‹ Kléber en VendéeChapitre 59 sur 170 · I. « Mon cher général · texte numérisé non relu

I. « Mon cher général

« Je vous en demande pardon, mais l'occasion a été si belle!.... Je n'ai pu m'y refuser.

« A l'approche de Saint-Léger, la cavalerie des Rebelles a paru, nos chasseurs à cheval l'ont chargée; j'ai vu l'instant où ils entraient avec les fuyards dans Port-Saint-Père; mais leur commandant, Marigny, soumis à l'ordre et le général Kléber les ont arrêtés. On m'a seulement demandé la permission de leur faire connaître les obus. Le second est tombé dans un tas de paille, le feu y a pris et s'est communiqué aux maisons voisines.

« Le commandant des chasseurs est venu dire que l'ennemi fuyait de toutes parts; qu'il y avait là deux barques; qu'il allait en avoir une, en se jetant à la nage, et passer. Le général Kléber le lui refusait, afin de ne pas aller plus vite que Tordre. J'ai cru pouvoir le donner, et nous sommes entrés tout de go.... (Ganclaux à Beysser, lettre donnée par Savary, lac. cit, 11, 13;.)

mais que plein de confiance dans son poste et le courage de ses gens, il était dans la plus grande sécurité sur le résultat de cette entreprise.

J'établis mon quartier général dans une vieille ferme où nous trouvâmes quelques femmes. On les interrogea sur la force de ce rassemblement et, d'après les différentes données qu'elles nous fournirent, nous l'estimâmes à huit mille hommes. Elles nous apprirent aussi que La Cathelinière fut gravement blessé d'un éclat d'obus.

Le représentant du peuple Turreau vint nous joindre le lendemain, et demeura avec nous jusqu'à notre départ; il alla ensuite rejoindre la colonne Beysser à Machecoul.

Il tardait aux soldats, auxquels ce succès avait inspiré

une grande confiance, de voler à une nouvelle victoire,

lorsque le même jour, au soir, je reçus l'ordre de m'empa-

rer de Saint-Philbert i, petite ville à quatre lieues de

12 septembre. Port-Saint-Pèrc, située au bord du lac de Grand- Lieu. Je

Départ de Port- i i i < .

Saint-Père. Arri- me mis en marchc de bonne heure, après avoir remis le bert.^ *'"*" *" commandement du poste que j'allais quitter au chef de bataillon La Ronde 2, qui devait le garder avec huit cents hommes d'infanterie de la colonne de Beysser, et qui arrivèrent à la pointe du jour.

Ma colonne devait, après avoir passé le Tenu à Port- Saint-Père, se jeter à gauche, remonter cette rivière et la

1. Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, chef-lieu de canton alors du district de Machecoul, aujourd'hui de l'arrondissement de Nantes. Sur la Boulogne, au milieu de prairies larges et basses. A trois kilomètres sud du lac; quatorze kilomètres nord-est de Machecoul; dix-huit kilomètres nord de Legé; vingt-quatre kilomètres sud-sud-ouest de Nantes; sept kilomètres sud-est de Sainte-Lumine-de-Goutais; seize kilomètres de Port-Saint-Père.

2. Peut-être le même officier que le général La Ronde, commandant l'armée à Alençon au mois de novembre suivant et dont un ordre autographe se trouve à la Bibliothèque de la ville de Nantes, collection Dagast- Matifeux, a» série, n* 6.

repasser à Saint- Mars-de-Coutais '. On m'avait assuré que je trouverais là un bac et quantité de bateaux, et je le crus trop légèrement. Je payai cette faute par infiniment d'ennuis , car, si j'en avais fait faire la reconnaissance par un officier du génie, ainsi que je le devais, j'aurais eu tout le temps de faire construire un pont de fascines, afin de pouvoir faire passer l'infanterie d'un côté, tandis que la cavalerie, l'artillerie et les équipages auraient passé sur le bac qui existait en effet. Au lieu d'un pont, je ne pus donc faire pratiquer qu'un mauvais gué, avec des madriers, des nacelles, des bois de charpente et des arbres, qu'heureusement nous trouvâmes sous la main. Il faut observer que la rivière, navigable pour les grands bateaux, traverse en outre un marais fort large et très incommode. Cependant, comme je fis mettre la main à l'œuvre à tout le monde, le passage s'effectua en quatre heures, sans accident fâcheux. Ce qui m'occasionna le plus de peine, ce fut d'empêcher les soldats de se jeter dans le village, et dans les campagnes des environs, pour se livrer au pillage, dont ils avaient déjà pris le goût à Port- Saint-Père ; je n'en vins à bout qu'en établissant beaucoup de postes commandés par des officiers, et en faisant filer les bataillons l'un après l'autre, à mesure qu'ils passaient, pour attendre le reste de la colonne dans les champs clos et aisés à surveiller.

Le village de Saint-Mars-de-Goutais et tous ceux de cette contrée étaient autant de greniers d'abondance ; blé, vins, fourrages et bestiaux, tout y était en profusion, et je

I. Saint-Mars-de-Coutais, commune du canton de Machecoul (Loire- Inférieure), à moins de deux kilomètres de la rive ouest du lac de Grand- Lieu, sur le Tenu. A deux kilomètres sud de Port-Saint-Père; sept kilomètres nord de Sainte-Lumine-de-Goutais ; seize kilomètres nord-nordouest de Machecoul; vingt-trois kilomètres sud-ouest de Nantes.

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dois dire ici, en passant, que, si les commissaires nommés par le Département pour procéder à l'enlèvement de ces denrées y avaient mis tout le zèle et l'activité qu'on avait droit d'en attendre, Nantes, Angers, Saumur, auraient pu former des magasins considérables, qui eussent assuré à ces villes, ainsi qu'à l'armée, des subsistances jusqu'à la récolte prochaine ; mais leur insouciance égalait leur pusillanimité.

La colonne enfin réunie, je me mis en marche, précédé de mon avant-garde légère, que Merlin ne quitta pas. A peine avions-nous fait deux lieues de chemin, que, d'un pays très couvert et très coupé, nous entrâmes dans la vaste et fertile plaine de Sainte-Lumine i. Elle était bornée, à notre gauche, parle beau lac de Grand-Lieu, qui s'étend à perte de vue, jusqu'aux hauteurs de Saint-Léger, que nous venions d'abandonner ; à notre droite, elle était terminée par une forêt que nous côtoyâmes et qui n'était pas encore dépouillée de sa verdure ^ ; devant nous, s'offraient des paysages charmants et des échappées de vue aussi agréables que multipliées. Aucun buisson, aucune haie, aucun fossé n'interrompaient l'œil sur cette prairie immense, foulée par de nombreux troupeaux de toute espèce, mais errant au hasard et abandonnés à eux-mêmes ; des milliers de meules de foin semblaient être autant de monuments, qui annonçaient au voyageur la richesse et la fécondité de cette belle contrée.

Je ne puis m'empêcher de gémir sur le sort de ces in-

1. Sainte-Lumine-de-Coutais, commune du canton de Saint-Philbert-de- Grand-Lieu, au-dessous d'une plaine marécageuse qui s'étend jusqu'à la rive droite du lac, à deux kilomètres. A sept kilomètres nord-ouest de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu; dix kilomètres nord nord-est de Machecoul ; trente kilomètres sud-ouest de Nantes.

2. La forêt de Machecoul, aujourd'hui défrichée en partie et dont la lisière nord se trouvait alors à environ trois kilomètres au sud de Sainte-Lumine

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fortunés habitants qui, paisibles citoyens qu'ils étaient, égarés et fanatisés par leurs prêtres, devinrent autant de forcenés, altérés de sang humain, et qui, repoussant d'une main rebelle les bienfaits qu'un nouvel ordre de choses venait leur offrir, couraient à leur ruine et à leur destruction certaine. Le soldat, de son côté, également frappé de la beauté du lieu, mais ne l'envisageant que sous le rapport des combats, brûlait de trouver ces fanatiques dans une pareille plaine, afin de pouvoir leur livrer bataille et en finir en un jour.

Ces réflexions nous conduisirent insensiblement au bourg de Sainte-Lumine. Le pays commençait de nouveau à être couvert, le soleil se couchait, nous avions encore deux lieues à faire, et nous ignorions si nous trouverions l'ennemi à Saint-Philbert, ou si, même, embusqué sur notre passage, il ne nous attendait pas en route. Nous marchâmes donc avec beaucoup de précautions, Buquet », mon aide de camp, qui avait pris le devant avec une douzaine de chasseurs à cheval, pour faire le logement, surprit à une demi-lieue de la ville, proche d'un château ^,

1. Louis-Léopold Buquet, né à Charmes (Vosges), le 5 mai 1768; avocat à Nancy ; sergent-major au 4* bataillon des Vosges le 28 août 1791, quartiermaître-trésorier le i5 décembre 1792. Il avait eu la chance d'échapper au désastre de Rhein-Dùrkheim et s'était jeté (dans Mayence, en sauvant sur son cheval les dix-sept cents francs de sa caisse. Nommé provisoirement, par Dubayet, lieutenant adjoint à Kléber, alors adjudant général (3o mai ijgS). Il fut successivement l'aide de camp, l'adjudant général et le chef d'étatmajor de celui-ci, en Vendée et sur le Rhin, jusqu'à la lin de la campagne de 1797. Chef d'escadron de gendarmerie le i" mai 1797 ; membre de la Légion d'honneur le 5 février 1804, il est général de brigade le 20 octobre suivant et chef d'état-major de Moncey. Commandant de la gendarmerie d'Espagne, le 6 décembre 1809, baron de l'Empire le i5 août 1810, chevalier de Saint-Louis le 29 juillet 1814, inspecteur général de la gendarmerie le 3 avril i8i5; membre de la Chambre des députés en mai i8i5. Il fut retraité le 7 avril 1819 et est mort à Nancy le 23 avril 1825.

2. Très vraisemblablement le château des Jamonières, dans la commune de Saint-Philbert-de-Grand-Licu.

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enviroQ cent Brigands qui faisaient la garde. Il les chargea avec impétuosité, et sans leur donner le temps de se reconnaître ; quarante environ mordirent la poussière ; les autres se sauvèrent dans les bois, où il fut impossible de les poursuivre. Nous entrâmes dans la ville vers les huit heures du soir et nous apprîmes par quelques habitants qui avaient eu le courage d'y rester, protestant de leur civisme, que les Brigands, au nombre de dix à douze mille, en étaient partis le matin pour se porter à Légé, où devait s'effectuer un grand rassemblement. Gomme le soldat n'était que déjà trop disposé à se livrer au désordre et au pillage, et qu'il eût été imprudent de s'en rapporter trop légèrement à ce qu'on venait de nous dire de la marche de l'ennemi, je fis bivouaquer la troupe dans un vaste pré, fermé d'une barrière et entouré de toutes parts d'un large fossé rempli d'eau. L'avant-garde légère occupait, en avant-postes, toutes les avenues.

13 septembre. Nous trouvâmcs dans cette ville une pièce de canon en

Départ de Saint- ^ ...

Phiibert. fer du Calibre de i8, que l'ennemi avait jetée dans la rivière,

de même qu'une espèce de batterie flottante qui n'était pas encore achevée et qui, par sa construction, faisait aussi peu d'honneur à l'ouvrier qu'à celui qui l'avait inventée. Ayant ordre de me porter le lendemain à Saint-Étiennede-Gorcoué ^, sur la grande route de Nantes aux Sables, je fis battre la générale à la petite pointe du jour et nous partîmes à sept heures précises. Arrivés au lieu de notre destination, j'envoyai Marigny, avec sa cavalerie et quelques chasseurs à pied de son avant- garde légère, s'empa-

I. Saint-Étienne-de-Gorcoué, sur la rive droite de la Logne, affluent de gauche de la Boulogne; commune du canton de Légé, alors district de Machecoul, aujourd'hui arrondissement de Nantes A dix kilomètres nord de Légé; dix kilomètres sud-est de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu ; quatre kilomètres sud-sud-est de la Limouzinière; dix kilomètres ouest de Vieillevigne ; trente kilomètres sud de Nantes.

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rerdes hauteurs, vis-à-vis celles que je voulais faire occuper à ma colonne, et je le chargeai d'éclairer le pays, environ une lieue au delà. Le reste de Tinfanterie légère fut disposé en échelons sur toute la côte de Saint Jean-de- Gorcoué I, village situé sur une hauteur à droite de la route en opposition à Saint-Étienne-de-Corcoué 2. La brigade entière occupa la hauteur sur la gauche de la route, ayant ce dernier village à sa droite et derrière elle. Par ces dispositions et celles de l'artillerie, cette gorge ' eût été impénétrable et d'une défense facile. Dès que les armes furent mises en faisceaux, des soldats. Combat de iv

vant-garde légère.

allant chercher de la paille, m'amenèrent trois Brigands qu'ils avaient trouvés devant le front du camp, cachés dans les vignes. Je les interrogeai sur les projets de leurs chefs et sur le lieu de leur rassemblement ; je ne pus en tirer aucune réponse satisfaisante ; ils s'obstinèrent ou à se taire ou à éluder mes questions. Je les fis conduire à la garde du camp. Un instant après, Marigny me fit dire qu'il était attaqué par l'avant-garde de l'ennemi, qu'il croyait être forte d'environ quinze cents hommes de pied et de deux cents cavaliers. Il ajouta qu'il en faisait son affaire, pourvu que ma troupe fût prête à protéger sa retraite en cas d'événements. Je fis battre la générale et j'envoyai quelques compagnies d'infanterie au secours de Marigny. Je pris ensuite toutes les dispositions nécessaires pour le combat. En parlant aux troupes, je leur fis prendre la plus

1. Saint-Jean de-Corcoué, sur la rive gauche de la Logne, commune du canton deLégé (Loire-Inférieure), à moins d'un kilomètre au sud-ouest de Saint-Etienne, au sommet du petit renflement du sol qui termine de ce côté la plaine de Sainte-Lumine-de-Coutais.

2. Saint-Étienne et Saint-Jean-de-Gorcoué sont tous les deux sur la droite de la route, en allant vers les Sables-d'Olonne.

3. Point où la route de Nantes aux Sables-d'Olonne franchit une première fois la Logne, entre les hauteurs de Corcoué, à droite, et celles du Boisdu-Coin, à gauche.

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grande confiance dans leur position, « que votre valeur, leur disais-je, rendra inexpugnable ». Tous me répondirent qu'ils étaient résolus de périr plutôt que d'abandonner leur poste.

Alors Boisgérard i, chef de bataillon du corps du génie, dont le zèle et les talents m'ont été plus d'une fois d'une grande utilité, et qui avait parcouru au loin le terrain que j'occupais, me fit entrevoir que ma gauche seule était un peu hasardée, parce qu'il ne serait pas impossible à l'ennemi de la tourner. Je me déterminai donc à envoyer une ordonnance au général Dubayet, qui était, avec le corps d'armée, à Villeneuve 2, pour le prier de m'envoyer une demi-brigade qui, disposée en échelons, avec mon avantgarde, au point que je lui indiquai, me mettrait absolument hors de toute inquiétude.

Ces dispositifs faits, j'allais me porter près de Marigny, lorsque je le vis venir à moi avec Merlin. L'ennemi était en fuite, ils en avaient fait un grand carnage et les chasseurs à cheval poursuivaient encore les traînards 3,

1. Anne-Marie-François Barbuat de Maison Rouge de Bois Gérard, né à Tonnerre (Yonne), le 8 juillet 1767, entré à l'école militaire de Mézières, capitaine du génie au siège de Mayence. Après la campagne de Vendée, il fut renvoyé à l'armée du Nord et se distingua aux sièges de Charleroy, de Landrecies, du Quesnoy où il fut blessé, de Valenciennes et de Maëstricht, en 1794; chef de brigade en 1795, général de brigade le 10 juillet 1796, défenseur de Kehl en i;j98. Passé à l'armée d'Italie sous les ordres de Championnet; atteint d'une balle au travers du corps, à Caiazzo, le 7 février 1^99, au moment où la paix venait d'être signée. Il mourut à Gapoue, le surlendemain.

2. « Bulletin de l'armée des Côtes de Brest du i3 septembre : Le corps d'armée a marché ce matin vers Villeneuve. Le général en chef (Ganclaux) comptait y passer la nuit; mais l'ardeur des troupes, qui désiraient se rapprocher des brigands, était trop vive. Il s'est porté jusqu'au Redour, sur le chemin de Saint-Golombin et du Pont-James, dont l'armée n'est distante que de demi-lieue; elle n'est, en même temps, qu'à trois quarts de lieue de Saint-Philbert, où se trouve l'avant-garde aux ordres du général Kléber. » (Journal des Débats du 18 septembre 1793, p. 267.)

î. « M. de Gouëtus proposa à quelques officiers (le i3 et non le i4 sep-

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Il n'y a pas de doute que l'intention de l'ennemi n'ait été de venir occuper la gorge où nous étions établis, pour nous en disputer le passage. Nous n'eûmes dans cette affaire que quelques hommes de blessés, parmi lesquels se trouvèrent Martin, capitaine des chasseurs à cheval de la Légion des Francs, et Simon, sous-lieutenant ; l'ennemi perdit plus de cent hommes, dont nous trouvâmes les cadavres le lendemain.

Vers le soir, je vis arriver au camp Ganclaux et Dubayet, ce dernier suivi de toute sa division. « C'est ainsi, me dit-il, que je te porterai du secours toutes les fois que tu m'en auras demandé. »

Cette armée bivouaqua dans les landes, derrière Saint- Étienne-de-Gorcoué. Ganclaux, parcourant alors mon camp et mes avant-postes, parut très satisfait des dispositions et de la manière dont se surveillaient les troupes. Le même soir, il me donna ordre de me porterie lendemain à Légé, pour, conformément au plan arrêté, enlever ce poste, conjointement avec la colonne Beysser, qui devait l'attaquer

tembre, comme l'écrit Championnière) de l'accompagner jusqu'à Rocheservière, où sa famille était réfugiée; des soldats, les voyant sortir, voulurent les suivre plutôt que de rester à Légé, où le pain manquait ; alors M. Gharette proposa à M. de Couëtus de prendre une partie de l'armée et d'aller reconnaître l'ennemi sur la route de Nantes, en même temps qu'ils prendraient des vivres dans les lieux voisins. Nous marchâmes jusqu'au Boisdu-Goin, où nous trouvâmes l'ennemi embusqué ; ce n'était, je crois, qu'un détachement, le camp était à peu de distance, sur les hauteurs de Gorcoué. M. de Gouëtus, qui avait longtemps servi dans un régiment de cavalerie, crut sans doute que cette partie de l'armée était en toute occasion la meilleure; il ordonna aux cavaliers de foncer, mais quel moyen de pénétrer à cheval dans un taillis d'où partait le feu le plus vif? Les chevaux, effrayés, reculent et se renversent, l'infanterie est écrasée sous leurs pieds et de ce désordre part la plus vive déroute que nous ayons jamais eue. M. Charette, instruit de notre maladresse, sortit en bon ordre au-devant de nous et, après avoir reproché la lâcheté aux soldats, resta sur le chemin pour recevoir les blessés et ceux qui n'avaient pu courir des plus vite; l'ennemi ne parut point; à peine nous avait-on poursuivis. » (Lucas de la Ghampionnière, loc, cit., 44i 43-)

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par les routes de Machecoul et de Palluau. Sur l'observation que l'on fit que, de notre côté, la colonne d'attaque était beaucoup trop considérable et que je pouvais, seul avec mon avant-garde, me charger de cette expédition, Dubayet reçut ordre, le lendemain, d'attaquer à gauche, pour couper la retraite à l'ennemi, sur le chemin de Légé à Rocheservière i, qui conduit également à Montaigu. Cette manœuvre eût eu un succès complet, comme on le verra ci-après, si elle avait pu être ordonnée et exécutée dès le soir même ; car c'était l'unique échappée qui restait à l'ennemi.

14 septembre. Le i4 Septembre, je me mis en marche dès qu'il fît jour.

Départ de Saint-

Étienne-de-Cor- MaHgny, Mcrliu et moi, avec quelques ordonnances et

coué; arrivée à t /r"* Ji''*.a. • /»i» i

Légé et marche ^^^^^^^ olliciers de Ictatmajor, nous précédâmes la sur la Groiie 2 et ti^ouDC et avançâmes assez inconsidérément à travers un

Rocheservière. ^

pays très coupé, jusque dans la plaine en forme de glacis que domine Légé. Sitôt que l'ennemi nous aperçut, il nous salua de quelques coups de canon et, incessamment après, il nous donna un instant l'espoir de vouloir nous combattre en bataille rangée ; car nous vîmes sortir, par les chemins des deux extrémités de la ville 3, deux colonnes de cavalerie, les enseignes déployées, et faisant mine, par une manœuvre assez régulière, de venir à nous.

J'envoyai de suite un officier de l'état-major pour faire avancer la cavalerie et l'infanterie légère, qui ne tardèrent

1. Rocheservière, chef-lieu de canton adors du district de Montaigu, aujourd'hui de l'arrondissement delà Roche-sur-Yon (Vendée). A quatorze kilomètres ouest-sud-ouest de Montaigu; six kilomètres sud-est de Saint- Étienne-de-Corcoué, neuf kilomètres nord-est de Légé; soixante-quinze kilomètres nord-ouest de Fontenay-le-Gomte; trente et un kilomètres nord de la Roche-sur-Yon. Au sommet et sur le versant ouest d'une colline formant la rive droite de la Boulogne.

2. La Grolle, village dépendant de la commune de Rocheservière; à trois kilomètres et demi ouest-nord-ouest de ce bourg.

3. La sortie du côté de Nantes et celle du côté des Sables-d'Olonne.

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pas à arriver. Mais ce qui nous étonna beaucoup, c'est que cet ennemi, qui annonçait une si bonne contenance, rentra dans la ville, avant de s'être déployé, par un mouvement aussi régulier et aussi grave. On aurait dit qu'il voulait nous porter le défi d'y aller le chercher.

La cavalerie fut mise en bataille à l'entrée de la plaine. Marigny envoya quelques patrouilles et quelques vedettes en avant ; je fis filer à droite et à gauche l'infanterie dans le bois, qui, des deux côtés de la route, s'avance en demicercle vers la ville, avec ordre de se tenir soigneusement caché dans les broussailles. Enfin ma brigade entière arrive à son tour, je lui fais faire halte et, la divisant en deux parties, je donnai à chaque chef de brigade les ordres nécessaires pour attaquer le poste par les deux chemins qui y conduisent ; l'heure de l'attaque était arrivée et nous n'attendions plus que le signal que devait donner Beysser, pour nous porter en avant.

Cependant les patrouilles vinrent nous dire que l'on ne voyait personne autour des murs et que la ville même paraissait tranquille et déserte. Je demandai alors au général Ganclaux la permission d'y envoyer, avec un peu de cavalerie, mon aide de camp Buquet, pour examiner la chose de plus près et nous en rendre un compte exact. J'obtins aisément son consentement et Buquet s'avança avec Decaen ', adjoint, et plusieurs chasseurs ; mais ne

I. Charles-Mathieu-Isidore Decaen, né à Caën le i3 avril 1769. Après avoir servi au corps royal des canonniers du 27 juillet 1787 au i" juillet 1:192, il était entré dans le cabinet d'un avocat de sa ville natale, nommé Lasseret. Engagé le 14 septembre 1792 au 4^ bataillon de volontaires du Calvados, sergent-major en mars 1793, sous-lieutenant pendant le siège de Mayence et adjoint à l'état-major (i" mai 1793), adjoint général chef de bataillon le 26 novembre 1793, général de brigade le 2 avril 1796, général de division le 7 août 1800; capitaine général des établissements français de l'Inde en 1802, gouverneur de la 11"= division militaire le 21 juin 1814, commandant du corps d'observation des Pyrénées-Orientales le 28 mai i8i5.

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voyant pas de canonniers proche de la pièce qui était en avant de la ville, ils en conclurent que l'ennemi avait pris la faite et ils y entrèrent '. Ils nous en firent prévenir surle-champ et, ouvrant les portes des prisons, ils en firent sortir près de douze cents malheureuses victimes de tout sexe et de tout âge 2, que les Rebelles avaient incarcérées pour faits de patriotisme. Rien n'était si touchant que de voir ces martyrs de la liberté s'élancer au-devant de nous, nous serrer les mains, nous embrasser en nous appelant leurs libérateurs et en faisant retentir les airs des cris de : Vive la République !

Dans la crainte d'une méprise de la part de Beysser, il fallait le faire prévenir de tout ce qui s'était passé. Buquet

Admis à la retraite en 1824; rerais en activité le 7 février i83i ; mort à Deuil (Seine-et-Oise), le 9 septembre i832. Il rédigea, dans les dernières années de sa vie, un Journal dont il sera donné des extraits dans la suite de cet ouvrage.

I. « M. Charette, incapable de se défendre, avec des hommes épouvantés, dans un endroit où la multiplicité des gens inutiles ne laissait place à aucun mouvement, donna lui-même la déroute à cette troupe entassée; il n'attendit pas l'arrivée de l'ennemi, il fit répandre le bruit de son approche et jeta l'alarme dans tout le bourg; les femmes, et l'on peut dire presque tous les hommes, prirent la fuite et gagnèrent Montaigu; l'artillerie les suivit et M. Charette ne resta qu'avec un petit nombre de cavaliers et deux pièces de gros calibre. — L'ennemi arriva par la route de Nantes et celle des Sables.... Des détachements de cavalerie s'avancèrent pour nous observer, on tira sur eux ; nous les vîmes se retirer, mais bientôt toute l'armée s'ébranla et vint au pas de charge, croyant sans doute tenir à Légé le reste des Brigands. M. Charette fit alors charger les pièces sur des voitures, tandis que l'on feignait de vouloir sortir sur l'ennemi; l'instant d'après, on décampa par la route de Rocheservière. » (Lucas de la Champion nière, loc. cit., 44)

a. L'érudit et consciencieux historien de Charette, M. Bittard des Portes, croit ce chiffre considérablement forcé. (Cf. Bittard des Portes : Charette, i^i.) Cette opinion semble corroborée par une lettre de Broussais, alors caporal de grenadiers d'IUe-et-Vilaine, dans la division de Beysser, qui écrit de Montaigu le l'j septembre, c'est-à-dire trois jours après : «Nous trouvâmes aussi (à Légé) deux ou trois caissons, une écurie pleine de fort beaux chevaux, des magasins de poudre et plusieurs prisonniers. » (Lettre citée par Chassin, Vendée patriote, III, 38 )

KLÉBER EN VENDEE. iSq

et Decaen d'un côté et Lavalette ^ aide de camp du général Ganclaux, de l'autre, se chargèrent de cette mission. Ils furent d'abord accueillis par quelques coups de fusil ; mais ils sont enfin reconnus et portent à ce général la nouvelle de la prise de Légé. Il entra dans la ville, une demi-heure après nous, à la tête de sa troupe, qui avait trouvé Machecoul évacué. Les prisonniers patriotes, dont il vient d'être parlé, nous apprirent que, dès la veille, à dix heures du soir, l'ennemi commença par évacuer la ville, et que cette évacuation dura jusqu'à quatre heures du matin ; qu'un des chefs, avec quatre cents chevaux environ, y était seul resté pour protéger la retraite, jusqu'au moment de notre arrivée =». La ville fut mise au pillage, par les troupes de Beysser exclusivement. Mon avant-garde reçut l'ordre de se rendre de suite à la Grolle. La division de Beysser se rendit également le même soir à Rocheservière.

Nous espérions tous que Dubayet, avec sa colonne, aurait intercepté les quatre cents cavaliers ennemis qui venaient d'abandonner Légé ; mais, malgré toute la diligence qu'il mit dans sa marche, il arriva trop tard. Dubayet passa la nuit dans les landes en deçà de Rocheservière, et Montaigu devint le nouveau lieu de rassemblement des fanatiques.

Mon avant-garde arriva tard à la Grolle, par une nuit très obscure et une pluie abondante ; elle passa la nuit au bivouac, car ce village indiqué, comme plusieurs autres, en grands caractères sur la carte de Bretagne, est composé de dix à douze maisons éloignées les unes des autres.

1. Peut-être J, Lavalette, qui commandait à Lorient en ijgS avec le grade d'adjudant général, et que le général Hoche semble avoir beaucoup apprécié. Ce Lavalette commandait à Caën en février 1800 et joua un rôle important dans l'affaire de Frotté.

2. Gharette en personne (Cf. la note i de la page précédente).

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15 septembre. Lg lendemain, Diibayet vint me remplacer à la GroUe

Départ de la

Groiie, arrivée à et jeta la brigade aux ordres du général Beaupuy à Vieillecombat de râvanl vigne ^ Mon avant-garde eut ordre de se rendre à Regarde légère, mouillé 2, pour être, le jour suivant, à portée de coopérer à l'attaque de Montaigu. Marigny avait pris le devant avec sa cavalerie soutenue de son infanterie légère ; le pays était très difïicultueux. Je restai de ma personne à la tête de ma brigade. Marigny rencontra à Remouillé environ quatre cents Brigands, leur donna la chasse et en tua plusieurs. Merlin, lui-même, enleva d'un coup de sabre le crâne d'un de ces Brigands, qui, dans leur fuite, se dirigèrent sur Montaigu. Je fis établir de fortes gardes et, après avoir indiqué à la troupe les lieux de rassemblement en cas d'alerte, je lui permis de se loger dans le village, presque entièrement abandonné par ses habitants.

A l'instant, je reçois l'ordre de me rendre le lendemain à Montaigu par la route de Nantes à la Rochelle, et j'apprends que ma troupe, dans cette attaque, doit former la colonne de gauche ; que celle du centre doit être composée de l'armée aux ordres du général Dubayet, partant de Rocheservière, et celle de droite, formée par le corps de six mille hommes aux ordres de Beysser, qui, partant de Mormaison 3, se porterait sur la route de la Rochelle, du

1. Vieillevigne, alors chef- lieu de canton du district de Clisson, aujourd'hui commune du canton d'Aigrefeuille, arrondissement de Nantes. A dixhuit kilomètres sud-ouest de Clisson; trente-deux kilomètres sud-sud-est de Nantes ; neuf kilomètres ouest de Montaigu ; quatre kilomètres nordest de la GroUe.

2. Remouillé, à trente-cinq mètres d'altitude au-dessus de la rivière la Maine, sur la route de Nantes à la Rochelle. Commune du canton d'Aigrefeuille, alors district de Clisson, aujourd'hui arrondissement de Nantes. A quatre kilomètres sud-est d'Aigrefeuille; onze kilomètres nord-nord-est de Montaigu; vingt-quatre kilomètres sud-sud-est de Nantes; huit kilomètres ouest de Clisson.

3. Mormaison, commune du canton de Rocheservière, arrondissement de la Roche-sur-Yon (Vendée). A six kilomètres sud-est de Rocheservière;

KLÉBER EN VENDÉE. l4l

côté opposé I. Le moment du départ était fixé à sept heures du matin, et la colonne du centre devait donner le signal de l'attaque. Je pars à l'heure même, bien résolu de ^^ septembre.

^ ^ ^ Marche sur Mon-

ne rien négliger pour mettre, dans notre marche, la plus taigu : attaque et

DrisG de C6tt6 ville

grande célérité ; mais le malheur veut qu'un avant-train Retour sur Rede la première pièce se brise dans le défilé, presque im- "^'^^^'i^praticable, au sortir du village, et interrompe la marche de la colonne ; les soldats sont obligés de filer un à un par les hauteurs, et cette manœuvre occasionne une grande perte de temps.

Malgré ce retard, mon avant-garde n'est plus qu'à un demi-quart de lieue de la ville, lorsque j'entends les premiers coups de canon. Je vole à la tête de ma troupe, j'ordonne à Marigny de se porter vivement en avant avec sa cavalerie, et je lui recommande de prendre le premier chemin qu'il trouvera à gauche, soit pour couper la retraite à l'ennemi s'il arrive assez tôt, soit pour lui tomber sur les flancs ou le charger en queue s'il le trouve en fuite ; il exécute mes ordres à son ordinaire, avec valeur et intelligence.

Je fais ensuite obliquer à gauche et par échelons à travers les buissons, les huit premières compagnies d'infanterie légère, pour soutenir et seconder Marigny dans son expédition ; j'envoie le deuxième bataillon de la même troupe fouiller un château et quelques fermes sur notre droite, d'où l'ennemi venait de nous tirer quelques coups de fusil, dont Merlin avait reçu une contusion au bras. Je m'avance moi-même au pas de charge avec le reste de ma

huit kilomètres sud de. Vieille vigne; douze kilomètres sud-ouest de Saint- Georges-de-RIontaigu ; treize kilomètres et demi sud-sud-ouest de Montaigu ; vingt-huit kilomètres nord de la Roche-sur- Yon.

I. C'est-à-dire du côté de Saint-Georges-de-Montaigu, tandis que Kléber arrivait par Saint-Hilaire-de-Loulay. à l'opposé.

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brigade ; j'ordonne de faire main basse sur tout ce qui aura la témérité de nous attendre et j'arrive ainsi à la tête de ma colonne dans Montaigu , au même instant que Beysser. Ma présence semble l'interdire; mais les cris de : Vive la République! nous rallient aussitôt i.

Je perdis dans cette affaire un brave officier d'infanterie des Chasseurs de Kastel, qui a été tué en voulant débusquer l'ennemi d'un moulin à vent, à l'entrée du faubourg ; j'eus aussi quatre blessés, dont un autre officier des chasseurs à pied ; mais, en revanche, le faubourg par lequel je suis entré avec ma colonne fut jonché de cadavres des Rebelles, et Marigny, en poursuivant l'ennemi, en fit pareillement un grand carnage ^.

Intimement convaincu des grands avantages qui pouvaient résulter de l'enthousiasme de nos soldats et de la terreur panique dont l'ennemi était frappé, je proposai à Beysser de nous mettre aux trousses des Brigands et de les poursuivre jusqu'à Glisson, sans leur donner le temps de se reconnaître. Turreau, représentant du Peuple, goûta ma proposition ; Beysser, au contraire, m'objecta avec

1. « Dès le lendemain au soir, l'ennemi parut sur les hauteurs qui avoisinent la ville. Du côté de Vieillevigne, on passa la nuit dans des transes ; plusieurs s'échappèrent pour éviter le combat; d'autres, voulant jouir jusqu'au dernier moment, s'occupèrent à fouiller les caves qu'on trouva partout bien garnies, et avalèrent à longs traits la ferme résolution de mourir. L'occasion se présenta dès le matin (suivant) : l'ennemi (colonne Beysser) arriva par la route de la Rochelle et celle de Vieillevigne; on fut au-devant jusqu'au bourg de Saint-Georges et là, malgré la pluie très abondante, un combat de tirailleurs s'engagea et dura plusieurs heures. Rien ne paraissait encore désespéré, lorsqu'une autre armée (colonne Kléber) parut sur le chemin de Nantes. » (Lucas de la Championnière, loc. cit., 44» 45)

2. « On leur a tué plus de cinq cents hommes, les rues et les chemins en sont pleins. Mais pour plus de bonheur, comme ils s'enfuyaient de l'autre côté de la ville, l'armée de Mayence, qui arrivait par là, les a tirés à mitraille, les a fusillés. La cavalerie les a poursuivis fort loin, de sorte qu'ils ont perdu, de cet autre côté, plus de mille hommes. » {Lettre de Broussais, déjà citéC) p. i38, note a.)

humeur que sa troupe était excédée de fatigue, qu'elle venait de faire huit lieues et qu elle avait besoin de repos. J'avais trop peu de monde pour exécuter, moi seul, cette entreprise ; je devais donc me conformer strictement à mon ordre et retourner à Remouillé.

La ville de Montaigu étant abandonnée de ses habitants, les colonnes y étaient à peine arrivées qu'elle fut livrée au plus affreux pillage. Ce qui m'étonna le plus, c'est que Beysser y participa lui-même et, sans s'occuper de sa troupe, sans songer même à prendre aucune précaution de sûreté, il s'abandonna aussitôt aux plaisirs de la table et à celui des femmes. J'allai le trouver pour le prier en grâce de faire battre la générale, afin que mon avantgarde, qui s'était confondue dans la ville, pût se rassembler et retourner à son poste ; il me le promit et, au bout d'une heure, les ordres qu'il a donnés à ce sujet furent enfin exécutés. Répugnant aux excès que je voyais commettre et qu'il n'était pas en mon pouvoir de réprimer, je chargeai l'adjudant général Nattes ^ de la conduite de la colonne, que j'allais attendre au village de Saint-Hilaire ^, sur le chemin de Remouillé.

Lorsque je la vis paraître, je jugeai bien qu'elle n'avait pas perdu son temps ; chacun était chargé de butin de toute espèce. L'homme le plus austère n'aurait pu s'empêcher de sourire en voyant les divers costumes sous lesquels plusieurs soldats s'étaient déguisés ; les soutanes,

1. De Nattes jeune était capitaine de grenadiers au siège de Mayence (1793), caractère résolu et plein d'ardeur, particulièrement estimé de Kléber. Il eut un cheval tué sous lui à la bataille d'Antrain, le 22 novembre 1793.

2. Saint-Hilaire-de-Loulay, commune du canton alors district de Montaigu (Vendée). A trois kilomètres nord-nord-ouest en avant de cette ville vers Nantes; un kilomètre et demi de la rive droite de la Maine; neuf kilomètres sud-sud-est de Remouillé; dix kilomètres est-sud-est de Vieillevigne.

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les surplis et les chasubles étaient surtout préférablement employés à ces mascarades. La colonne du centre, commandée par Dubayet, ne parut point. Sans doute, Caudaux, apprenant la prise de Montaigu, l'avait fait rétrograder.

Dès que ma troupe fut rentrée à Remouillé, je fis prendre une position militaire ; elle passa la nuit au bivouac. De violentes altercations, qui s'élevèrent entre l' avantgarde légère et le reste de ma colonne, me déterminèrent à séparer les camps de ces deux corps par un ravin, en leur interdisant toute espèce de communication. Je leur parlai ensuite et j'eus le bonheur de ramener le calme et l'union.

Instruit qu'une brigade de la colonne d'Aubert-Dubayet, commandée par le général Beaupuy, s'était portée sur Aigrefeuille , je demandai au général Ganclaux qu'elle agît de concert avec moi, pour l'expédition de Glisson, qu'il m'avait chargé d'enlever le lendemain ; il y consentit, en m'observant de ne m'en servir que comme d'un corps d'observation, qui couvrirait en même temps le parc d'artillerie resté à Aigrefeuille. 11 ajouta dans sa lettre « que le rendez-vous pour Glisson soit donc pour demain à dix heures du matin. J'arriverai aussi vers cette heure-là à portée, avec deux cents grenadiers et deux cents chevaux, et si je trouve moyen de faire quelque chose sur la droite, je le ferai, ne fût-ce que poursuivre l'ennemi. Nous serons encore soutenus par la colonne de la première division, qui arrivera, sans doute, à peu près vers la même heure à Remouillé. Il faut enfin compléter la leçon donnée aujourd'hui, et que ces malheureux Brigands voient qu'ils n'auront ni paix ni trêve. » Et, sur la nouvelle que j'avais donnée à Ganclaux que les Rebelles avaient fait un mouvement sur Mais-

KLÉBER EN VENDÉE. l^B

don I, il me dit : « Le mouvement que les Rebelles ont fait

sur'Maisdon provient, sans doute, de ce qu'ils auront

aperçu le bataillon que le général Grouchy a dû porter

aujourd'hui de Villeneuve, où je l'avais laissé, sur la

route des Sables, devant Touffou 2, et un peu plus près,

sur la route de la Rochelle, intermédiaire entre les postes

des Sorinières et d'Aigrefeuille ; ce qui rend cette route

bien sûre. »

J'écrivis en conséquence au général Beaupuv, en lui 1^ septembre.

^ ° . Départ de Re-

transmettant l'ordre de sa marche, et ma colonne se mit mouiiié, arrivée à

en mouvement le lendemain, dès la pointe du jour. Les chemins étaient abominables et le pays très coupé. Après deux heures de marche, les éclaireurs vinrent me dire que l'on ne pouvait découvrir Glisson, que lorsqu'on en était à une portée de fusil, et qu'ils avaient pénétré jusque-là sans voir aucune trace des ennemis. J'envoyai de suite une forte patrouille de cavalerie mêlée d'infanterie. Elle entra dans la ville et me fit dire qu'on n'y avait trouvé que des femmes, qui avaient accueilli la troupe aux cris de : Vive la République ! Je fis aussitôt la reconnaissance pour l'établissement de la colonne et la distribution des postes.

Ganclaux arriva quelque temps après, et le lendemain, Dubayet vint nous joindre avec son armée.

Ganclaux apprit vers cette époque que, pendant que i s septembre. nous marchions de succès en succès, l'armée des côtes de du corps d'armée. la Rochelle n'avait, à son ordinaire, éprouvé que des re-

r. Maisdon, commune du canton d'Aigrefeuille (Loire-Inférieure). A douze cents mètres nord de la rive droite de la Maine; quatre kilomètres nordouest d'Aigrefeuille ; six kilomètres nord de Remouillé ; dix kilomètres ouest de Glisson; vingt-quatre kilomètres sud-est de Nantes.

2. La forêt de Toulfou, qui borde la gauche de la route de Nantes aux Sables-d'Olonne, s'étend sur les communes du Bignon et de Vertou (Loire-Inférieure); à environ quatre kilomètres nord du Bignon; six kilomètres sud de Vertou; douze kilomètres sud-sud-est de Nantes; onze kilomètres nord-ouest d'Aigrefeuille.

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vers ; que, par cette raison, elle ne pouvait être à la hauteur de Mortagne au jour convenu, ce qui le détermina à nous communiquer le mémoire suivant, et, comme il fut généralement approuvé, il distribua à chacun les ordres qui le concernaient.

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