‹ Kléber en VendéeChapitre 67 sur 170 · I. 2 octobre · texte numérisé non relu

I. 2 octobre

a. La Chardière, château dans la commune de Chavagnes-en-Paillers, commune du canton de Saint-Fulgent. A sept kilomètres sud-sud-est de Saint-Georges-de-Montaigu ; neuf kilomètres nord-nord-ouest de Saint- Fulgent; trente kilomètres nord-nord-ouest de Chantonnay ; quarante-cinq kilomètres nord de Sainte-Hermine ; vingt-doux kilomètres sud-ouest de Mouilleron-en-Pareds. Savary {loc. cit., II, 299) dit : «C'est le seul incendie qu'on puisse attribuer aux Mayençais. » Le texte qui suit, de Kléber luimême, donnera la mesure de la créance qu'il convient d'apporter à cette affirmation.

KLÉBEK EN VENDÉE. I77

De là, le général en chef et Beaupuy s'en retournèrent à Montaigu, donnant toutefois à Marigny la permission de se porter jusqu'à Saint-Fulgent même. Je le suivis avec Merlin, comme curieux : il y entra avec une telle impétuosité qu'il atteignit l'arrière-garde de la cavalerie des Rebelles, dont deux hommes furent tués avec leurs chevaux, malgré la précipitation de leur fuite. Maîtres de Saint-Fulgent, nous apprîmes par quelques habitants l'arrivée d'une colonne de troupes Républicaines à Ghantonnay ; il parut important à Merlin de s'assurer de ce fait, il proposa donc à Marigny de continuer sa route et de s'en convaincre par lui-même. Cette reconnaissance étant digne de son courage, il prit congé de nous, et partit avec trente de ses chasseurs à cheval seulement. L'avant-garde légère retourna à Saint-Georges, emmenant avec elle quantité de bétail de toute espèce et incendiant quelques fermes et moulins, qui se trouvèrent à droite et à gauche sur son passage. Pendant l'expédition de Saint-Fulgent, Dubayet fut chargé de faire replier les postes ennemis du côté de Treize-Septiers ^ ; ce qu'il effectua le même jour.

Le lendemain, vers les quatre heures du soir, arriva i3 vendémiaire un brigadier avec deux chasseurs, du détachement de Ma- Arrivée d'un rigny; ils firent cesser l'inquiétude que l'on avait déjà ^"jf^^g^'^^^^^^Jj^^^"' conçue de son silence, et nous apprirent que leur chef, gny a fait heureu-

•^ ^ * sèment sa jonction

arrivé hier à Ghantonnay,n'y avait trouvé personne, qu'il avec la colonne

.. . . , . 1^ f-i • . TT • • républicaine à

avait poursuivi sa route jusqu a bainte-Hermmc, mais que Mouiiieron. là, un corps d'environ cinq cents habitants s'était disposé à lui disputer le passage ; que Marigny, avant d'engager

I. Treize-Septiers, commune du canton de Montaigu. A. sept kilomètres est de cette ville; dix kilomètres ouest-sud-ouest de Tiffauges; sept kilomètres nord-est de Saint-Georges-de-Montaigu; cinq kilomètres sud-ouest de la Bruffière.

178 KLÉBER EN VEXDÉE.

Faction, demanda à pourparler, et reconnut avec satisfaction qu'on l'avait pris pour l'avant-garde des Rebelles, et que ces braves citoyens avaient saisi avec empressement cette occasion de signaler leur zèle. La surprise fut on ne peut pas plus agréable de part et d'autre, et le cri de : Vive la République! devint aussitôt le signal de leurs embrassements fraternels. Marigny coucha à Sainte-Hermine ; les habitants l'engagèrent à se reposer tranquillement et lui promirent de faire bonne garde. Le brigadier nous apprit encore que les patrouilles de l'armée de Luçon et les nôtres s'étant rencontrées, Marigny se détermina de pousser avec son détachement jusqu'à Mouilleron I pour se réunir à cette colonne. On sent facilement les avantages que devait produire cette réunion pour la suite des opérations de nos armées ; aussi cette heureuse nouvelle détermina Canclaux à me donner le lendemain Tordre suivant :

14 vendémiaire ^^ L'avant-î^ardc aux ordres du e^énéral Kléber partira à J

(5 septembre). ^ o r ■

L'armée conti- miuuit précis, pour sc porter sur TifTauges ; le général la

nue son séjour ..,.,,. , , 1 ' -^

au camp de Mon- disposera amsi qu il le jugera convenable pour la réussite Kifber re^r'-' ^'^ projet d' attaque : s'il réussit, il enverra avertir le gédre de partir à néral cu clicf, et SC postcra militairement; sinon il fera

minuit avec son

avant-garde. sa retraite sur le corps qu'il aura laissé en arrière et sur l'échelon parti de la grande armée. »

Je montai donc à cheval à onze heures précises et je donnai les ordres les plus positifs pour l'heure du mouvement. Avant mon départ, je distribuai mes troupes en

1. Mouilleron-en-Pareds, à vingt-doux kilomètres au nord-ouest de Sainte-Hermine. — Dans ce raid, pour employer un mot fort à la mode aujourd'hui, Marigny, parti de Saint-Georges, avait donc fait, en moins de vingt-quatre heures, plus de soixante-douze kilomètres dans des chemins épouvantables et avec des chevaux fatigués par une campagne très dure et par un combat d'avant-garde et une première poursuite active dans la matinée même du 3 octobre.

trois colonnes ; la première, composée des Chasseurs de Kastel, de la Légion des Francs et des chasseurs de la Gôte-d'Or, était commandée par le chef de bataillon Targe ; l'adjudant général Blosse avait la deuxième sous ses or dres ; elle était de dix-sept compagnies de grenadiers de l'armée des côtes de Brest et des chasseurs de la Charente. Je pris le commandement de la troisième, formée de la compagnie du 7* bataillon d'infanterie légère, du bataillon des grenadiers réunis, de la demi-brigade aux ordres de Travot », et d'une compagnie de la Légion nantaise. Le représentant Merlin et le général Canclaux amenèrent avec eux deux pièces de canon d'artillerie volante et douze cents hommes aux ordres du chef de bataillon

I. Jean-Pierre Travot, né à Poligny, en Franche-Comté, le j janvier 1766, d'une famille sans fortune. Soldat dans un régiment d'infanterie en 1786, lieutenant-colonel du 1" bataillon de volontaires du Jura, il fit, en cette qualité, partie de la garnison de Mayence et vint avec elle en Vendée. Chef de brigade, puis adjudant général chef de brigade (9 mars ijgô) à l'armée de l'Ouest, sous Hoche, il est chargé de la poursuite de Charette, qu'il fait prisonnier blessé au bois de la Chabotterie, le 23 mars 1796, et le conduit à Angers, à Hédouville, qui le renvoie à Nantes. Devant la commission militaire qui condamna à mort le général Vendéen, Travot déclara qu'en arrêtant celui-ci, il n'avait cru faire qu'un acte de police et non un acte de guerre, sachant que Charette était sous la protection d'un armistice convenu avec le général Hoche. Général de brigade , le 3i mars 1796, il continue à servir dans l'Ouest; général de division le 1" février 1806, il sert en Portugal en 1807, puis en Espagne jusqu'en 1814. A la Restauration, il se retira dans le Jura, après avoir reconnu Louis XVIII. Aux Cent-Jours, il se rendit à Angers se mettre à la disposition du duc de Bourbon, qui accepte ses services, mais passe en Angleterre sans les avoir utilisés. Travot rejoignit alors l'armée impériale aux ordres de Lamarque et fit avec elle toute la campagne qui se termina par la défaite et la mort de Louis de La Rochejaquelein, aux Mathes. Au retour des Bourbons, il se retira de nouveau à Poligny, où il fut arrêté et conduit à Rennes, où le conseil de guerre le condamna à mort. Sa peine fut commuée en vingt ans de prison, par le roi. Mais, dans l'intervalle, il était devenu fou. D'abord enfermé à Ham, il fut enfin rendu à sa famille. Il mourut à Paris le 7 janvier i836, sans avoir recouvré la raison. Il avait été créé baron de l'Empire le 3 février i8i3 et ses armes parlantes étaient : Écartelé au i«' d'argent à une charrette renversée en fasce de sable, soutenue de sinople, au 2" des barons militaires, au 3« d'or à une branche de laurier de sinople, au 4' d'azur à une tour d'or ouverte et ajourée de sable.

l8o KLÉBER EN VENDEE.

Scherb i. Ces troupes devaient me servir de réserve et occuper les défilés, pour protéger ma retraite en cas d'événement.

15 vendémiaire Les défîlés Quc î'eus à traverser ne me permirent d'arri-

(6 octobre). . . . , .

Le général Kié- ver qu'au poiut du joiir à la hauteur de Treize-Septiers,

ber rencontre l'en- .ii j'iii' t l ^ ' i TV/r-i^

nemi à la hauteur alliage distant d uue lieuc et demie du camp. Mais la, un deTreize-Septiers, ^g^ terrible et bien exécuté me confirma la vérité des

il l'attaque et le

bat; après le com- rapports quc je vcuais de recevoir, sur la présence de

bat, le général ,, «ti ii«.a, m i-i • •>

Kiéber rentre au 1 ennemi. J apprends bientôt par large qu il venait de camp de Montaigu i^encoutrcr les avant-postes des Rebelles, qu'il les avait

a 1 exception de ^ ^

l'avant-garde lé- rcpoussés ct qu'cii Ics poursuivaut il avait découvert, sur

gère qui pousse , . • ,. r *. -J'

une reconnais- les hautcurs, Icur ariuec, qui lui paraissait tort considef&u^ls^lt^ renife ^'^^1^ ^- J^ ^^^ cuvoyai Fordrc de prendre une position dans la nuit. convcnablc, de se mettre en bataille et d'attendre que la colonne ait eu le temps d'arriver, afin qu'elle puisse se mettre en mesure de la seconder. Blosse, commandant la deuxième colonne, avait prévenu mon ordre, occupant une bonne position à la droite de Targe. Je profitai de l'intervalle que me laissait l'arrivée des troupes, qui débouchaient du défilé en courant, pour faire passer dans leur âme le feu qui dévorait la mienne. Car, jaloux de réparer ce que Ton appelait un échec et de regagner dans l'estime de ceux qui regardaient sous ce rapport l'affaire

1. Marle-Antoine-Élisée Scherb, né le 25 mars 1^475 à WesthofiFen, en Alsace, soldat au régiment d'Anhalt le 20 octobre 1^66, sous-lieutenant en 1768, capitaine en i^88. Élu en 1^92 chei" de bataillon de grenadiers des Vosges; blessé pendant le siège de Mayence et promu adjudant général. Nommé général de brigade par les représentants du peuple près l'armée de l'Ouest, en 1793, il a'ea reçut le brevet qu'en 1795; passé à ce moment à l'armée du Rhin, employé dans la division d'Augereau, puis en i8o3 dans celle de Murât. Retraité pour iutirmités, le i" mars 1806; officier de la Légion d'honneur. Vivait encore en i824-

2. C'étaient les Angevins de d'Elbée et de Bonchamps. — « Il paraît qu'un corps de deux mille républicains, probablement suivi du reste de leur armée, parut vers le camp royaliste à la pointe du jour. » (Poirier de Beauvais, loc. cit., i32.)

KLÉBEll EN VENDÉE. l8l

de Torfou, j'étais, comme tout mon état-major, décidé à rester sur le champ de bataille, ou de ne le quitter que victorieux. C'est alors que quelques soldats s'écrièrent : <( Mais, général, nous n'avons pas de canons ! — Non, leur répondis-je vivement ; mais nous allons chercher ensemble ceux que nous fûmes contraints d'abandonner à Torfou. — Bravo ! répliquèrent-ils tous, nous vous suivrons partout. »

Des dispositions que je remarque dans les troupes, j'augure la victoire. Je fais marcher Targe sur la gauche, Blosse sur la droite, et je reste au centre. Bientôt, nous rencontrons l'ennemi qui, descendu des hauteurs, était déjà caché derrière les haies et dans les genêts ; il fait de tout côté un feu épouvantable, qui, quoique annonçant une multitude de Brigands, ne fait qu'augmenter l'ardeur de nos soldats.

Je mets aussitôt en bataille huit compagnies de grenadiers ; en les déployant, je leur fais présenter un flanc vers un bois assez touffu, à la faveur duquel nous pouvions être tournés sur notre gauche. Quant aux autres bataillons, ils restent encore en colonne par pelotons, pour être prêts à se porter sur les points où ils seront nécessaires. A peine ai-je pris toutes ces dispositions, qu'une partie de l'infanterie légère de Targe se replie avec assez de confusion, malgré les cris et les menaces de leur intrépide chef et de ses braves oflîciers. Mais lorsque cette troupe vit toute l'avant-garde en bataille et prête à lui donner du secours, un mot suffit pour la rallier et la faire retourner au combat. Certains de n'avoir rien à craindre ni sur leurs flancs, ni sur leurs derrières, les braves chasseurs foncent à la baïonnette, se précipitent dans les rangs de l'ennemi, et le font plier à leur tour. Je m'avance alors avec le bataillon des grenadiers pour soutenir cette

l82 KLÉBER EN VENDÉE.

attaque et je fais déployer les bataillons restés en colonne, de manière à déborder la gauche de l'ennemi.

Canclaux, venu avec le détachement du corps d'armée qui devait me servir d'échelon de retraite en cas d'événement, ainsi que je l'ai dit plus haut, porte aussi sur la gauche le 4*^ bataillon du Haut-Rhin et le bataillon du 62' régiment d'infanterie, avec ordre de tourner l'ennemi par son flanc droit. Ce mouvement, bien exécuté, le mit en fuite de ce côté ; mais sa gauche résiste encore et, quoique déjà, sur ses derrières, les châteaux et les clochers soient en feu ^ ce spectacle effrayant ne semble inspirer aux fanatiques que plus de rage. Le feu redouble de part et d'autre, et l'ennemi cherche à son tour à nous tourner ; alors on Ait faire à la colonne de droite, commandée par Blosse, des elForts prodigieux pour gagner une hauteur avantageuse et prévenir les Rebelles ; elle y parvient enfin et déconcerte ainsi leurs projets.

Enfin, fatigué d'un combat qui durait depuis deux heures, je fais avancer tout le corps de bataille et j'ordonne que partout on batte la charge ; elle s'exécute à travers les haies et les fossés. Alors attaque partielle, attaque générale, de front, par les flancs, mouvement audacieux de cavalerie, tout fut employé à propos ; les combattants sont tellement mêlés que, des deux côtés, on ne peut faire usage du canon. Cependant, Merlin croit devoir en faire tirer quelques coups à toute volée. Son but d'intimider l'ennemi réussit et les Rebelles, déjà fortement ébranlés, ne cherchent plus leur salut que dans la fuite. On les

I. « Les Républicains, maîtres de Treize-Septiers, s'avancèrent jusqu'à

Saint-Symphorien, mettant le feu dans ces deux endroits et à droite et à

gauche. Dans toutes les paroisses qui sont dans Tintervalle, depuis les

châteaux jusqu'aux plus petites chaumières, tout fut réduit en cendres. »

Poirier de Beauvais, loc. cit., i33.)

KLÉBER EN VENDEE. l83

poursuit. La colonne de Targe, secondée par les grenadiers du 9® régiment d'infanterie, s'empare de deux pièces de canon, dont une de 8 et l'autre de 4^ avec deux caissons. C'est ainsi que se termine ce combat inopiné, mais le mieux ordonné qu'il y ait eu encore jusqu'ici. Il m'est impossible de rendre les sentiments que m'ont inspirés Blosse et ses grenadiers ; ils se sont conduits en héros et ont profondément gravé dans mon âme l'estime que mérite toujours la prudence alliée au courage. Rien n'a pu les arrêter ; ils ont su vaincre tous les obstacles ; à la fin du combat, totalement dépourvus de cartouches, ils n'ont fait usage que de la baïonnette. Blosse s'est mis à pied, et combattant ainsi au milieu d'eux, il n'a cessé de les encourager par son exemple ; en sortant de la mêlée, ses habits étaient criblés de coups de feu.

Verger i, capitaine des grenadiers de Maine-et-Loire et commandant un des bataillons de ces grenadiers, mérite beaucoup d'éloges. La valeur et le sang-froid de Boisgérard, chef de mon état-major, de Nattes, de Dubreton ^,

1. Pierre-Jean Verger, né à Nantes le 6 septembre i^55, soldat dans Vivarais-infanterie en l'j'jVi'j'j^, puis dans la milice de Saint-Domingue, capitaine aux chasseurs volontaires de cette colonie en 1779, sert en cette qualité au Cap (ij83), officier dans la garde nationale (i:;89-i;;92), est élu capitaine dans le 3' bataillon des volontaires de Maine-et-Loire, le I" mars 1793; chef de bataillon des grenadiers réunis le i5 août suivant ; adjudant général le 25 décembre de la même année, chef de brigade le i3 juin 1795. Retraité à Nevers, il vivait encore dans cette ville en 1807.

2. Jean-Louis Dubreton, fils de Paul-Julien Dubreton, avocat et lieutenant du maire de Ploërrael, et de Marie-Jeanne Le Guen. Né à Ploermel, en Bretagne, le 18 janvier 1773, envoyé le i" mars 1790 au bataillon auxiliaire des colonies, lieutenant au 78* d'infanterie en 1791, adjudantmajor le i5 mars 1793, il s'était distingué au siège de Mayence en défendant le fort Saint-Charles ; capitaine de grenadiers dans la i43° demi-brigade en juin 1795, passé aux grenadiers de la 52° en 1796, il se distingue au passage du Mincio et est fait chef de bataillon (1801). Envoyé à Saint-Domingue avec la iv demi-brigade légère, il est fait colonel de ce corps en i8o3 par le général commandant en chef, le jour même où, à Paris, il était nommé colonel de la 5' demi-brigade légère: rentré en France le 6 juillet 1804, il

l84 KLÉBER EN VENDEE.

mes adjudants généraux, le zèle et l'activité du chef de brigade Travot, de Billig i, chef du 4* bataillon du Haut- Rhin, de Bellet 2, adjoint de Blosse, ont beaucoup contribué au succès de cette journée.

Ganclaux lui-même, qui n'était venu que comme spectateur, semblait rechercher les plus grands dangers, et son aide de camp Saint- James reçut, à côté de lui, une balle à travers la jambe. Maître des hauteurs, je rassemblai ma troupe vers Saint-Symphorien ^, dans 1 intention de me porter de suite sur Tiffauges. Ma colonne était déjà en

est mis à la tête du 5' léger en i8o5. Général de brigade le 6 août 1811, et employé comme tel en Espagne, il s'illustra en défendant Burgos dont il obligea Wellington à abandonner le siège qui durait depuis vingt-deux jours. Ce haut t'ait lui valut une mise à l'ordre du jour de l'armée et le grade de général de division (aS décembre 1812). En i8i3 et 1814, il fit partie de la Grande Armée. La Restauration le nomma commandant supérieur de Valenciennes. Démissionnaire le aS mars i8i5, il resta à Técart pendant les Cent-Jours. Sous la seconde Restauration, il commanda plusieurs divisions militaires, notamment la 5"= à Strasbourg. Mort à Versailles le 2^ mai i855. Il avait été créé chevalier de TEmpire le i5 août 1808; baron héréditaire par lettres patentes ro^^ales du 3 février 1819, pair de France le 3 mars suivant. Il était grand- officier de la Légion d'honneur et commandeur de Saint-Louis,

1. Louis Billig, né à Habsteim, en Alsace, le aS juin 1768, commandant de la garde nationale et greffier de la municipalité de sa ville natale; volontaire au I" bataillon du Haut-Rhin, le 3 octobre 1791, élu capitaine, il prit part à la défense de Mayence; commandant le 17 septembre i;j93, démissionnaire le 23 octobre 1795. Retiré à Saint-Aubin-du-Cormier (Ille-et- Vilaine), où il s'était marié.

2. Né à Chevanceaux, en Saintonge, le i*'" mai 1765, engagé au régiment de Normandie-infanterie en 1786, devenu sergent-major; capitaine au régiment colonial de Port-au-Prince, au mois de mai 1792; rentré en août à son ancien régiment, sous-lieutenant, commandant en second de la place d'Ancenis, sous les ordres de Blosse, en 1793. Adjoint aux adjudants généraux le 22 septembre i;93, chef principal des compagnies territoriales organisées à Saint-Malo par Boursault et commandant de cette place, du 23 février 1794 au 23 août 1801. Commandant de la presqu'île de Quiberon, de 1802 à i8i6, époque où il fut retraité avec une pension de i,8l»o fr.

3. Saint-Symphorien, village commune de la Bruffière, alors chef-lieu de canton du district de Montaigu. Aujourd'hui la Bruffière est une simple commune du canton de Montaigu. A dix kilomètres est-nord-est de cette ville; huit kilomètres sud-ouest de Tiffauges.

KLÉBER EN VENDÉE. l85

marche et Ganclaux prêt à s'en retourner à Montaigu, lorsqu'il reçut une lettre de Dubayet, qui lui faisait part des craintes qu'il avait d'être attaqué le même jour par l'armée de Gharette, qui avait opéré un grand rassemblement à Légé. Alors Ganclaux se détermina à faire rentrer les troupes dans le camp, à l'exception d'environ quinze cents hommes, commandés par Blosse, à qui il donna ordre de marcher sur TifTauges, de s'emparer de ce poste au cas qu'il ne fût pas défendu, et de se replier sur Montaigu s'il éprouvait de la résistance. Il part. Targe, sous les ordres de Blosse, porte sa colonne sur la gauche et se rend maître d'une élévation qui domine entièrement Tiffauges, et d'où il pouvait voir tout ce qui s'y passait. Blosse s'avança sur la droite. Déjà les chefs des Brigands avaient rallié une partie de leur nombreuse troupe derrière des retranchements garnis de quelques pièces de canon de gros calibre ; ils en ont tiré plusieurs coups, mais sans succès. Nos braves, impatients d'en venir encore une fois aux mains, demandaient qu'on leur permît d'aller les enlever de vive force ; mais Blosse et Targe, examinant avec sang-froid la situation de Tidauges et jugeant, par les mouvements de l'ennemi, qu'il était résolu à se défendre ; qu'on ne pouvait d'ailleurs arriver dans la ville qu'à travers mille difficultés, qui feraient perdre beaucoup de monde, et que, lors même qu'on s'en emparerait, l'on serait encore dominé par les hauteurs de l'autre côté de la Sèvre ; satisfaits d'avoir rempli l'ordre qu'ils avaient reçu, exécutent tranquillement leur retraite, sous les yeux des Brigands trop épouvantés pour oser inquiéter leurs vainqueurs i. On s'approcha tellement des Rebelles,

I. « La colonne incendiaire (Républicaine), que le général en chef avait expédiée à cet effet, vint jusqu'à la vue de Tiffauges et causa d'^abord quelques désordres; mais notre armée s'arrêta aux pièces de canon que

l86 KLÉBER EN VENDÉE.

qu'on entendit très distinctement la voix de leurs chefs, qui s'efforçaient de les encourager.

J'eus, dans cette journée, environ trente morts et deux cents blessés. L'ennemi laissa plus de deux cents cadavres sur le champ de bataille ; on a estimé le nombre de ses blessés à plus de neuf cents.

Nous trouvâmes un officier du bataillon des Vosges qui avait été fait prisonnier à l'alTaire de Torfou, et que les Rebelles avaient forcé de suivre leur armée. Il nous dit que celle que nous venions de combattre était, à quelques renforts près, la même avec laquelle nous avions eu affaire à ïorfou ; quelle était commandée par d'Elbée, et forte de trente-deux mille hommes.

Canciaux, Du- Cette joumée fut terminée par un événement gui fit

bayet et Grouchy '' ^ ^

reçoivent l'ordre très grande scusatiou dans l'armée. Canciaux, Grouchy et l'armée; le gêné- Dubayct reçurent la nouvelle de leur rappel, et se rendirai Vimeux prend y^j^^ eucorc Ic même soir à Nantes. Ils furent vivement

le commandement

pai' intérim. regrettés, uou seulement des soldats, mais encore de tous les généraux et de tous les ofliciers.

On eût dit qu'on cherchait à les punir de leurs succès. Je perdis, en Dubayet, un ami particulier.

Le commandement en chef ad intérim fut d'abord dévolu au général Vimeux, comme plus ancien ^ ; mais, le lendemain soir, un arrêté des représentants du peuple me mit à la tête de l'armée, malgré mes vives réclama-

nous avions sur la hauteur, en arrière de Tiffauges, route de Cholet(sur la rive droite de la Sèvre), Quelques coups de canon tirés sur l'ennemi le continrent. » (Poirier de Beauvais, loc. cit., i33.)

1. « Canciaux, en se retirant conformément aux ordres du ministre, avait remis le commandement à Vimeux, comme le plus ancien des généraux présents. Mais celui ci écrivit aussitôt aux représentants en mission auprès de l'armée : « Mon âge, mes longs services, ma santé, le peu de connaissance du pays où l'on fait la guerre, me mettent dans l'impossibilité de commander une armée de qui dépendent les plus chers intérêts de la République. » (Savary, loc. cit., II, 2i5.)

tions K Ce qui in'allésreait, toutefois, ce fardeau infiniment 1 6 vendémiaire

^ ^ (7 octobre).

au-dessus de mes forces, était l'espérance que j'avais d'en Le générai Kié-

Page 1