Il s'agit là de la partie du pays appelée Bocage
2. « La manière de combattre des Vendéens ne ressemblait en rien à notre tactique militaire. Elle était adaptée à leurs habitudes et au pays qu'ils défendaient. Toujours tapis dans les bois, dans les fossés et derrière les haies, ils se présentaient au combat au moment où l'on s'y attendait le moins. Souvent des coups de fusil atteignaient nos soldats sans qu'on sût de quel point ils étaient partis. » (Ghoudieu, Mémoires et notes, édition Barrucand, 3;5.)
garde pour l'alimenter et la soutenir, ou profitant de l'enthousiasme que lui inspirait la yictoire, les chefs le portaient avec rapidité sur d'autres colonnes républicaines, dont la marche leur était toujours parfaitement connue, ou enfin ils renvoyaient la majeure partie des Rebelles dans leurs foyers pour s'adonner aux travaux ruraux, pendant que l'autre allait occuper les différents passages ou défilés, pour couvrir le pays. Dans ce dernier cas, leurs femmes et leurs enfants leur servaient d'espions, de vedettes même, et les moulins à vent de télégraphes.
Une de nos colonnes se présentait-elle, tout le canton en était instruit aussitôt ; alors ils ne se rassemblaient point en corps d'armée, mais ils allaient se jeter par bandes plus ou moins fortes dans les bois ou dans les genêts, de manière qu'on trouvait les maisons vides; el, entourés d'ennemis, on semblait être dans un désert. Si, trompés par ces apparences, des soldats s'éloignaient de leurs corps pour se livrer au pillage, ils étaient égorgés; il en était de même des traînards, et quelquefois de toute l'arrière-garde ; en un mot, ils laissaient filer tout ce qui était plus fort et tombaient sur tout ce qui était plus faible qu'eux. C'est par de pareilles embuscades qu'ils enlevèrent souvent aussi nos convois en munitions de bouche et de guerre i.
I. « Tout le pays est couvert d'immenses forêts; chaque propriété particulière y est entrecoupée par des fossés et des haies épaisses. Ses chemins ne sont, pour la plupart, que de profonds ravins qui ont été creusés par des chutes d'eau abondantes et se trouvent en beaucoup d'endroits plus bas que les terres environnantes, de quinze à vingt pieds. Qu'on juge, d'après cela, de la difficulté de faire parcourir à des canons ou à des caissons et aux ambulances de pareils chemins, où deux voitures ne peuvent passer à côté l'une de l'autre. Si vous avez l'imprudence de faire entrer un convoi dans un pareil terrain et qu'il arrive le moindre accident à l'une des voitures qui le composent, tout est arrêté et souvent le convoi tout entier tombe au pouvoir de l'ennemi, parce qu'il est impossible de fournir des escortes assez fortes sur tous les points, pour protéger les
Mais s'ils attaquaient avec cette rage que le fanatisme seul peut inspirer, s'ils étaient opiniâtres dans leur résistance, acharnés dans leur poursuite, une fois vaincus rien ne pouvait les arrêter ; et, quittant leurs sabots, brisant leurs armes, chacun de son côté courait avec la légèreté d'un cerf se jeter au loin dans les bois et dans les genêts, d'où, les nuits suivantes, ils retournaient isolément dans leurs chaumières ^. Les fidèles seuls restaient quelquefois en troupe autour de leurs chefs et, s'emparant du premier poste avantageux qu'ils trouvaient, ils y tenaient jusqu'à ce que la résolution d'un nouveau rassemblement ait été prise.
Ici, les prêtresparaissaient sur la scène : car, quoiqu'on les voyait souvent combattre au milieu de leurs ouailles, ce n'était pas dans les rangs qu'ils étaient le plus redoutables ; mais lorsqu'après un revers, ces misérables habitants revenaient dans leurs foyers, que, consternés, couverts de sang et poursuivis encore par la frayeur, ils étaient prêts d'abjurer l'erreur qui les conduisait dans un
convois de vivres, de fourrages et de munitions pour une armée nombreuse. » (Ghoudieu, loc. cit., 3^5, note i.)
I « On juge aisément, d'après ee plan de bataille (V. ci-dessus, p. 83, note i), que les Insurgés, dans leurs défaites, ne devaient jamais perdre beaucoup de monde, puisque, s'ils étaient obligés de fuir, ils connaissaient tous les détours du pays et trouvaient partout des asiles qui les mettaient à l'abri de la poursuite...
« Si les Républicains tenaient ferme plus longtemps que ne le croyaient ces paysans, ou qu'ils se crussent, comme ils disaient, rembarrés (c'est-àdire cernés), le désordre se mettait bientôt parmi eux, on entendait bientôt un grand bruit et, dans l'instant, une armée de trente mille hommes et plus disparaissait. Les généraux, les officiers, qui étaient à la tête, n'avaient d'autre parti que de prendre eux-mêmes la fuite. Ils eussent en vain tenté de rallier leur troupe, quand une fois l'épouvante s'était mise parmi elle ; les fuyards parcouraient plusieurs lieues dans une heure. On ne savait où les prendre. Il fallait de nouveau recourir au tocsin, et ils ne manquaient pas de revenir au rassemblement. Au reste, vainqueurs ou vaincus, ils se retiraient toujours chez eux, continuaient leurs travaux, leurs labours. Aussi la contrée, si l'on excepte les frontières, était-elle cultivée et la récolte s'y faisait-elle comme en pleine paix. » (Gibert, loc. cit., 49-5o.)
dédale de malheurs, alors ces hypocrites exerçaient dans toute son étendue l'empire tyrannique qu'ils avaient sur ces êtres superstitieux. Prônes, confessions, promesses d'indulgences, de miracles même, tout fut employé, mis en usage, pour ranimer leur fureur et réveiller leur fanatisme ^
De leur côté, les chefs adressaient aux arrondissements des proclamations et menaçaient de la peine de mort ceux qui ne se trouveraient pas aux nouveaux rassemblements indiqués ; et, comme ils avaient la facilité de les effectuer aussi bien sur vos derrières que sur votre front, ils prenaient de préférence le premier parti, parce qu'alors, ils vous forçaient à revenir sur vos pas et à recommencer à nouveaux frais.
Voilà pourquoi on a vu, dans la même campagne, attaquer, prendre, quitter et reprendre les mêmes postes ; qu'on lise les papiers publics, on verra qu'il est toujours question du Port-Saint-Père, de Montaigu, de Légé, de Palluau, des Herbiers, etc.
Telle est, en raccourci, l'image de cette guerre, la plus cruelle et la plus sanglante qu'il y ait encore eu et qui, en deux campagnes seulement, consomma près de trois cent mille Français.
Il était peut-être des moments où on aurait pu espérer de la terminer et je me propose, à ce sujet, de jeter quelques réflexions à la fin de ce journal. x\ujourd'hui ce serait se faire illusion que de croire qu'elle finira avant la paix générale ; encore faudra-t-il alors employer autant de sagesse qu'on y a mis jusqu'ici d'impéritie.
I. «Il ne faut pas s'imaginer, au surplus, comme on l'a dit pour les ridiculiser, qu'ils crussent que, s'ils étaient tués, ils ressusciteraient au bout de trois jours. Ils étaient, à la vérité, très dévots, comme le sont tous ces paysans, et allaient au combat en chantant les litanies ou des cantiques, en récitant le chapelet. » (Gibert, loc. cit.. 49-)