CHAPITRE QUATRIÈME
23 vendémiaire Le lendemain, ma colonne se mit en marche, dès la
(14 octobre). • . j • 4. -r- CP \ • '
Marche sur Tif- poiutc du jour, pour sc porter sur iirlauges. Arrive sur ^""p^'.P'"'^^ *^® les hauteurs qui commandent cette ville, je lis mettre la
cette ville. ^ «^
I. « Kléber ignorait sans doute que Léchelle n'avait commandé à la Rochelle qu'environ quinze jours et n'avait visité que Rochefort. » (Note de Savary, loc. cit., II, 23;.)
troupe en bataille ; elle l'enveloppait en forme de croissant, sur deux de ses côtés. Aussitôt que les Brigands nous aperçurent, ils sonnèrent le tocsin, se rassemblèrent, passèrent la Sèvre et allèrent se réunir à d'autres attroupés sur les hauteurs, au delà de cette rivière. Pour accélérer leur marche, on tira sur la ville quelques coups de canon ; ensuite, on y envoya un détachement de chasseurs à cheval, soutenus par de l'infanterie légère, qui s'empara aussitôt du pont, tandis que la cavalerie donnait la chasse aux Kebelles, qui fuyaient à toutes jambes. Les femmes que nous trouvâmes à ïiffauges nous dirent qu'ils y avaient été au plus au nombre de quinze cents hommes. Maître de la ville, j'allai reconnaître une position au delà de la rivière; le général Dembarrère, l'adjudant général Damas i, Vérine et Boisgérard, ofliciers du génie,
I. Etienne-François Damas, fils naturel du comte de Damas-Crux, menin du dauphin et lieutenant général, né à Paris le 22 juin i;;64, garde national en 1789, aide de camp de Musnier de la Place, le 9 septembre 1^92, capitaine le 3 février 1^98, adjudant générai au siège de Mayence, chef de bataillon le 16 juin suivant, général de brigade et chef d'état-major de Kléber, le a; novembre de la même année, « en considération de la bravoure et des talents militaires qu'il n'a cessé de montrer dans toutes les actions qui ont eu lieu entre les armées de la République et les Brigands », porte l'arrêté des représentants BourboLte et Prieur, de la Marne. Intimement lié dès avant ce moment avec Kléber, il demeura chef de l'état-major de celui-ci pendant tout son séjour dans l'Ouest et sa campagne sur le Rhin en 1794-1795. Il commanda ensuite successivement plusieurs brigades, à l'armée de Sambre-et-Meuse, puis suivit Kléber en Egypte. Lorsque celui-ci succéda à Bonaparte comme général en chef de l'armée d'Orient, il nomma Damas général de division provisoire le i" septembre 1799 et le mit à la tête de l'état-major général de son armée. Après l'assassinat de Kléber, Damas rentra en France, où sa liaison avec ce général lui attira l'animadversion du Premier Consul, qui le fit réformer en septembre 1801 et le mit à la retraite, comme général de brigade, par décret du 27 août i8o3. Mis à la disposition de Murât, grand-duc de Berg, en 1806, il est nommé commandant des troupes du grand-duché. Au mois de février 1812, il est appelé à faire partie du 9^ corps de la Grande Armée. Le 27 novembre i8i3, il est enfin nommé par l'Empereur à ce grade de général de division que Kléber lui avait conféré quatorze ans auparavant. Commandant d'armes à Paris, le a6 août 1814 ; inspecteur général des
m'avaient accompagné. Nous déterminâmes cette position que l'armée occupa à l'instant et où elle passa la nuit I.
Le soir même, sitôt que l'armée eut pris sa position, je reçus ordre d'envoyer six cents hommes d'infanterie et quinze chasseurs à cheval au village de Saint-Denis, pour y saisir des Brigands qui, en petit nombre, empêchaient les communes environnantes de se rendre à leurs devoirs; cet ordre ne fut point exécuté, parce que j'observai au général en chef que les circonstances ne permettaient pas d'envoyer un pareil détachement pour un objet aussi peu important II fut résolu que, le lendemain, on marcherait sur Mortagne, ce repaire trop fameux de l'armée catholique, qui depuis longtemps faisait l'objet de la convoitise du soldat et de l'ambition des généraux. On eût dit que de la prise de cette ville dépendait la fin de la guerre de la Vendée. L'ordre de la marche a été rédigé d'après les données du citoyen Savary, qui connaissait parfaitement le pays, 24 vendémiaire H proposa de uc poiut prendre le chemin le plus court,
(15 octobre). , . • i i i? -n • • i •
Marche sur Mor- commc étant impraticable pour 1 artillerie, mais de suivre
tagr cette
ttT viife"'^onc- ^^ grande route de Cholet, jusqu'à la hauteur de la Ro-
II* et i5« divisions militaires, le 3i mai i8i5. Inspecteur général de la gendarmerie six mois plus tard. Grand officier de la Légion d'honneur, chevalier de Saint-Louis, mort à Paris le a3 décembre 1828. On a vu, dans la préface de ce volume, qu'on lui doit la conservation et, vraisemblablement, une partie de la rédaction des Mémoires de Kléber sur la guerre de Vendée.
I. C'est la position du Couboureau, château appartenant depuis au moins le xv^ siècle à la famille de Jousseaume de la Bretesche, qui en est encore aujourd'hui propriétaire, situé sur le territoire de la commune de Torfou, sur un rocher élevé dominant d'un côté la rive droite de la Sèvre Nantaise, presque en face de Tiffauges, et de l'autre une vaste prairie. A quatre kilomètres et demi sud-est de Torfou; deux kilomètres et demi est-nord-est de Tiffauges; deux kilomètres ouest du Longeron; onze kilomètres ouest de Mortagne-sur-Sèvre; sept kilomètres sud-ouest de la Romagne
masrne ' ; que, par cette mesure, l'ennemi, incertain si tion avec la co-
/^ ^ * • lonne de Luçon.
nous en voulions à Gholet ou à Mortagne, partagerait ses combat de saintforces ; il était d'ailleurs indispensable de fouiller la vaste ^^ Trèmbilie!* forêt du Longeron ^. où il lui serait facile de se cacher, pour venir ensuite tomber sur nos derrières. D'après cela, on me remit, par forme d'ordre, les notes ci-après : « De Tiffauges à Beauséjour 3; de Beauséjour, prendre à droite, en laissant à droite, à peu de distance, le bois du Longeron . Continuer la route, en laissant le bourg de Saint- Christophe 4 sur la gauche, et celui d'Evrunes ^ sur la droite.
1. La Romagne, alors chef-lieu de canton, aujourd'hui simple commune du canton de Cholet (Maine-et-Loirei, à cent quatre mètres d'altitude, sur un plateau entre deux étangs et allant en s'infléchissant vers la rive gauche de la Moine, dont le bourg est éloigné d'un kilomètre environ. A neuf kilomètres nord-est de Tiffauges; sept kilomètres nord-est du Gouboureau; sept kilomètres ouest de la Séguinière; onze kilomètres ouest de Cholet; six kilomètres nord-nord-ouest du Longeron ; sept kilomètres nord-ouest de Saint-Christophe-du-Bois ; neuf kilomètres nord-nord-ouest de Mortagnesur-Sèvre; cinq kilomètres sud-ouest de Roussay; onze kilomètres sudouest de Montfaucon-sur-Moine.
2. Le Longeron, à cent vingt-cinq mètres d'altitude, sur le plateau de la rive droite de la Sèvre, à l'extrémité du département de Maine-et-Loire. Commune du canton de Montfaucon-sur-Moine, arrondissement de Cholet. A cinq kilomètres est de Tiffauges ; quatorze kilomètres sud-sud-est de Montfaucon; neuf kilomètres sud de Roussay; six kilomètres sud-sudouest de la Roraagne ; dix-sept kilomètres ouest-sud-ouest de Cholet; neuf kilomètres ouest de Saint-Christophe-du-Bois; dix kilomètres ouest-nordouest de Mortagne-sur-Sèvre. Les bois dont parle Kléber, d'une étendue relativement considérable en 1793, ont été défrichés, depuis, presque en totalité. A peine s'il en subsiste aujourd'hui une superficie de cinquante à soixante hectares, répartie en un grand nombre de petits taillis séparés et chacun de faible contenance.
3. Beauséjour. hameau dépendant de la commune de la Romagne, dont il est distant de trois cents mètres environ. A l'intersection des chemins de Tiffauges à Montfaucon, et du Longeron à Cholet.
4. Saint-Christophe-du-Bois, commune du canton de Cholet, à peu près à égale distance (quatre kilomètres) de la rive gauche de la Moine et de la rive droite de la Sèvre-Nantaise. A six kilomètres sud-ouest de Cholet; cinq kilomètres nord de Mortagne-sur-Sèvre ; deux kilomètres, en ligne directe, sur la droite de la route de Cholet à Mortagne.
5. Evrunes, à cent vingt mètres d'altitude, sur le sommet du plateau élevé formant la rive droite de la Sèvre-Nantaise, qui coule alors dans une gorge profondément encaissée. Commune du canton de Mortagne-sur-
« On fera une halte à Beauséjour, jusqu'à ce que tout soit arrivé.
« Arrivé à une lande d'où l'on découvre Mortague et la ci-devant abbaye de la Haye ^, faire partir un détachement de la Romagne, sur la gauche, pour inquiéter sur la route de Montfaucon 2, jusqu'à Roussay ^, où il se montrera.
« Faire partir un second détachement de Beauséjour, sur la route de cet endroit à Gholet, jusqu'à la Bégaudière 4, entre la Séguinière ^ et la Romagne, d'où l'on découvre les environs de Gholet.
« Un troisième détachement fouillera Saint-Christophe qui se trouve sur la gauche, et se portera sur la hauteur vis-à-vis de la Tremblaie ^. »
Sèvre (Vendée). A deux kilomètres ouest-nord-ouest deMortagne; quatre kilomètres sud de Saint-Christophe-du-Bois; huit kilomètres sud-sud-est de Beauséjour et de la Romagne; sept kilomètres et demi est du Longeron.
I. Le prieuré, dit abbaye de la Haie ou de la Haye, paroisse de Saint- Christophe-du-Bois (Maine-et-Loire), mais dans le voisinage de Mortagnesur-Sèvre. Appartenait aux Bénédictins.
a. Montl'aucon-sur-Moine, à quatre-vingt-dix mètres d'altitude, sur un mamelon dominant la rive droite de la Moine. Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gholet (Maine-et-Loire). A onze kilomètres nord-est de la Romagne et à cinq kilomètres nord-nord-est de Roussay, bourg situé entre les deux, sur le vieux chemin qui les relie; à vingt kilomètres ouestnord-ouest de Gholet; dix-neuf kilomètres nord-ouest de Mortagne-sur- Sèvre.
3. Roussay, sur le versant nord d'un plateau élevé , incliné vers la rive gauche de la Moine. Gommune du canton de Montlaucon-sur-Moine, entre cette petite ville (cinq kilomètres 'nord-uord-est) et le bourg de la Romagne (six kilomètres sud-ouest).
4. La Bégaudière, hameau dépendant de la commune de la Romagne (Maine-et-Loire). A trois kilomètres est de ce bourg; quatre kilomètres ouest-sud-ouest de la Séguinière ; quatre cents mètres au sud du chemin allant de Gholet à Romagne.
5. La Séguinière, au sommet et sur le versant sud d'un coteau descendant brusquement à la Moine, dont il forme la rive droite. A cinq kilomètres ouest de Gholet; sept kilomètres est de la Romagne; quatre kilomètres est-nord-est du hameau de la Bégaudière; à trois cents mètres environ, au nord du chemin de Gholet à la Romagne.
6. La Tremblaie, château dans la commune de Gholet, à cinq kilomètres
Le lendemain, on se mit en marche vers les sept heures du matin. Parvenus sur la hauteur de la Romagne, nous aperçûmes un poste ennemi que quelques coups de canon déterminèrent à prendre la fuite ; on le poursuivit sur la route de Gholet, sans pouvoir l'atteindre; mais l'objet d*y faire voir une tête de colonne était rempli. La troupe fit une halte, pour donner le temps de fouiller la forêt du Longeron et pousser quelques petits partis sur notre gauche vers Roussay et Montigné ^. Cette opération faite et tout le monde réuni, la colonne continua sa marche, et, laissant la forêt, dont je viens de parler, à droite, et le bourg de Saint-Christophe, à gauche, je la mis en bataille dans une lande vers l'abbaye de la Haye, qui domine Mortagne, et en est peu éloignée. Je partis aussitôt avec quelques officiers de l'état-major, pour aller en reconnaissance vers la ville, et, n'y apercevant aucun ennemi, j'y entrai, et n'y trouvai en effet que quelques femmes tremblantes, qui nous firent l'accueil de la peur et de la consternation. Après les avoir rassurées sur l'objet de leur crainte, elles nous déclarèrent que les Brigands s'étaient retirés depuis la veille sur Cholet, où ils comptaient nous attendre 2. Nous trouvâmes dans ce repaire
sud; quatre kilomètres et demi nord de Mortagne-sui'-Sèvre; cinq cents mètres à gauche de la route conduisant de la première à la seconde de ces villes; dix-sept kilomètres nord-ouest de Ghâtillon-sur-Sèvre.
1. Montigné-sur-Moine, commune du canton de Montfaucon-sur-Moine, arrondissement de Cholet (Maine-et-Loire), à deux kilomètres sud de Montfaucon ; dix-huit kilomètres ouest de Cholet ; six kilomètres ouest de Roussay; dix kilomètres ouest-nord-ouest de la Romagne; dix kilomètres nord-ouest du Longeron,
2. «[ A rapproche de toutes les colonnes (Républicaines), qui portaient avec elles Fincendie et la mort, nous nous vîmes perdus... La vérité tout entière, mais une vérité affreuse, celle de la destruction de notre pays et la mort, apparaît à nos regards et ne nous laisse plus le moindre doute sur notre sort. La fuite seule peut nous soustraire, pendant quelques jours, aux coups de l'ennemi... Le pillage, l'incendie, le meurtre : voilà le destin qu'on nous prépare... S'il nous était resté quelques doutes à cet égard,
quelques caissons, affûts et avant-traius brisés, ainsi qu'un reste de dépôt de matières combustibles, relatives à la fabrication de la poudre de guerre.
L'armée fit une halte de deux heures sur le terrain qu'elle occupait, pour se rafraîchir, avec défense expresse d'entrer en ville. Des nuages de fumée et de poussière, que nous vîmes s'élever de loin sur la rive gauche de la Sèvre, nous annoncèrent alors l'arrivée de la colonne de Luçon. Ce renfort servit à augmenter le courage et la joie du soldat. Dès que cette troupe parut, il lui fut ordonné de marcher droit sur Gholet sans s'arrêter ', et, au moment qu'elle eut dépassé la ville, Beaupuy reçut ordre de se mettre en mouvement avec son avant-garde pour suivre la même direction. Ce général avait à peine fait un quart de lieue, qu'il entendit une vive fusillade
ils eussent été dissipés par les rapports eflFrayants qu'une troupe nombreuse de femmes et d'enfants qui fuyaient les pays occupés par l'ennemi, nous faisaient des atrocités commises par les armées révolutionnaires... Nous couchâmes encore le soir à la maison (à Mortagne). Le lendemain (i4 octobre l'jg^), il était grand temps de fuir, les Républicains approchaient. On voyait de tous côtés leurs feux et des fumées épaisses qui marquaient leur course rapide. Cet incendie, tout atroce qu'il fût, a néanmoins sauvé bien du monde, en indiquant la marche des colonnes révolutionnaires. » (Boutillier de Saint-André, loc. cit., i6i, 162, 174-)
€ Quand on considère l'excellente situation de Mortagne, bâtie sur la cime d'un roc, on a peine à concevoir comment les royalistes ne firent pas plus d'efforts pour s'y maintenir. y> {Mémoires d'un ancien administrateur militaire, 97.)
I. « L'évacuation de Mortagne et l'approche de l'armée de Mayence avaient facilité la marche de la colonne de Luçon. L'ennemi, qui lui était opposé, s'était replié sur Mallièvre; elle ne tarda pas à paraître sur les hauteurs de la Sèvre, où elle reçut du général Léchelle l'ordre de traverser Mortagne sans s'y arrêter et de s'avancer sur la route de Cholet, où elle rencontrerait un bataillon de direction. Robert, chef d'état-major de Léchelle, qui donna cet ordre de marche, oublia de faire précéder la colonne de ce bataillon de direction, oubli qui faillit perdre Marceau et la colonne de Luçon. — Le général Bard, nouvellement promu au grade de général de brigade, commandait cette colonne. II avait sous ses ordres trois mille quatre cents hommes d'infanterie et trois cent trente, de cavalerie. » (Savary, loc. cit.^ II, a53.)
KLÉBER EN VENDEE. ao3
sur la grande route de Mortagne à Gholet ^ Il en conclut que la colonne de Luçon avait rencontré l'ennemi, et il lui envoya sur-le-champ le bataillon des Chasseurs de Kastel, commandé par le chef de brigade Tyrant 2. Il ordonne en même temps à Targe de se porter avec le bataillon des Francs sur Saint-Christophe, et il demeure de sa personne au centre, avec un bataillon seulement. Ces dispositions ne purent être prises plus à propos, car l'ennemi s'avançait en force. Notre artillerie commence le feu et l'attaque de notre part est tellement impétueuse que, malgré leur acharnement, les Rebelles sont contraints de lâcher pied et de nous céder du terrain. J'arrive alors avec le corps de bataille, je soutiens l'attaque de l'avant-garde, mais bientôt j'aperçois un corps ennemi s'avançant sur ma gauche pour me tourner 3, Je veux envoyer quelques
1. « L'adjudant général Marceau, qui commandait l'avant-garde (de la colonne de Luçon), crut d'abord que cette attaque imprévue était une méprise de la troupe qu'il devait rencontrer; mais enfin il se mit en défense et soutint le feu avec beaucoup de vigueur. Cependant, la queue de la colonne, menacée d'être coupée par une troupe de Vendéens embusqués, faisait sa retraite sur Mortagne. Le général Bard s'y porte rapidement pour la rallier, il y reçoit deux coups de feu... Il se retire... Marceau le remplace dans le commandement de la division. — Marceau était menacé d'être enveloppé, et peut-être eût-il succombé, si le général Beaupuy n'eût promptement envoyé à son secours. » (Savary, loc cit., II, a54.)
î. Tyrant était capitaine dans la garnison de Mayence, quand il fut chargé de constituer le corps des Chasseurs de Kastel dont on lui donna le commandement avec le grade de chef de bataillon, qui lui fut attribué par arrêté des représentants, le 5 mai i;j93. Il fut fait chef de brigade dans le courant de septembre et fut tué le 14 octobre à la Tremblaie, dans le combat dont Kléber commence le récit.
3. « Le i5 (octobre), des coureurs apportèrent la nouvelle à Cholet que l'ennemi brûlait le bourg de la Romagne, à deux lieues, sur la route de Nantes. L'armée s'y porta sur-le-champ. Elle apprit à moitié chemin que ce n'était qu'un détachement qui y était passé, et que toute l'armée marchait sur Cholet par Mortagne. M. d'Elbée et M. de Bonchamps partagègèrent leurs troupes » (Gibert, loc. cit., 95.)
« Une demi-heure avant d^arriver à Cholet, l'armée royaliste se sépara en deux colonnes : celle de droite, commandée par Lescure, marcha contre les divisions de Nantes et de Luçon, qui faisaient leur jonction. La
2o4 KLÉBER EN VENDEE.
compagnies de grenadiers à sa rencontre, lorsque je vois les Rebelles mis en fuite par un feu de mousqueterie qui les enveloppe. C'était l'adjudant général Dubreton, embusqué dans les environs de Saint-Christophe, qui les attaquait. Les ennemis, déjà partout ébranlés et en désordre, abandonnent quelques-unes de leurs pièces. Nos canonniers s'en emparent. Je reste sur la gauche, Beaupuy au centre et Marceau sur la droite. Nous avançons à grands pas et sur tous les points nous obtenons des succès. L'ennemi fuit enfin de toute part, se précipitant dans Gholet et mettant la rivière de la Moine entre lui et nous K
colonne de gauche, celle où je restai, continua sa marche sur la grande route, jusqu'à Cholet. Traversant cette ville, nous prîmes la route de Mortagne, sur laquelle, à peine avions-nous fait une demi-lieue, que nous rencontrâmes les divisions républicaines arrivées par Châtillon et faisant l'aile droite de leur armée. — Nos gens isolés, — ceux ;de la droite ignorant ceux de la gauche et vice versa, — sur un trop grand front, faibles partout, le combat fut bien loin d'être opiniâtre. Lescure, imprudemment toujours trop loin de son monde, reçut un coup mortel à la tête, et bientôt après, l'aile qu'il commandait plia, dirigeant sa retraite sur Cholet. — Notre gauche avait été également repoussée, et nous nous retirâmes aussi vers cette ville. — L'ennemi semblait se défier de son avantage et craindre que ce ne fût une ruse de notre part, car à peine osait-il nous suivre d'abord. . — Nos deux ailes réunies sous Cholet étaient infi^niment plus fortes qu'au commencement du combat. Aussi, dès les premiers coups de canon de la place sur les Républicains, nos gens, se sentant protégés et animés par la force que leur présentait leur ensemble, s'arrêtèrent d'euxmêmes, se retranchèrent dem'ière des jetées de fossés et, sitôt que l'armée ennemie parut, ils la reçurent avec un feu si épouvantable, qu'elle dut croire que cela avait été fait exprès... — Nous regagnons le terrain perdu et reprenons deux pièces de canon que nous avions laissées... L'ennemi fut repoussé jusqu'à la hauteur de la Tremblaie. On se battit même vigoureusement dans la cour du château. » (Poirier de Beauvais, loc. cit., 140, 141, 142.) — D'après Savary {loc. cit., II, 269) et Kléber (cf plus loin), les divisions venant de Châtillon, c'est-à-dire les troupes sous les ordres de Chalbos, ne firent leur jonction avec les troupes de Léchelle que dans la nuit du 16 au 17 octobre.
I. i< La nuit ne nous permit pas de profiter de notre victoire (sic), nous nous retirâmes à Cholet, prenant la précaution de barricader le pont avec des charrettes et de mettre à cet endroit un fort corps de garde, » (Poirier de Beauvais, loc. cit., 142.)
KLÉBER EN VENDÉE. ao5
Cependant la nuit arrête nos pas ; le pays, coupé de fossés, de haies et de ravins, avait mis les bataillons en désordre, et le soldat, accablé de lassitude d'une marche de huit lieues et d'un combat de trois à quatre heures, restait couché épars dans les champs, ou, sans distinction de compagnie, de bataillon ou de brigade, il cherche isolément sur la route, dans les fossés et dans les champs, le repos et le sommeil. Aussi eussions-nous bientôt perdu le fruit de notre victoire, si l'ennemi avait alors osé entreprendre une sortie audacieuse.
Léchelle se montre enfin. Il n'avait vu, disait-il, que des lâches, et se plaignait surtout des ofiiciers qui, suivant lui, avaient donné partout l'exemple de la fuite. Étrange compliment après un combat aussi sanglant, couronné par le succès. Le représentant Turreau, présent, lui répondit avec indignation : « On ne voit jamais les braves à la queue des colonnes. » Alors Léchelle me dit qu'il avait mis une partie de l'armée en bataille, me chargea d'en faire de même du reste, et, piquant aussitôt des deux, il va s'établir dans les environs de la Tremblaie. Je cherchai et fis chercher, longtemps sans la découvrir, cette partie de l'armée qui devait se trouver en bataille ; enfin, un ofiicier vint me dire qu'il avait vu quatre cents hommes environ réunis sur les derrières, dans un ravin. Reconnaisssant à ces dispositions la main du général Léchelle, je ne doutai plus que ce ne fût là la partie de l'armée dont il voulait parler. Je fis avancer cette troupe et la portai sur les hauteurs qui dominent la ville. Parcourant ensuite, avec les officiers de mon état major , le grand chemin, les champs et les prés, pour ramasser tous les soldats qui s'y trouvaient épars et sans ordre de compagnie ni de bataillon, je les rangeai indistinctement en bataille sur
deux lignes, dans un développement très considérable i.
Les pièces furent mises en batterie, et Targe fut chargé de garder le pont et la rivière de la Moine avec son infanterie légère. Ces dispositions prises, j'établis mon quartier général dans un cliamp, à côté de la route, et je me livrai moi-même à quelque repos 2.
Nous perdîmes dans cette journée quantité d'excellents officiers et de braves soldats. Tyrant, commandant des Chasseurs de Kastel; Besson, adjudant général; Bachelay, adjoint à mon état-major; Morillon, quartier-maître de la légion des Francs, ainsi que beaucoup d'autres officiers, dont les noms ne sont pas parvenus à ma connaissance, y furent tués. L'adjudant général Labruyère ^ fut percé de
I. « Sur les sept heures (du soir), l'armée incendiaire couvrait tout le plateau de la Haie (ferme à cinq cents mètres environ de Cholet, sur la route de Mortagne), et cernait la ville depuis la Grange (ferme sur la rive gauche de la Moine, à trois cents mètres environ du château de Cholet), jusqu'à Sjaint-Melaine (hameau à cinq cents mètres à l'ouest de Cholet, entre la rive droite de la Moine et la route de Nantes), ne laissant de libres que les chemins de Beaupréau et de Nuaillé. S'ils l'eussent entièrement environnée, ce qu'ils pouvaient facilement faire, puisque les assaillants étaient plus de vingt-quatre mille hommes, et s'ils eussent pénétré dans son enceinte ce soir même, l'armée vendéenne tout entière et tout ce qui suivait sa destinée, eût trouvé à Cholet son tombeau. » (Boutillier de Saint-André, loc. cit., 190.) — Savary {loc. cit., II, 262) dit que l'armée réunie autour de Cholet présentait alors une force de vingt à vingt-deux mille hommes.
a. « C'est là que Marceau vint le trouver, sur les dix heures du soir, et lui témoigna tout le désir de faire connaissance avec lui. Kléber, inquiet de sa position, lui répondit froidement : Vous n'auriez pas dû quitter votre poste, retournez-y promptement; nous aurons le temps de faire connaissance une autre fois. Marceau, piqué de cet accueil, se retira fort mécontent; cependant il en fut dédommagé le lendemain. Kléber lui témoigna beaucoup de confiance, et, de ce moment, ils furent étroitement unis. » (Savary, loc. cit. , II, aSS-aSg.)
3. André-Adrien-Joseph de Labruyère, né à Donchery-sur-Meuse, le 23 janvier 1768, cadet gentilhomme à l'École militaire de Paris en i:;75; sous-lieutenant dans le. régiment de Bassigny en 1783; capitaine le 10 janvier 1792, dans le même régiment, devenu le 3a' de ligne; il commandait, pendant le siège de Mayence, le 2» bataillon des grenadiers réunis ; adjudant général à l'arrivée de l'armée de Mayence en Vendée , chef de brigade
KLEB£R EN VENDÉE. tàO'J
coups de fusil et de baïonnette ; plus de cinq cents Républicains scellèrent de leur sang la cause de la Liberté. Les chasseurs de la Charente-Inférieure perdirent surtout une bien belle et valeureuse jeunesse.
Ce combat coûta aux Rebelles douze à quinze cents hommes, et quatre pièces de canon leur furent enlevées à la pointe de l'épée. Vers les minuit, un officier vint m'éveiller et me dire, de la part de Léchelle, qu'il fallait canonner Gholet et le brûler à coups d'obus et de boulets rouges. Je lui fis réponse que je n'avais pas un seul bataillon, pas une seule compagnie d'organisés, que les troupes étaient pêle-mêle, dans la ligne de bataille que je leur avais fait prendre, que Targe, qui défendait le pont et la rive gauche de la Moine, serait obligé de replier ses postes dès que je commencerais le feu, et qu'alors, si l'ennemi voulait profiter de cette circonstance pour faire une sortie, la confusion serait à son comble. « Au surplus, ajoutai-je, dites au général en chef que demain à huit heures nous serons à Gholet, et peut être sans coup férir, i» En effet, il n'était pas probable que l'ennemi dût s'obstiner à défendre une ville dominée par notre position i et que nous pouvions en quelques heures réduire en cendres. L'officier partit, et le reste de la nuit se passa tranquillement, aux coups de fusil près, que s'entre-tirèrent les avant-postes sur les deux rives.
Dès la pointe du jour, les Rebelles lâchèrent quelques coups de canon, d'une pièce qu'ils avaient établie sur l'esplanade du château de Gholet. J'y fis répondre à l'instant
en 1801 ; général de brigade le 29 août i8o3, grand officier de la Légion d'honneur, baron de l'Empire le 9 mars 1808. Tué le 3 décembre suivant à l'attaque de Madrid. Il avait reçu, dans sa vie de soldat, trente blessures, dont vingt et une au combat de la Tremblaie. I. Sur les hauteurs de la Haie (cf. ci-dessus, p. ao6, note i).
2o8 KLÉBER EN VENDEE.
parle feu de toute notre artillerie. J'envoyai dire à Targe d'observer les mouvements de l'ennemi, de résister vigoureusement et de défendre le pont au cas où il voulût tenter une sortie, de battre la charge et de le poursuivre sans pourtant se compromettre, dès qu'il le verrait s'ébranler pour prendre la fuite.
2!) vendémiaire J'ordomiai à Blossc de suivrc, avec ses grenadiers, le
(16 octobre). . ^
Prise de Ghoiet. mouvement de large pour le soutenir, et je fis aussitôt organiser les compagnies, bataillons et brigades dans les deux lignes de bataille. L'ennemi, ainsi que je l'avais prévu, abandonna la ville ^ Targe et Blosse le poursuivirent, et allèrent occuper les hauteurs au delà de Gholet, en gardant tous les passages et avenues aboutissant sur la ville.
Pendant que les troupes allaient rejoindre leurs drapeaux respectifs, je fus reconnaître la position que l'armée devait prendre au delà de Gholet. Savary m'accompagna dans cette reconnaissance ; il n'avait encore alors aucun grade militaire ; mais plein de zèle, d'honnêteté et de complaisance, il rendit en tout temps les plus grands services et contribua plus d'une fois aux succès de nos armes ^.
1. « Le lendemain (i6 octobre), à la pointe du jour, ils (les Républicains) se mirent en marche sur plusieurs points en canonnant la place. Les généraux Vendéens avaient envoyé par précaution leurs munitions à Beaupréau; à peine en restait-il à Gholet de quoi tirer vingt coups de canon et l'on n'en pouvait distribuer aux soldats. M. d'Elbée avait bien envoyé ordre à M. de Marigny d'en faire passer pendant la nuit, mais elles n'étaient pas arrivées, et il était impossible de se défendre. Il n'y eut d'autre parti à prendre que d'évacuer promptement Gholet et de se retirer à Beaupréau, en désordre. L'ennemi entrait par une autre porte à Gholet. » (Gibert, loc. cit., 95-96.)
2. Savary a été promu quelque temps après au grade d'adjudant général, chef de brigade, et, depuis, il passa à la législature. Ge brave homme est peut-être l'unique qui puisse écrire fidèlement sur l'origine et les progrès de la guerre de la Vendée. (Note du manuscrit.)
Après avoir passé le pont, nous entrâmes à Gholet, où le peu d'habitants qui y avaient demeuré nous accueillirent aux cris de Vive la République! Nous jetant ensuite à droite, nous trouvâmes différents ruisseaux de blanchisseries, pour arriver sur le grand chemin de Chemillé ^. Sur cette route, à trois quarts de lieue environ de Gholet, se trouve le château du Bois-Grolleau ^, au haut du coteau, où prennent naissance ces différents ruisseaux qui, se jetant dans la Moine, peuvent être regardés comme sa source ^. Ge château était encore occupé par quelques cavaliers Brigands; je voulus les faire charger par mes ordonnances, mais je ne fus pas peu étonné de n'en remarquer que deux avec moi, les autres s'étant arrêtés dans les blanchisseries pour s'y livrer au pillage. Les Brigands nous laissant cependant approcher assez près pour reconnaître que ce château pouvait former un excellent point d'appui et Savary m'ayant assuré qu'à la gauche de Gholet, à une pareille distance de la ville, et à gauche de la route de Saint-Macaire, était situé un autre château 4 qui
I. C'est la grande route allant de Gholet à Saumur, avec embranchement à Nuaillé, à cinq kilomètres du Bois-Grolleau, sur Angers, par Trémentines, Chemillé et les Ponts-de-Cé. Cette seconde route était alors loin d'être terminée de Nuaillé à Saint-Lambert. Il y avait encore un autre mauvais chemin, auquel Kléber fait allusion plus loin, conduisant à Chemillé par Trémentines, sans passer par Nuaillé. Il avait son point de départ au sommet du coteau dominant Cholet au nord dans le voisinage, tont près de l'endroit où on a établi, il y a une quarantaine d'années, la gare du chemin de fer.
3. Le Bois-Grolleau était un château important, entouré de douves, appartenant alors à la famille Jousbert de Rochetemer, dont le chef l'avait acheté en i'j(î2, à la suite d'une saisie pratiquée à la requête de Voltaire, créancier du précédent propriétaire. Le 19 avril 1792, deux compagnies de grenadiers de la garde nationale de Saumur y avaient soutenu un siège malheureux contre les Vendéens et s'étaient rendues à Henri de la Rochejaquelein.
3. La Moine prend sa source à plus de douze kilomètres de là ; au-dessus de Maulevrier.
4. La Treille, dans la paroisse, supprimée en 1791, de Saint-Melaine,
offrait autant de défense, et dominait aussi le ravin profond et escarpé de la rivière la Moine, je déterminai ces deux châteaux pour les points d'appui de l'armée. Indépendamment des deux routes ci-dessus, celles de Trémentines et de Beaupréau ou du May ^ aboutissaient encore à la ville ; ainsi la position de l'armée devait décrire un arc, dont les deux châteaux du Bois-Grolleau et de la Treille formaient les points extrêmes ; les quatre grands chemins, dont il est parlé, les points intermédiaires, et Gholet le centre. Au reste, le pays était tellement coupé, sur toute l'étendue de ce front, qu'on ne pouvait voir à une portée de pistolet devant soi. Il fallait donc se garder avec beaucoup de précaution et s'éclairer par de nombreuses patrouilles. La gauche était en outre masquée par le bois de Gholet qui est très considérable, et qui demandait à être garni de beaucoup d'infanterie. En avant du bois de Gholet, sur la route du May, le pays est plus ouvert ^ ; je désignai ce terrain pour l'avant-garde, et l'avant-garde légère devait être poussée jusqu'au May. Gette reconnaissance faite, je chargeai l'adjudant général Damas de l'établissement des troupes dans les difterents emplacements que j'avais déterminés, savoir :
La réserve du général Haxo sur la gauche "^i elle devait être chargée de la défense de la route de Saint-Macaire,
commune de Gholet, sur le plateau dominant la rive droite de la Moine à sa sortie de Gholet.
I. Le May-sur-Èvre, sur la rive gauche de cette rivière, alors chef-lieu de canton du district de Gholet, aujourd'hui commune du canton de Beaupréau, arrondissement de Gholet. A dix kilomètres, nord, de Gholet; douze, sud-est, de Beaupréau; sept, sud, de Jallais; dix kilomètres, ouest, de Trémentines; sept, est-nord-est, de Saint-Macaire-en-JMauges. Sur le seul chemin à peu près praticable, conduisant de Gholet à Beaupréau et à Saint- Floreiit-le-Vieil.
a. G'est la lande de la Papinière, où se livra la plus grande partie de la bataille du 17 octobre.
3, Au château de la Treille, d'après Savary (loc. cit., II, 260).
et de celle du bois de Gholet ; son objet était, en outre, de soutenir et protéger la retraite de T avant-garde, en cas qu'elle fût re poussée.
La brigade de Luçon, au centre ; elle avait à défendre les débouchés de Ghemillé par la traverse de Trémentines. Les brigades de Scherb et de Vimeux, à la droite de celle de Luçon, pour la couvrir et la soutenir en cas de besoin. Elles défendraient la grande route de Gholet, aux Ponts-de-Gé, appuyées au ravin de la rivière de la Moine i. L'artillerie était distribuée aux différents débouchés cidessus. Gette position avait cependant un grand inconvénient : celui de n'avoir pour retraite que le seul pont de pierre de Gholet. Ge défaut eût sans doute dû suflîre pour m'y faire renoncer ; mais je me suis laissé déterminer par les considérations suivantes : i^ Il n'était pas probable que l'ennemi battu, et qui s'était retiré à Beaupréau, dût revenir nous attaquer le même jour, et je croyais, à n'en pas douter, que nous nous mettrions en mouvement le lendemain matin; 2** j'avais à cœur de séparer l'arniée de Mayence de la colonne aux ordres du général Ghalbos, que nous attendions d'un moment à l'autre, et que je me proposais d'établir, en deçà de Gholet, dans la position que nous avions occupée la veille, où elle aurait eu pour objet de couvrir nos derrières, en cas que l'ennemi eût conçu le projet de nous tourner, ainsi qu'il aurait pu le faire, par une marche rapide. 3° Parce qu'enfin je comptais beaucoup sur la valeur des troupes sous mes ordres, et sur l'intelligence et la fermeté de leurs chefs.
On sera peut-être étonné de voir que, dans toutes ces dispositions, il n'est pas question du général en chef, mais
I. A partir du Bois-GroUeau, en amont de Gholet. Le mot « ravin » paraît excessif, car le terrain descend lentement en pente douce jusqu'à la rivière qui coule à environ deux iàlomètres du château.
j'observerai que, déjà, sa nullité avait engagé les représentants du peuple à le mettre en tutelle et qu'ils avaient cru convenable de jeter les yeux sur moi pour la conduite des opérations, dont je devais toutefois rendre compte à ce général, avec tous les égards d'usage. C'est ainsi qu'en me chargeant indirectement de la responsabilité des événements, ces représentants avaient voulu allier le bien du service à leur déférence pour le Comité de Salut public qui venait d'envoyer Léchelle, et sur le compte duquel ils ne jugeaient pas à propos de se prononcer encore. Je dois ajouter que, depuis son arrivée, on avait encore adopté l'usage de discuter toute opération importante dans un conseil de guerre ; mais la position du jour pour 1 armée ne pouvant être soumise à l'exécution de cette mesure, je dus la déterminer seul et de ma propre autorité i.
Rentré à Cholet, j'y trouvai le généra] Léchelle établi dans la maison d'un négociant ^ : il était à déjeuner et tout en recevant l'encens de plusieurs habitants de la ville, il avait l'air d'être lui-même étonné de sa bonne fortune. Je lui rendis compte de ce que je venais de faire, et lui dis que la troupe allait à l'instant se mettre en mouvement pour prendre sa nouvelle position ; sans autre examen, il approuva le tout et se borna à me recommander, comme à son ordinaire, de faire marcher en ordre, en masse, et majestueusement. Vers les trois heures après midi, la troupe se trouva établie, et je m'occupai alors à mettre, dans le camp et dans la ville, l'ordre le plus sévère, afin d'empêcher les excès et le pillage 3.
1. Savary qui donne le détail de ces dispositions (loc. cit., II, 259-262), comme s'il l'empruntait textuellement aux Mémoires du général, a pris, ici comme ailleurs, des libertés considérables avec ce texte, s'il n'en dénature pas le sens.