G'est un officier nerveux qui, par sa fermeté et par son activité, aura bientôt mis les choses sur un bon pied. » Il eut le commandement des troupes de la garnison de Mayence et de Kastel. Il montra pendant le siège un courage, une bravoure qui n'eurent d'égales que sa bonté de cœur et sa belle humeur constante. Décrété d'accusation avec les autres généraux, après la capitulation de la place, il fut mis en liberté sur la réclamation de Thuriot et de Merlin, de Thionville, qui se portèrent ses garants. Admis à la barre de la Convention, le 7 août 1793, il se défendit avec feu, et l'Assemblée décréta que l'armée de Mayence avait bien mérité de la patrie. Il eut le commandement de cette armée envoyée en Vendée. Destitué, puis incarcéré à l'Abbaye comme suspect, il fut sauvé par la révolution du 9 thermidor. Après quelques mois de repos à Grenoble, il rejoignit Kléber en Allemagne. Nommé général en chef de l'armée des Côtes de Cherbourg, le 16 pluviôse an III (4 février 1795); ministre de la guerre après le i3 vendémiaire, il se brouilla avec Carnot et donna sa démission. Ambassadeur à Constantinople le 19 pluviôse an IV (7 février 1796), mort à son poste le 22 frimaire an VI (17 décembre 1797).

3. Jean-François Reubell, né à Colmar (Haut-Rhin), le 8 octobre 1747, avocat au Conseil souverain d'Alsace, député aux États Généraux le 2 avril 1789: député du Haut-Rhin à la Convention le 3 septembre 179a.

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et Merlin, de Thionville S n'avait été, pour ainsi dire, lié au nôtre ; mais ils nous devancèrent à Paris, où on allait nous conduire, et obtinrent de la Convention ce décret, sans doute bien mérité, mais rendu avec autant de précipitation que notre arrestation avait été injuste et inconsidérée : Que Varmée de Maj^ence avait bien mérité de la patrie.

Merlin crut alors verser un baume sur ma plaie, en me faisant expédier, par le ministre Bouchotte 2, la commission de général de brigade ; c'était dans ce temps-là, comme on sait, un brevet pour marcher à l'échafaud, ou,

Enfermé dans Mayence lors de la condamnation de Louis XVI, il y adhéra par lettre. Après le 9 thermidor, il se prononça contre les jacobins, dont il fit fermer le club. Membre du Conseil des Cinq-Cents le 21 vendémiaire an IV (i3 octobre ijgS); membre du Directoire exécutif le 10 brumaire de la même année (i"^novembre 1^95); président du Directoire jusqu'en Tan VII, époque à laquelle le sort le fit sortir de fonctions. Membre du Conseil des Anciens le 23 germinal an VII (a avril 1799). Le coup d'État du 18 brumaire le rendit à la vie privée. Il mourut à Colmar le 23 novembre

1. Antoine-Christophe Merlin, de ïhionville, né à Thionville, le i3 septembre i;;62, avocat au parlement de Metz, officier municipal de Thionville en 1789, député de la Moselle à l'Assemblée législative, le 4 septembre 1791. Député de la Moselle à la Convention le 5 septembre 1792, il siégea sur les bancs de la Montagne. Il demanda la mise en accusation du roi. l'enfermé dans Mayence avec Reubeli, il vint ensuite, lui aussi, en Vendée, et y prit part à de nombreux combats. Il aimait surtout à manœuvrer le canon et s'en acquittait comme un artilleur. Au 9 thermidor, il prit ouvertement parti contre Robespierre. Député de la Moselle au Conseil des Cinq-Cents le 23 vendémiaire an IV (14 octobre i;;95). Entré, en 1798, dans l'administration générale des postes, il se retira peu après de la vie publique. En 1814, il adhéra au gouvernement de Louis XVIIl. Mort à Paris, le i4 septembre i833.

2. Jean-Baptiste-Noël Bouchotte, né à Metz, le 26 décembre 1:754, soldat à seize ans, sous-lieutenant en 1780, gouverneur de Cambrai et colonel au commencement de 1793. Élu à l'unanimité ministre de la guerre parla Convention, le 4 avril i;;93. Il donna sa démission, le 25 mai suivant, mais fut maintenu en fonctions jusqu'au 29 mars 1794, date de la constitution de la commission des armées que présida Pille. Emprisonné, Bouchotte ne fut remis en liberté qu'après un an de détention, en vertu d'un jugement du tribunal révolutionnaire d'Eure-et-Loir, devant lequel il avait été renvoyé. 11 est mort à Metz, en 1840.

ce qui était pis encore, pour gémir dans une prison le glaive suspendu sur la tête. Je refusai ; on ne m'écouta point, et je partis pour Tours, où j'avais ordre de rejoindre l'armée de Mayence destinée à faire la guerre aux Rebelles de la Vendée. C'est de cette époque que date ce journal.

II. — État de la Vendée lorsque V armée de Mayence y arriva. — Manière de faire la guerre des Rebelles et nature du pays des départements insurgés. — Conduite des prêtres.

La guerre de la Vendée présageait l'avenir le plus funeste pour les armes de la République , lorsque la commune de Tours vit arriver dans ses murs les troupes composant la ci-devant garnison de Mayence. Plus de vingt déroutes éprouvées successivement par l'armée des Côtes de la Rochelle, connue davantage sous le nom d'armée de Saumur, successivement commandée par les généraux Rerruyer ï, Leigonyer 2, San-

1. Jean-François Berruyer, né à Lyon le 16 janvier 1737, engagé volontaire dans Aumont-infanterie en 1753. Fait officier en raison d'un haut fait d'armes pendant la guerre de Sept ans et lieutenant en 1762; brave, toujours en campagne, couvert de blessures ; lieutenant-colonel en 1787, colonel en 1791, colonel-général des carabiniers en 1792. Général en chef de l'armée de l'Intérieur lors de la création de celle-ci (1792). Envoyé en Vendée dès le début de l'insurrection, on lui imputa les échecs de ses lieutenants; il fut mandé à la barre de la Convention, où les représentants Ghoudieu et Goupilleau prirent sa défense avec succès. Inspecteur général des armées des Alpes et d'Italie un an après. Le i3 vendémiaire an IV, il contribua à sauver la Convention. Il est mort gouverneur des Invalides, le 17 avril 1804. Son nom est inscrit sur l'Arc de Triomphe de l'Étoile.

2. François Leigonyer, né en Auvergne, le 4 décembre 1740; fourrier volontaire en février 1756, dans Beauvillier-cavalerie, où son père était capitaine. Il fit campagne en Allemagne de 1757 à 1762. A Rosbach (1757), il avait reçu au bras un coup dé feu qui l'avait estropié. Colonel du II' régiment de cavalerie, 10 juin 1792, maréchal de camp le i" septembre; général de division le 8 octobre 1792. N'ayant pas été compris dans la réor-

terre i et Rossignol ^, avaient procuré aux Rebelles environ quatre -vingt mille fusils et près de deux cents pièces

ganisation du i5 mai 1793, il reçut du ministre l'ordre de cesser ses fonctions. Mais un arrêté des commissaires de la Convention, réunis à Saumur, le requit, le 6 juin 1793, de les continuer jusqu'à l'arrivée des nouveaux généraux; un autre arrêté des mêmes, rendu le 8 juin, le releva, sur sa demande, du commandement de sa division, qui fut confié au général Menou (Cf. Arch. Nat., AFii, 266). Leigonyer commanda seulement par intérim l'armée des Côtes de la Rochelle jusqu'à l'arrivée d'Armand-Louis de Gontaut, duc de Biron, général en chef. Biron fut destitué le 11 juillet suivant et remplacé par Rossignol.

1. Antoine-Joseph Santerre, le célèbre commandant en chef de la garde nationale parisienne. A la séance du 2 mai 1793, il annonçait au conseil général de la commune de Paris « qu'ayant entendu la voix de la patrie en danger, il se dispose à partir pour combattre les Rebelles de la Vendée ». Le i3 mai, il annonce à la Convention que « cent mille hommes et quatrevingts pièces de canon vont se réunir contre les révoltés et, après les avoir vaincus, pourront passer aux Iles Britanniques, faire un appel au peuple anglais ». Le 19, il est envoyé à Orléans pour recevoir les bataillons parisiens levés pour la Vendée et, le 8 juin, va se mettre à la tête de ceux dirigés au secours de Saumur. Chargé de la défense des retranchements de Nantilly, il bat en retraite sur Tours. Il est mis ensuite à la tête de la première brigade de l'armée de Saumur (i5 juillet). Promu général de division le 3o juillet, sous le commandement en chef de Rossignol, il prend part au conseil de guerre du 2 septembre qui décide que l'armée de Mayence sera dirigée sur Nantes et opérera avec l'armée des Côtes de Brest. Il fut parmi ceux qui votèrent contre cette mesure et demandèrent que les Mayençais fussent employés à l'armée des Côtes de la Rochelle. Il signa la décision du 11 septembre, par laquelle Rossignol et ses amis modifièrent les décisions prises au conseil du 2, sans s'en être entendus avec les généraux des Côtes de Brest et de Mayence. Il fut battu le 18 septembre à Coron, par Piron, de Laugrenière et autres chefs vendéens.

2. Jean Rossignol, né à Paris en 1759, soldat dans Royal-Roussillon, de 1775 à 1783. Était ouvrier orfèvre au faubourg Saint-Antoine quand éclata la Révolution, fut l'un des vainqueurs de la Bastille; lieutenant-colonel de la 35» division de gendarmerie, à l'arrivée de ce corps dans l'Ouest, le 9 avril 1793; général de division le i5 juillet suivant; général en chef de l'armée des Côtes de la Rochelle le 27 du même mois, il est opposé au plan de Canclaux et de l'armée de Mayence. Général en chef de l'armée des Côtes de Brest le 29 septembre. Il poursuivit de ses dénonciations Kléber, Marceau et les généraux de carrière. Destitué le 27 avril 1794. Traduit devant le tribunal criminel d'Eure-et-Loir avec Pache, Bouchotte, etc., le 25 mars 1795 (5 germinal an III), pour ses agissements en Vendée, mis en liberté le 29 octobre de la même année (7 brumaire an IV), par suite de l'amnistie, désigné pour rejoindre Bonaparte en Egypte. Mort en 180a à Anjouan, où il avait été déporté par ordre du Premier Consul.

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de canon, avec un nombre proportionné de caissons, forges et autres attirails de guerre.

Ces prises immenses ont lieu d'étonner ceux qui savent que ces fanatiques commencèrent leurs rassemblements avec des bâtons et quelques fusils de chasse; mais d'un côté l'ineptie la plus crasse , la négligence la plus impardonnable et la lâcheté peut-être, et, de l'autre, le fanatisme le plus violent, et des chefs aussi habiles qu'audacieux, mirent bientôt non seulement une sorte d'égalité entre les deux partis , mais donnèrent encore cette grande supériorité à celui des Rebelles.

C'est à l'historien à faire connaître l'origine de cette funeste guerre, les causes de ses progrès alarmants, les filières secrètes qui l'ont activée sans cesse et ranimée souvent, au moment où elle était près de s'éteindre ; pour moi, n'ayant vu les événements que sous des rapports militaires, je me bornerai à les tracer sous ces mêmes rapports.

Lorsque l'armée de Mayence arriva à Tours, les Rebelles occupaient à peu près quatre départements : la Vendée, les Deux-Sèvres, la Loire-Inférieure et partie de Maineet-Loire, mais le théâtre de la guerre n'était encore que sur la rive gauche de la Loire.

Il ne faut pas conclure cependant que la population entière de ces départements ait été en armes; beaucoup de citoyens s'étaient retirés dans les grandes villes; d'autres, restant paisiblement chez eux, faisaient accueil aux plus forts et attendaient les événements ; d'autres, enfin, suivaientles colonnes Républicaines et combattaient avec elles.

Les Rebelles avaient un gouvernement militaire parfaitement bien organisé. D'Elbée * avait été proclamé, au son

I. Maurice-Joseph-Louis Gigost d'Elbée, né à Dresde (Saxe), d'un père angevin, le ai luars ijôa. Sous-lieutenant à la truite aux grenadiers du corps

des cloches et au bruit du canon, généralissime des armées, non, ainsi qu'il le disait lui-même avant sa mort, parce qu'on le croyait le plus habile des généraux, mais parce quon lui supposait le moins d'ambition. Après lui, l'on comptait pour chefs de premier ordre : Bonchamps i, La Rochejaqaelein 2, La Gathelinière 3,Marigny 4,leprince

de l'Electeur de Saxe, le 20 novembre i'jo8, en activité le i8 novembre 1768, passé au service de la France comme sous-lieutenant dans Dauphin-cavalerie le i"^ juin 1772. Lieutenant en second au 5^ régiment de Chevau-Légers le 6 mai 1781. Démissionnaire le 17 septembre 1783. Marié le 17 novembre 1788, à Marguerite-Charlotte du Houx de Ilauterive. Retiré dans sa petite propriété de La Loge, en Saint-Martin-de-Beaupréau (Maine-et- Loire), les paysans des environs vinrent le chercher le 11 mars 1793 pour le mettre à leur tête. Élu généralissime des armées catholiques et royales le i6 juillet 1793, après la mort de Gathelineau ; atteint de quatorze blessures à la bataille de Gholet le 17 octobre 1793, transporté à Noirmoutier qui était alors au pouvoir de Charette. Fusillé dans cette île le 8 ou le 9 janvier 1794. Il est bon de remarquer que son acte de baptême ni l'état de ses services ne portent le nom de Gigost, qui existe dans son acte de mariage.

1. Gharles-Melchior-Artus de Bonchamps, né le 10 mars 1760 au château du Crucifix, paroisse de Juvardeil en Anjou; cadet-gentilhomme au régiment d'Aquitaine-infanterie le 6 juin 1776. Capitaine en second de grenadiers le 16 mai 1787, capitaine de grenadiers au 35« régiment d'infanterie le 26 mars 1790, démissionnaire le 8 juillet 1791. Vivait à son château de la Baronnière, lorsque les paysans qui s'étaient soulevés dans la journée, à Saint-Florent-le- Vieil (Maine-et-Loire), et en avaient chassé les autorités, vinrent le chercher, le 10 mars 1793, pour en faire leur chef. Blessé à mort, à la bataille de Gholet, le 17 octobre 1793, mort le lendemain à la Meilleraie (Loire-Inférieure), sur la rive droite de la Loire, en face de Saint-Florent.

a. Henri du Vergier de La Rochejaquelein, né au château de la Durbelière, paroisse de Saint-Aubin-de-Beaubigné, en Poitou, le 3o août 1772, entré en 1782 à l'école militaire de Sorèze. Sous-lieutenant dans Royal- Pologne- cavalerie en 1785, puis dans la garde constitutionnelle du roi, le 3o novembre 1791. Se mit à la tête des paysans des paroisses voisines de Saint-Aubin, vers le milieu d'avril 1793. Nommé général en chef de l'armée catholique et royale, à Varades, le lendemain du passage de la Loire (19 octobre 1793), tué à Nuaillé, près Gholet (Maine-et-Loire), le 28 janvier 1794.

3. Louis Ripault, chevalier, seigneur de La Gathelinière, né dans le pays de Retz en 1768, habitait, au moment de l'insurrection, le château de Prince, paroisse de Chémeré, près Paimbœuf (Loire-Inférieure). Chef d'une bande importante. Blessé et fait prisonnier au Moulinet, commune de Frossay ; guillotiné à Nantes le i3 ventôse an II (3 mars 1794)- — Le 10 septembre 1793, à la tête de huit mille hoiumes, il attaqua Kléber au Port-Saint-Père, fut blessé d'un éclat d'obus, et sa troupe fut mise en complète déroute.

4. Augustin-Étienne-Gaspard Bernard de Marign}', né à Luçon le ao no-

^B KLKBER EN VENDEE.

de Talniond de la Trémoïlle ^ d'Autichamp 2, Gaston 3,

vembre 1754, lieutenant de vaisseau en 1784, chevalier de Saint-Louis, commandant de l'artillerie vendéenne. Fusillé au château de la Girardière, près Gerizay (Deux-Sèvres), le 14 juillet 1794, sur l'ordre de Stofïlet,

1. Antoine-Philippe de la Trémoïlle, prince de Talmond, né à Paris le aj septembre 1765, émigré; rentré dans les environs de Laval en janvier 1793, incarcéré à Angers, réussit à s'évader et rejoignit les Vendéens vers la fin de mai. Général de la cavalerie vendéenne. Il contribua puissamment à entraîner outre-Loire l'armée catholique et royale battue à Gholet le 17 octobre. Fait prisonnier dans les environs de Fougères (Illeet-Vilaine) le 28 décembre 1793, il fut exécuté à Laval, dans la cour de son château, le 27 janvier 1794

2. Charles-Marie-Auguste-Joseph de Beaumont, chevalier, puis comte d'Autichamp, né au château d'Angers le 8 août 1770, entré au service en 1782 à l'âge de douze ans, capitaine dans Royal-dragons le ao septembre 1787, puis dans le régiment de Condé le i" juin 1789, adjudant-major dans la garde constitutionnelle du roi. Rejoignit les Vendéens à Saumur vers le i5 juin 1793, et servit sous les ordres de son cousin Bonchamps, dont il commanda en second la division, après la mort de celui-ci (octobre 1793). Blessé et fait prisonnier au Mans, le 10 décembre 1793, il réussit à se faire incorporer dans un régiment Républicain qui fut renvoyé à la frontière. Rentré en Anjou après la pacification de 1795, il reprend les armes avec Stofflet. A la mort de celui-ci, il lui succéda (i'-^ mars 1796). Il prit part aux mouvements vendéens de 1799, i8i5, i832. Pair de France le 17 août i8i5; commandant de la 11* division militaire à Bordeaux en 1818 et 1828. Mort à la Rochefaton, près de Parthenay (Deux-Sèvres), le 6 octobre 1859.

3. « Un jeune homme des environs de ce pays (environs de La Roche- Bernard) avait amené une compagnie de cinquante hommes; il s'appelait Bourdic, mais il avait pris le nom de Gaston. C'est lui que les républicains prétendaient être un prince déguisé. Il s'est, au surplus, distingué dans les batailles. » (Gibert, Précis historique sur la guerre de la Vendée, p. 47, note 2, dans Mémoires et documents concernant les guerres de la Vendée...., publiés par H. Baguenier- Desormeaux, Angers, 1896).

Gaston Bourdic, originaire du Morbihan ou de la Loire-Inférieure, était perruquier à Saint-Ghristoplie-du-Ligneron (Vendée), avant l'insurrection. Il prit les armes dès le début du soulèvement vendéen. Ayant tué un officier supérieur républicain, il revêtit l'uniforme et les épaulettes de celui-ci, et prit, ainsi costumé, le commandement de la bande qui vint attaquer Challans (Vendée), le 12 mars 1793. Il fut pris et massacré le i5 avril suivant, au combat de Saint-Gervais (Vendée). Sa belle mine, ses allures et l'uniforme qu'il portait le firent prendre pour un prince déguisé, ainsi que le rapporte Gibert. Le bruit s'en répandit au loin, et longtemps après sa morl, on le citait encore parmi les grands chefs de la Vendée. C'est ce qui explique l'erreur de Kléber à son sujet. Erreur partagée d'ailleurs par le gouvernement révolutionnaire, par les émigrés et par les princes. Ceux-ci adressèrent leurs premières communications à « Monsieur de Gaston ». Il était mort depuis plusieurs mois ! On voit que, même aux yeux de Kléber, la mémoire de ce personnage conservait son prestige.

KLÉBER EN YENDKE. ^9

Lescure i, Piron ^, Dommaigné 3, Des Essarts 4, les chevaliers de Turpin ^\ de Laugrenière ^, de Saiiit-

1. Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure, dernier de son nom, né à Paris le i5 octobre i;;66; capitaine à la suite dans Royal-Piéraont-cava- Icrie, marié à Victoire de Donnissan, devenue plus tard marquise de La Rochejaquelein. Chef d'une division poitevine, blessé mortellement au combat de la Tremblaie, près Gholet (Maine-et-Loire), le i5 octobre ijqS, mort aux environs de Dol le 4 novembre suivant.

2. Piron de la Varenne (?) était un gentilhomme des environs d'Ancenis {?). Émigré, il aurait servi dans les Chevau-Légers, à l'armée des princes puis serait rentré chez lui. Au début de l'insurrection, il prit le commandement des paysans d'Oudon (Loire-Inférieure) ;qui investirent Ancenis, sur la rive droite de la Loire, le i3 mars 1793. Il commanda ensuite sur la rive gauche, à Chantoceaux (Maine-et-Loire), sous les ordres de Bonchamps, Il fut un des meilleurs chefs secondaires de la Vendée. Le 18 septembre 1793, il attaque et met en déroute à Coron (Maine-et-Loire) Santerre et Ronsin. Il fit toute la campagne d'outre-Loire. Pris à la bataille de Savenay, le 23 décembre i^iqS, et fusillé à Blain quelques jours après.

3. Jean-Baptiste-Louis-Etienne de Dommaigné de la Roche-Hue, comte de Brûlon, baptisé à Angers le 11 novembre 1549- H avait été garde du corps en 1768 et gendarme en 1573. Il habitait sa terre de la Galonnière, paroisse de Joué (Maine-et-Loire), quand les paysans des alentours, passant devant chez lui pour s'unir aux soldats de Cathelineau, Tobligèrent à se mettre à leur tète. Il rejoignit les Vendéens à Cholet le 16 ou le 17 mars, et fut chargé d'organiser la cavalerie. Tué d'un coup de sabre à la prise de Saumur, le 9 juin 1793.

4. Charles-Marie Michel, abbé, puis chevalier Des Essarts, né à Boisraé, en Poitou; il avait vingt-quatre ans, en 1793, était clerc tonsuré, lorsque éclata la guerre ; ami intime de Lescure chez lequel il était né et avait été élevé. Fait prisonnier à Montrelais, près Ingrandes, condamné et exécuté à Angers le 8 janvier 1794.

5. Prosper, chevalier de Turpin de Crissé, après avoir émigré, était rentré en Anjou. Il était en prison à Angers comme suspect lorsqu'il fut délivré le 23 juin 1793, par l'armée Vendéenne, et s'attacha à Bonchamps qu'il suivit depuis lors. Il facilita le passage de la Loire en s'emparant de Varades le 17 octobre 1793, pendant que l'armée catholique et royale était battue à Cholet par Kléber et Marceau. Il continua la campagne en 1794 sur la rive droite de la Loire et contribua à la pacification de 1795. La prise d'armes de 1796 eut lieu contre son gré. Il reprit les armes en 1799 et signa la soumission de Candé, le 20 janvier 1800, Il était beau-frère de la célèbre vicomtesse de Turpin de Crissé.

6. Dominique-Alexandre Jaudonnet, chevalier, seigneur de Laugrenière, en la paroisse de Boismé, près Bressuire (Deux-Sèvres). Né le 10 décembre 1745, mousquetaire de la garde du roi en 1762, retiré en 1767, l'un des chefs de la cavalerie vendéenne ; contribua avec Piron à la déroute de Santerre à Coron, le 18 septembre 1793. Il fit toute la campagne d'outre-Loire. Il fut fait prisonnier après la déroute de Savenay C23 décembre 1793)61 guillotiné

8o KLÉBER EN VENDÉE.

Hilaire ^ , Gharette ^ et Stofllet ^, ce dernier seul était roturier et autrefois garde-chasse. Il avait été élevé à ce

à Nantes le 14 janvier 1794 (25 nivôse an II). Pour essayer de sauver sa tète, il adressa deux mémoires au représentant Prieur, de la Marne, dans lesquels il lournit tous les détails qu'il pouvait avoir sur les restes de Tarmée Vendéenne; s'offrant même à guider les troupes Républicaines contre Gharette et à les aider à s'en emparer. Chassin donne une partie de ces mémoires (Cf. notamment : Préparation de la guerre de Vendée^ III, 432, et Vendée patriote, III, 226, 442, 443, 445. 494^-

1. Louis-Joseph-Bénigne de la Haye-Saint-Hilaire, né le 11 décembre 1766 au château de la Haye, paroisse de Saint-Hilaire-des-Landes, dans les environs de Fougères; sous-lieutenant dans Penthièvre-infanterie, eu 1785, réformé en 1788, sous-lieutenant en pied en 1791. Émigra, puis revint se joindre à La Rouerie et s'affilia à l'Association bretonne en 1792. 11 s'emploj a ensuite à établir une correspondance entre les royalistes de Bretagne et ceux réfugiés à Londres. Il s'attacha aux Vendéens aussitôt le passage de la Loire, apportant avec lui un bref du pape qui démasquait l'imposture de Guillot de FoUeville, le prétendu évêque d'Agra. Il continua de chouanner après la déroute des Vendéens et se lia avec Gadoudal, sous les ordres duquel il commanda une division. Mort au château de la Haye, le 18 janvier i836.

2. François-Athanase, chevalier Gharette de la Gontrie, né à Coufifé, près Ancenis, le ai avril 1763. Aspirant de marine le i5 avril 1379, prit part à la guerre d'Amérique. Lieutenant de vaisseau en 1787, retraité en novembre 1790. Emigré rentré, il habitait son château de Fonteclause, en^la Garnache (Vendée), lorsque Souchu, qui s'était emparé de Machecoul (Loire-Inférieure), l'envoya chercher, le 14 mars, pour prendre le^commandement des insurgés. Il ne put ou ne voulut pas arrêter les massacres commencés par Souchu. Le 29 mars, il s'emparait de Pornic. On sait les principaux incidents de sa campagne qui dura presque sans discontinuer pendant trois années. Blessé et fait prisonnier dans le petit bois de la Ghabotterie, en Saint-Sulpice-le-Verdon (Vendée), le 23 mars 1796. Fusillé à Nantes, sur la place Viarme, le 29 du même mois (9 germinal an IV), trois ans, jour pour jour, après sa première victoire de Pornic.

3. Jean-Nicolas Stofllet, né à Bathelémont-lez-Bauzemont, en Lorraine, le 3 février 1753. Après avoir été soldat dans la gendarmerie de Lorraine, devint garde des bois du marquis de Maulévrier (Maine-et-Loire); compromis dans les séditions partielles de 1792 et réfugié dans les bois dont la garde lui avait été confiée, il est un des premiers à prendre les armes au mois de mars 1793. Le 14, à la tète d'une troupe importante, il se joint à Gathelineau et s'empare avec lui de Gholet. Major-général de la grande armée catholique et royale, il est un des principaux chefs royalistes avec Gathelineau, d'Elbée, Boncharaps, Lescure, La Rochejaquelein et Gharette. Après la mort de La Rochejaquelein (28 janvier 1794), il prit le commandement en chef de toute l'armée d'Anjou et de Haut-Poitou. Ayant refusé d'adhérer à la pacification signée en dehors de lui par Gharette, à la Jaunais, le 17 février 1796, il continue la lutte jusqu'au 2 mai suivant, où

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grade de général par la grande confiance qu'avaient en lui les habitants du pays, par ses connaissances locales et son extrême audace.

Bonchanips était celui que les Rebelles chérissaient le plus et auquel on accordait en môme temps les plus grands talents. La Rochejaquelein était d'une valeur brillante et conduisait très bien une action. Marigny était âpre et dur, d'ailleurs peu habile. Talmond, bel homme, passait pour être lâche. Gharette commandait toujours un corps détaché, il pouvait être considéré comme le partisan de l'armée; mais, peu estimé des autres chefs, il communiquait rarement avec eux. Je n'ai pu me procurer aucun renseignement sur les autres.

Les Rebelles avaient, indépendamment de leur organisation militaire, une administration civile; ils avaient une imprimerie ^ et une planche de papier-monnaie, non en contrefaçon de nos assignats, mais particulière au nom du roi 2. J'insérerai à la fin de ce journal ce que j'aurai pu

il se résout à signer le traité de Saint-Florent-le-Vieil. Il était depuis longtemps dominé par l'intrigant abbé Bernier. Il reprend les armes le 26 janvier 1796, sur un ordre du comte d'Artois. Pris, par trahison, dans la métairie de la Saugrenière, près Jallais (Maine-et-Loire), dans la nuit du 23 au 24 février suivant. Fusillé à Angers le 35 février (6 ventôse an IV).

1. Lorsqu'ils se furent emparés de Fontenay-le-Gomte, le 25 mai 1793, les Vendéens enlevèrent les caractères d'imprimerie, des presses et mirent en réquisition^trois typographes, qu'ils installèrent à Ghatillon-sur-Sèvre, siège du Conseil supérieur. (Cf. Chassin, Vendée patriote, I, 447-) — Plus tard, en 1794, Stofflet établit une autre imprimerie dans son hôpital de la forêt de Vezins, puis a Maulévrier.

2. Le premier papier-monnaie émis par les Vendéens le fut en vertu de l'arrêté pris à Laval, le i" novembre 1793, ordonnant la création de bons royaux, jusqu'à concurrence de neuf cent mille livres et payables à la paix. Le Conseil, tenu à Maulévrier le 7 octobre i::;94, autorisa Stofflet à émettre pour six millions de bons commerçables, remboursables également à la paix. L'une des planches de ces bons gravés sur bois se trouve dans la collection Dugast-Matifeux, à la Bibliothèque de Nantes. La griffe si caractéristique de Stofflet, qui servit à signer une partie de ces bons, est conservée au château du Lavoir, près de Ghemillé (Maine-et-Loire).

recueillir de leurs difterents règlements, ou militaires, ou civils I.

On distinguait parmi eux deux armées, celle d'Anjou et celle du Poitou. Lorsque les chefs de ces corps voulaient opérer un rassemblement, des circulaires aux maires ou échevins des communes en indiquaient le lieu, de même que la quantité de subsistances dont chaque homme devait être pourvu. Le tocsin sonnait et chacun se portait au rendez-vous 2. Là, on les rangeait en bataille, la troupe d'élite toujours sur les ailes. C'est elle qui, s'élançant avec légèreté de l'un ou de l'autre flanc, ou des deux à la fois, cherchait à tourner les nôtres, et pour peu qu'on négligeât de prévenir cette manœuvre, elle se trouvait sur nos derrières. Pendant que cette troupe en agissait ainsi, un essaim de tirailleurs occupait votre front et vous attaquait

Mais, lors de la création de ces derniers, Kléber était déjà depuis longtemps loin de la Vendée.

1. Ces documents qui, sans doute, étaient destinés à figurer dans la quatrième partie, n'ont pas été retrouvés. Un certain nombre des règlements émanés du Conseil supérieur vendéen ont été publiés, notamment par de Beauchamp, Histoire de La Fenrfee ; Savary, loc. ci7. ; Rouillé, Assignats et papiers-monnaie de la Vendée militaire', Chassin, La Vendée patriote, etc. Il en existe une certaine quantité, manuscrits ou imprimés, dans la collection Dugast-Matifeux, à la Bibliothèque de la Ville de Nantes.

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