La Plée
l68 KLÉBER EN VENDÉE.
le poste du Pallet, aussitôt après avoir vu filer la deuxième division, la suivra immédiatement. »
Pour se convaincre de la nécessité de cette retraite, il faut suivre, sur la carte, les mouvements de l'ennemi, envisager la rapidité de ses succès, et le pays dont il s'était rendu maître, en s'emparant de la route de Montaigu. Dès qu'il eut enlevé ce poste, il jeta une portion de son armée entre Remouillé et Aigrefeuille, une partie sur Torfou, et une autre sur Vallet et la Ghapelle-Heulin i. Encore trois heures, et toute l'armée était attaquée et enveloppée à Glisson, sans aucun espoir de pouvoir effectuer sa retraite. Beaucoup de célérité et le meilleur ordre présidèrent à notre marche. La rivière de Sèvre couvrant suffisamment notre gauche, nous ne nous attendions à être attaqués que parle flanc droit; la colonne était précédée par l'ambulance, escortée par deux bataillons, soutenus par une division. Nous étions à peine parvenus à la hauteur du Pallet, que l'ennemi fondit sur nous avec impétuosité, et nous attaquant en tête, il assouvit sa rage, que le fanatisme seul pouvait lui inspirer, sur les malheureuses victimes couvertes de blessures honorables, dont les chariots d'ambulances étaient chargés. Chirurgiens, blessés, malades et charretiers, tout fut impitoyablement massacré par ces monstres ^. Les représailles dont on a
1. « Avant de se séparer, le conseil des généraux vendéens arrêta que MM. de Boncharaps'et de Lescure s'entendraient pour attaquer la colonne qui était entrée dans Clisson, lorsqu'elle en sortirait pour aller se rafraîchir à Nantes. M, de Lescure eut ordre de tomber sur la gauche, du côté de Saint-Symphorien, et M. de Bonchamps sur la droite, par Vallet. Les camps de la Louée, du Loroux-Bottereau et de Saint-Jacques, commandés par MM. Lyrot de la Patouillère et de Lespinay, reçurent celui de battre alors la campagne pour couper aux fuyards la retraite de Nantes. » (Gibert, loc. cit., 89.)
2. « Les flammes ayant déjà commencé leurs ravages dans la Vendée, on ne voulait plus faire de prisonniers, d'après la pensée toujours renaissante
usé dans la suite leur ont bien fait expier cet acte de barbarie. Depuis ce moment d'horreur, le soldat justement indigné n'a voulu faire quartier à aucun de ces scélérats.
Dès que Dubayet apprend que l'ennemi attaque la tête de la colonne, il s'avance avec sa division, le charge, le met en fuite et le force de nous abandonner deux pièces de canon. La troupe continue sa route dans le meilleur ordre ; une heure après, un coup de canon tiré sur la hauteur de la Louée annonce à Dubayet qu'il faut arracher à l'ennemi une nouvelle victoire ; il fait aussitôt déployer une partie de la colonne. On en vient aux mains, les partis s'échauffent, le combat devient opiniâtre, mais le pas de charge se fait entendre ; le cliquetis des baïonnettes est un coup de foudre pour les Brigands, le soldat ne marche plus, il court, il vole à l'ennemi, le met en déroute, et lui prend encore deux pièces de canon. Dubayet, impatient de voir terminer cette journée par un coup d'éclat, se met à la tête de la cavalerie, charge la horde fanatique et la bat à plate couture. Marigny, avec ses chasseurs à cheval, arriva au même moment où s'exécutait cette manœuvre, et l'on se persuade aisément qu'il n'en demeura pas le spectateur oisif.
Pendant que la tête triomphait de l'armée catholique.
que l'on n'en faisait pas dans le parti opposé. Mais l'humanité des Vendéens suspendit bientôt cette résolution. » (Poirier de Beauvais, loc. cit., nô.)
« On cessa le jour de la bataille de Torfou (19 septembre) de faire des prisonniers. Depuis ce temps, on n'en a plus fait dans l'armée de Gharette, excepté la garnison de Noirraoutier.... L'esprit des paysans qui composaient les détachements de la Grande Armée (vendéenne) était bien différent de celui qui régnait parmi nous (armée de Gharette). Les nôtres pillaient, battaient et juraient comme de vrais soldats; les autres, dans ce temps-là, revenaient du combat en disant leur chapelet, ils faisaient prisonniers tous ceux qu'ils pouvaient prendre sans les tuer, et rarement s'emparaient de leurs dépouilles. » (Lucas de la Ghampionnière, loc. cit., 49, 5i.)
je fus attaqué à mon tour : le soldat en fat enchanté, brûlant de venger ses camarades si inhumainement égorgés. L'ennemi eût eu un grand avantage sur nous, s'il eût réussi dans la tentative qu'il fit plusieurs fois de couper la colonne ; pour en venir à bout, il m'attaqua en tète et en flanc ; je chargeai Targe de l'accueillir en tête ; Patris eut ordre de le recevoir sur le flanc.
L'attaque sur les deux points fut vigoureuse, mais les bonnes dispositions prises par ces deux chefs de bataillon forcèrent bientôt l'ennemi à rétrograder. Il se détermina alors à attaquer mon arrière-garde pour la couper et me séparer de la colonne chargée d'escorter les équipages ; mais il ne fut pas plus heureux que la première fois. Mon infanterie légère le poursuivit jusque dans le fond du bois, en tua un grand nombre et revint chargée de butin I. Cet acharnement des Rebelles me faisant présumer qu'ils ne s'en tiendraient pas là, je mis toute ma brigade en bataille parallèlement à la route; je laissai filer les équipages, et je ne me remis en marche qu'à l'arrivée de la colonne de Beaupuy. Je donnai ordre à l'infanterie légère de se mettre en bataille, en envoyant sur ses flancs des postes nombreux, et de garder cette position jusqu'à ce que la brigade de Beaupuy et la réserve de Haxo eussent filé et fussent hors de danger, pour faire ensuite l' arrière-garde de l'armée.
1. « M. de Bonchamps, qui n'avait point été prévenu (de l'attaque dirigée par Lescure et Charette sur Saint-Fulgent), ne manqua pas de tomber sur l'ennemi au jour et à l'heure convenus — une heure après midi, près le château de la Galissonnière, sur la route de Clisson à Nantes, — à la droite des Républicains qui étaient sortis de Clisson après y avoir mis le feu, le 22 septembre (et non le 21, comme l'a écrit Gibert), enfonça cette colonne, lui prit deux pièces de canon. Mais, n'étant pas secondé comme il s'y attendait, il lut repoussé, revint deux autres fois à la charge, toujours avec perte, et fut obligé de se retirer avec bien de la peine, abandonnant ce qu'il avait pris et même deux de ses canons embarrassés dans les rochers dont ces chemins sont remplis, i» (Gibert, loc. cit., 89-90.)
Louée.
Toutes ces opérations mirent beaucoup de retard dans notre marche ; il était nuit close, quand nous arrivâmes dans la lande de la Louée et dans la lande Pelée, où l'armée bivouaqua, disposée de la manière que l'exififeaient les circonstances et la nature du terrain. Nous .f/®"^^'"'*'^?
c> (23 septembre).
restâmes le lendemain dans cette position, et nous fîmes Séjour aux
, . , . , , camps de la lande
enterrer les morts. Le séjour n avait pour but que de peiée et de la tenir l'ennemi en suspens sur les mouvements que nous allions faire, et pour ne pas donner trop de précipitation à notre retraite. La détermination subite du général Ganclaux, d'ordonner cette retraite, fait le plus grand éloge de ses talents militaires ï. Les succès de cette journée sont dus en grande partie au courage et à riiabileté du général Dubayet, ainsi qu'à la bravoure et à la fermeté que les soldats ont manifestées dans toutes les attaques.
Nous eûmes beaucoup de morts et de blessés surtout du 3^ bataillon des Vosges, chargé de l'escorte de l'ambulance, et qui la défendit avec un courage héroïque, jusqu'à ce que la grande supériorité de l'ennemi l'obligeât à se replier sur la colonne qui le suivait. Ce bataillon per-
I. « D'après la manière dont l'armée d'Anjou (Bonchamps) soutint seule le combat pendant tout le jour, on doit juger que si les trois armées eussent donné en même temps, l'armée Mayençaise, si elle n'eût pas été entièrement détruite, aurait été abîmée et pas en état de rentrer en Vendée. Il en aurait fallu une autre pour la remplacer, elle serait arrivée trop tard.... — L'armée de Mayence sauvée rentra quelques jours après dans la Vendée. La faute qui avait été commise (l'attaque de Saint-Fulgent, au lieu du retour contre Kléber et Ganclaux) eut de terribles suites. M. de Lescure la paya, ainsi que bien d'autres, de sa vie. » (Note du comte de La Bouère, dans les Souvenirs de sa femme, ^6, 77.)
« Si dans ce moment la Grande Armée (vendéenne) eût fait ce dont on était convenu, nul doute que la colonne de Ganclaux n'eût été complètement détruite.. . S'il se fût échappé quelque portion de l'armée de Mayence, elle n'aurait pu, même en se réparant, revenir dans la Vendée, du moins de ce côté.... Gette journée seule a peut-être changé les destins de la Vendée. » (Poirier de Beauvais, loc. cit., 125.)
dit dans cette journée son brave commandant, nommé Desjardins i.
Le 23 septembre, l'armée reçut ordre de se mettre en marche en ordre inverse, de passer la Sèvre à Vertou, et d'aller occuper l'ancien camp des Naudières, à l'exception de mon avant-garde qui devait prendre poste aux 3 vendémiaire Sorinièrcs. Gcs disDositions s'exécutèrent le jour suivant
(24 septembre). ^ •'
Départ des daus le meilleur ordre ; mais, comme nous avions à pascamps ci -dessus, i i 1 i <
arrivée aux camps ser Dcaucoup de défilés, uous arrivâmes uu peu tard a des Naudières! ^^ ûotrc destination. Vertou, que les Rebelles venaient d'occuper et de défendre avec la dernière opiniâtreté, était encore fumant et l'on voyait des femmes chercher, parmi les ruines et les débris, quelques lambeaux ou quelques ustensiles échappés aux flammes. Une indifl*érence, mêlée de stupeur, se peignait sur leurs visages à notre aspect.
Nous voilà donc au même point d'où nous sommes partis au commencement de cette campagne ; à la troupe de Beysser près, qui, désorganisée par sa déroute, promenait encore sa consternation dans la ville de Nantes.
Aussi Ganclaux résolut-il de la laisser dans cette ville pour lui donner le temps de se refaire et conçut-il le projet d'agir avec la seule armée de Grouchy et de Blosse, renonçant, au reste, s'il était nécessaire, à la communication avec la ville de Nantes. Il voulut y suppléer par des
I. D'après Chassin {La Vendée pair iote,lU, n8) et les documents cités par M. F. Bouvier {Les Vosges pendant la Révolution, isio, 469), ce ne serait pas Desjardins, mais Dumas, qui commandait alors ce bataillon. Jean- Louis Dumas fut effectivement tué ce jour-là. 11 était né en 1727 ; chevaulég-er d'Artois en 1^45, maréchal des logis en 1774. retiré du service en 1782. Il habitait Ghâtel-sur-Moselle lorsqu'il fut élu lieutenant-colonel en second du 3" bataillon des Vosges, le 29 août 1791 ; lieutenant-colonel commandant en premier, pendant le siège de Maj^ence (29 juin 1793). Les représentants déposèrent sur son cercueil le brevet de général de brigade qui arriva après sa mort.
établissements qu'on devait former dans différents endroits, suivant les circonstances.
Le soir même de notre arrivée au camp des Naudières * vendémiaire
^ (25 septembre),
et des Sorinières, nous reçûmes ordre de nous porter le Départ des lendemain à Aigrefeuille et Remouillé. L'armée fat suivie iSsetdesNtupar un convoi très considérable, le premier établissement ^'^^'f.* Marche
^ ^ sur Aigrefeuille et
devant se faire à Montaigu. RemouiUé.
On a erardé cette position les 26 et 26 septembre pour ^ vendémiaire
^ ^ ,, . ^ (26 septembre).
donner aux convois le temps d arriver. Séjour dans les
Le 27, la colonne partit de Remouillé et d' Aigrefeuille dess^us.^*"^^^ pour aller occuper, sur différentes Usines, les landes ^ vendémiaire
^ . . , (^^ septembre).
en avant de Saint-Hilaire-de-Loulay, où Canclaux éta- Départ des blit son quartier général. J'appuyai la droite de mon feuiue et àe\eavant-ffarde au château de La Lande i, situé à proxi- '"^"'"®' ^ ^^"^^^
^ ^ au camp de Saint-
mité d'un ravin au bas duquel coule un ruisseau fort en- Hiiaire-de-Louiay.
caisse. Je couvris ma gauche par un redan défendu par
deux bataillons de grenadiers que je plaçai en potence ;
et je profitai des trois séjours que nous fîmes dans cette 7, s, 9 vendé-
1 /. 11 X miaire
position pour faire éloigner le front d attaque a une grande (28, 29 et 30 sepportée de fusil. J'envoyai mon avant garde légère à Mon- sé joui- lu camp taigu, et j'établis avec elle des postes de communication, ci-fiessus.
J'observe que les troupes sous mes ordres n'ont couché sous la tente que dans ce camp et dans celui de Montaigu, parce qu'on prévoyait devoir y demeurer quelque temps 2. C'est là qu'elles furent aussi renforcées du 4' bataillon du Haut Rhin, d'un bataillon de grenadiers de la garnison de Mayence, commandé par Ageron 3, d'un ba-
1. La Lande, château, commune de Saint-Hilaire-de-Loulay (Vendée); sur la droite de la route de Nantes à Montaigu et à deux kilomètres et demi de cette dernière ville.
2. Kléber insiste à plusieurs reprises sur ce fait, tout à l'honneur de l'endurance de ses troupes, qu'elles n'ont presque pas cessé de bivouaquer en plein air.
3. Ageron était vendéen. Lors de la formation du premier bataillon de
taillon du 32* régiment, commandé par le chef de bataillon Saint- Sauveur S et enfin des dix-sept compagnies de grenadiers commandées par Tadjudant général Blosse ; ce qui porta alors mon avant-garde à plus de trois mille hommes.
10 vendémiaire Ganclaux, après avoir réuni tout ce qu'il lui fallait pour
(1" octobre). ^ ^ ^ ^ ^
Marche sur former SCS établissements, fit marcher l'armée sur Mon- Georgès"^* ^'" ' taigu, et lui fit prendre, le i^"^ octobre, au delà de cette ville les positions suivantes. L'avant-garde légère s'établit à Saint-Georges, grand bourg totalement brûlé, sur la route de la Rochelle, à une lieue de Montaigu 2, dont le pont et les ravins étaient gardés par les grenadiers aux ordres de Blosse et deux bouches à feu. Mon avant-garde était très avantageusement postée à environ trois cents toises 3 de ce pont.
La première division était campée sur deux lignes en
volontaires de son département, le 8 septembre 1791, il fut élu capitaine de la 3"= compagnie de ce bataillon. Deux mois après, il était dénoncé à Dumouriez à raison de sa mauvaise conduite et de son défaut d'application et de talents. Il signa l'adresse des volontaires du département de la Vendée à l'Assemblée nationale, le 12 janvier 1792. Pendant le siège de Mayence, il commandait déjà le bataillon de grenadiers dont parle ici Kléber. Tué à la bataille de Cholet le 17 octobre 1793.
1. Saint-Sauveur, commandant du 2* bataillon du 32« régiment d'infanterie, ci-devant Bassigny ; au début du siège de Mayence, il avait, le 28 mars 1793, avec son bataillon, sauvé une partie de l'armée, à Guntersblum, dans la tentative faite par de Blou sur Worms, pour rejoindre Gustine. Il fut ensuite nommé au commandement du poste avancé de Kostheim, à moins de huit cents mètres du camp prussien. Beaupuy le signale comme un excellent olRcier. On le retrouve au commencement d'octobre 1793 à la tête de l'unique brigade formant, sous les ordres de Scherb, la seconde division de l'armée de Mayence.
2. Saint-Georges-de-Montaigu, bourg antique, à soixante mètres d'altitude, sur le promontoii^e allongé à l'extrémité duquel se réunissent la Grande et la Petite-Maine. Commune du canton, alors chef-lieu de district, de Montaigu. A quatre kilomètres sud de cette ville; trente-cinq kilomètres nord-nord-est de la Roche-sur-Yon ; quinze kilomètres nord-nordouest de Saint-Fulgent: sept kilomètres sud-ouest de Treize-Septiers ; dix-sept kilomètres ouest-sud-ouest de Tiffauges.