De par le Roy
et Messieurs les commandants des armées catholiques et royales, « Le Conseil supérieur, séant actuellement à Beaupréau, enjoint à tous les habitants de la paroisse de la Séguinière, en état de porter les armes, de se rassembler pour se trouver sans faute, jeudi prochain, onze de ce mois, à Chatillon-sur-Sèvre, avec leurs armes, à peine de trente livres d'amende et d'être regardés comme ennemis de la Religion, du Roy et de TÉtat.
« Sont cependant exceptés les officiers des conseils provisoires, lesquels sont tenus de rester en permanence.
« Fait en Conseil supérieur à Beaupréau, le j juillet ijqS, l'an i" du règne de Louis XVIL
« Signé : Gabriel, évêque d'Agra, président, Michelin, Lemaignan.
« Par le Conseil supérieur :
« RoGUE, secrétaire.
« MM. les curés sont priés de publier le présent en chaire. » (Collection de M. Schleiler, ancien magistral, à Angers.)
avec une impétuosité incroyable ^. Ni le feu de la mousqueterie, ni celui de l'artillerie, n'étonnaient ces fanatiques, et on en a vu qui, se roulant sur le ventre, arrivaient aux batteries, armés de bâtons avec lesquels ils assommaient les canonniers et s'emparaient des pièces ^ ; ils faisaient peu d'usage du canon, si ce n'est dans les poursuites ou pour la défense d'un poste 3. Leur cavalerie était mal montée, mal équipée et se battait plus mal encore 4. Aussi
1. « Prêts à joindre l'ennemi, les généraux (vendéens) faisaient faire halte pour donner le temps aux soldats d'arriver et de former une colonne ; alors ils donnaient l'ordre d'attaquer. Ceux-ci se faufilaient d'eux-mêmes au travers des haies, des genêts, des halliers dont le pays est couvert, se répandaient sur un très grand front sans profondeur, qui souvent environnait pour ainsi dire l'ennemi. Ce dernier, peu fait à ce genre de combattre, était fortement ébranlé. L'ardeur des insurgés croissait d'autant plus; ils poursuivaient avec une chaleur incroyable les républicains qui, obligés de fuir dans un pays inconnu et couvert, trouvaient partout la mort. Armes, munitions, bagages, tout devenait la proie du vainqueur. » (Gibert, loc. cit., 49)
2. « Les paysans eurent d'abord de la peine à se familiariser avec le ca non, mais M. Sapineau de la Verrie, oncle du général de ce nom, les y accoutuma dès le commencement. Il leur faisait remarquer l'instant où l'on mettait le feu, les faisant coucher par terre ; ils se traînaient à quatre pieds parles haies, les fossés; le canon tirait, ils se relevaient, recommençaient leur manœuvre, et il est rare qu'en trois ou quatre pauses, ils ne se soient pas emparés de l'artillerie. C'est ainsi qu'ils en ont pris une quantité étonnante. Ils y prirent tellement goût, qu'il semblait qu'ils n'allaient au feu que pour cela ; et la première question qu'ils faisaient après la victoire était de s'informer combien ils avaient pris de canons. » (Gibert, loc. cit., 5o-5i.)
3. L'inepte ministre Bouchotte envoyait aux imbéciles généraux qui commandaient l'armée des Côtes de la Rochelle des canons et munitions par la poste et, à mesure que les Rebelles s'emparaient de cette nombreuse, coûteuse et inutile artillerie, d'autres convois succédèrent, par la même voie, aux premiers et furent encore enlevés ; ce qui donna enfin l'idée à un des chefs des Rebelles d'écrire à ce ministre la lettre suivante : « Nous sommes en ce moment suffisamment pourvus de bouches à feu, je vous prie donc, Monsieur, de ne plus vous presser à nous en envoyer d'autres. » (Note du manuscrit.)
4. « Notre cavalerie (dans l'armée de Charette) présentait un aspect encore plus ridicule ; des hommes de toute taille et de tout âge, montés sur des chevaux souvent disproportionnés, avaient pour selles des bâts, pour étriers des cordes de foin, et au lieu de bottes des sabots. » (Lucas de la Ghampionnière, Mémoires, 3i.)
« La cavalerie (de la grande armée vendéenne) s'élevait peut-être à six
ne s'en servaient- ils que pour les patrouilles, les grand'gardes et pour rallier leur infanterie, lorsqu'elle venait à s'ébranler. Ils avaient un noyau continuellement armé; il était composé de déserteurs des différentes légions qu'on leva au commencement de la guerre, et notamment de celles du Nord ^ et de Germanie 2, ainsi que des prisonniers de guerre de différentes nations. Les chefs appelaient ces troupes : les fidèles. Cette guerre n'était donc proprement, comme on voit, qu'une vigoureuse guerre de tirailleurs, et la nature du pays, qui en faisait le théâtre, n'en comportait, en effet, aucune autre.
L'Anjou, le Poitou, la Bretagne et quelques pays circonvoisins ont à peu près le même système d'agriculture ; chaque laboureur entoure son champ , son verger, son pré, d'un profond fossé et, de la terre provenant de cette
raille hommes, que l'on pouvait réduire à deux mille vraiment en état de se battre. Le surplus était monté sur des haridelles enharnachées de ballines, de brides et d'étriers de corde. On les appelait marchands de cerises. » (Gibert, loe. cit., p. 48) Les ballines sont des coussins ou sacs garnis de halle. Dans toute la région vendéenne, les marchands de cerises parcourent le pays portant leur marchandise dans des paniers à dos de mauvais chevaux étiques, équipés à peu près comme l'explique Gibert. Encore aujourd'hui, dans les campagnes, on appelle, toujours péjorativement, marchand de cerises, un cavalier mal équipé.
1. La Légion du Nord avait été créée par la loi du 3i mai 1592 et mise sous les ordres de Westermann. Elle arriva en Vendée le 2 mai 1793, venant de l'armée des Ardennes. Elle comprenait i,i3o hommes d'infanterie de ligne et 365 cavaliers; disloquée le 5 juillet, elle fut reconstituée à la fin d'août i'jqS par Westermann, qui l'utilisa avec succès dans sa campagne contre les Vendéens. Un arrêté du Comité de salut public, en date du 5 mars i;j94, ordonna sa suppression et l'incorporation immédiate de son effectif dans les corps réguliers.
2. La Légion Gennanique avait été créée par décret des 4-19 septembre i;;92, pour incorporer les déserteurs allemands. Marceau et Augereau y furent compris en qualité d'officiers. Elle comprenait 2,099 hommes, lorsqu'elle fut envoyée de Belgique en Vendée, à la fin d'avril i;;93. Lors de la prise de Saumur par les Vendéens, le 9 juin 1793, un grand nombre des soldats qui la composaient passèrent dans les rangs des roj^alistes. Elle fut reconstituée le 27 juin, sous le nom de Légion de la fraternité, avec un effectif de mille hommes. On lui donna Beffroy pour colonel et Biirac pour lieutenant-colonel.
excavation, il fait une clôture d'environ cinq pieds de haut, en forme de parapet, sur lequel il plante des haies et des arbres de toutes espèces, de manière que tout le pays offre l'aspect d'une forêt continuelle ^ Indépendamment de ces obstacles , la Vendée et les Deux-Sèvres sont encore coupées par quantité de ruisseaux, marais et ravins. On y rencontre aussi beaucoup de bois, et enfin quantité de genêts d'une élévation prodigieuse, en raison de celui que l'on voit en d'autres contrées. Les chemins, à l'exception des grandes routes , sont presque tous impraticables pour l'artillerie; l'on conçoit donc aisément quel avantage devaient avoir, sur un tel terrain, les gens du pays, auxquels aucune issue, aucun sentier, n'était inconnu, contre des troupes qui ne pouvaient marcher qu'avec d'extrêmes précautions, si elles ne voulaient encourir le risque de tomber dans une embuscade 2. Lorsque la victoire se déclarait en leur faveur, des chefs, à la tête de quelques troupes à cheval et une ou deux pièces d'artillerie, puis cet essaim de flanqueurs et de tirailleurs vous suivaient et vous harcelaient avec un acharnement incroyable ; et, comme ils sont beaucoup plus habiles que nos soldats à franchir les haies et les fossés, qu'ils connaissent mieux qu'eux toutes les issues de leurs champs en forme de labyrinthes, vous en étiez bientôt entourés. Alors la confusion devenait grande et changeait aisément les retraites en d'aflreuses déroutes. Quant au corps d'armée, il faisait de trois choses l'une : ou il suivait la direction de l'avant-